jeudi 28 janvier 2010

Ben & Jerry’s, plus de 30 ans d’engagement malgré une indépendance perdue


Fabricant de crèmes glacées, Ben & Jerry's a été créé dans le Vermont en 1978 par deux amis d’enfance.
Cette entreprise va combiner la fabrication de produits de qualité et innovants avec une triple mission, économique, sociale et environnementale. Son activisme débordant s’est traduit notamment par la création d’une Fondation en 1985, chargée de redistribuer 7,5 % des résultats bruts de l'entreprise à des associations d'aide aux personnes défavorisées. La société va collaborer avec de nombreuses organisations à but non lucratif.


En 1984, six ans après sa création, l’entreprise pilote s’introduit en Bourse pour accélérer son développement. Fait rarissime, cette ouverture du capital est réservée aux habitants de l'Etat du Vermont, grâce auxquels l'entreprise estime avoir prospéré et à qui les deux fondateurs voulaient renvoyer l’ascenseur. Un Etat dont ils sont fiers, puisqu’ils le considèrent comme historiquement « progressiste ». Il s’est en effet démarqué du reste des États-Unis dès 1777 par l’abolition de l’esclavage, puis de la peine de mort en 1964. Pour attirer le plus grand nombre, le prix d’entrée dans le capital du glacier avait été fixé à un seuil très décoté. Avec succès considérable, puisqu’une famille du Vermont sur cent devint comme un seul homme actionnaire du groupe.

Le reste Ironie du sort, lors du krach d'octobre 1987, Ben&Jerry's envoya sa fameuse « Cowmobile » à Wall Street servir des cornets gratuits, rebaptisés pour l'occasion "That's life" et "Economic Crunch". Malheureusement, les actionnaires de Ben&Jerry vont vite déchanter. Pour l’analyste Richard McCaffery, avec un retour sur investissement abyssal de seulement 3%, la société ne créait plus de valeur pour ses actionnaires. Pour lui, cette situation n’était pas tenable. «Ce n’est pas Ben&Jerry’s qui a payé l’addition, en versant 7,5% de ses profits à des œuvres charitables, ce sont les actionnaires. Même si ses donations sont recommandables, son programme a perdu de son lustre à partir du moment où la compagnie n’est plus parvenue à rémunérer correctement ses actionnaires à long terme ».

Sans surprise, en avril 2000, la société finit par tomber dans l’escarcelle d’Unilever pour environ 326 millions de dollars, soit 43,06$ par action, un prix inespéré quelque mois plus tôt. Les deux co-fondateurs ont conservé un rôle dans la compagnie, mais sans autorité. L’industriel au coté artisanal allait aussi subir un plan social les années suivantes. Dans un autre secteur, la marque pionnière The Body Shop a également perdu son indépendance. Ce qui témoigne la nécessité pour une « entreprise citoyenne » de garder un œil sur le compteur financier et de bien réfléchir avant d’aller sur le marché financier.

Parlant d’Unilever, dans un entretien donné au Guardian en 2005, Jerry Greenfield, un des deux cofondateurs de l’entreprise pionnière, constatait qu’ « espérer secouer le géant n’est pas réaliste. Je pense que je nourrissais l’espoir que les choses iraient plus vite, mais je ne suis pas déçu ». Et de constater néanmoins avec plaisir qu’Unilever a évité de révolutionner Ben&Jerry's, qui continue à publier un audit social et environnemental. Néanmoins, le plafonnement des salaires dans un rapport de 1 à 7 entre les plus bas et les plus hauts revenus a été abandonné.

L’histoire ne semble pourtant pas complètement terminée, puisque la compagnie s’est engagée à réduire de 10% ses émissions de CO2 entre 2002 et 2007. B&J cultive encore un positionnement à part, comme l’illustre le « Ben & Jerry’s Climate Change College », un programme éducatif lancé en 2005 d’un partenariat entre Ben & Jerry’s, l’explorateur Marc Cornelissen et WWF. Cette collaboration a été fondée sur la volonté commune de promouvoir des actions de lutte contre le changement climatique concrètes et entrepreneuriales générant des bénéfices à la fois environnementaux, sociaux et économiques.

En avril dernier, le glacier a lancé un poisson d’avril sous un faux nom « CyClone Dairy ». Il s’agissait d’une campagne publicitaire et d’un site Web créés pour promouvoir des produits laitiers qui, prétendument provenaient exclusivement de vaches clonées. Le but de cette blague était de sensibiliser le consommateur sur les aliments en provenance d’animaux clonés dans l’alimentation aux Etats-Unis.

Encore dernièrement, lorsque le Vermont a autorisé le mariage de couples de même sexe, Ben & Jerry’s a rebaptisé sa glace Chubby Hubby (mari dodu) en Hubby Hubby (mari mari). Une glace mis en vente dans le Vermont pendant tout le mois de septembre 2009.

Cependant, Ben & Jerry’s ne s’en satisfait pas. Le Vermont n’est que le 6ème État nord américain à autoriser le mariage homosexuel, après le Massachusetts, le Connecticut, l’Iowa, le Maine, et le New Hampshire. Ben & Jerry’s s’est donc associé à Freedom to Marry, une association qui milite pour le droit des couples de même sexe à se marier, et espère que l’opération Hubby Hubby contribuera à entretenir un tel débat, et à étendre ces mariages au reste des États-Unis. « Depuis 30 ans que nous existons, nous avons toujours soutenu l'égalité des droits pour tous », a déclaré Walt Freese, le PDG de Ben & Jerry's. « La légalisation du mariage pour les couples gays et lesbiens dans le Vermont est vraiment un pas dans la bonne direction, qui mérite d'être fêté avec paix, amour et beaucoup de crème glacée », a-t-il ajouté.

Pour aller plus loin :

La belle histoire de B&J
www.benjerry.fr/plus-glace/histoire/

Une glace engagée
http://www.benjerry.fr/plus-glace/

Ben & Jerry's Final Chapter? The Motley Fool (TMF). 29/03/2000
http://www.fool.com/news/2000/quicknews000329.htm

“If it's melted, it's ruined”. Sarah Left.The Guardian. 28/04/2005
http://www.guardian.co.uk/business/2005/apr/28/ethicalbusiness.environment

To learn more about the company's social mission, log on to Facebook.com/benjerry.
Le site de Freedom to Marry
http://www.freedomtomarry.org/

mardi 19 janvier 2010

Le WWF France fait un premier bilan de ses partenariats avec les entreprises



Depuis sa création en 1961, le WWF a toujours tissé des liens avec le monde de l’entreprise. L’ONG le côtoyait à la fois en tant que mécène contribuant au financement de ses missions et en tant qu’acteur susceptible de rechercher des solutions pour protéger la nature et réduire l’empreinte écologique humaine, comme l’élimination d’essences de bois menacées au profit d’approvisionnements en bois certifié FSC1.

La notoriété croissante du WWF dans l’Hexagone, la prise de conscience des questions environnementales et la mise en œuvre d’une politique de RSE par les entreprises françaises ont permis à l’ONG d’augmenter progressivement son niveau d’exigence vis-à-vis de ses partenaires. Cette montée en puissance traduit aussi la volonté du WWF de ne pas brader la valeur de sa marque, mais répond aussi aux critiques des ONG de plaidoyer qui refusent de nouer des liens financiers avec des firmes. La politique de dialogue avec le « diable » du WWF en France a même pu susciter occasionnellement des tensions au sein de l’association, mais aussi à l’extérieur comme dans les médias (accusation de greenwashing).

Il s’agit d’une question sensible puisque le WWF a fait mener deux études en 2009 pour savoir ce que les Français pensaient des accords ONG/entreprises. Il en ressort notamment que 78 % des Français estiment que créer avec les entreprises des partenariats de long terme sur des projets communs de protection de l’environnement est une démarche efficace.

Le WWF France veut travailler, dialoguer ou concerter avec l’ensemble de ses parties prenantes, y compris le monde des affaires. Dans ce cadre, Serge Orru, Directeur Général du WWF France précise que «l’entreprise ne peut être ignorée. Certes, son activité participe largement à la dégradation de notre planète, mais les hommes et les femmes qui la composent représentent une formidable source d’imagination pour tracer de nouvelles voies et lui permettre de devenir un des premiers leviers du changement. On ne peut espérer voir émerger une alternative plus durable à nos modes de production actuels si nous ne mettons pas l’entreprise au cœur du processus. Misons sur sa capacité à intégrer la dimension environnementale et à innover pour s’adapter à de nouvelles règles du jeu et inverser la situation

L’ONG environnementale est présente dans ce domaine : études et recherches, implication dans la réglementation et dans les démarches normatives (Grenelle de l’Environnement, Observatoire Indépendant de la Publicité, Comité Français des Eco-Labels, etc), dans la formation. De son côté, le WWF International est actif dans de nombreux programmes impliquant des entreprises comme le Climate Savers et le Roundtable on Sustainable Palm Oil.

Les partenariats entreprises du WWF-France se déclinent aujourd’hui en deux approches :

• Le « mécénat engagé » ou les « partenariats stratégiques », dans lesquels les entreprises s’engagent dans une démarche de réduction de leur empreinte écologique. Le WWF « challenge » l’entreprise pour fixer des objectifs ambitieux et l’accompagne dans sa démarche. Le contenu du partenariat est fixé en commun dans le cadre d’une convention pluriannuelle. Trois nouveaux partenariats stratégiques ont été signés au cours du 1er trimestre 2009 : Arjowiggins, Ikea et Solairedirect.

• La « licence engagée » ou les « partenariats produits » dans lesquels l’association promeut et soutient des produits éco-responsables. L’idée du WWF est d’influencer à terme l’ensemble de la gamme de produits de ses partenaires. Dans le cadre d’un contrat de licence, les droits d’utilisation de la marque WWF sont concédés pour la promotion, la vente et la diffusion des produits.

Après avoir noué de nombreux partenariats, le WWF France a été en mesure de présenter un premier bilan de ce type d’actions. Un audit des partenariats avec les entreprises a ainsi été réalisé courant 2009. Son idée est de rendre compte à la fois des réalisations concrètes et des points d’amélioration à mettre en œuvre. Si les partenariats franchissent des étapes successives, des indicateurs ont été mis en place pour suivre leur évolution, comme le pourcentage d’achat de matières premières certifiées, le nombre de personnes formées ou encore la consommation d’énergie.

Cet audit a été divulgué cet automne. L’élaboration de ce document répond à des objectifs de transparence, même si les aspects financiers de chaque accord n’ont pas été divulgués. L’audit a été élaboré par les équipes du Département Partenariats Entreprises du WWF-France et a bénéficié selon ses propres termes « du regard externe critique des experts du Département Développement Durable de PricewaterhouseCoopers » dans le cadre d’une convention de «mécénat de compétence».

Lorsque l’association écologiste a engagé un bilan de ses relations avec les entreprises, certains se sont montrés sceptiques. Ainsi, un article de l’Expansion, dans lequel le journaliste écrivait « Sans vouloir chercher des poux dans la tête de l'animal, personne ne s'attend à un rapport accablant pour ses clients. »

10 partenariats stratégiques impliquant des firmes de tailles diverses font l’objet d’un focus dans ce rapport : Caisse d’épargne, Carrefour, Castorama, La Poste, Lafuma, Orange, Pierre & Vacances, Rainett, Rip Curl et Tétra Pak.

En lisant entre les lignes, on devine que certains accords se sont révélés particulièrement fructueux, comme Pierre & Vacances, Rainett, Rip Curl et Tétra Pak. Un partenariat récent (2008) comme celui d'Orange est bien avancé.

Les sujets concernés tournent en général autour de la réduction de C02, le recyclage et de l’éco conception. La biodiversité semble aussi être devenue une priorité, avec des projets possibles en ce sens pour Pierre Vacances et Tétra Pak. Il ressort également la nécessité de se fixer des objectifs chiffrés (Lafuma, Carrefour, Pierre & Vacances, Caisse d’Epargne, Castorama).

-->Parmi les éléments clés de succès figurent notamment l’instauration d’un climat de confiance entre les partenaires (ex Rainett depuis 10 ans), la nécessité de prioriser la démarche et la capacité à impliquer tous les responsables concernés. Ainsi, le rapport relève qu’à la Caisse d’Epargne, il a parfois manqué d’une mobilisation systématique de l’ensemble des métiers de la banque. Il faut dire que le groupe financier s’est engagé dans le développement de produits bancaires responsables, particulièrement novateur et complexe.
Un autre volet est celui de la sensibilisation. Des salariés volontaires de Lafuma ont participé à des journées de nettoyage de la Mer de glace, tandis que Rip Curl diffuse des informations ciblées vers le grand public et les surfers (protection des récifs coralliens, diffusion de spots publicitaires WWF avant et après les concerts de la Rip Curl Pro). Par ailleurs, Orange est très actif. L’opérateur télécom a notamment lancé le site « les réflexes verts ».
--> De la même manière, le groupe Carrefour agit vers ses clients et ses salariés. Le WWF compte à l'avenir rendre les actions du distributeur encore plus visibles pour accélérer la généralisation des bonnes pratiques.

Sur le plan financier, le WWF s’est fixé comme règle de limiter les dons d’entreprise à un maximum de 30 % de ses ressources. Pour l’année fiscale 2008-2009, les dons d’entreprises se sont élevés à 28% du budget de WWF France, dont 21% pour la Fondation WWF France et 7% pour la filiale Panda SARL. Cela représente environ 4,2 millions d’euros. Ces fonds sont répartis sur 46 entreprises partenaires.

Cette diversification des revenus en provenance du secteur privé est censée permettre au WWF France de rompre le cas échéant un partenariat s’il le juge nécessaire, sans que cela ne pèse significativement sur son budget. La contribution des entreprises dans le budget de la Fondation WWF-France vient en deuxième position après celle des dons de particuliers, qui en représente la moitié. Ce dispositif a pour but d’assurer l’indépendance de l’organisation, qui reçoit également des subventions.

Destiné à un large public, le rapport est consultable sur le site Internet du WWF-France : http://www.wwf.fr/s-informer/actualites/premier-rapport-wwf-france-sur-les-partenariats-entreprises

Pour aller plus loin :

Les Français croient au dialogue ONG/entreprises
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/05/les-francais-croient-au-dialogue_13.html

Un article de presse critique sur la transparence des ONG dans l’Expansion, sept. 2009
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/la-transparence-cause-perdue-pour-des-ong_173350.html

mardi 12 janvier 2010

Joël Fusil d'Ernst & Young apporte un éclairage sur la gouvernance et la transparence des associations



Expert-comptable et commissaire aux comptes, Joël Fusil est l’un des fondateurs du Département Organismes sans But Lucratif d’Ernst & Young créé il y a 15 ans. Ce département emploie aujourd’hui environ 50 personnes : professionnels du chiffre (experts-comptables, commissaires aux comptes), avocats et consultants. Les demandes du secteur associatif sont souvent mixtes, nécessitant pour y répondre des compétences multiples. Joël Fusil participe aussi aux travaux du groupe de travail « Associations/Fondations » de la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes. Il apporte son éclairage sur le besoin de transparence financière, à l’heure où se multiplient des initiatives : règlement comptable sur le CER (compte d’emploi des ressources), débat sur la nécessité d’un label, arrivée de nouveaux opérateurs comme IDEAS ainsi que l’arrivée de site Internet comparateur d’OSBL faisant appel à la générosité publique.

Pourquoi l’entrée en vigueur du tableau emploi-ressources a été aussi longue ?

Joël Fusil : Les associations qui font appel à la générosité du public doivent produire à compter de l’exercice 2009 ce nouveau « compte d’emplois des ressources » (CER). L’obligation de produire ce CER est née de la loi du 7 août 1991(1) qui a fait l’objet d’un arrêté d’application le 30 juillet 1993(2). Mais depuis, aucun texte n’était venu préciser les modalités d’établissement du compte d’emploi des ressources. Les pratiques, en la matière, étaient peu homogènes même si le Comité de la Charte avait émis des recommandations à l’attention de ses adhérents. Un texte officiel était devenu nécessaire pour clarifier les règles de présentation du compte d’emploi des ressources tout en respectant les dispositions de la loi de 1991 et de l’arrêté pris en 1993.

Une ordonnance de simplification du droit des associations du 28 juillet 2005 a rendu obligatoire l’intégration du compte d’emploi des ressources dans l’annexe des comptes annuels. Dès lors, la profession comptable a jugé nécessaire de définir des règles relatives aux modalités d’établissement de ce tableau. C’est pourquoi le Conseil National de la Comptabilité a été saisi et l’avis qu’il a rendu est devenu applicable à compter de cet exercice par homologation du Règlement du Comité de la Réglementation Comptable n° 2008-12 du 7 mai 2008(3).

Le compte d’emploi des ressources doit théoriquement permettre de rendre compte de l’utilisation des fonds collectés parles organismes faisant appel à la générosité publique. Il doit notamment indiquer le montant des réserves collectées auprès du public et non consommées des exercices antérieures.

Néanmoins, il s’agit d’un texte de compromis, qui a fait l’objet de nombreux échanges techniques. In fine, le législateur n’a pas souhaiter imposer de règles strictes comme, par exemple, pour ce qui concerne la définition des missions sociales ou encore les règles d’affectation des coûts directs et indirects sur les différentes lignes des emplois, ces éléments devant faire l’objet d’une validation par l’organe d’arrêté des comptes. Il n’a pas été non plus précisé si les dons effectués par les entreprises doivent figurer sur la ligne «Ressources collectées auprès du public », la notion de « public » n’ayant pas fait l’objet d’une définition. Ces éléments ne constituent que quelques exemples des nombreuses difficultés rencontrées pour produire les données de ce nouveau tableau.

Le compte d’emploi des ressources doit permettre de décomposer la manière dont l’association utilise les fonds qui lui sont confiés et notamment ceux issus de la générosité publique, entre missions sociales, frais de recherche de fonds et frais de fonctionnement, en sachant que la méthode d’affectation des coûts à ces différentes lignes devra être pérenne. Le compte d’emploi des ressources se situe à mi-chemin entre un tableau de suivi comptable et un tableau de flux de trésorerie, ce qui le rend difficile à établir, lors du premier exercice d’application notamment.

Par ailleurs, aucun ratio n’est imposé ni la nécessité de produire les données comparatives de l’exercice N-1, ce qui aurait pourtant permis à tout lecteur d’observer les évolutions entre deux exercices.


Tout le monde a-t-il déjà défini la manière d’appliquer ce nouveau texte ?

Joël Fusil : Certaines associations ne sont pas encore prêtes pour répondre aux obligations de ce nouveau règlement comptable et n’ont pas anticipé les difficultés inhérentes à la construction du CER. Pourtant, ces nouvelles dispositions peuvent, par exemple, les contraindre à reconsidérer la structure même de leur comptabilité analytique. De plus, les modalités d’établissement du nouveau compte d’emploi des ressources doivent faire l’objet d’une validation par l’organe chargé d’arrêter les comptes. Un processus doit donc être rapidement mis en place rapidement pour ne pas risquer de retarder la clôture des comptes annuels de l’organisme.

Il convient également de rappeler que la notion d’appel à la générosité publique n’a pas, non plus, été définie, que certains OSBL n’ont donc pas conscience qu’ils sont visés par la loi de 1991 et qu’ils ont ainsi l’obligation de produire le CER. Il peut suffire d’une simple mention d’appel à la générosité publique sur le site internet de l’organisme pour créer cette obligation. Le risque de ne pas produire ce document, dans la mesure où il constituerait un élément significatif des comptes annuels, est de se voir refuser la certification des comptes par le commissaire aux comptes.

Ce nouveau tableau, qui offre une meilleure transparence, est-il suffisant pour comprendre le fonctionnement d’une association ?

Joël Fusil : Pour que le grand public puisse apprécier de façon suffisante ce qui caractérise la gouvernance, l’organisation et les missions réalisées par une association, il convier de compléter la lecture du compte d’emploi des ressources et de ses notes annexes et plus globalement des comptes annuels, par celle du rapport de gestion (parfois appelé rapport d’activité ou encore rapport moral et financier). Un solde élevé de réserves non consommées en fin d’exercice inscrit dans le CER peut ainsi se justifier par des engagements de financement pluriannuels concernant, par exemple, des actions de recherche médicale ou encore des actions développement dans des pays étrangers. Encore faut-il que des compléments d’informations soient fournis dans le rapport de gestion pour expliquer cette situation et éviter ainsi toute critique non fondée.
Certaines associations réfléchissent actuellement à l’élaboration d’un document de synthèse, qui comprendrait l’essentiel des informations indispensables à la compréhension de tout lecteur et notamment des donateurs.

Mais il convient de rappeler qu’il existe une certaine place à l’interprétation dans la mesure où une association dispose d’une marge de manœuvre pour affecter certains coûts. Par exemple, dans le secteur médico-social, une association qui emploierait un comptable dans chacun de ses établissements décentralisés, pourrait imputer leurs salaires correspondants soit en frais de fonctionnement, soit en missions sociales. L’option retenue pour la ventilation des frais directs et indirects peut modifier de manière significative le montant des différents postes d’emplois et, par voie de conséquence, l’information délivrée au donateur sur la destination des fonds utilisés. Un effort de pédagogie s’impose donc pour expliciter notamment la nature des charges affectées aux missions sociales et les règles d’affectation retenues afin de permettre, le cas échéant, une éventuelle comparaison avec une autre structure.

Faut-il prévoir un Label pour le secteur non lucratif ?

Joël Fusil : Depuis la loi de 1991 imposant l’établissement du compte d’emploi des ressources pour les organismes effectuant un appel à la générosité publique dans le cadre d’une campagne menée à l’échelon national, un certain nombre de textes est venu renforcer les règles de transparence dans les OSBL :
- l’obligation de communiquer les conventions impliquant des administrateurs ;
- l’élargissement du champ d’application de l’obligation d’avoir un commissaire aux comptes ;
- la nécessité de communiquer les rémunérations des trois plus hauts cadres dirigeants bénévoles ou salariés ;
- la publicité des comptes annuels et du rapport du commissaire aux comptes sur le site internet du Journal Officiel….

Par ailleurs, certains organismes ont proposé aux OSBL d’adopter un ensemble de règles de gouvernance et de transparence afin de préserver ou d’améliorer la confiance du donateur.
C’est le cas, par exemple, des associations adhérentes au Comité de la Charte du don en confiance qui doivent respecter une charte de déontologie pour obtenir l’agrément du Comité.
D’autres organismes, plus récemment créés, tentent également de promouvoir de bonnes pratiques de gouvernance dans le secteur associatif, sur la base de référentiels sensiblement différents.

Nous avons également vu naître des tentatives de noter les associations sur des sites internet, comme cela se pratique dans d’autres pays. Sont également apparues des organisations qui facilitent les dons en ligne en fournissant à l’internaute un certain nombre de données relatives aux OSBL qui ont accepté d’avoir recours à ce nouveau moyen de collecter des fonds.
Ce mouvement d’ensemble tend à accroître la masse d’informations, notamment financières, qui circule sur le monde associatif et sur ses principaux acteurs dans chacun des grands secteurs d’activités. Certaines initiatives ne sont pas toujours bien accueillies par les OSBL, notamment lorsque les données relatives aux à leur structure comprennent des erreurs ou encore lorsque les contrôles établis par certains organismes ne paraissent pas suffisants ou ne reposent pas sur des référentiels suffisamment élaborés pour donner une appréciation pertinente, juste, fiable, complète et indépendante.

C’est à tous ces qualificatifs que devrait répondre un éventuel label. La détermination du référentiel de critères à respecter et la qualité des contrôleurs en charge de leur vérification devraient être, pour le moins, définis par une autorité reconnue et compétente. Cependant, le dispositif global actuel semble déjà pouvoir contribuer à créer la confiance que recherche les donateurs et autres bailleurs de fonds si chacun des acteurs : organismes sans but lucratif, législateurs et contrôleurs appliquent ou font appliquer les règles existantes.
L’évaluation des actions menées peut également constituer un des éléments contributifs d’une meilleure compréhension des missions réalisées par les OSBL et de leur impact tant économique que social, tant quantitatif que qualitatif. Cette démarche, encore peu exploitée dans certains secteurs associatifs, mérite d’être développée. La communication des résultats issus d’un processus d’évaluation permettrait ainsi de mieux répondre à l’objectif de transparence globale recherché.

Les associations ont-elles viré leur cuti vis-à-vis du secteur privé ?

Joël Fusil : La Responsabilité Sociale de l’Entreprise a favorisé la rencontre entre entreprises et associations, les secondes pouvant indéniablement aider les premières à progresser sur certaines thématiques, comme par exemple celles relatives à la protection de l’environnement et au développement durable. Certaines associations agissent parfois comme de véritables prestataires de services, avec une connaissance de certains sujets que l’entreprise ne possède pas. Cette rencontre conduit notamment les associations à se professionnaliser et à recruter de nouvelles compétences dans le secteur marchand. Ce rapprochement peut expliquer en partie les niveaux de salaires constatés au sein du secteur non marchand, de moins en moins éloignés de ceux du secteur marchand, ce qui peut d’ailleurs provoquer ici ou là un certain émoi de la part de certains donateurs.

Mais il convient de rappeler que les missions exercées par une association ou une fondation peuvent être tout aussi complexes que celles d’une société commerciale, voire parfois plus complexe et, que pour les mener à bien, il est nécessaire de recruter les compétences adéquates et mettre en place une organisation capable de gérer des activités multiples, décentralisées en France ou à l’étranger, de solliciter de nombreuses sources de financements et de rendre compte dans des formats spécifiques à chacun des bailleurs de fonds.

Pour faire face à ces exigences et pour pérenniser leurs actions, les organismes sans but lucratif, en quête de ressources, rivalisent d’imagination pour attirer de nouveaux donateurs, ce qui a permis à des sociétés spécialisées en communication et en recherche de fonds d’éclore. Il existe un potentiel de levée de fonds auprès des donateurs, puisque, par exemple, selon des études récentes, seul un Français sur deux donne aujourd’hui.

Là encore, les techniques adoptées pour capter ce potentiel de ressources diffèrent peu de celles adoptées par des entreprises du secteur marchand.

Les conséquences de ce rapprochement : importance des frais de fonctionnement, recrutement de salariés mieux rémunérés, évolution des coût de collecte de fonds, recours au financement privé, vont pousser les associations à informer précisément leurs donateurs actuels et potentiels sur leurs particularités , leur mode de fonctionnement et les moyens qu’ils doivent consacrer aux fonctions support (direction financière, direction des ressources humaines, direction informatique, direction logistique ou opérationnelle, contrôle de gestion et audit interne…) pour assurer pleinement leurs missions principales.

Quelles seront les conséquences des attentes d’un plus grand professionnalisme des bailleurs de fond ?

Joël Fusil : La frontière entre les deux mondes (celui de l’entreprise et le monde associatif) tend, sur certains aspects, à s’effacer. Nous le constatons par exemple dans les conventions de mécénat ou de partenariat liant les OSBL aux entreprises donatrices. Ces conventions permettent de définir précisément le rôle de chacune des parties contractantes, en cohérence dans les buts recherchés d’une part et d’autre ainsi que les actions de communication qui vont en découler de cette collaboration.

Ces conventions sont de plus en plus développées, précises et sont généralement rédigées par les juristes d’entreprises qui souhaitent prévenir tout risque lié à la relation établie avec l’OSBL.

Quels sont les débats en cours sur la mission des associations ?

Joël Fusil : La grande question aujourd’hui est celle de l’évaluation des missions réalisées par le secteur associatif. Les outils d’évaluation sont encore peu nombreux ou peu aboutis mais la pression des bailleurs de fonds est insistante et grandissante. Des débats s’ouvrent, par exemple, sur le fait de savoir si ces évaluations doivent être réalisées en interne ou bien par des contrôleurs externes. L’évaluation est une notion qui doit être partagée par les différentes parties prenantes : bénéficiaires des actions, organismes opérateurs, bailleurs de fonds privés et publics et doit permettre à chacun de tirer des conclusions sur l’adéquation entre les ressources collectées, les actions menées dans le cadre des missions statutaires et les résultats obtenus.

Pour aller plus loin :

Modalités de présentation du Compte Emploi Ressources (CER)
http://www.coordinationsud.org/spip.php?article11950

Comité de la Charte du don en confiance
http://www.comitecharte.org/

Youphil : où vont les dons des particuliers ?
http://www.youphil.com/en/node/1290

Les principaux textes de référence :
(1) Loi n°91-772 du 7 août 1991 relative au congé de représentation en faveur des associations et des mutuelles et au contrôle des comptes des organismes faisant appel à la générosité publique
(2) Arrêté du 30 juillet 1993 portant fixation des modalités de présentation du compte d’emploi annuel des ressources collectées auprès du public par des organismes faisant appel à la générosité publique
(3) Arrêté du 11 décembre 2008 portant homologation du règlement n° 2008-12 du 7 mai 2008 afférent à l’établissement du compte d’emploi annuel des ressources des associations et fondations

jeudi 7 janvier 2010

Esther Duflo encourage l’expérimentation pour lutter contre la pauvreté





Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, Esther Duflo est professeur en économie du développement au MIT et cofondatrice du Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab (J-PAL). Depuis 2009, elle est titulaire de la chaire « Savoirs contre pauvreté » du Collège de France, créée en partenariat avec l’agence française de développement (AFD). En 2009, elle a reçu le prix MacArthur, qui récompense les recherches les plus novatrices.

Depuis 10 ans, l’étude du développement économique et de la pauvreté a été menée avec un œil neuf, à travers l’approche expérimentale. Appliquer cette démarche expérimentale aux actions de développement constitue une nouveauté : tester une politique, ou plusieurs variantes de politiques, sur des groupes de population et mesurer rigoureusement ses effets avant d’envisager un changement d’échelle. Cette approche a assimilé la rigueur des essais cliniques lors d’expériences pilotes avec assignation aléatoire. Derrière ces termes complexes, les chercheurs visent à sortir de l’ornière des clichés existants et à trouver des solutions efficaces et pragmatiques. Esther Duflo vient de rédiger deux livres et a donné une conférence de presse au Collège de France le 6 janvier dernier.

Ses travaux partent plutôt d’un constat amer, mais communément admis : des années de programmes d’aide au développement n’ont pas réussi à enrayer l’immense problème de la pauvreté. Malgré des avancées, le monde est loin d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) que les Etats membres de l'ONU ont convenu d'atteindre d'ici à 2015. Face à cet échec, il existe différentes postures. Les positions oscillent entre la dénonciation des effets pervers de l’aide au développement (APD) et la bonne volonté assez angélique de personnalités comme Bono ou Angelina Jolie. S’opposent aussi ceux qui considèrent que la pauvreté est insoluble et les partisans du marché, qui va y parvenir.

La bonne question consiste à se demander comment utiliser au mieux l’argent de l’aide, qui représente au final des montants assez modestes, comparés au flux des PIB et des impôts. 10 années de travaux de recherche sur ces sujets par diverses équipes dans le monde ont permis de tirer un premier bilan d’initiatives ayant échoué ou au contraire ayant atteint leurs buts. Quelles initiatives ont permis d’obtenir des résultats concrets pour les populations les plus démunies. Dans l’idée ensuite de tenter de généraliser les bonnes pratiques avec tous les éléments en main : connaissance du milieu, évaluation des résultats, décryptage des conditions de réussite. Ainsi, les fonds peuvent être orientés pour maximiser l’impact.

La question n’est pas d’éradiquer la pauvreté, mais de repérer certaines initiatives localisées ayant porté leurs fruits. Ainsi, loin de se laisser abattre par l’immensité de la tâche, la chercheuse étudie des initiatives locales, observées au scalpel. Les cas étudiés sont limités dans le temps et géographiquement, afin de pouvoir en tirer les faits saillants et les conclusions utiles. Il est plus simple de réfléchir à comment pousser les enfants de tel village à aller à l’école plutôt que de raisonner à l’échelle d’un continent. La même méthode (randomized evaluation) peut aussi permettre par exemple de comparer l’efficacité de mesures prises soit par les ONG soit par des autorités publiques. Cette approche doit permettre de mieux définir des programmes et d’accumuler les savoirs. Santé, éducation, micro-finance, les projets sont testés, évalués, comparés sans biais affectifs ou politiciens.

Il en ressort que le microcrédit est l’innovation sociale la plus visible depuis 20 ans, avec des conséquences dans la création d’entreprise, l’investissement dans des TPE déjà existantes et l’acquisition de biens par les ménages. Néanmoins, le microcrédit n’a pas toujours complètement transformé la vie de ses clients, car il est souvent trop rigide : trop grande focalisation sur le remboursement aux dépens de la prise de risque, peu de création de nouvelles embauches. De nombreux entrepreneurs le sont par défaut : créer sa structure étant le seul moyen d’avoir un emploi. Ce saut dans l’entrepreneuriat se traduit souvent par une prise de risque excessive du bénéficiaire, qui ne dispose pas de filet de sécurité. La position des femmes dans le ménage ne change pas non plus ni la structure des dépenses.

Au final, pour Esther Duflo, le microcrédit a un impact, mais ce dernier est moins fort que prévu. Il existe environ 200 millions de clients. Il ne s’agit pas de la potion miracle. Pour améliorer ce processus, il est possible de mettre en place un « emprunt de groupe », qui lierait solidairement 5 femmes, ou plus simplement des « réunions de groupe », moins contraignantes, mais qui ont l’avantage de créer du « lien social ». De plus, le remboursement hebdomadaire peut décourager la prise de risque, en privilégiant le retour sur investissement le plus rapide, le bénéficiaire n’ayant pas le temps en 8 jours de tirer profit de ses investissements.

Dans la santé, le défi consiste à susciter une demande pour des services préventifs : vaccins, lutte contre les vers intestinaux, sida, etc. Le seul moyen d’attirer des patients est de rendre ce service gratuit, en lui joignant si possible d’autres services, comme la distribution d’un plat de lentille ou la remise d’une moustiquaire. Un kilo de lentille multiplie ainsi par 7 le taux de vaccination. Des subventions peuvent favoriser cette politique. Dans ce domaine où la gratuité est une condition de succès, des initiatives de type Bottom of the Pyramid (BoP) ne peuvent pas être mises en œuvre. D’ailleurs, la maladie des vers intestinaux, qui empêchent les enfants d’aller à l’école, a longtemps été minorée, voire ignorée, en raison de son caractère peu sexy. Pourtant, une étude a démontré que le coût n’est que de 0.50 euro par enfant et par an. Fort de ce constat, le Kenya s’est engagé dans le déparasitage universel des jeunes. Ce qui prouve la nécessité des politiques publiques.

Dans le domaine éducatif, le système scolaire, souvent hérité du système colonial, est souvent conçu pour une élite. Une majorité des enfants pauvres sort illettrée du système éducatif et les enseignants sont démotivés. Ils sont souvent récompensés que pour les performances des meilleurs. Des tentatives ont été faites ici ou là de distribuer des manuels ou renforcer le nombre de professeurs. Les travaux des chercheurs ont montré qu’une des mesures les plus efficaces est le soutien scolaire. Une ONG a fait évaluer l’impact de cette pratique en Inde. Grâce à des résultats spectaculaires, elle a pu lever des fonds importants et généraliser ces mesures de soutien à environ 30 millions d’enfants.

A ce titre, les grandes fondations et les pionniers du capitalisme créatif ont un rôle clé à jouer: ils peuvent eux aussi donner l'exemple, en fixant et en appliquant des normes élevées pour ce qui constitue une évaluation crédible. Les Fondations Gates et Hewlett ont instauré un excellent processus d'évaluation pour leur initiative conjointe dans l'éducation. Ils ont accepté de suivre des projets qui avaient donné des résultats prometteurs, basée sur une évaluation rigoureuse, et ils ont encouragé et financé des évaluations de nouvelles initiatives.

L’absentéisme dépend beaucoup des pays. La scolarisation est un principe largement acquis dans les pays développés. La financiarisation des études pourrait démotiver ceux qui acceptent d’être payés pour suivre des cours. A l’opposé, dans les pays en développement, la financiarisation des études peut venir combler la perte de bras et donc de revenus pour les familles. Le programme mexicain PROGRESA conditionnant le versement d’allocations familiales à certains comportements désirables (inscription à l’école, soins préventifs) a obtenu un succès total.

ONG, société civile et gouvernements locaux sont les mieux placer pour lancer des idées, expérimenter, faire avancer certaines initiatives, voire les abandonner en cours de route en cas d’échec. Ces entités ont le grand mérité de ne pas avoir d’élections à préparer. Une fois prouvée l’efficacité de certaines mesures, le gouvernement peut répliquer ces initiatives en leur donnant une nouvelle échelle, mais la motivation des acteurs devient alors moins forte. Quant aux institutions internationales, elles sont souvent en retard d’une mode. Elles peuvent toutefois apporter un soutien financier aux acteurs de terrain.

De manière paradoxale, Esther Duflo relève que dans les pays pauvres, les gens sont plus responsables que dans les pays riches, car ils doivent sans cesse faire des arbitrages de leur propre chef. Dans un pays comme la France, où certaines vaccinations sont obligatoires, les citoyens obéissent à la loi et ne réfléchissent même plus à l’utilité de ces vaccins.

Si les bonnes pratiques commencent à être évaluées et reconnues, la pauvreté est encore loin d’avoir dit son dernier mot. Au sommet des Etats, les experts et les bureaucrates sont éloignés des besoins des personnes et de la réalité du terrain. La corruption est souvent un mal endémique. Le vent des réformes et des expérimentations n’est donc pas gagné, alors que le recul de la pauvreté est un condition nécessaire à l’épanouissement de la vie civique.

L’intérêt de ces deux ouvrages qui n’en font qu’un est d’apporter de nombreuses illustrations précises au discours. Elles sont prises sur tous les continents, donc dépassent les obstacles purement culturels. Son auteur parvient à exprimer en termes simples des enjeux complexes, où les freins sont parfois difficiles à démêler. En faisant connaître ce type de démarche, Esther Duflo contribue à partager des savoirs, afin de faciliter un développement de solutions innovantes. Ces dernières sont parfois peu coûteuses, mais susceptibles d’avoir un impact massif, là où toutes les politiques, trop loin des communautés, ont jusqu’ici échoué. Il serait illusoire de laisser les pauvres gérer eux-mêmes leur sortie de la pauvreté.

De quoi commencer l’année du bon pied en lisant ces deux petits ouvrages synthétiques et passionnants : Le développement humain et La politique de l’autonomie aux éditions du Seuil, Collection la République des Idées. 11,50 euros chaque exemplaire.

Pour ceux qui veulent creuser la notion d’impact, des liens sur le site de l’AFD : http://www.afd-cambodge.org/jahia/Jahia/site/afd/lang/fr/pid/28206