mardi 23 juin 2026

Les piscines municipales à la croisée des chemins


Les piscines municipales françaises, développées massivement avec le programme « Mille piscines » lancé après les Jeux olympiques de 1968, sont à bout de souffle. Conçus avant tout pour l’enseignement et la pratique sportive, ces équipements vieillissent mal et sont coûteux. Plus de la moitié des bassins publics datent d’avant 1985 et ne répondent plus aux attentes actuelles des usagers.
 

Lors des Jeux olympiques de 1968, organisés à Mexico, les nageurs français n’avaient glané qu’une médaille de bronze. Le gouvernement Pompidou, vexé, avait réagi en lançant le plan »Mille piscines ». 

Deux drames, à l’été 1969, un dans le lac Leman, l’autre dans la Loire, où des dizaines d’adolescents s’étaient noyés, avaient permis aussi de prendre conscience d’un grave déficit dans l’apprentissage de la natation. 

De 1969 à 1977, la France a ainsi vu pousser comme des champignons, de 600 à 700 bassins modèles Caneton (196), Tournesol (183, repérable à sa coupole à hublots) ou encore Iris, Plein-Ciel, Plein-Soleil. 

Ces équipements souvent petits, réservés au sport et à l’enseignement plutôt qu’aux jeux, ont peu à peu lassé leur public et ruiné les budgets communaux en frais d’entretien, d’eau et d’énergie, les recettes étant insuffisantes pour équilibrer les comptes.

  

Aujourd’hui, 

• un parc d'environ 4.000 piscines municipales 

• représente une surface d’eau de 26 mètres carrés pour 1 000 habitants,. 

• dans son rapport public de 2018, la Cour des comptes indique que le taux d’équipement par habitant est inférieur, dans les communes disposant d’un QPV (quartier prioritaire de la ville), de plus de 40% à la moyenne nationale. 

Dans le détail, seuls 61 % des enfants d’ouvriers non qualifiés sont considérés comme de « bons nageurs », contre 86 % des enfants de cadres, qui partent davantage en vacances. 

De plus, si seuls 2 % de ces derniers ne savent pas nager, ces taux atteignent 13 % pour les enfants d’ouvriers non qualifiés et 15 % chez les enfants d’inactifs. 

De l’indiscipline 

Les élus intercommunaux doivent aussi parfois faire face, dans leurs centres aquatiques, au refus de respecter les règles d'hygiène comme se doucher ou de porter un bonnet de bain, d’obéir aux consignes de sécurité. Des incivilités qui bondissent avec les canicules. 

En juin 2026, la ville de Neuilly a dû se résoudre à réserver l’accès des bassins aux résidents et abonnés à la suite de bousculades dues à une affluence record. 

Les maîtres-nageurs sauveteurs ne restent parfois pas longtemps en poste et ne sont pas faciles à recruter. 

Un public varié 

• L’un des premiers objectifs de la piscine publique est d’apprendre à nager à tous les enfants de moins de 12 ans et d’assurer aux plus jeunes ce que l’on appelle une « aisance aquatique ». o Mais seuls 58 % des élèves de CM2 déclarent pouvoir parcourir 50 mètres dans l’eau. o Cette activité occupe 20 % du temps d’ouverture des équipements et de leurs grands bassins d’au moins 25 mètres de long. 

• Les sportifs mobilisent 20 % du temps, 

• Le grand public 50 % 

• Et, 10 % des créneaux sont réservés aux activités ludiques de type bébés nageurs et aquagym. Les séniors fréquent de plus en plus assidument les bassins. 

Ces centres aquatiques apparaissent donc comme des lieux de brassage intergénérationnel et de mixité sociale à condition que les élus aient adapté leurs équipements à ces nouveaux usages. 

Une offre plus diversifiée 

Au-delà des traditionnelles couloirs de nage, le public réclame en effet plusieurs bassins aux usages variés, 

• dont certains en plein air - ce qui est le cas de seulement 45 % d’entre eux, aujourd’hui -, voire en pleine nature ou “nordiques” , 

• des jeux (toboggans, pataugeoires pour les tout-petits, … ), 

• des services (bar, restaurant, voire espace beauté, spa, salle de musculation)… 

Pour Cyril Cloup de l’Andes, cité dans Le Monde du 2 juillet 2021, « Disposer d’un beau centre aquatique reste un atout, un projet structurant pour le territoire ». 

Surtout quand « sa gestion par l’intercommunalité permet une offre plus cohérente sur le plan géographique », renchérit Yves Rouleau. 

  

Plan génération 2024 

En amont de JO, le gouvernement avait initié un son soutien aux équipements sportifs à travers le plan Génération 2024. Cependant, de nombreux élus locaux ont estimé à l’époque que les moyens retenus restaient largement insuffisants pour répondre au vieillissement du parc de piscines et aux besoins de nouveaux équipements. 

Face à ces carences, le sénateur Les Républicains Michel Savin a appelé à un véritable « plan Marshall » pour la rénovation et la construction de piscines. 

• Doté de 100 millions d’euros par an entre 2024 et 2026, ce programme visait la création ou la rénovation de 5 000 équipements sportifs. 

• Toutefois, les piscines représentent des investissements de plusieurs millions d’euros, alors que les subventions prévues sont souvent limitées à quelques centaines de milliers d’euros. 

• Sur les 50 millions d’euros annuels consacrés aux équipements structurants (piscines, gymnases, stades), seulement 20 millions auraient été spécifiquement destinés aux piscines. 

Avec la décentralisation, ce sont les collectivités qui ont en charge l’entretien des piscines. Or ces équipements sont structurellement déficitaires, les recettes ne couvrant seulement qu’environ 20 % des coûts de fonctionnement, dont les charges de personnel. Le prix d’entrée réel devrait être supérieur à 15€. 

Face à la vétusté de leurs équipements, certaines communes les ont carrément fermés, le cas le plus emblématique étant la ville de Marseille sous l’ère Gaudin. 

A noter que de nouveaux procédés, économes en énergie et en eau, utilisant le solaire, facilitent aujourd’hui l’équilibre économique Un enjeu de santé publique et d’égalité territoriale 

Les piscines constituent bien un service public essentiel, au croisement des politiques d’éducation, de santé et de prévention. Leur disparition entraînerait une rupture du service public et accentuerait les inégalités territoriales. 

  

Les élus locaux appellent ainsi à un engagement renforcé de l’État afin de préserver ces équipements indispensables à la sécurité, au bien-être et à la cohésion sociale. 

La métropole de Lille se jette à l’eau 

Adopté en 2022, le plan piscines 2 de la Métropole Européenne de Lille prévoit la construction de sept nouvelles piscines et d'une extension pour répondre aux besoins des habitants. Alors que les travaux sont en cours, l'ouverture des premiers bassins à Lille est attendue pour 2027. 

En France, on compte en moyenne un bassin pour 10.000 habitants et presque quatre fois moins dans la métropole lilloise, à savoir un bassin pour 39.000 habitants. 

L’objectif est triple : 

• rapprocher les équipements des établissements scolaires pour faciliter l’apprentissage de la natation, 

• proposer davantage de créneaux aux clubs sportifs de haut niveau, 

• et améliorer le service public rendu aux Métropolitains. 

En moins de 3 ans, ce « Plan Marshall » des piscines, doté de plus de 200 M€ a déjà initié 8 projets d’envergure. 

Lesquels viseront un profil environnemental exemplaire et ambitieux respectant autant que possible le Plan Climat Air Energie Territorial de la MEL (PCAET), intégrant la démarche Haute Qualité Environnementale tout en s’inscrivant dans les critères de REV3. 

Pour aller plus loin : 

Aout 2025 : Pour un nouveau plan national « mille piscines » par Florent Manaudou, Alain Bernard https://patrickbayeux.com/actualites/pour-un-nouveau-plan-national-mille-piscines-par-florent-manaudou-alain-bernard/ 

Décembre 2024 : Stéphane Chatenet (Andiiss) : "Il faut trouver des solutions tous ensemble pour les piscines publiques" 

https://www.banquedesterritoires.fr/stephane-chatenet-andiiss-il-faut-trouver-des-solutions-tous-ensemble-pour-les-piscines-publiques 

The Conversation. 2022. Les piscines publiques, une fabrique à citoyens, par Emmanuel Auvray, historien du sport. Enseignant à l'UFR STAPS de Caen et chercheur associé au laboratoire Histoire-Territoires-Mémoires (UR 7455) de l'université de Caen Normandie.

 https://theconversation.com/les-piscines-publiques-une-fabrique-a-citoyens-184960  

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