mardi 21 juin 2011

72 entreprises font pression sur Bruxelles pour une politique climatique plus ambitieuse


















Le 15 juin dernier, The Climate Group, The Cambridge Programme for Sustainability Leadership et le WWF European Policy Office ont publié un communiqué de presse, qui décrit les engagements que sont prêts à prendre des entreprises leaders sur leur marché sur la question du réchauffement climatique et de la compétitivité de l’industrie du Vieux Continent.


Une liste qui ne cesse d’augmenter des plus grandes sociétés européennes, actuellement au nombre de 72, ont en effet signé une déclaration demandant à l'Europe d'accroître ses ambitions en matière de climat avant le Conseil Environnemental de l'UE du 21 Juin et le vote du Parlement européen le 23 juin sur la baisse du niveau des émissions de CO2 au-delà de 20%. Pour l’heure, l'UE s'est engagée pour 2020 à réduire ses émissions de CO2 de 20% par rapport à leurs niveaux de 1990 et de porter à 20% la part des renouvelables pour la production d'énergie.

Le nombre des membres de l’Appel, baptisé Joint Business Declaration, a plus que doublé dans les derniers mois.

Ils appellent l'UE à adopter un objectif de 30% de réduction des émissions d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990, afin de préserver la compétitivité de l'Union européenne et de bâtir une économie pauvre en carbone.

Cet objectif serait réalisable grâce à une politique tournée vers l’innovation, l’efficacité énergétique, le développement des énergies renouvelables, avec pour effet le plus spectaculaire une diminution de la dépendance aux énergies fossiles. 6 millions d’emplois nouveaux seraient à la clé. La facture en hydrocarbures pourrait même baisser de 600 milliards de dollars en 2050.

Ces signataires corporate emploient plus de 3,8 millions d’employés avec un chiffre d’affaires supérieur à 1 trilliard d’euros, soit un montant supérieur aux PNB combinés de la Pologne, la Suède et l’Autriche.

Quelques signataires français : Crédit Agricole, BNP Paribas, Danone, Carrefour, Eurostar, Lafuma. Certains partenaires corporate du WWF International ne soutiennent pas ou pas encore cet appel comme HSBC et Lafarge.

Liste des entreprises engagées:
Acciona, Adolfo Dominguez, Allianz, Alpro, Arjowiggins graphic, Arkadin, ASDA, Atkins, Aviva, Aviva Investors, Barilla, Better Place, BNP Paribas, Boralex, BSH Bosch Siemens Hausgeraete, British Telecom, BSkyB, Capgemini, Carrefour, Centrica, Climate Change Capital, Coca-Cola Enterprises, The Coca-Cola Company, Coca-Cola Hellenic, Crédit Agricole, Danfoss, Danone, DHV Group, DONG Energy, Electrolux, Elopak, Eneco, Eurostar, F&C Asset Management, Ferrero, First Solar, Google, H&M, If P&C Insurance Company Ltd, IKEA, InterfaceFLOR, John Lewis Partnership, Johnson Controls Inc, Kingfisher, Lafuma, Mango, Marks and Spencer, National Grid, Nestlé, Nike, Nokia Siemens Networks, Novo Nordisk, Philips, PUMA, Rockwool, RSA, Scottish and Southern Energy, SKAI Group of Companies, Sony Europe, Standard Life, Sveaskog, Swiss Re, Thames Water, The Co-operative Group, Tryg, Unicredit, Unilever, United Biscuits, Velux, Vestas, Vodafone, WSP Group.

A l'occasion de la présentation à Bruxelles du rapport du GIEC (Groupe intergouvernemental sur l'évolution du Climat) consacré aux énergies renouvelables, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a déclaré selon l’AFP "Je pense personnellement que la décision de l'Allemagne de renoncer au nucléaire va considérablement aider au développement des technologies renouvelables".

Pour sa part, la Commissaire en charge du Climat Connie Hedegaard estime que réduire de 40% les émissions de CO2 et porter la part des renouvelables à 45% pour 2030 est "faisable".

Pour aller plus loin :

Communiqué de presse de l’Appel du 15 juin
http://epo.panda.org/news.cfm?200650/72-leading-companies-call-for-increase-in-EU-climate-ambition-to-boost-EU-economy-and-jobs

Greenpeace défie les entreprises européennes à devenir leader en matière de protection du climat 18.05.2011
« Malgré toutes les évidences qu’un objectif climatique plus ambitieux pour l’UE serait favorable à son économie, des multinationales comme ArcelorMittal, Microsoft, BP et Volkswagen (VW) freinent le développement d’une économie verte en Europe. »
http://astm.lu/?p=6072

Une entreprise signataire qui innove

Interview du président VELUX pour la maison Air... par VELUXFrance

Le Climate Group et Jet Li apportent la lumière en Chine profonde 30.08.2010
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/08/le-climate-group-et-jet-li-apportent-la.html
Une initiative intéressante : Le 50ème anniversaire de WWF UK : « Talking transformations ».

Avec de nombreux témoignages vidéos.

As part of our 50th anniversary, we've asked 50 business and thought leaders to share their vision on how business can drive transformational change towards a sustainable future. View a selection of their inspiring responses and share your reactions below.
http://www.wwf.org.uk/what_we_do/working_with_business/talking_heads.cfm

vendredi 17 juin 2011

Des ONG grassouillettes ?



L’Allemagne et l’Italie ont renoncé haut et fort au nucléaire. Le travail de sensibilisation des ONG avait préparé le terrain. Mais, le fait qu’un pays aussi développé que le Japon n’ait pas tout prévu a constitué leur meilleur plaidoyer, sans compter la manque de transparence de Tepco et sa gestion à court terme.

Mais, il est difficile de savoir ce qu’auraient donné les appels aux changements des associations écologistes sans cet évènement brutal. En combien de temps auraient-elles obtenu cette conversion ? Le tsunami a d'ailleurs entraîné un changement de paradigme, l’action EDF Energies Nouvelles gagnant 26% depuis le début de l’année (EDF -14%, Areva -13%) pour un CAC 40 stable.


Des voix critiquent l’embourgeoisement des ONG, conséquence de leur professionnalisation et de leur insertion quasi-institutionnelle dans l’agenda international. Leur bureaucratisation marquerait un oubli des valeurs portées par leurs fondateurs. Comparé aux années 1970, le monde associatif aurait perdu sa niaque. De leur côté, les médias, qui étaient prêts à s’enflammer face à de nouvelles formes de protestation, satureraient. N’en jetez plus.
« Worryingly, in every major green group, managers, administrators, communicators and fundraisers outnumber campaigners and researchers. Too many staff have become obsessed with the process of running an organisation. Interminable meetings, not action, are the order of most days. All too often, fundraisers and PR teams, not campaigners, call the shots.
C’est ainsi que s’exprime Charles Secrett dans The Gardian cette semaine. Ce n’est pas un inconnu, puisqu’il a été directeur exécutif de Friends of the Earth England, Wales and Northern Ireland de 1993 à 2003.

Parmi ses fonctions actuelles, il est notamment au Board du Fonds Triodos Bank Renewable Energy et Vice-President du London Wildlife Trust. Sur le site de BP, il est indiqué que Charles Secrett collabore également à une commission consultative et de contrôle indépendante, qui a été mise en place pour surveiller les progrès du programme Targetneutral.

La plupart des grandes ONG environnementales, comme FoE, la RSPB (The Royal Society for the Protection of Birds), Greenpeace et le WWF, se seraient assoupies selon lui. Elles cocooneraient sur un matelas financier confortable, avec des budgets annuels de 100 millions de livres.

Alors qu’il est désormais possible selon lui de faire carrière dans ces associations, chose auparavant inenvisageable, les activistes doivent retrouver leurs dents. La lutte contre certaines problématiques est engagée dans un contre la montre. Il en appelle à une Révolution pacifique des forces vives de la société, qui soit aussi puissante que la vague populaire, qui a fait tomber les masques dans les pays arabes.
Today's activists regard once radical organisations as part of the NGO establishment: out-of-touch, ineffective and bureaucratic. The wheel has turned full circle. It is time to rethink and reorganise again.
Le journaliste Fabrice Nicolino, auteur de plusieurs livres notamment sur les bio-carburants et les pesticides, a fait le même constat. « Pour ce que j’ai pu voir, Greenpeace n’est plus». Il se réfère à l’époque des pionniers, « les cinglés de 1971» voyageant en haute mer en direction de l’Alaska à bord du Phyllis Cormack, pour y occuper le site des essais nucléaires américains. Fabrice Nicolino a fait partie quelques années du Conseil statutaire de Greenpeace France. Il est l’auteur d’un blog «Planète sans visa».
« Ceux d’aujourd’hui gèrent la manne du fundraising, méthode éprouvée pour récolter du fric auprès de millions de donateurs. Certes, et ce n’est pas rien, Greenpeace ne dépend ni de l’État ni de l’industrie. Mais ses cadres supérieurs, souvent recrutés par petite annonce hors du mouvement écologiste, sont des cadres supérieurs. »

Dans la foulée de la Tribune accordée à Charles Secrett, le journaliste Damian Carrington a recueilli les réactions des associations mises en cause. Andy Atkins des FoE clame avoir obtenu une loi sur la préservation du climat.

Martin Harper, directeur de la conservation de RSPB, estime que les actions choc peuvent au bout d’un certain temps se fondre dans le bruit ambiant. La RSPB a choisi une autre voie en collaborant avec de nombreuses entreprises comme Cemex UK, The Co-operative Bank, the Famous Grouse, Chevron Upstream Europe et SABIC UK Petrochemicals.
« Les ONG qui réussissent de nos jours sont celles qui savent quand il faut être une épine dans le pied et quand il convient d’être un partenaire constructif. Pour remplir sa mission de conservation, la RSPB doit travailler étroitement sur de nombreux thèmes avec le gouvernement et l’industrie ».
Y percevant le souffre, plusieurs articles ont été publiés ces dernières semaines dans l’Express, Politis et Basta ! critiquant les partenariats corporate du WWF ou de Conservation International. Lafarge, BP et l’industrie des OGM sont accusés d’acheter la bienveillance des ONG.

Une vidéo a même été diffusée par le magazine anglais Don’t Panic (voir ci-dessous). Deux journalistes se sont fait passer pour des représentants de Lockheed Martin, une entreprise américaine du secteur de la défense. Ils voulaient démontrer qu’une association de préservation de l’environnement peut aider une entreprise à verdir son image.



L’indignation semble avoir repris du poil de la bête. La hache de guerre avait ainsi été enterrée chez Max Havelaar. Dans une interview au JDD en octobre 2010, Frans Van der Hoff, prêtre-ouvrier néerlandais, déclarait "Je pense désormais que protester, c’est proposer. »

Comme le label Max Havelaar patine en France, Novethic observe le recentrage de nombreux acteurs sur une parole plus politique.
Christophe Roturier, Directeur délégué de Max Havelaar France, leur a indiqué que l’association va désormais cibler davantage ses interventions sur la nécessaire régulation des marchés agricoles contre les pratiques spéculatives.

Dans un autre domaine, celui de l’ESS, Tarik Ghezali, délégué général du Mouvement des entrepreneurs sociaux, considère que l’économie sociale et solidaire doit sortir de son « village gaulois » douillet et exotique et se lancer dans l’arène économique et politique, notamment à l’approche des élections. Dans une Tribune sur Youphil au titre évocateur « A quoi sert l’économie sociale et solidaire si elle ne dérange personne? », il indique que
« L’ESS doit retrouver le goût du débat, de l’audace, de la confrontation, au sens noble du terme. Pour gagner cette bataille des idées, il ne faut pas craindre de bousculer, de déranger. »


Clip du Mois de l'ESS 2010 par CNCRES

Pour Claude Alphandéry également, qui est à l'origine des Etats généraux de l'économie sociale et solidaire (ESS) qui se déroulent au Palais Brongniart à Paris, du 17 au 19 juin, l’ESS doit être décloisonnée.

L’engagement associatif n’est pas stérile. France Nature Environnement (FNE) se félicitait début juin qu’Eco-Emballages ait revu à la hausse la contribution des entreprises pour les inciter à une "réduction à la source" du nombre et du poids des emballages et améliorer le recyclage. « Elle accueille avec enthousiasme cette avancée qu’elle demande depuis 15 ans et rappelle la priorité qui doit être donnée à la prévention. »

Il y a eu aussi en 2010 aux Etats-Unis le succès de la Coalition internationale Publiez ce que vous payez - Publish what you pay (PWYP). Les entreprises d'extraction cotées à la Bourse américaine sont désormais tenues de rendre publiques les commissions qu’elles versent aux gouvernements pour exploiter leurs ressources. Plus récemment, une nouvelle ONG est aussi apparue, Finance Watch, qui se veut un garde-fou contre le lobby bancaire à Bruxelles.

Et Greenpeace vient de remporter une blitzkrieg contre Mattel en parodiant Barbie et Ken, son fiancé. Hasbro et Disney étaient aussi visés par ricochet. Ces gladiateurs de l’écologie dénonçaient la politique d’approvisionnement du marchand de jouet, qui aurait des incidences sur la déforestation en Indonésie. Un pays où selon le Los Angeles Times les deux géants APP et Asia Pacific Resources International (APRIL) sont aussi assiégés par Rainforest Action Network, Friends of the Earth, the World Wildlife Fund et plusieurs ONG locales.

La vidéo suivante a été traduite en …18 langues ! En réponse, Mattel a demandé à ses fournisseurs de cesser de s'approvisionner auprès d'APP durant six mois, le temps de mener une enquête.
.

La scénarisation de ces vidéos dramatise le débat, rendant difficile aux entreprises visées de trouver la parade immédiate. Mais, ces messages viraux animent par leur buzz l’univers du web 2.0 et les actions de terrain réussissent encore à attirer la télévision. Comme elles donnent à voir, elles sont critiquées par les blogueurs ou les as du marketing au même titre qu’un court métrage ou une publicité, notamment sur leur créativité et la qualité du storytelling. Elles font l’objet d’études de cas dans les formations de communication de crise. Il s'agit d'un travail d'orfèvre pour participer d’une certaine manière à la société du spectacle
sans dénaturer le message.

« Indignez-vous! » de Stéphane Hessel est dans l'air du temps. Il a notamment été acheté par plus de 300.000 indignados en Espagne et va être publié en Chine. Une aspiration émerge : il faut secouer le cocotier. Les critiques portées aux ONG ne sont pas nouvelles. Elles reflètent la diversité du monde associatif et des mouvements sociaux. Mais aussi des clivages.

L’âge d’or des combats associatifs, comme celui contre l’Exxon Valdez, subsiste sans doute dans l’imaginaire, comme on le retrouve de façon parodique dans le livre d’Iegor Gran « O.N.G ». Il y a une quête de sens. A chaque association de définir sans tabou les meilleures voies pour faire avancer le débat selon sa culture et ses moyens, avec du dialogue et des collectifs. Mais, l'effet de levier que représentent le décloisonnement et le monde des affaires est revendiqué par certaines associations comme une approche réaliste face à l'urgence.

En France, il n’y a visiblement pas de rupture de confiance vis-à-vis des ONG comme le montre le dernier baromètre France Générosité/Cerphi/La Croix. Si les Français donnent de plus en plus malgré la crise, c’est qu’ils ressentent l’ampleur des besoins et n’imaginent pas les associations vautrées dans l’opulence.

Pour aller plus loin :

Les deux articles du Guardian. 13 juin 2011
Environmental activism needs its own revolution to regain its teeth. 13.06.2011
http://www.guardian.co.uk/environment/2011/jun/13/environmental-activism-needs-revolution
Greenpeace and Friends of the Earth hit back over 'out-of-touch' criticism
http://www.guardian.co.uk/environment/2011/jun/13/greenpeace-foe-charles-secrett-criticism

Le point de vue de Fabrice Nicolino. Mai 2008
http://fabrice-nicolino.com/index.php/?p=296

Christian Troubé se demande si les ONG humanitaires n’ont pas perdu leur âme.
Une profession encore marquée par la culture judéo-chrétienne qui doit se métisser, réinvestir les mouvements sociaux et apporter des idées nouvelles.
« L’humanitaire, un business comme les autres ?» Collection Larousse/ A dire vrai. Mai 2009

Sur la dénonciation des partenariats associations/entreprises

Basta ! Comment les plus gros pollueurs de la planète « s’achètent » des organisations écologistes par Simon Gouin (15 juin 2011)
http://www.bastamag.net/article1550.html

L’Express. WWF et les entreprises, les liaisons dangereuses
10.06.2011
http://www.lexpress.fr/actualite/wwf-et-les-entreprises-les-liaisons-dangereuses_1001238.html

Politis. Lafarge bétonne sa RSE.
10.06.2011
http://www.politis.fr/Lafarge-betonne-sa-RSE,14501.html

NO LOCKHEED: what are we?

http://nolockheed.posterous.com/

Sur Mattel:


Communiqué de presse; Mattel Announces Sustainable Procurement Policy 10.06.2011

http://investor.shareholder.com/mattel/releasedetail.cfm?ReleaseID=583977

eReputation et gestion de crise
http://www.e-marketing.fr/Tribunes-Experts/eReputation-et-gestion-de-crise-Tribune175.htm
L’avis de Knowckers. Greenpeace préfère s’attaquer aux poupées Barbie qu’à BP. 16.06.2011
En se lançant dans une bataille contre Mattel, Greenpeace aurait choisi la facilité, alors que l’ONG serait restée beaucoup plus discrète pour dénoncer l’explosion de la plateforme de BP dans le Golfe du Mexique.
http://www.knowckers.org/2011/06/greenpeace-prefere-s%E2%80%99attaquer-aux-poupees-barbie-qu%E2%80%99a-bp/

L’avis de Blogoergosum : Greenpeace VS Mattel : peut mieux faire. 16.06.2011
http://www.blogoergosum.com/26735-amaury-hubault-greenpeace-vs-mattel-peut-mieux-faire

La campagne contre les emballages de Mattel succède à celle contre Nestlé l’an passé. Grignoter une barre chocolatée Kitkat reviendrait-il à tuer un orang-outang ? Le rapprochement se référait à l’utilisation par le géant agro-alimentaire d’huile de palme issue de la destruction des forêts tropicales et des tourbières indonésiennes, dans la fabrication de certains de ses produits.

Have a break ? par gpfrance

Sur le commerce équitable

Le JDD. 10.10.2010 Max Havelaar « La machette, le café et le goupillon »
http://www.lejdd.fr/Economie/Actualite/La-machette-le-cafe-et-le-goupillon-225946/

Novethic. Le commerce équitable n'échappe pas à la crise. 13.05.2011 http://www.novethic.fr/novethic/entreprises/pratiques_commerciales/produits/le_commerce_equitable_n_echappe_pas_crise/133846.jsp

Concernant des spécialistes du plaidoyer et de l’humour noir : L'incroyable vraie-fausse conférence des Yes Men en représentants de McDonald's et de l'OMC
http://www.ubest1.com/?page=video/26073/L-incroyable-vraie-fausse-conférence-des-Yes-Men-en-représentants-de-McDonald-s-et-de-l-OMC

lundi 13 juin 2011

Des banquiers aux pieds nus aux marches glissantes de Wall Street


















Ces dernières années, la cotation en Bourse de deux instituts de microfinance (IMF) à Mexico et Bombay a suscité la polémique, certains y voyant un dévoiement du but ultime de réduction de la pauvreté. Le ver serait dans le fruit. A l’opposé, d’autres voix soulignent qu’il faut attirer toujours plus de capitaux pour répondre à l’ampleur des besoins.

Comme de nombreux outils de lutte contre la pauvreté (BoP), la microfinance présente parfois un caractère hybride, avec les contradictions de ce genre de modèle, le monde associatif ayant été en partie relayé par le secteur privé.
Les acteurs qui sont de plus en plus en concurrence ont parfois emprunté des voies différentes. Vouloir présenter simplement cet outil est une gageure.

Le point de départ de cette mutation a été l’introduction en Bourse en avril 2007 à Mexico et à New York de Banco Compartamos (« partageons »), Institucion de Banca Multiple. Cette ancienne ONG, créée au début des années 1990, s’est transformée au fil de ses besoins de développement en obtenant au final une licence bancaire. Mais, le tournant a résidé dans l’ouverture de la société aux « intérêts privés », qui possédaient au départ autour de 30% du capital pour le plus grand bonheur de ces investisseurs. Dans les années de croissance, un investisseur qui plaçait ses billes dans Compartamos récupérait en effet sa mise initiale en moins de deux ans. Mais, cette transition a été accompagnée de taux d’intérêt de l’ordre de 100% (justifiés par certains par un niveau de coûts élevés) et également de vente forcée de produits connexes, comme l’assurance-vie.

Selon Benoit Granger, professeur à Advancia, les dirigeants, qui étaient au départ de l’histoire, ont multiplié par 300 leurs mises initiales, ce qui a généré un certain malaise et une division des grandes figures du mouvement. Tous les détails de cette métamorphose figurent dans son papier « évaluer la microfinance après le scandale Compartamos", publié dans le Rapport Moral sur l’Argent dans le Monde 2009 (Revue d’Economie Financière).

En 2010, Compartamos Banco a encore affiché un produit net bancaire et un résultat net en hausse de plus de 25% (un profit de 110 millions d’euros), une marge d’intermédiation de 59% et un fonds de commerce de près de 2 millions de clients actifs. Bien que l’action Compartamos Banco ait perdu près de 20% de sa valeur depuis le début de l’année, la banque des pauvres capitalise encore plus de 2,1 milliards d’euros.

Video: Richard Rosenberg, consultant chez CGAP revient sur l'origine de la controverse.

MFP 087. Compartamos Controversy - Leadership and Responsibilities. Part 1 - Interview with Richard Rosenberg - CGAP from Microfinance Podcast on Vimeo.

Néanmoins, la situation mexicaine semble plus saine que celle de l’Inde du sud, comme l’illustre la descente aux enfers du titre SKS Microfinance Ltd, introduit en fanfare fin août 2010 à la Bourse à Bombay à 1.088 roupies. Très dynamique, la start up indienne avait déjà bénéficié du soutien Soros Fund Management et Sequoia Capital. Des sponsors avertis puisque le fonds d'investissement Sequoia Capital, fondé par Don Valentine en 1972, avait participé au développement de sociétés qui ont fait leurs preuves telles qu'Apple, Oracle, Yahoo, Google et YouTube.

Le fait que SKS était à l’origine une ONG apparue en 1998 semble aujourd’hui un lointain souvenir. Elle s’est industrialisée et s'est hissée sur la seconde marche des IMF dans le monde. Avec un passé glorieux. En 2006, son fondateur Vikram Akula a été sélectionné dans les personnalités de l’année par le magazine Time. En 2008, SKS a fait une entrée remarquée dans le club fermé des «most influential emerging companies» du magazine Business Week se retrouvant ainsi au côté de Facebook, China Mobile et Microsoft.

Fleurant un bon filon, les investisseurs l’ont poussé à 1.491 roupies fin septembre 2010. Pourtant, ce ne fût qu’un feu de paille, puisque l’action vaut actuellement 355 roupies, après avoir même touché un plus bas de 255 roupies (cf. la cours de Bourse en roupie en illustration).

La société, qui capitalise aujourd’hui environ 393 millions d’euros, a subi de gros dégagements, après avoir annoncé une perte de 11 millions d'euros au premier trimestre 2011, contre un bénéfice de 9,8 millions un an plus tôt. Sur les trois premiers mois de l’année, le chiffre d'affaires a chuté de 39 % selon les Echos et les provisions ont été multipliées par sept. Cette déroute boursière n’est pas un cas isolé à Bombay, puisque de janvier 2009 à décembre 2010, le titre de SE Investments est passé sans crier gare de 4,21 à 31,25 roupies, avant de perdre 50% de sa valeur sur les premiers mois de 2011.

SKS Microfinance n’a fait que récolter un retour de bâton prévisible, après les excès de certains IMF dans l’Etat de l'Andhra Pradesh, qui ont conduit les autorités fédérales à prendre des sanctions radicales. Elles déploraient en effet la pratique de taux usuraires et l’empilement de prêts à des ménages insolvables, notamment à des fins de consommation. Un détournement des buts officiels du microcrédit et des méthodes de recouvrement musclées qui ont entraîné une vague de suicides parmi les emprunteurs. Les contraintes mises en place par l’Etat de l'Andhra Pradesh ont paralysé de l’activité des IMF. Et, les critiques publiques contre le système ont conduit à une chute des remboursements et une dégradation des portefeuilles.

Tel et si bien qu’une vague de consolidation est attendue en Inde. Elle va résulter selon Fitch Ratings du récent plafonnement au niveau nationale à 26% des taux d’intérêt et de la montée des impayés. Deux facteurs qui impactent la rentabilité des IMF, notamment les plus petits, avec deux issues : le changement d’échelle ou la sortie pure et simple du marché.

Les établissements financiers traditionnels, qui ont coupé les vannes ("credit crunch"), restent en embuscade. Selon le média indien LiveMint.com (Banks may acquire majority stake in microfinance firm ; 31 mai 2011), certaines banques envisagent de convertir les dettes de certains IMF en actions, pour en prendre une partie du capital. Des institutions comme SKS Microfinance ont été contraints de lever des fonds ces derniers mois, de vendre des portefeuilles et de recourir à la titrisation. SKS Microfinance Ltd envisagerait de diversifier ses activités.

Cette crise tranche nettement avec l’environnement plus consensuel et toujours porteur d’une autre zone. L’établissement PT Bank Rakyat Indonesia (Bank BRI), qui est un pionnier du microcrédit avec plus de 32 millions de clients, a vu son bénéfice par action (EPS) croitre 24% par an en moyenne sur ses derniers exercices. Son action est même passée depuis 2002 de 2 à 6,25 roupies indonésiennes. Elle est aujourd’hui présente aussi bien dans les grandes villes que dans les villages avec 4.000 points de vente.

Cette banque est née en 1895 sous la colonisation hollandaise au sein d’une communauté réunie autour d’une mosquée locale à Purwokerto au centre de Java. Elle a survécu à l’occupation japonaise et a été partiellement privatisée en 2003. Néanmoins, la présence de l’Etat dans son capital lui a sans doute permis d’enregistrer une croissance assez régulière et au service du plus grand nombre. A ce titre, à la surprise de nombreux observateurs, elle a échappé à la crise asiatique de 1997 grâce à l’orientation domestique de ses activités.

L’engouement initial des marchés dans le cas de SKS Microfinance Ltd et de Banco Compartamos démontre que la microfinance est devenue une « classe d’actif » à part entière, au même titre que les obligations d’Etat, les métaux précieux, les actions de pays émergents ou les subprimes.

Cette catégorie de placement a été présentée par certains analystes comme un bon véhicule de diversification, offrant des rendements sympathiques et un caractère défensif. Il n’est donc pas inapproprié de parler dans le cas de SKS de l’éclatement d’une «bulle financière», liée notamment à des situations de surendettement, de manque de rigueur et d’activités orientées à court terme. Un cas qui n’est pas unique, puisque l’action de Capital Trust Limited a vu son cours revenir de 120 à 50 roupies depuis novembre 2010.

Qui dit krach dit un moindre appétit à la prise de crise des investisseurs, voire des bailleurs de fonds. Néanmoins, il semble difficile d’extrapoler, tant le contexte local et culturel joue un rôle structurant : le Mexique, l’Inde du sud et l’Indonésie n’ont pas les mêmes fondamentaux. Si la microfinance ne montera pas jusqu’au ciel, les milliards de personnes pauvres en quête d’inclusion nécessitent bien de drainer des capitaux et d’avoir le savoir-faire pour les transformer en une multitude de petits prêts à un coût raisonnable.

Dans ce contexte, ses défenseurs en appellent à une politique incitative des Etats, comme l’assureur Bradesco pour la micro-assurance au Brésil. Les plus libéraux pensent que la crise va faire disparaître ceux qui ont souscrit des engagements douteux avec faible impact. Et craignent qu’une régulation trop forte casse la dynamique de la profession et réduise l’attrait du secteur.

Dès 2006, les germes de la discorde et la difficulté de la synthèse ressortaient clairement dans une interview donnée à Sciences au Sud par Jean-Michel Servet, professeur à l’institut universitaire d’études du développement à Genève, directeur de recherche associé à l’UR003 Travail et mondialisation de l’IRD. Pour ce spécialiste,

« Il est en effet facile d’opposer une vision romantique de banquières et banquiers aux pieds nus qui, par de petits prêts, offriraient la prospérité aux populations considérées comme les plus démunies, à la dénonciation de nouveaux profiteurs qui endetteraient les pauvres au-delà de leurs capacités de remboursements. La réalité est plus complexe»



Muhammad Yunus à Paris par Youphil

Des progrès dans la mesure des impacts sociaux pourraient permettre de redorer l’image de la profession et de rassurer les investisseurs, particuliers ou professionnels, et les philanthropes, toujours en quête de données fiables avant de s’engager. La confiance est ancrée au cœur du processus.

Pour Jonathan Morduch de New York University et co-auteur de « Portfolios of the Poor », le métier de micro-banquier est devenu très sophistiqué, mais la philanthropie y joue toujours un rôle essentiel.



Chuck Waterfield considère que de nouveaux entrants comme les banques en Amérique latine vont inonder les pauvres de capitaux, avec le risque potentiel qu’ils empruntent des sommes excessives. Que le microcrédit devienne trop facile à obtenir. Avec comme perspective la formation d'une bulle à l'Indienne.



Convergences 2015, qui réunit une vingtaine de partenaires qu'ils soient publics ou privés, prône une microfinance qui marche sur deux jambes. Elle doit réussir à être viable sur le plan économique et vigilante sur sa finalité, à savoir viser un impact social durable, notamment pour le développement économique des femmes. Ce collectif a lancé un appel remarqué en mai dernier, lors d’une conférence à Paris. La liste définitive des signataires sera publiée fin juin 2011.

Pour aller plus loin :

L’analyse de Benoit Granger sur la cotation de Compartamos
http://www.aef.asso.fr/article.jsp?prm=53147

Le Rapport Moral sur l’Argent dans le Monde 2009
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/06/achetez-le-rapport-moral-sur-largent.html

« La microfinance saisie par le néolibéralisme ».IRD - Institut de Recherche pour le Développement (France) 01-12-2006
Entretien avec Jean-Michel Servet, professeur à l’institut universitaire d’études du développement à Genève, directeur de recherche associé à l’UR003 Travail et mondialisation de l’IRD, auteur du livre Banquiers aux pieds nus - La microfinance
http://www.infosdelaplanete.org/1462/undefined?L=EN

Une crise salutaire? Le point de vue de Julie Katzman, general manager of the IDB´s Multilateral Investment Fund. 09.2010


Lower growth, shakeout await microfinance firms. 07.01.2011
D. Maniamma, for one, has had enough of microlenders. After borrowing more than Rs.50,000 (USD 1,115) over the years to fund her business selling clothes in this dusty village beyond the sprawl of Hyderabad, she says her family was forced by collection agents to sell its motorbike to repay a loan.
Reuters

vendredi 10 juin 2011

Les associations belges dans la pétole












Une association belge sur cinq a enregistré l’an dernier une diminution de ses ressources. Cette situation n’est pas neutre, car les organisations à profit social représentent environ 10,5 % de l'emploi salarié du pays. En terme de contribution au Produit intérieur brut (PIB), les OSBL belges ont un poids comparable à celle du secteur financier et de la construction, et même supérieure à celle du secteur de la santé.


Voici ce qui ressort du second baromètre financier du secteur associatif, une enquête réalisée par Ipsos à la demande de la Fondation Roi Baudouin.

Pour la deuxième année consécutive, les associations belges souffrent des effets de la crise.
  • 17% des 500 associations interrogées ont constaté une diminution de leurs revenus
  • 47% d'entre elles n'ont pas vu d'amélioration de leur situation financière au cours des 12 derniers mois
  • 34% cependant d’entre elles ont vu leurs revenus progressé.
Le secteur associatif de nos voisins subit l’attrition inexorable des subsides publics. Une organisation sur quatre a vu ses subsides diminuer en 2010, elles n’étaient qu’une sur cinq en 2009. Dans le détail, en Belgique francophone, 14% des associations ont subi une diminution de leurs subsides, tandis que du côté néerlandophone, la baisse a touché 34% d'entre elles.

La professionnalisation du secteur associatif a des effets contrastés. En effet, les grandes associations, dont les ressources dépassent 500.000 euros, ont vu davantage leurs revenus augmenter que les organisations plus petites, celles qui doivent se débrouiller avec moins de 500.000 euros par an. Il existe donc bien une discrimination au bénéfice des organisations non lucratives les mieux structurées.

RTBF : Question d’argent 31.05.2011: Le Belge est-il généreux ?
Questions d'argent - Le belge est-il généreux ? - RTBF Vidéo

Pour s’adapter à cette nouvelle donne, de nombreuses associations ont cherché à diversifier leurs sources de revenus, en allant notamment à la pêche du côté des entreprises. Certaines ont aussi essayé de développer leurs revenus commerciaux.

Côté restructurations, certaines associations ont fait des économies en arrêtant du publier un rapport annuel sous forme papier. Plus grave, cinq associations sur dix ont supprimé du personnel en Flandre contre trois sur dix en Wallonie.

Pour ce qui est de l’avenir, de nombreuses associations ne voient pas vraiment d’amélioration survenir au cours des douze prochains mois. Elles n’attendent pas de nouvelle chute, ni de remontée, mais plutôt une stabilisation à un niveau assez bas.

Comme il existe 70.000 associations actives chez nos voisins, les Belges ont peut-être du mal à se repérer. C’est pourquoi ce pays s’est doté d’un outil innovant, le site Philanthropie.be.

La Fondation Roi Baudouin, dont le budget en un an est passé de 134 à 71 millions d’euros, l’a créé afin de contribuer à la visibilité et à la transparence du secteur associatif.

www.philanthropie.be est un site internet sur lequel les associations et fondations peuvent se présenter et mettre en valeur leurs actions. Il leur permet de mieux se faire connaître auprès du grand public et de bénéficier d’un nouveau souffle. Associations et fondations peuvent y exprimer leurs besoins.

Cette plateforme facilite le geste philanthropique envers les associations. Elle s’inspire du modèle international mis en œuvre par Guidestar, initialement aux Etats-Unis et en Angleterre. La Banque Nationale de Belgique et la Banque Triodos sont partenaires du projet, ainsi qu’Acodev-Coprogram, la Coface, Guidestar international et Techsoup.

Pour aller plus loin :

Communiqué de presse. 9 juin 2011. Les associations belges restent dans le creux de la vague financier
http://www.kbs-frb.be/pressitem.aspx?id=282430&LangType=2060
Le PDF de l’enquête 2010
http://www.kbs-frb.be/uploadedFiles/KBS-FRB/Files/Verslag/Crise_et_associations_2010_Rapport_FR.pdf

Philanthropie.be
http://www.philanthropie.be/



L’index de la philanthropie. Mai 2011
84% des Belges sont prêts à donner autant ou plus au cours des 12 prochains mois. Les thèmes plébiscités sont la santé et la recherche médicale
http://www.kbs-frb.be/pressitem.aspx?id=279256&LangType=2060




lundi 6 juin 2011

Les écolabels Rainforest Alliance et UTZ Certified trouvent leurs marques










Créée en 1987 à New York pour protéger et préserver les forêts primaires et la biodiversité, l’association Rainforest Alliance déploie ses actions dans plus de 70 pays. Elle a contribué au lancement du label du développement durable FSC.


De 2009 à 2010, les montants consacrés par Rainforest Alliance à ses programmes sont passés de 30,8 à 35,2 millions de dollars. La gestion forestière (15,4 M$) et l’agriculture (10,9 M$) sont privilégiés, mais l’ONG intervient également dans le tourisme, le climat et l’éducation.

Il s’agit de budgets significatifs, dans la mesure où dans un autre registre les Fairtrade Labelling Organizations (FLO) ont affiché un budget de 11,2 millions d’euros en 2009.


Le chiffre d’affaires des produits Rainforest Alliance Certified™ a atteint 12 milliards de dollars en 2010. Ce niveau élevé tient à l’accessibilité des produits, qui sont largement distribués comme chez Walmart, Costco, Safeway, Home Depot et Sam's Club. De plus, l’ONG investit sans cesse des domaines nouveaux comme en 2010 la canne à sucre, les fleurs (Kenya) ou encore le lancement de la nouvelle norme SAN pour la production durable de bovins. En comparaison, les ventes de produits équitables labellisés Fairtrade/Max Havelaar ont totalisé 3,4 milliards d’euros en 2009.

De 2007 à 2010, les ressources de l’association verte ont bondi de 66%, grâce à une hausse de 92% de ses redevances, mais aussi grâce à un soutien sans faille de fondations (notamment la Bill & Melinda Gates Foundation, The Rockefeller Foundation, Fondation Ensemble) et de gouvernements (United Nations Development Programme, Norvège, Pays Bas, Equateur) et d’entreprises (Unilever, Ikea, Kraft Foods Global, Inc., The Estée Lauder Companies Inc, Nestlé Nespresso S.A., Mars Incorporated ou encore le mexicain Grupo Bimbo).

Le montant des redevances représentent 32% de ses ressources. Les agriculteurs paient des indemnités journalières et prennent en charge les frais de voyage des techniciens et des auditeurs. Comme ces visites sont effectuées par des organisations locales, l’association new-yorkaise estime que ces coûts sont souvent inférieurs à ceux d'autres systèmes de certification.

Les producteurs payent pour leur part des frais annuels de certification basés sur la taille de leur exploitation. Pour les plus petits agriculteurs, d’autres sources de financement sont expérimentées afin d'impliquer davantage les acteurs de la chaîne d'approvisionnement dans le partage de coûts de certification, qui doivent rester modestes. Contrairement au commerce équitable, il n’y a pas de prix minimum garanti.

Les entreprises payent également depuis octobre 2010 une redevance de participation, liée au chiffre d’affaires généré. La commission, dont le règlement est sous la responsabilité des importateurs de café, s’établit à 0,15$ par pound de café vert enregistré sur le marché.


L’association Rainforest Alliance bénéficie selon elle de l’'intérêt pour les certifications indépendantes en agriculture durable et de la volonté des entreprises d’apporter des preuves d’engagement face à la demande des consom’acteurs en matière de développement durable et de transparence. 5% des compagnies de Fortune 500 sont d’ores et déjà affiliées à cet écolabel.



Promoteur d’une culture responsable, UTZ CERTIFIED (anciennement Utz Kapeh) a aussi connu un bon exercice 2010 avec 4,4 millions d’euros de revenus (+42%). Les redevances, qui ont bondi de 62%, représentent 60% du total. Les ventes de café certifié, en provenance notamment du Brésil et du Vietnam, ont progressé de près de 50%, sous l’effet d’une forte demande du marché, devenue mainstream, en provenance d’acteurs comme Migros, Sara Lee et Ahold Coffee Company.

The Cocoa Program a été initié en octobre 2007. Depuis lors, UTZ CERTIFIED a travaillé avec de nombreux acteurs de la filière comme Cargill, Mars, Ecom, Nestlé, Royal Ahold et Heinz Benelux. Des initiatives ont même vu le jour comme The Steering Group, qui outre des entreprises, comprend la Dutch Sustainable Trade Initiative, Solidaridad, Oxfam Novib et le WWF International.



De son côté, le Marine Stewardship Council (MSC), qui a été créé par le WWF et Unilever, a vu ses ressources passes de 8 à 9,8 millions de livres entre 2009 et 2010 (comptes clos au 31 mars 2010). Il existait début 2010 près de 5.000 références de produits de la mer certifiés représentant un chiffre d’affaires global de plus de 2 milliards de dollars (+30% en un an.) Les deux pays les plus engagés dans ses programmes sont les Etats-Unis et la Norvège. Cependant, il faudra voir l’évolution de ce label, qui a été critiqué par plusieurs scientifiques. Greenpeace et le Pew Environment Trust le jugent également trop laxiste.

Cependant, dans la jungle des labels, il n’y a pas que des gagnants. Selon l’enquête de Novethic (le commerce équitable n’échappe pas à la crise) du 13 mai dernier, l’étude annuelle conduite par l’institut Infoscan Census IRI, qui analyse les ventes effectuées par 5.700 hyper et supermarchés en France, le commerce équitable marque le pas dans l’hexagone. Le chiffre d’affaires des produits équitables les plus courants (café, thé, chocolat… hors textiles et fruits frais) a en effet chuté de 2,4% en 2010, alors qu’en 2009, il avait bondi de 8 % en 2009… Alors que Max Havelaar France a dû réduire son effectif, les marques de distributeurs, qui sont en général meilleur marché, auraient dans le même temps progressé de 4,6 %.

De même, le chiffre d’affaires de Remei AG, qui assure la promotion du label BioRe, dans le coton équitable, a atteint 21,2 millions de francs suisses sur son exercice 2010, clos fin mars, en baisse de 22%. L’activité a même glissé de 30% sur 2 ans. Dans la confection, la société a souffert d’une forte pression sur les prix et de la faiblesse du dollar.

Bien qu’il soit sorti de l’ombre, il est possible que le commerce équitable souffre aujourd’hui de la multiplication des standards. En mai 2008, le Cirad, institut français de recherche agronomique au service du développement des pays du Sud et de l’outre-mer français, signalait que les nouvelles normes telles que Utz, Rainforest Alliance ou encore Bird Friendly font toutes référence à des degrés divers, au développement durable. Pour Benoît Daviron, économiste à l’UMR Moisa,
«il y a un risque de dilution du commerce équitable sous l’effet de sa propre stratégie d’alliance et de la montée en puissance des labels concurrents»
En dehors de l’acquisition de la taille critique, il apparaît que la confiance du consommateur final dans le choix des fournisseurs et la qualité de l’audit sont aussi essentiels. Pour les experts de la Table ronde pour une économie cacaoyère durable (RSCE), le label doit avoir un sens clair, son application doit être cohérente et le système de certification dont il provient doit être accessible. En outre, le certificateur doit être en mesure d’accompagner les petits producteurs de manière simple et à un coût raisonnable.

Pour plus d’efficacité et de clarté, Fairtrade, Rainforest Alliance/SAN et UTZ CERTIFIED ont décidé en février 2011 de travailler ensemble pour réduire le niveau de complexité et les coûts financiers supportés par les producteurs. “Nous sommes en train de développer des outils et des supports qui permettront d'adhérer à différents standards. Nous soutenons la certification effectuée par une tierce partie indépendante et reconnaissons la nécessité d’augmenter l'efficacité des audits. Nous travaillons aussi conjointement dans la recherche de coopérations futures pouvant bénéficier aux producteurs.

Pour aller plus loin :

Coffee & Conservation
Une étude récente réalisée au San Salvador a montré que pour une petite exploitation la mise aux normes pour le label Rainforest Alliance ou l’homologation de Starbucks Cafe Pratices, revient à 156$ l’hectare.
Le cas de BIRD-FRIENDLY est aussi évoqué… “How much does eco-certification cost?” 11.04.2011
http://www.coffeehabitat.com/2011/04/cost-of-eco-certification/

13/04/2010 ; Le label Rainforest Alliance ne connaît pas la crise
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/04/le-label-rainforest-alliance-ne-connait.html

ReedMonitor.org: Rainforest Alliance’s “inadequate verification report” in Guyana. 18/05/2011
http://www.redd-monitor.org/2011/05/18/rainforest-alliances-inadequate-verification-report-in-guyana/

Sur le commerce équitable

Fair Trade USA : la crise n’affecte pas le commerce équitable aux Etats-Unis. 30.05.2011
http://ong-entreprise.blogspot.com/2011/05/la-crise-naffecte-pas-le-commerce.html

Solidaridad s’est rapproché des grandes entreprises pour avoir plus d’impact…29/04/2011
http://ong-entreprise.blogspot.com/2011/04/solidaridad-sest-rapproche-des-grandes.html


Cargill's Work to Improve Cocoa Farmers' Livelihoods Recognized With US National Award…01.10.2010
http://www.csrwire.com/press_releases/31200-Cargill-s-Work-to-Improve-Cocoa-Farmers-Livelihoods-Recognized-With-US-National-Award?tracking_source=rss&utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+csrwire%2FPRfeed+%28CSRwire.com%29&utm_content=Google+Reader



Voici quelques exemples de réalisation de Rainforest en 2010, tirés de son communiqué de presse :

Rainforest Alliance a certifié l’an dernier 3,7 millions d'hectares de forêts selon les normes FSC (+6% par rapport à 2009), la surface totale des forêts certifiées FSC par l’ONG dans le monde s’élevant à 63,1 millions. Les forêts certifiées FSC préservent les sols et l'eau, réduisent les déchets, limitent la déforestation et procurent un habitat pour la vie sauvage. Les travailleurs des exploitations forestières certifiées bénéficient de bonnes conditions de travail, d'une sécurité sociale, d'un logement décent et leurs enfants ont accès à l'éducation. À ce jour, Rainforest Alliance a certifié 47% des forêts labellisées FSC dans le monde.

Le thé certifié Rainforest Alliance s’est développé dans 11 pays. Plus de 120.000 tonnes de thé certifié ont été produites en 2010, soit une augmentation de 53% par rapport à 2009. Ce qui représente environ 3,2% de la production mondiale. Tetley, n°2 mondial du thé, s’est engagé à s'approvisionner auprès de plantations certifiées Rainforest Alliance pour l'ensemble du thé de sa marque Tetley d’ici 2016.

Tesco, la plus grande chaîne de supermarchés au Royaume-Uni a introduit des barres de chocolat sous sa propre marque, fabriqué à 100% de cacao certifié et portant aussi le sceau Rainforest Alliance.

Rainforest Alliance a aussi lancé un site Internet dédié au tourisme durable, VoyageResponsable.org, qui propose aux consommateurs éco-futés un outil de recherche pour trouver des établissements ayant une démarche responsable en Amérique Latine et dans les Caraïbes. À fin avril 2010, 590 entreprises se sont engagées dans le programme Tourisme Durable de Rainforest Alliance (+34% en un an).

Le communiqué de presse complet du 28.04.2011: Rainforest Alliance affiche une forte croissance en 2010
http://www.rainforest-alliance.org/fr/newsroom/news/annual-growth-2010