jeudi 16 juillet 2026

Les librairies rurales : la culture au plus près des habitants


 

Selon la Fédération interrégionale du livre et de la lecture, il existe 817 librairies en ruralité. 

Les librairies sont bien présentes dans les campagnes françaises, où elles jouent un rôle social indéniable au-delà d'une simple présence commerciale, selon une étude très documentée commanditée par la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (Fill) et parue début juin. 

Les librairies s'implantent dans des territoires aux réalités très différentes : espaces très isolés, zones de montagne, territoires populaires, secteurs touristiques ou encore communes périurbaines. 

Parmi ces profils, les territoires les plus attractifs se caractérisent par une forte influence des villes, l'installation de nouveaux habitants, le développement du télétravail, une population plus jeune et une activité touristique importante. 

À l'inverse, d'autres espaces sont pénalisés par le vieillissement démographique, la faible densité de population, des difficultés économiques et un accès limité aux équipements culturels. 

3 % des communes en ruralité accueillent une librairie. 

Les régions Bretagne et Provence-Alpes-Côte d’Azur sont celles qui en hébergent proportionnellement le plus, avec respectivement 10 % et 6 % de leurs communes rurales qui comptent une librairie. 

La voiture est l’infrastructure invisible de la librairie, tant son usage apparaît indispensable dans les territoires ruraux. 

Attirer de nouveaux lecteurs 

La clientèle des librairies est principalement composée : 

  • de femmes âgées de 45 à 70 ans ; 
  • de familles avec enfants ; 
  • de grands-parents, particulièrement consommateurs de littérature jeunesse ; 
  • de résidents secondaires, dont le poids économique est souvent déterminant pour l'équilibre financier de nombreuses librairies. 

 Les cadres et professions intellectuelles sont davantage présents dans les territoires attractifs, tandis que les adolescents fréquentent peu les librairies, notamment dans les zones rurales populaires. 

Selon l’étude, les libraires font également part dans de très nombreuses contributions d’une vision souvent élitiste de la librairie avec des publics intimidés, traduisant ainsi des formes de « fractures d’accès » : « On a réussi à casser le côté impressionnant de la librairie », « Mon objectif est d’aller chercher ceux qui pensent, à tort, que le livre n’est pas pour eux ».

  

Dans certains territoires, la librairie devient un repère social essentiel. Les libraires parlent même parfois d'un rôle de « quasi-service public », tant ils compensent l'absence d'autres équipements culturels. 

La personnalité du libraire apparaît comme un facteur essentiel de réussite. Son implication dans la vie locale, sa capacité à créer du lien social et à développer des partenariats conditionnent souvent la pérennité de l'établissement. Beaucoup de nouveaux libraires 

Les librairies rurales sont plutôt jeunes : créées en moyenne en 2007 ou reprises en 2017, près d’un quart d’entre elles se sont lancées depuis 2022. 

Beaucoup ont été créées dans le cadre : 

  • d'une reconversion professionnelle ; 
  • d'un projet de vie privilégiant la qualité de vie ; 
  • d'une volonté de maintenir une offre culturelle sur un territoire.
 
  

Certaines sont même issues d'initiatives collectives (SCIC ou SCOP), soutenues par les habitants ou les collectivités locales. Elles sont généralistes pour 96 % d’entre elles. 

  • Leur surface moyenne atteint 104 m², avec 7.300 références.  
  • La littérature représente 31 % des ventes, la jeunesse 28 %, la BD et le manga 15 %.  
  • Le livre pèse entre 80 % et 90 % du chiffre d’affaires. Certaines librairies proposent souvent des activités complémentaires comme la papeterie, les jeux, l’artisanat local, la petite restauration et les produits régionaux. 
 Les libraires rurales spécialisées se concentrent dans les zones fortement touristiques, dont une part importante de librairies religieuses rattachées à des abbayes ou des monastères. La spécialisation est risquée en ruralité, tant les goûts des habitants sont larges et les zones étendues. Cette diversité de l'offre est aussi indispensable pour compenser la faible fréquence de visite des habitants. 
 
Un équilibre économique fragile 
 
Même si certaines librairies affichent une rentabilité correcte, leur situation économique reste fragile, avec en particulier des coûts logistiques élevés et une faible rémunération des gérants. 
 
Comme les clients se déplacent moins fréquemment qu'en ville, ils doivent pouvoir trouver immédiatement les ouvrages recherchés, d’où un stock significatif. La voiture constitue un élément indispensable du fonctionnement de ces commerces, aussi bien pour les clients que pour les livraisons. Leur zone de chalandise couvre généralement entre 10 et 30 kilomètres. 
 
Une logistique sous contrainte 
 
La logistique apparaît comme un maillon faible, car les conditions de desserte restent très inégales : 57 % reçoivent deux livraisons par semaine, contre seulement 12 % une livraison quotidienne. Les délais d'approvisionnement sont généralement compris entre quatre et sept jours, mais peuvent atteindre deux semaines pour les plus petites structures. 
 
Dans un contexte où les attentes des clients sont façonnées par la rapidité des plateformes, ce temps d'attente constitue un frein à l’achat chez le libraire. 
 
Ajoutons que près d'un libraire sur cinq ne reçoit en effet jamais de représentant et seuls 30 % en rencontrent au moins un par trimestre. Cette faible fréquence limite l'accès aux nouveautés, affaiblit les échanges professionnels et renforce l'isolement de ces établissements. 
 
Animations culturelles et ancrage territorial 
 
En moyenne, chaque librairie organise deux animations par mois. Ces événements sont principalement gratuits et visent avant tout à renforcer le lien avec les habitants plutôt qu'à générer des bénéfices. 
 
 

Cependant, leur organisation reste complexe. Les principales difficultés sont :

  • l'éloignement géographique ; 
  • les coûts de transport ; 
  • la dispersion des publics ; 

 De plus, il est parfois compliqué d'héberger les auteurs et certains éditeurs manquent d'implication . Les libraires souhaitent développer davantage de mutualisation entre établissements afin de partager les coûts et faciliter les tournées d'auteurs. 

Près de 93 % des librairies ruraux travaillent avec les médiathèques, principalement pour la vente de livres mais également pour des animations ou des salons du livre. Les relations avec les écoles sont également nombreuses, surtout avec les écoles primaires et les collèges. 

Les relations avec les collectivités 

Les libraires connaissent relativement bien les structures régionales du livre et les intercommunalités, mais beaucoup moins les conseils régionaux, les conseils départementaux ou les DRAC. Les dispositifs d'aide publique restent sous-utilisés. Seule une minorité des librairies bénéficie : 

  • du label LIR (Label de qualité décerné pour trois ans, le label LIR (Librairie indépendante de référence a pour vocation de reconnaître, valoriser et soutenir les engagements et le travail qualitatif des libraires). 
  • en moyenne, une librairie labellisée sur deux a obtenu une exonération de CET suite à sa labellisation. 
  • des aides prévues par la loi Darcos. 

Pour aller plus loin : 

L’enquête repose sur 270 réponses, 151 liasses fiscales et 27 entretiens qualitatifs, sous la supervision d’un comité associant notamment la Fill, les structures régionales pour le livre, le CNL, le SLF et l’Observatoire de l’économie du livre du ministère de la Culture.

  . Le reste

mardi 23 juin 2026

Les piscines municipales à la croisée des chemins


Les piscines municipales françaises, développées massivement avec le programme « Mille piscines » lancé après les Jeux olympiques de 1968, sont à bout de souffle. Conçus avant tout pour l’enseignement et la pratique sportive, ces équipements vieillissent mal et sont coûteux. Plus de la moitié des bassins publics datent d’avant 1985 et ne répondent plus aux attentes actuelles des usagers.
 

Lors des Jeux olympiques de 1968, organisés à Mexico, les nageurs français n’avaient glané qu’une médaille de bronze. Le gouvernement Pompidou, vexé, avait réagi en lançant le plan »Mille piscines ». 

Deux drames, à l’été 1969, un dans le lac Leman, l’autre dans la Loire, où des dizaines d’adolescents s’étaient noyés, avaient permis aussi de prendre conscience d’un grave déficit dans l’apprentissage de la natation. 

De 1969 à 1977, la France a ainsi vu pousser comme des champignons, de 600 à 700 bassins modèles Caneton (196), Tournesol (183, repérable à sa coupole à hublots) ou encore Iris, Plein-Ciel, Plein-Soleil. 

Ces équipements souvent petits, réservés au sport et à l’enseignement plutôt qu’aux jeux, ont peu à peu lassé leur public et ruiné les budgets communaux en frais d’entretien, d’eau et d’énergie, les recettes étant insuffisantes pour équilibrer les comptes.

  

Aujourd’hui, 

• un parc d'environ 4.000 piscines municipales 

• représente une surface d’eau de 26 mètres carrés pour 1 000 habitants,. 

• dans son rapport public de 2018, la Cour des comptes indique que le taux d’équipement par habitant est inférieur, dans les communes disposant d’un QPV (quartier prioritaire de la ville), de plus de 40% à la moyenne nationale. 

Dans le détail, seuls 61 % des enfants d’ouvriers non qualifiés sont considérés comme de « bons nageurs », contre 86 % des enfants de cadres, qui partent davantage en vacances. 

De plus, si seuls 2 % de ces derniers ne savent pas nager, ces taux atteignent 13 % pour les enfants d’ouvriers non qualifiés et 15 % chez les enfants d’inactifs. 

De l’indiscipline 

Les élus intercommunaux doivent aussi parfois faire face, dans leurs centres aquatiques, au refus de respecter les règles d'hygiène comme se doucher ou de porter un bonnet de bain, d’obéir aux consignes de sécurité. Des incivilités qui bondissent avec les canicules. 

En juin 2026, la ville de Neuilly a dû se résoudre à réserver l’accès des bassins aux résidents et abonnés à la suite de bousculades dues à une affluence record. 

Les maîtres-nageurs sauveteurs ne restent parfois pas longtemps en poste et ne sont pas faciles à recruter. 

Un public varié 

• L’un des premiers objectifs de la piscine publique est d’apprendre à nager à tous les enfants de moins de 12 ans et d’assurer aux plus jeunes ce que l’on appelle une « aisance aquatique ». o Mais seuls 58 % des élèves de CM2 déclarent pouvoir parcourir 50 mètres dans l’eau. o Cette activité occupe 20 % du temps d’ouverture des équipements et de leurs grands bassins d’au moins 25 mètres de long. 

• Les sportifs mobilisent 20 % du temps, 

• Le grand public 50 % 

• Et, 10 % des créneaux sont réservés aux activités ludiques de type bébés nageurs et aquagym. Les séniors fréquent de plus en plus assidument les bassins. 

Ces centres aquatiques apparaissent donc comme des lieux de brassage intergénérationnel et de mixité sociale à condition que les élus aient adapté leurs équipements à ces nouveaux usages. 

Une offre plus diversifiée 

Au-delà des traditionnelles couloirs de nage, le public réclame en effet plusieurs bassins aux usages variés, 

• dont certains en plein air - ce qui est le cas de seulement 45 % d’entre eux, aujourd’hui -, voire en pleine nature ou “nordiques” , 

• des jeux (toboggans, pataugeoires pour les tout-petits, … ), 

• des services (bar, restaurant, voire espace beauté, spa, salle de musculation)… 

Pour Cyril Cloup de l’Andes, cité dans Le Monde du 2 juillet 2021, « Disposer d’un beau centre aquatique reste un atout, un projet structurant pour le territoire ». 

Surtout quand « sa gestion par l’intercommunalité permet une offre plus cohérente sur le plan géographique », renchérit Yves Rouleau. 

  

Plan génération 2024 

En amont de JO, le gouvernement avait initié un son soutien aux équipements sportifs à travers le plan Génération 2024. Cependant, de nombreux élus locaux ont estimé à l’époque que les moyens retenus restaient largement insuffisants pour répondre au vieillissement du parc de piscines et aux besoins de nouveaux équipements. 

Face à ces carences, le sénateur Les Républicains Michel Savin a appelé à un véritable « plan Marshall » pour la rénovation et la construction de piscines. 

• Doté de 100 millions d’euros par an entre 2024 et 2026, ce programme visait la création ou la rénovation de 5 000 équipements sportifs. 

• Toutefois, les piscines représentent des investissements de plusieurs millions d’euros, alors que les subventions prévues sont souvent limitées à quelques centaines de milliers d’euros. 

• Sur les 50 millions d’euros annuels consacrés aux équipements structurants (piscines, gymnases, stades), seulement 20 millions auraient été spécifiquement destinés aux piscines. 

Avec la décentralisation, ce sont les collectivités qui ont en charge l’entretien des piscines. Or ces équipements sont structurellement déficitaires, les recettes ne couvrant seulement qu’environ 20 % des coûts de fonctionnement, dont les charges de personnel. Le prix d’entrée réel devrait être supérieur à 15€. 

Face à la vétusté de leurs équipements, certaines communes les ont carrément fermés, le cas le plus emblématique étant la ville de Marseille sous l’ère Gaudin. 

A noter que de nouveaux procédés, économes en énergie et en eau, utilisant le solaire, facilitent aujourd’hui l’équilibre économique Un enjeu de santé publique et d’égalité territoriale 

Les piscines constituent bien un service public essentiel, au croisement des politiques d’éducation, de santé et de prévention. Leur disparition entraînerait une rupture du service public et accentuerait les inégalités territoriales. 

  

Les élus locaux appellent ainsi à un engagement renforcé de l’État afin de préserver ces équipements indispensables à la sécurité, au bien-être et à la cohésion sociale. 

La métropole de Lille se jette à l’eau 

Adopté en 2022, le plan piscines 2 de la Métropole Européenne de Lille prévoit la construction de sept nouvelles piscines et d'une extension pour répondre aux besoins des habitants. Alors que les travaux sont en cours, l'ouverture des premiers bassins à Lille est attendue pour 2027. 

En France, on compte en moyenne un bassin pour 10.000 habitants et presque quatre fois moins dans la métropole lilloise, à savoir un bassin pour 39.000 habitants. 

L’objectif est triple : 

• rapprocher les équipements des établissements scolaires pour faciliter l’apprentissage de la natation, 

• proposer davantage de créneaux aux clubs sportifs de haut niveau, 

• et améliorer le service public rendu aux Métropolitains. 

En moins de 3 ans, ce « Plan Marshall » des piscines, doté de plus de 200 M€ a déjà initié 8 projets d’envergure. 

Lesquels viseront un profil environnemental exemplaire et ambitieux respectant autant que possible le Plan Climat Air Energie Territorial de la MEL (PCAET), intégrant la démarche Haute Qualité Environnementale tout en s’inscrivant dans les critères de REV3. 

Pour aller plus loin : 

Aout 2025 : Pour un nouveau plan national « mille piscines » par Florent Manaudou, Alain Bernard https://patrickbayeux.com/actualites/pour-un-nouveau-plan-national-mille-piscines-par-florent-manaudou-alain-bernard/ 

Décembre 2024 : Stéphane Chatenet (Andiiss) : "Il faut trouver des solutions tous ensemble pour les piscines publiques" 

https://www.banquedesterritoires.fr/stephane-chatenet-andiiss-il-faut-trouver-des-solutions-tous-ensemble-pour-les-piscines-publiques 

The Conversation. 2022. Les piscines publiques, une fabrique à citoyens, par Emmanuel Auvray, historien du sport. Enseignant à l'UFR STAPS de Caen et chercheur associé au laboratoire Histoire-Territoires-Mémoires (UR 7455) de l'université de Caen Normandie.

 https://theconversation.com/les-piscines-publiques-une-fabrique-a-citoyens-184960  

Le reste

jeudi 8 janvier 2026

Le coût des déserts médiatiques pour la démocratie


La Poste a annoncé une forte hausse des tarifs postaux au 1er janvier 2026 qui risque de mettre en péril des titres de presse régionale

Quel sera le profil les électeurs dans l’hexagone si l’offre en médias locaux (pas uniquement la presse) se réduit comme peau de chagrin

Ce sujet est mis en relief dans la récente enquête « Vers des déserts médiatiques en France. La démocratie peut-elle survivre sans média ? », publiée en 2025 par Les Relocalisateurs et la Fondation Jean-Jaurès

Menée auprès de plus de 10 000 Français, elle montre que la raréfaction de l’information, en particulier locale, s’accompagne d’un affaiblissement mesurable de l’engagement démocratique

A l’origine de cette étude, les auteurs citent le cas américain, où « la disparition des journaux locaux, conjuguée à l’émergence des réseaux sociaux, a ouvert un boulevard au populisme. » 

Des médias locaux encore appréciés 

Aujourd’hui, 

  • 86 % des Français déclarent s’informer régulièrement par des médias traditionnels.  
    • La télévision utilisée par 65,5 % de la population. 
    • La radio bénéficie de l’attention d’un Français sur quatre. 
  • Internet arrive loin derrière (environ un Français sur trois),  
  • suivi des réseaux sociaux (29 %). 
 Les médias locaux conservent une place centrale : 55 % des Français consultent au moins un média de proximité, avec une consommation moyenne de 1,9 média local par personne. 
 
Mais un tiers des Français affirme avoir vu disparaître au moins un média local sur son territoire. Cela signifie selon les auteurs « qu’une partie des Français risque de perdre l’habitude de consommer des médias locaux et des médias tout court, l’enquête montrant très bien que l’offre influe sur la consommation et donc sur les habitudes. » 
 
6 % des Français déclarent ne pas utiliser de médias pour s’informer ou restent à l’écart de l’actualité. 
 
Médias locaux : confiance élevée, disparités régionales 
 
La confiance accordée aux médias locaux reste forte : 73 % des Français les jugent fiables. 
 
Ils sont plébiscités pour leur capacité à refléter les préoccupations du quotidien (80 %) et à faire entendre une pluralité de points de vue variés (83 %). Néanmoins, 37% des sondés s’interrogent sur leur indépendance. 
 
L’étude établit également une corrélation de 64 % entre l’offre de médias locaux et leur consommation : moins il y a de médias, moins les habitants s’informent. 
 
La région parisienne apparaît ainsi comme un espace de sous-consommation généralisée des médias locaux. Un focus est même porté sur Beauvais, qui ferait partie d’une « diagonale du vide », où Facebook a pris le relais, tandis que la Bretagne, l’Alsace ou une partie du Sud affichent les niveaux les plus élevés.
 
Plus d’engagement
 
Parmi les forts consommateurs de médias locaux (16 % de la population), 27 % sont impliqués dans la vie communale, contre 13 % chez ceux qui ne consomment aucun média local. Les personnes engagées présentent systématiquement une surconsommation de médias, en particulier de proximité. 
 
De même, si près de 70 % des Français déclarent voter à chaque élection, 87 % des forts consommateurs de médias locaux affirment voter à toutes les élections, contre seulement 62 % des non-consommateurs. À l’inverse, les abstentionnistes se caractérisent par une faible consommation et une forte présence parmi les non-consommateurs de médias. 
 
L’attachement aux valeurs démocratiques demeure élevé dans la population : 92 % des Français jugent la démocratie et la liberté d’expression essentielles, 93 % estiment le droit de vote fondamental. Mais là encore, des écarts apparaissent selon le niveau d’information. 
 
Parmi les Français qui consomment peu ou pas de médias,  
 
  • 28 % estiment qu’« on en fait trop » avec la laïcité, contre 10 % chez les forts consommateurs.  
  • et 23 % d’entre eux doutent du dérèglement climatique, contre 18 % chez les consommateurs de médias locaux. 
  • Sur un point, en revanche, la défiance envers le personnel politique traverse tous les profils, quels que soient les niveaux de consommation médiatique. 
Le scénario noir des déserts médiatiques 
 
Pour mesurer les effets d’une disparition accrue des médias, les auteurs ont simulé une hausse de 20 points du nombre de non-consommateurs. 
 
Les hypothèses retenues sont les suivantes : tous médias confondus, la simulation va de 7,3 % à 27,3 % de non-consommateurs de médias ; pour les médias locaux uniquement, la simulation va de 42,2 % à 62,2 % de non-consommateurs. 

Les résultats sont sans appel. 

  • La participation électorale chuterait de près de 7 points, passant de 77,7 % à 70,9 %.  
  • Le score d’adhésion aux valeurs citoyennes reculerait de 5 points, de 72,2 % à 67,3 %. 

Phénomène inquiétant, les jeunes apparaissent moins intégrés aux écosystèmes d’information territoriaux, notamment dans les grandes villes et les périphéries urbaines, où l’offre médiatique locale est déjà plus fragile. 

L’étude conclut que l’accès à une information pluraliste, nationale comme locale, constitue un facteur structurant de la vitalité démocratique. Si les médias ne suffisent pas à restaurer la confiance politique ou à corriger le sentiment d’abandon territorial, leur érosion alimente la rumeur, l’abstention, la défiance et le repli citoyen. 

Pour aller plus loin : 

Le rapport complet : 

https://www.jean-jaures.org/publication/vers-des-deserts-mediatiques-en-france-la-democratie-peut-elle-survivre-sans-medias

Le témoignage du coordinateur de l’enquête, David Medioni, sur France Culture (13 mn) 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-transition-de-la-semaine/deserts-mediatiques-quels-risques-pour-la-democratie-8598070 

Les Echos. A l'approche des municipales, le grand retour de l'info locale 

https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/a-lapproche-des-municipales-le-grand-retour-de-linfo-locale-2194624 

Maire info : les augmentations tarifaires des services postaux menacent la presse dans les territoires ruraux 

https://tinyurl.com/4dr6rywb 

Sur ce blog : De nombreux maires ont quitté Twitter

 https://ong-entreprise.blogspot.com/2025/01/ca-se-passe-maintenant-de-nombreux.html 

Radio France. Podcast Affaires sensibles sur Robert Hersant

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-mardi-21-octobre-2025-7289980  

lundi 17 novembre 2025

Comment l’état du réseau routier révèle notre rapport au collectif


 

Une étude menée auprès de plus de 3 000 Français pour l’Institut Terram, dévoile un constat sans appel : les citoyens ont une idée précise de ce qu’ils attendent de la gestion des infrastructures. Clarté sur qui fait quoi et avec quels moyens. Sobriété, parce que réparer vaut souvent mieux que reconstruire. Et, fiabilité enfin, parce qu’il faut entretenir avant d’inaugurer.

 Les entretiens ont été conduits du 15 au 22 septembre 2025, c’est-à-dire avant le scandale du Louvre, qui a aussi révélé son lot de surprises.

Plus d’un Français sur deux (56 %) a constaté une dégradation de la voirie de sa commune au cours de l’année écoulée. Suivent les pannes de réseaux enterrés (28 %), les problèmes d’assainissement (26 %) ou les fissures dans les bâtiments (23 %). La route demeure un sujet de préoccupation et la preuve tangible de la présence publique.

En ville, les défaillances sont perçues comme systémiques : un seul incident peut paralyser tout un quartier. À la campagne, elles sont vécues comme une entrave à la vie quotidienne. Dans tous les cas, l’état des réseaux fait débat : une chaussée abîmée ou une canalisation qui fuit symbolisent autant la négligence que l’abandon.

Les jeunes, premiers témoins du dysfonctionnement

Les moins de 35 ans sont les plus nombreux à signaler des problèmes d’infrastructures (80 %, contre 66 % des 65 ans et plus). Hyperconnectées, dépendantes de la mobilité et du numérique, les jeunes générations supportent mal l’interruption de service.

Les écarts sociaux sont tout aussi marqués : artisans, commerçants et indépendants subissent bien plus de pannes que la moyenne nationale. Autrement dit, la panne elle-même est un signe de fractures sociales.

Le brouillard administratif de la République locale

Pour noircir encore ce tableau, 61 % des Français avouent ne pas savoir qui entretient les routes, les canalisations ou les réseaux d’eau. Commune, intercommunalité, département, État, le mystère est complet.

Les compétences s’enchevêtrent, les responsabilités se diluent, la confiance s’effrite.

Les citoyens veulent savoir à qui s’adresser, comprendre à quoi sert leur impôt.

Entretenir avant d’inaugurer

Près de six Français sur dix (59 %) jugent prioritaire de réparer les réseaux avant de construire du neuf. Une nouvelle halle ou un équipement flambant neuf ne font plus illusion quand les nids de poule se multiplient.

Les attentes sont claires : l’entretien de la voirie communale (51 %) doit être privilégiée, suivie des transports en commun (38 %) et du réseau d’eau potable (34 %). Et, la qualité des infrastructures passe avant l’esthétique.

La confiance, une affaire de proximité

Les citoyens font davantage confiance à leur commune (63 %) qu’à l’État (39 %) pour entretenir les réseaux.

Plus d’un Français sur deux accepterait même de payer plus d’impôts pour la maintenance, mais seulement si l’usage des fonds est clair et vérifiable. Le citoyen est devenu plus attentif.

L’écologie du « tenir » plutôt que du « bâtir »

Quand on demande ce qu’est une infrastructure écologique, les réponses ne parlent plus de design ou d’innovation, mais de bon sens : économiser l’eau (65 %), éviter les fuites (61 %), utiliser des matériaux durables (56 %), s’adapter au climat (51 %).

Ayant le sens pratique, près d’un Français sur deux juge urgente l’adaptation des réseaux aux sécheresses et aux inondations. Et 67 % privilégient l’entretien et la réparation plutôt que l’innovation à tout crin.

Municipales 2026 : le retour du concret

À quelques mois des élections municipales, le message est clair : les Français se montrent plus terre à terre et moins bling-bling.  88 % des Français souhaitent que les questions d’eau, de voirie et de réseaux figurent au cœur de la campagne des municipales.

Pour eux, le bon maire n’est plus celui qui coupe des rubans, mais celui qui assure la continuité matérielle du territoire et du service public en adoptant une gestion de bon père de famille.

Selon ses auteurs, « À rebours des promesses spectaculaires, cette étude esquisse une « République du maintien » : gouverner, c’est d’abord garantir la continuité du réel, rendre visibles les priorités et prouver, par l’entretien des réseaux, que l’impôt se transforme en biens communs qui tiennent. »

Des maires durs d'oreille

Le CEVIPOF a également étudié ce sujet dans son étude « Malgré un goût d’inachevé, les maires repartent au combat »

Dans le cas d’une baisse des recettes, les maires désignent en premier lieu

  • la voirie et les espaces verts comme poste d’ajustement budgétaire (50 % d’entre eux en font leur premier choix),
  • devant les aides aux associations (19 %)
  • et les dépenses culturelles (15 %).

De leur côté, les citoyens souhaiteraient que l’on réduise d’abord

  • les dépenses de sport (27 %),
  • puis celles consacrées aux associations (21 %)
  • et à la culture (18 %).

L’écart le plus marqué entre maires et citoyens concerne donc la voirie et les espaces verts (36 points de pourcentage) et, en sens inverse, le sport (21 points).

Pour aller plus loin :

https://institut-terram.org/publications/infrastructures-invisibles-ce-que-les-francais-disent-de-leurs-reseaux-du-quotidien/

https://www.maire-info.com/voirie/reseau-routier-les-depenses-voirie-progressent-davantage-dans-les-communes-ou-la-construction-logements-est-la-plus-forte-article-29406

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lundi 1 septembre 2025

Le régionalisme progresse fortement en France


L’aspiration à un renforcement des pouvoirs régionaux, autrefois incarnée par quelques cercles militants, s’est largement diffusée dans l’opinion publique. 

Plus qu’une remise en cause de l’unité du pays, cette évolution dessine les contours d’une France plurielle, où la diversité culturelle et territoriale est perçue comme une richesse, qu'il ne faut plus tarder à valoriser

Selon un sondage récent de l’IFOP, dont les références figurent en fin de post, en 2012, seuls 50% des Français jugeaient les collectivités locales insuffisamment dotées en compétences ; ils sont aujourd’hui 68 %. A l’époque, 18% d’entre eux trouvaient qu’elles avaient trop de pouvoirs, ils ne sont plus que 7% aujourd’hui. 

Ce désir de décentralisation touche toutes les catégories sociales et politiques, avec des pics chez les seniors (73 %), les habitants des zones rurales (75 %) et les électeurs de Marine Le Pen (79 %). Ce chiffre est plus faible chez les 18-24 ans (58%) et chez les cadres et professions supérieures (57%). 

Il apporte son soutien à l’adaptation des lois aux réalités locales (73 %). Le fédéralisme suscite même un intérêt croissant auprès de 71 % des Français -un niveau autrefois inimaginable selon l’IFOP -, particulièrement en Alsace (86 %), en Bretagne (78 %) et en Corse (76 %). 

Un découpage régional contesté 

Le découpage régional de 2015 voulu par François Hollande est largement rejeté. 68 % des Français souhaitent une organisation fondée sur les particularismes historiques et culturels au-delà du périphérique. 

  • En Alsace, 80 % des habitants demandent la sortie du Grand Est, qui comprend aussi la Lorraine et la Champagne. C’était 68 % en 2019. 
  • En Corse, trois habitants sur quatre soutiennent le projet d’autonomie, un chiffre qui grimpe à 87 % chez les jeunes.  
  • Dans la même tendance, en Savoie, 51 % des habitants veulent leur propre région (contre 41 % en 2000),  
  • Et, en Bretagne, 48 % souhaitent le rattachement de la Loire-Atlantique. 

Au niveau national, 51 % approuvent l’autonomie corse, et la création d’un statut particulier pour le Pays basque divise l’opinion (50 % favorables). 

Des particularités culturelles à cultiver 

Dans le même temps, la reconnaissance officielle des langues régionales recueille l’adhésion de 77 % des Français, un taux constant depuis 1999, et qui atteint des sommets dans les régions concernées (93 % en Corse, 91 % au Pays basque, 90 % en Alsace). 

De plus, 67% des Français sont demandeurs de musées consacrés à l’histoire et à l’identité des régions (79% en Corse, 72% en Bretagne). L’école apparaît comme le vecteur central de cette transmission : 84 % plébiscitent l’enseignement de l’histoire régionale et 81 % souhaitent que chaque élève puisse apprendre une langue régionale. Dans les territoires à forte identité, l’idée d’un enseignement obligatoire progresse, soutenue par 76 % des Corses, 78 % des Alsaciens et 66 % des Basques. 

Ces chiffres témoignent d’une volonté durable de préserver et transmettre ces héritages culturels, quelle que soit la couleur politique. 

Un centralisme jugé pervers 

En arrière-plan, c’est le centralisme qui se trouve remis en cause.  

  • Neuf Français sur dix considèrent que l’État est déconnecté des réalités locales,  
  • et 82 % accusent le fait que Paris focalise toute l’attention des médias.  
  • Seuls 35 % jugent que le gouvernement répond aux besoins de leur région, un sentiment encore plus marqué en Catalogne (24 %) et en Corse (30 %). 
 Cette défiance risque de laisser au bord de la route certains citoyens, avec une affirmation identitaire croissante. 27 % des Français se disent aujourd’hui ainsi attachés avant tout à leur région, 6 points de plus qu’en 2011, avec des taux qui ne peuvent pas être ignorés en Corse (57 %) et en Bretagne (47 %). 

Ainsi, loin de se limiter à un attachement folklorique, le régionalisme s’impose selon l’IFOP comme une dynamique profonde qui oblige à repenser le modèle territorial français. 

Pour aller plus loin : 

Grégory Berkovicz, avocat, expert en affaires publiques. Auteur de "Libérons nos provinces - manuel pour transformer la France en République fédérale"(l’Archipel).

  

Sondage IFOP réalisé pour le mouvement Régions et Peuples Solidaires (R&PS) 

https://www.ifop.com/publication/decentralisation-identite-territoriale-revendications-le-regionalisme-francais-a-lepreuve-du-temps/ 

Les Français partagés sur le cumul des mandats 

https://ong-entreprise.blogspot.com/2025/04/les-francais-partages-sur-le-cumul-des.html 

Quand Michel Rocard voulait « décoloniser la province » (2016; Gazette des communes) 

https://www.lagazettedescommunes.com/451658/quand-michel-rocard-voulait-decoloniser-la-province/