jeudi 25 novembre 2010

Quand l’Etat va plus loin que les analystes ISR



Le réservoir d'une usine d'aluminium à Ajka en Hongrie s'est rompu et a déversé, le 4 octobre dernier, quelque 1,1 million de mètres cubes de boue rouge toxique sur les sept villages avoisinants, faisant 10 morts et 150 blessés. L'usine d'Ajka datait de 1943. Elle avait été rachetée par MAL dans les années 90 après l’effondrement du régime communiste. Son manque entretien a été évoqué par le secrétaire d'Etat à l'environnement, Zoltan Illés, qui estime « que la cause de l'accident était dûe à la surcharge des réservoirs ».

En avril dernier, l'explosion de la plate-forme Deepwater Horizon a causé la mort de 11 travailleurs et entraîné la pire marée noire de l'histoire des États-Unis. Cité par l’AFP, l'ex-pdg de BP, Tony Hayward, a admis ce mois ci que la compagnie pétrolière n'était pas préparée à un tel désastre. La compagnie aurait même failli faire faillite, alors que ses sources de crédit se sont évaporées. Dans une entrevue à la BBC, M. Hayward soutient que les plans d'urgence de la compagnie étaient inadéquats et que la direction effectuait de la gestion au jour le jour. Ces deux scandales, qui ont causé des morts, pose la question de la responsabilité, alors que 2010 est l'année de la biodiversité.

Un article récent de ParisTech, dont les références figurent en annexe, met en évidence certains effets pervers liés à la recherche des profits à court terme. Les allègements d’actifs peuvent pousser à un recours croissant à la sous traitance, avec des risques sur la sécurité.

Diane-Laure Arjaliès
a ainsi réalisé une thèse en s’appuyant sur les observations faites en tant qu’analyste spécialiste de l’Investissement Socialement Responsable à la MACIF. Le secteur pétrolier illustre bien certains travers. «Depuis plusieurs années les analystes ISR avaient repéré des risques sur les plates-formes de BP. Mais lorsqu’un analyste va voir son supérieur, ce dernier lui demande « quel est l’impact potentiel? » A l’époque, les provisions pour risque étaient limitées à cause du plafond de 75 millions de dollars. Difficile dans ces conditions d’argumenter sur la dangerosité d’investir dans une entreprise qui enregistre par ailleurs d’excellents résultats financiers. Pour convaincre les financiers, il faut des chiffres».

Sans compter qu’il est compliqué pour un gérant de s’écarter trop fortement du secteur des industries extractives, qui représentent un poids prépondérant dans la plupart des indices. Des valeurs de fond de portefeuille réputées incontournables. Un secteur aussi considéré comme stratégique, puisque le patronat britannique, les fonds de pension et d'autres groupes d'actionnaires ont réclamé en juin dernier de Cameron qu'il prenne la défense de BP face aux critiques d'Obama qu'ils jugeaient trop sévères. Un Etat qui vient donc aux secours d’actionnaires, qui ignoraient visiblement les risques de l’exploitation pétrolière, sans doute trop concentrés sur les cash flow.

Dans ces conditions, l’absence de mesure de sécurité faisait peser davantage de risques en termes d’images qu’en termes de pénalités, liées à la réparation du préjudice. Pourtant, la forte réaction de l’opinion américaine et l’intervention des politiques ont placé BP sur des charbons ardents. L’action de la pétrolière cote d’ailleurs actuellement 437 pence au London Stock Exchange (LSE) après avoir touché un plus bas annuel de 296 pence au milieu de la crise le 25 juin contre environ 645 euros en avril 2010.

Une autre entreprise que BP aurait sombré avec la plateforme. Le pétrolier britannique a tout de même annoncé un bénéfice net de 1,8 milliard de dollars au troisième trimestre 2010, après une perte de 17 milliards de dollars au second trimestre. Ce regain de vitalité ne devrait pas cependant laisser croire qu’il s’agit d’un retour au business as usual.

La sanction financière à laquelle doit faire face la pétrolière pourrait finalement permettre au une meilleure prise en compte du risque environnemental. Et, il sera désormais moins facilement pour un investisseur, qui plus est ISR, de faire la sourde oreille sur ce thème.
Ikea a lui aussi été condamné en juin dernier pour destruction d'espèces animales et végétales protégées lors de la construction d'une plateforme à Fos-sur-Mer. L'affaire BP met surtout en évidence le rôle de l’Etat, seul apte à fixer des règles indispensables et à obtenir des compensations de la part d’une multinationale prise en faute, là où la justice peut prendre des années, comme on l’a vu avec Bhopal ou Exxon Mobil.

Dans le Rapport sur la responsabilité sociale des entreprises, (mars 2004), dont les travaux ont été présidés par Elisabeth Dufourcq, avec comme rapporteur Geneviève Besse, il est dit que «L'entreprise est tenue d'être attentive aux intérêts légitimes des différentes parties prenantes. La RSE est ainsi un mode d'autorégulation de la société mondiale, qui supplée le manque de régulation institutionnelle de la mondialisation" Néanmoins, la société civile a tout intérêt à travailler et dialoguer avec l’Etat, qui conserve un fort rôle régulateur et protecteur. Et à participer à l’élaboration des nouvelles normes ou régulation, comme dans le cas des dérives du secteur financier et les paradis fiscaux.

S’il est définitivement voté, le Clean Energy Jobs and Oil Company Accountability Act pourrait introduire de nouvelles contraintes pour les forages en mer, notamment dans la lutte contre la corruption. Les associations écologiques, comme la Surfrider Foundation, maintiennent la pression.

GOP Backs Big Oil Bailout as Democrats Fight for Jobs & BP Accountability



Jusqu’ici, les efforts des analystes ISR, qui tentent d’influencer les gérants, n’avaient pas permis d’en améliorer la sécurité. La différence entre les différents types d’intervenants, c’est que l’Etat américain est intervenu à chaud, alors que les ONG et les gestionnaires ISR ont largement un rôle préventif, plaidant en général pour l’amélioration continue des normes et une prise en compte de toutes les parties prenantes, même en l’absence de catastrophe. Sur d’autres thèmes, comme la gouvernance, des investisseurs comme la Fondation Ethos ont remporté récemment des batailles significatives, notamment contre le groupe bancaire UBS.

Dans cette quête, qu’elle soit environnementale ou sociale (réduction des exclusions), l’Etat a bien un rôle à jouer. Pour un responsable d’une ONG française, qui a l’habitude de dialoguer avec les entreprises, que j’ai rencontré, le dialogue associations/entreprises doit être complété. «Il est devenu indispensable d’y joindre une troisième partie prenante, les pouvoirs publics. De plus en plus d’actions sont en effet menées au niveau territorial, même en France, parfois en milieu rural ou en banlieues. Les mairies, les associations locales, les PME se retrouvent ainsi concernées au côté des grands réseaux traditionnels. Il convient d’être au plus près de la réalité. De même, certains projets ne peuvent être menés à bien qu’à l’échelle de l’Union européenne

Dans un point de vue dans le Monde du 7/09/2009, Chantal Jouanno en appelait à renforcer la démocratie. La recette, «c'est développer la concertation à cinq. C'est renforcer nos syndicats et nos associations environnementales. C'est imaginer un Conseil d'Etat chargé de valider la soutenabilité environnementale des projets. C'est aussi une Organisation mondiale de l'environnement aussi puissante que l'Organisation mondiale du commerce (OMC). De simples pistes de réflexion pour l'avenir. »

Pour aller plus loin :

Paris Tech Review. 1/10/2010 Le chemin de croix de BP, amorce d’un changement pour la politique environnementale des entreprises?
http://www.paristechreview.com/2010/10/01/bp-changement-politique-environnementale-entreprises/

Zegreenweb : BP a improvisé
http://www.zegreenweb.com/sinformer/nature-voyage/maree-noire-bp-a-improvise,18230

Actu Environnement. 2/08/2010 : USA : les députés renforcent la réglementation pour les forages offshore
http://www.actu-environnement.com/ae/news/projet-loi-maree-noire-deputes-americians-10797.php4

Détournement du logo BP
http://www.greenpeace.org/usa/en/news-and-blogs/campaign-blog/vote-for-the-new-face-of-bp/blog/26103

Stop Oil Spill !
Surfrider demande la suspension immédiate de toute nouvelle construction de plate-forme pétrolière offshore tant que des normes de sécurité suffisantes ne s'imposeront pas aux installations offshore.


Novethic. 8/06/2010 : Bhopal, 25 ans après
http://www.novethic.fr/novethic/entreprise/impact_local/sites_et_riverains/bhopal_25_ans_apres/122499.jsp

SwissInfo. 15/04/2010. Pas d’absolution pour l’ancien management d’UBS
http://www.swissinfo.ch/fre/Dossiers/La_Suisse_et_la_crise_financiere_mondiale/Actualites/Pas_d_absolution_pour_l_ancien_management_d_UBS.html?cid=8669886

Le pouvoir des les Sœurs Dominicaines de Sinsinawa
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/07/dix-ans-de-presence-des-autochtones-aux.html

BP Spills Coffee - Une parodie de la réaction de BP qui a détruit toute tentative de communication de crise


dimanche 14 novembre 2010

FinanCités soutient « J’organise mon mariage » pour leur plus grand bonheur


« J'organise mon mariage » est une agence de wedding planner qui offre des produits et des conseils avisés pour faire de la célébration du mariage un jour unique. Elle propose en ligne tous les accessoires de décoration pour mariage de sa boutique de mariage à prix discount : faire-part, fleurs, livres d'or, boules en plastique, boîtes pour dragées, anneaux en plastique, etc.

La société, qui dispose d’un capital social de 139.000 euros, n’aurait pas pu démarrer sans le soutien de FinanCités, une structure de capital risque solidaire pour les entrepreneurs situés en zone urbaine sensible. La société FinanCités a été créée par l’association internationale PlanetFinance pour combler un manque en France dans le soutien financier aux petites structures, dont les dirigeants ne connaissent pas les arcanes de la finance et qui ont besoin d’étoffer leur carnet d’adresses.


Christine Raiga navigue dans l’univers du mariage depuis 1992. Son activité a même été primée par la communauté Européenne de 10.000 écus en 1995 pour ses créations en matière de fête et de mariage. Christine Raiga est également l’auteur du guide « J'organise mon Mariage ». Cette femme de 48 ans est titulaire d’un Bac G3 et diplômée comme étalagiste. Pionnière dans cette activité, elle a créé la première agence de « wedding-planner » en France, alors appelée « Raigatine ». Elle témoigne sur le coup de pouce providentiel qu’elle-même et sa société ont reçu de la part de FinanCités.

Q : Comment avez-vous choisi votre domaine d’activité ?

Je suis parti du constat que les temps avaient changé. Autrefois, les fiancés s’engageaient lorsqu’ils avaient un peu plus de 20 ans. Les mariages étaient alors organisés et financés par les parents. Aujourd’hui, les hommes convolent à 31 ans et les femmes à 29,7 ans en moyenne. Ils n’ont plus réellement de besoins matériels et ont souvent déjà un enfant. Leur principal souci pour réaliser l’évènement est le manque de temps et l’importance du budget, qui tourne autour de 15.000 euros en moyenne.

J’ai été conduite à analyser finement ce marché, car la boutique d’accessoires de mariage de mes parents a vu ses ventes s’effondrer début 2007, à un moment où Internet a commencé à séduire de plus en plus de futurs mariés. J’ai réalisé qu’il fallait rapidement créer un site marchand, constituer un stock de départ et être capable de s’offrir un bon référencement.

Q : Comment avez-vous pu donner de l’élan à votre projet ?

Je ne voulais pas aller voir les banques, qui exigent des cautions personnelles et des références. J’ai mis du temps à trouver la solution du côté des apporteurs en capitaux, certains ne s’adressant qu’aux sociétés de plus de 1 million d’euros de chiffre d’affaires, voire 15 millions. J’avais bien trouvé un soutien auprès d’un groupe de 50 femmes, mais je ne voulais pas avoir un capital trop dispersé.

J’ai découvert FinanCités à l’occasion d’un salon professionnel. Mon projet et mes aspirations correspondaient à leurs attentes : prise minoritaire dans le capital, rapidité des décisions, possibilité d’accompagnement. La société de capital risque solidaire a investi 60.000 euros dans mon affaire fin 2007, ce qui a permis de mettre en place la construction du site marchand, son référencement, le stock initial et les premiers mois de fonctionnement. Grâce à ce soutien, je n’ai pas besoin de faire appel à un établissement de crédit.

Mon chiffre d’affaires va atteindre 250.000 euros cette année, contre 144.000 en 2009. Je fournis plus de 1.000 repas par an et obtiens des réductions significatives sur le budget traiteur et les locations de salles. La société, originaire d’Argenteuil, est implantée à Enghien les Bains, près du Casino, et intervient dans l’Oise et le Val d’Oise. La société, qui est rentable, emploie actuellement 2 personnes à plein temps et un recrutement à mi temps est en cours.

Nous utilisons aussi le système D, en récupérant ainsi les cartons abandonnés par certains commerçants de la commune pour les recycler pour nos envois de colis. Cela nous permet de réduire les stocks tout en préservant à notre échelle la planète.

Mes derniers projets ont été la création d’une école de management en organisation de mariages, où je délivre des cours sur le métier, notamment sur la question très importante de la décoration, de l’élaboration d’un site web, mais aussi sur les bases de la création d’entreprise. Les personnes en formation sont mêmes placées en complète immersion dans mon entreprise. Ces formations ont lieu en dehors de la période chaude des fêtes, qui se situent entre mai et octobre. Ces formations ont lieu en partenariat avec la chambre de commerce et d’industrie du Val d’Oise. J’ai déjà formé 80 personnes, dont 60 ont déjà créé leur propre entreprise et leur emploi, car il ne s’agit pas d’une franchise. Mes élèves viennent parfois du bout du monde.

Q : Comment abordez-vous l’avenir ?

Je réfléchis notamment à créer un GIE, destiné à réfléchir à la déontologie dans cette nouvelle profession.

Comme j’ai une nouvelle idée de développement, je pense refaire appel à FinanCités, pour un renforcement dans mon capital. Outre le soutien financier, je bénéficie des conseils d’un chef d’entreprise, qui vient valider nos tableaux de bord toutes les 6 semaines. Je bénéficie aussi grâce à FinanCités des conseils d’étudiants en communication de l’ISCAM, pour une somme symbolique, qui vont réfléchir à notre communication, maquettes et logos.

FinanCités est censé sortir du capital de la société au bout de 5 ans. Certains de mes associés considèrent que cela ne posera pas de problème. Néanmoins, je ne suis pas pressée de quitter le giron de FinanCités, qui ouvre de nombreuses portes. La présence de ces professionnels avisés assure une certaine sérénité, lorsqu’on baigne tous les jours dans l’urgence et le développement commercial.

Pour aller plus loin :

Le site de la société
http://www.j-organise-mon-mariage.fr/

Le site de FinanCités
http://www.financites.fr/

Entreprendre en banlieue : pour FinanCités il n’y a pas de petits projets
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/11/entreprises-en-banlieue-pour-financites.html

mardi 9 novembre 2010

Entreprendre en banlieue : pour FinanCités il n’y a pas de petits projets







La société de capital risque FinanCités a présenté ses activités à la presse le 4 novembre dernier à Paris en présence de Jacques Attali, Président du Conseil de Surveillance de FinanCités et Pdt du groupe Planet Finance.

Planet Finance a été lancée en 1998 sous l’impulsion de Jacques Attali et Arnaud Ventura. Elle est présente dans plus de 80 pays et emploie 1.200 collaborateurs. Lors de la présentation, Jacques Attali a distingué plusieurs problématiques, avec d’un côté, un pays comme la France, où l’accès au crédit est plus facile qu’ailleurs, mais où les incitations de créer sont moins fortes, et d’autres zones, où emprunter et trouver des fonds se révèlent plus compliqués.

Il est néanmoins apparu nécessaire en France d’aider ceux qui ont des idées à créer leurs propres entreprises, mais qui ne savent pas comment s'y prendre ni frapper aux bonnes portes, en leur donnant des moyens financiers et un accompagnement dans la gestion. Les plus grands besoins se situent en zones urbaines, dans des quartiers où le chômage est élevé, les revenus faibles et les diplômes trop rares. Initié en 2005, le programme «Entreprendre en Banlieue» a permis la création de 416 entreprises et généré 534 emplois. Il offre un accompagnement des porteurs de projet des quartiers sensibles dans la création de leur entreprise (antennes à Vénissieux, Marseille, Aulnay-sous-Bois, Sevran, Clichy Montfermeil et Bondy).

Pour aller plus loin, une société de capital risque solidaire a été mise en place à cet effet, dont la première initiative remonte à juillet 2007, avec
une triple intervention : éveil à la création d’entreprise en commençant par 10 quartiers, prise de participation en capital et coaching.

La qualité du tour de table est décisive, avec d’un côté des acteurs publics, comme la Caisse des Dépôts, la région Ile de France, mais aussi le secteur privé (BNP Paribas, HSBC, la CNP) ou encore Finansol. Les fonds réunis jusqu’ici ont atteint 6,5 millions d’euros et devraient bientôt s’élever à 9 millions d’euros, en visant rapidement 30 millions d’euros dans les prochaines années, en fonction des besoins. La société est toujours en recherche de nouveaux bailleurs de fonds.

Les conditions d’accès à ce dispositif sont simples : être en phase de croissance, se situer dans les quartiers, avoir un fondateur issu des quartiers et/ou avoir une utilité sociale avérée. Il n’y a pas de critères d’activité. L’entreprise doit afficher au moins un premier exercice. Cette confrontation à la réalité économique doit en effet permettre de bâtir un business plan réaliste, ce qui nécessite évidemment d’avoir un vrai projet.

FinanCités prend généralement un ticket compris entre 15 et 35% du capital de la société, pour une enveloppe variable comprise entre 25 et 125.000 euros. La sortie du capital est prévue à partir de la 5ème année. En cas de croissance soutenue, d’autres fonds que FinanCités, éventuellement non solidaires, peuvent ensuite prendre le relais en cas de besoin.

Une des clés du succès du développement pour les entrepreneurs se situe au niveau de leur suivi personnalisé grâce à un coaching assuré par des partenaires comme Accenture (aspects juridiques), Crossknowledge (formation à la gestion du temps et à la négociation commerciale) et le Club du XXIème siècle. Ce soutien actif peut s’effectuer sous forme de mécénat de compétence. FinanCités aide les entrepreneurs à ouvrir certaines portes, jusque là impensables, comme l’accès aux réseaux bancaires, grâce à des dossiers mieux montés, et leur permet d’élargir leur carnet d’adresses avec des contacts de haut niveau.

A ce jour, 39 dossiers ont été soutenus financièrement et accompagnés par FinanCités pour un montant total de 2,1 millions d’euros. Des apporteurs d’affaires, comme France Initiative, leur amènent des dossiers, mais FinanCités souffre encore d’un manque de notoriété. Ses promoteurs, Jean-François Vaucel (Pdt du Directoire) et Joël Pain (DG de Planet Venture et Gestionnaire du Fonds FinanCités) souhaitent faire porter le nombre de dossiers étudiés à 350 par an, contre 350 dossiers regardés depuis 3 ans. Le modèle commence à essaimer comme en Guadeloupe, à Milan, et sans doute également à New York.

Pour l’heure, le taux d’échec reste inférieur à celui d’autres sociétés de capital risque. Les causes sont classiques : mauvaise évaluation des capacités du dirigeant, problèmes personnels, personnes peu scrupuleuses. Les premières retombées obtenues depuis 2007 justifient amplement la nécessité d’accroître la taille du fond et de se faire connaître par les bénéficiaires potentiels.

Vidéo : Success story : Thomas Buffard - Sineo : spécialiste du nettoyage auto sans eau. Implantée près de Dijon, cette petite société emploie des personnes en réinsertion. Sineo a emporté des prix dans le domaine du développe durable. FinanCités y a investi 30.000 euros


Pour aller plus loin :

Site de FinanCités
http://www.financites.fr/

Rapport d’activités 2009
http://admin.planetfinancegroup.org/upload/medias/fr/financites100719.pdf

Présentation d’Entreprendre en banlieue
http://france.planetfinancegroup.org/FR/entreprendre_banlieue.php

Qui sont les principaux partenaires financiers de PlanetFinance ?
Les ressources d’exploitation de PlanetFinance se sont établis à 9,9 M€ pour l’exercice 2009, dont 4,2 millions de concours ou subventions publiques et 3,1 millions d’euros de fonds privés. Les principaux bailleurs privés, engagés dans un partenariat « Premium », sont engagés à donner en numéraire et en nature au moins 200.000 euros par an sur une durée minimale de 3 ans. Ce sont Altavia, Ernst & Young, la Fondation Bill & Melinda Gates, la Fondation Orange, GDF SUEZ, Sanofi –aventis, SAP et Sogeti.

Novethic : Le capital risque solidaire s'institutionnalise
http://www.novethic.fr/novethic/finance/finance_solidaire/le_capital_risque_solidaire_s_institutionnalise/131634.jsp

Le chapeau décoiffe avec de l'argent solidaire
http://www.ouest-france.fr/region/paysdelaloire_detail_-Le-chapeau-decoiffe-avec-de-l-argent-solidaire-_8620-1572170_actu.Htm


5e session Outre Mer Network
envoyé par outremernetwork. - Plus de trucs et astuces en vidéo.

mercredi 3 novembre 2010

Le lobbying continue à susciter des complexes dans une partie du monde associatif




Comme Monsieur Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir, la plupart des grandes associations françaises savent jouer des coudes pour défendre les causes qu’elles soutiennent, y compris en faisant du lobbying vis-à-vis des pouvoirs publics. Lors des discussions sur les produits chimiques à Bruxelles, la Directive Reach, les ONG ont su occuper le terrain politique et co-produire de nouvelles normes. A ce titre, après 10 ans d’efforts et de négociations avec les ONG, l’Union Européenne vient également de prendre une décision en faveur d’une foresterie responsable.

La pratique de plaidoyer de 3 ONG (Amnesty International Section France, ATD Quart Monde et le Secours Catholique) qui luttent contre l’exclusion et la défense des droits de l’homme a été étudiée par Christèle Lafaye, juriste au Secours Catholique. 

Elle a en effet réalisé un mémoire de master 2 (Institut d’administration des entreprises de Paris 1), qui porte sur «Les fondements de la légitimité des actions de plaidoyer». Elle a fait connaître ses conclusions à l’occasion d’une table ronde le 13 octobre 2010, à laquelle les représentants de ces associations ont apporté leur témoignage.

Il en ressort que les associations éprouvent des difficultés à parler du lobbying, un terme réducteur qui décrit mal le sens de leur action. En effet, ce barbarisme un peu tabou renvoie à la défense d’intérêts privés menée par le monde des affaires dans des lieux clés comme Washington et Bruxelles.

De leur côté, les ONG revendiquent défendre l’intérêt général, voire pratiquer l’altruisme, sans arrière-pensée et sans avoir besoin d’avancer masquées. Les trois ONG étudiées ont en fait développé leur propre mode opératoire, l’alter-lobbying. Ce dernier a une visée d’intérêt général et se fait en 2 temps : une phase pour convaincre l’opinion publique-les médias et ensuite une phase de lobbying.

Ces réflexions sur leurs interventions sont issues d’un débat récent sur leur légitimité. Les responsables de plaidoyer des différentes associations réunies à cette table ronde ont déclaré que jusqu’ici leur légitimité était rarement mise en cause, comme en témoigne Anne Castagnos-Sen, Responsable des relations extérieures d’Amnesty International Section France. Pourtant, c’est moins vrai aujourd’hui, comme en attestent certains signaux :

  • explosion du nombre d’ONG, dont la masse occupe une place croissante de la vie sociale et politique.
  • dans celles-ci, il y a aussi des Bingos (Business Initiated NGO), des structures émanant du monde des affaires, avec un risque de confusion.
  • remises en cause par certains chefs d’Etat de diverses associations luttant contre la corruption.
  • apparition de la Fondation d’entreprises Promotheus, qui scrute le fonctionnement des grandes associations françaises. Nombre d’entre elles ont mal vécu l’irruption de cet observateur issu du milieu parlementaire et qui publie chaque année un baromètre de la transparence des ONG.

Pour Vincent David, Consultant lobbying d’associations, la légitimité est aussi plus facile à acquérir au plan national qu’à l’échelon international, où l’opinion publique est moins facile à appréhender. Mais, les médias peuvent aussi contribuer à légitimer des citoyens parfois peu organisés, comme dans le commerce équitable ou les stages en entreprise (Génération Précaire).

Pour les invités de la table ronde, la légitimité des grandes ONG repose pourtant sur des faits bien établis : un ancrage territorial, des bénévoles, des permanents et de plus en plus l’appartenance à des réseaux, ce qui constitue le premier vecteur de légitimité, la «représentativité». Les deux autres sources de légitimité sont d’ordre éthique (valeurs défendues, transparence, etc.) et technique (expertise, etc.).

Autant de facteurs qui peuvent pousser une association à lancer très tôt un débat public, alors que la société n’a pas encore conscience de certains problèmes. Il faut partir tôt, car certaines actions se heurtent à des résistances. Une action de plaidoyer peut durer 10 ans jusqu’au vote d’une loi, ce qui nécessite de la patience, du pragmatisme et la collecte des données pertinentes pour susciter l’intérêt, voire l’adhésion, et être capable de s’adapter aux arguments adverses.

Chez Amnesty International, on préfère parler de plaidoyer (« advocacy »), plutôt que de lobbying. Une famille d’actions qui se distingue de la communication ou de la mobilisation des adhérents (ex. flash mob). Dans cette association de défense des droits de l’homme, la légitimité semble une évidence, même si de la pédagogie se révèle nécessaire dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels.

Quels que soient les termes employés, les associations se disent politiques, mais pas partisanes, comme le déclare Marie-Aleth Grard, Vice-Présidente d’ATD Quart Monde. En effet, il s’agit pour elles de faire avancer la justice, un bien commun pour François Soulage, Président du Secours Catholique.

Mais, le lobbying ne s’improvise pas, car il nécessite un savoir-faire. Pour avoir droit au chapitre, certaines associations ont déjà effectué leurs mues, en mettant en place des outils de veille, en recourant à la cartographie du pouvoir, à des rendez-vous avec les décideurs sur leurs lieux de travail. Et, les personnes identifiées comme les plus influentes ne sont pas toujours des élus, qui suivent les consignes de leur clan, mais peuvent se situer dans les cabinets ministériels, les conseillers et l’administration.

Quelque soit leur professionnalisme des ONG, le lobbying reste un rapport de force. Un représentant de France Libertés a témoigné de l’âpreté du lobbying dans le domaine de l’eau potable, où certaines entreprises disposent de moyens considérables. David contre Goliath.

Le travail en inter-associatif, qui est difficile à mettre en musique, répond aussi à ce besoin de légitimité collective. En France, la journée mondiale du refus de la misère, qui a eu lieu le 17 octobre 2010, constitue ainsi une action commune et bien identifiée entre le Secours Catholique, ATD Quart Monde et Amnesty International France. Le réseau doit aussi permettre de réduire la durée nécessaire pour obtenir un résultat concret et constitue aussi un meilleur moyen de faire savoir.

La pratique, qui vise à convaincre les hommes politiques, se substitue avec la tendance précédente, où les associations étaient tentées d'adopter systématiquement une posture contestataire. Plusieurs associations de premier plan ont d’ailleurs intégré le Conseil économique social et environnemental (Cese).

Mais, la lutte d’influence n’est pas la seule voie possible. Les associations réfléchissent aussi à d’autres voies comme le dialogue avec les entreprises. Cette piste est aussi une reconnaissance et de légitimité, dans la mesure où les firmes n’envisageraient pas de discuter, si le secteur associatif n’était pas représentatif et qu’il ne possédait pas par exemple des expertises certaines.

Pour ATD Quart Monde, la question se pose sans cesse. De son côté, Amnesty International réfléchit à un élargissement de ses partenariats, mais refuse tout fonds publics ou corporate. Anne Castagnos-Sen explique que la règle est de bien camper à sa place : l’association doit rester dans le droit fil de son mandat.

Au final, les associations à vocation sociale parviennent à occuper un espace croissant, mais ne semblent pas encore complètement décomplexées par rapport à la question du lobbying. Ce dernier comporterait une connotation négative dans l'hexagone. De même, chez Care France, qui fait pourtant partie d’un vaste réseau international, on préfère parler de plaidoyer.

Les ONG anglo-saxonnes comme Spinwatch ou allemande comme Lobbycontrol sont plus à l’aise et certaines d’entre elles sont devenues des observateurs expérimentés de cette technique d’influence, dans laquelle elles perçoivent un manque de transparence, des pratiques déloyales, voire un pouvoir démesuré et peu démocratique.

Le réseau associatif Alter-EU et l’ONG Transparency International ont même proposé récemment une interdiction pendant trois ans de toute reconversion d’anciens commissaires européens dans le lobbying, une pratique de pantouflage vivement critiquée.

Pragmatiques, les associations environnementales semblent pour leur part avoir franchi le cap, puisque le mot « lobbying » revient 14 fois dans le rapport d’activité 2008/2009 du WWF France.

Dans le sillage du Grenelle de l’environnement, avec ses groupes miroir, le lobbying environnemental revêtirait un caractère d’efficacité et de modernité : une action ciblée à un moment donné auprès des bons décideurs. Le terme lobbying figure aussi dans les rapports d’activité 2009 des associations suivantes:

  • 2 fois chez Greenpeace France
  • 3 fois dans le rapport de la Surfrider Fondation
  • et 4 fois à la LPO et chez France Nature Environnement.

Les associations écologistes, en se frottant aux entreprises sur de nombreux sujets sensibles, se seraient ainsi davantage converties à leurs méthodes de travail, ayant constaté sur le terrain leur efficacité. Néanmoins, les Amis de la Terre France recourent au terme plaidoyer. Dans un autre registre, la Fondation Nicolas Hulot préfère utiliser les mots « sensibiliser » et «découvrir» et la Fondation GoodPlanet le terme « éducation ». Le Grenelle de l’environnement et l’urgence climatique auraient ainsi selon nous permis aux associations vertes d’afficher leur recours au lobbying, sans effrayer leur base.

Adopter les termes de plaidoyer ou de lobbying correspondrait donc finalement à des questions de sensibilité, de culture et d’histoire. Pour les associations les plus rétives, la prudence implique de ne pas effrayer les militants et surtout de ne pas être assimilées à la défense d’intérêts particuliers, ce qui serait source de confusion. Mais, les hommes politiques et le personnel de l’administration qu’il faut sensibiliser sont les mêmes, qu’on parle de lobbying ou de plaidoyer.

Pour aller plus loin :

Interdépendances. N°70. Le dossier : "Les ONG peuvent-elles changer le monde ?"
http://www.interdependances.org/article/909/Les_ONG_peuvent_elles_changer_le_monde

Secours Catholique. Les ONG veulent renforcer la légitimité de leur plaidoyer
http://www.secours-catholique.org/actualite/les-ong-veulent-renforcer-la,7954.html?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

Coalition internationale Publiez ce que vous payez - Publish what you pay (PWYP)
Une victoire du lobbying des ONG dans la lutte contre la corruption. Les entreprises d'extraction cotées à la Bourse américaine seront désormais tenues de rendre publiques les commissions qu’elles versent aux gouvernements pour exploiter leurs ressources. Cette mesure a été adoptée cet été par le Congrès des Etats-Unis.

http://www.courrierinternational.com/article/2010/07/20/un-grand-pas-dans-la-lutte-contre-la-corruption

Sur les Bingo :
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/02/bataille-dong-dans-lhuile-de-palme.html

Association Survival : Finsbury remporte le prix de la « Communication la plus désastreuse de l’année »
http://www.survivalfrance.org/actu/6590