mardi 23 juin 2026

Les piscines municipales à la croisée des chemins


Les piscines municipales françaises, développées massivement avec le programme « Mille piscines » lancé après les Jeux olympiques de 1968, sont à bout de souffle. Conçus avant tout pour l’enseignement et la pratique sportive, ces équipements vieillissent mal et sont coûteux. Plus de la moitié des bassins publics datent d’avant 1985 et ne répondent plus aux attentes actuelles des usagers.
 

Lors des Jeux olympiques de 1968, organisés à Mexico, les nageurs français n’avaient glané qu’une médaille de bronze. Le gouvernement Pompidou, vexé, avait réagi en lançant le plan »Mille piscines ». 

Deux drames, à l’été 1969, un dans le lac Leman, l’autre dans la Loire, où des dizaines d’adolescents s’étaient noyés, avaient permis aussi de prendre conscience d’un grave déficit dans l’apprentissage de la natation. 

De 1969 à 1977, la France a ainsi vu pousser comme des champignons, de 600 à 700 bassins modèles Caneton (196), Tournesol (183, repérable à sa coupole à hublots) ou encore Iris, Plein-Ciel, Plein-Soleil. 

Ces équipements souvent petits, réservés au sport et à l’enseignement plutôt qu’aux jeux, ont peu à peu lassé leur public et ruiné les budgets communaux en frais d’entretien, d’eau et d’énergie, les recettes étant insuffisantes pour équilibrer les comptes.

  

Aujourd’hui, 

• un parc d'environ 4.000 piscines municipales 

• représente une surface d’eau de 26 mètres carrés pour 1 000 habitants,. 

• dans son rapport public de 2018, la Cour des comptes indique que le taux d’équipement par habitant est inférieur, dans les communes disposant d’un QPV (quartier prioritaire de la ville), de plus de 40% à la moyenne nationale. 

Dans le détail, seuls 61 % des enfants d’ouvriers non qualifiés sont considérés comme de « bons nageurs », contre 86 % des enfants de cadres, qui partent davantage en vacances. 

De plus, si seuls 2 % de ces derniers ne savent pas nager, ces taux atteignent 13 % pour les enfants d’ouvriers non qualifiés et 15 % chez les enfants d’inactifs. 

De l’indiscipline 

Les élus intercommunaux doivent aussi parfois faire face, dans leurs centres aquatiques, au refus de respecter les règles d'hygiène comme se doucher ou de porter un bonnet de bain, d’obéir aux consignes de sécurité. Des incivilités qui bondissent avec les canicules. 

En juin 2026, la ville de Neuilly a dû se résoudre à réserver l’accès des bassins aux résidents et abonnés à la suite de bousculades dues à une affluence record. 

Les maîtres-nageurs sauveteurs ne restent parfois pas longtemps en poste et ne sont pas faciles à recruter. 

Un public varié 

• L’un des premiers objectifs de la piscine publique est d’apprendre à nager à tous les enfants de moins de 12 ans et d’assurer aux plus jeunes ce que l’on appelle une « aisance aquatique ». o Mais seuls 58 % des élèves de CM2 déclarent pouvoir parcourir 50 mètres dans l’eau. o Cette activité occupe 20 % du temps d’ouverture des équipements et de leurs grands bassins d’au moins 25 mètres de long. 

• Les sportifs mobilisent 20 % du temps, 

• Le grand public 50 % 

• Et, 10 % des créneaux sont réservés aux activités ludiques de type bébés nageurs et aquagym. Les séniors fréquent de plus en plus assidument les bassins. 

Ces centres aquatiques apparaissent donc comme des lieux de brassage intergénérationnel et de mixité sociale à condition que les élus aient adapté leurs équipements à ces nouveaux usages. 

Une offre plus diversifiée 

Au-delà des traditionnelles couloirs de nage, le public réclame en effet plusieurs bassins aux usages variés, 

• dont certains en plein air - ce qui est le cas de seulement 45 % d’entre eux, aujourd’hui -, voire en pleine nature ou “nordiques” , 

• des jeux (toboggans, pataugeoires pour les tout-petits, … ), 

• des services (bar, restaurant, voire espace beauté, spa, salle de musculation)… 

Pour Cyril Cloup de l’Andes, cité dans Le Monde du 2 juillet 2021, « Disposer d’un beau centre aquatique reste un atout, un projet structurant pour le territoire ». 

Surtout quand « sa gestion par l’intercommunalité permet une offre plus cohérente sur le plan géographique », renchérit Yves Rouleau. 

  

Plan génération 2024 

En amont de JO, le gouvernement avait initié un son soutien aux équipements sportifs à travers le plan Génération 2024. Cependant, de nombreux élus locaux ont estimé à l’époque que les moyens retenus restaient largement insuffisants pour répondre au vieillissement du parc de piscines et aux besoins de nouveaux équipements. 

Face à ces carences, le sénateur Les Républicains Michel Savin a appelé à un véritable « plan Marshall » pour la rénovation et la construction de piscines. 

• Doté de 100 millions d’euros par an entre 2024 et 2026, ce programme visait la création ou la rénovation de 5 000 équipements sportifs. 

• Toutefois, les piscines représentent des investissements de plusieurs millions d’euros, alors que les subventions prévues sont souvent limitées à quelques centaines de milliers d’euros. 

• Sur les 50 millions d’euros annuels consacrés aux équipements structurants (piscines, gymnases, stades), seulement 20 millions auraient été spécifiquement destinés aux piscines. 

Avec la décentralisation, ce sont les collectivités qui ont en charge l’entretien des piscines. Or ces équipements sont structurellement déficitaires, les recettes ne couvrant seulement qu’environ 20 % des coûts de fonctionnement, dont les charges de personnel. Le prix d’entrée réel devrait être supérieur à 15€. 

Face à la vétusté de leurs équipements, certaines communes les ont carrément fermés, le cas le plus emblématique étant la ville de Marseille sous l’ère Gaudin. 

A noter que de nouveaux procédés, économes en énergie et en eau, utilisant le solaire, facilitent aujourd’hui l’équilibre économique Un enjeu de santé publique et d’égalité territoriale 

Les piscines constituent bien un service public essentiel, au croisement des politiques d’éducation, de santé et de prévention. Leur disparition entraînerait une rupture du service public et accentuerait les inégalités territoriales. 

  

Les élus locaux appellent ainsi à un engagement renforcé de l’État afin de préserver ces équipements indispensables à la sécurité, au bien-être et à la cohésion sociale. 

La métropole de Lille se jette à l’eau 

Adopté en 2022, le plan piscines 2 de la Métropole Européenne de Lille prévoit la construction de sept nouvelles piscines et d'une extension pour répondre aux besoins des habitants. Alors que les travaux sont en cours, l'ouverture des premiers bassins à Lille est attendue pour 2027. 

En France, on compte en moyenne un bassin pour 10.000 habitants et presque quatre fois moins dans la métropole lilloise, à savoir un bassin pour 39.000 habitants. 

L’objectif est triple : 

• rapprocher les équipements des établissements scolaires pour faciliter l’apprentissage de la natation, 

• proposer davantage de créneaux aux clubs sportifs de haut niveau, 

• et améliorer le service public rendu aux Métropolitains. 

En moins de 3 ans, ce « Plan Marshall » des piscines, doté de plus de 200 M€ a déjà initié 8 projets d’envergure. 

Lesquels viseront un profil environnemental exemplaire et ambitieux respectant autant que possible le Plan Climat Air Energie Territorial de la MEL (PCAET), intégrant la démarche Haute Qualité Environnementale tout en s’inscrivant dans les critères de REV3. 

Pour aller plus loin : 

Aout 2025 : Pour un nouveau plan national « mille piscines » par Florent Manaudou, Alain Bernard https://patrickbayeux.com/actualites/pour-un-nouveau-plan-national-mille-piscines-par-florent-manaudou-alain-bernard/ 

Décembre 2024 : Stéphane Chatenet (Andiiss) : "Il faut trouver des solutions tous ensemble pour les piscines publiques" 

https://www.banquedesterritoires.fr/stephane-chatenet-andiiss-il-faut-trouver-des-solutions-tous-ensemble-pour-les-piscines-publiques 

The Conversation. 2022. Les piscines publiques, une fabrique à citoyens, par Emmanuel Auvray, historien du sport. Enseignant à l'UFR STAPS de Caen et chercheur associé au laboratoire Histoire-Territoires-Mémoires (UR 7455) de l'université de Caen Normandie.

 https://theconversation.com/les-piscines-publiques-une-fabrique-a-citoyens-184960  

Le reste

jeudi 8 janvier 2026

Le coût des déserts médiatiques pour la démocratie


La Poste a annoncé une forte hausse des tarifs postaux au 1er janvier 2026 qui risque de mettre en péril des titres de presse régionale

Quel sera le profil les électeurs dans l’hexagone si l’offre en médias locaux (pas uniquement la presse) se réduit comme peau de chagrin

Ce sujet est mis en relief dans la récente enquête « Vers des déserts médiatiques en France. La démocratie peut-elle survivre sans média ? », publiée en 2025 par Les Relocalisateurs et la Fondation Jean-Jaurès

Menée auprès de plus de 10 000 Français, elle montre que la raréfaction de l’information, en particulier locale, s’accompagne d’un affaiblissement mesurable de l’engagement démocratique

A l’origine de cette étude, les auteurs citent le cas américain, où « la disparition des journaux locaux, conjuguée à l’émergence des réseaux sociaux, a ouvert un boulevard au populisme. » 

Des médias locaux encore appréciés 

Aujourd’hui, 

  • 86 % des Français déclarent s’informer régulièrement par des médias traditionnels.  
    • La télévision utilisée par 65,5 % de la population. 
    • La radio bénéficie de l’attention d’un Français sur quatre. 
  • Internet arrive loin derrière (environ un Français sur trois),  
  • suivi des réseaux sociaux (29 %). 
 Les médias locaux conservent une place centrale : 55 % des Français consultent au moins un média de proximité, avec une consommation moyenne de 1,9 média local par personne. 
 
Mais un tiers des Français affirme avoir vu disparaître au moins un média local sur son territoire. Cela signifie selon les auteurs « qu’une partie des Français risque de perdre l’habitude de consommer des médias locaux et des médias tout court, l’enquête montrant très bien que l’offre influe sur la consommation et donc sur les habitudes. » 
 
6 % des Français déclarent ne pas utiliser de médias pour s’informer ou restent à l’écart de l’actualité. 
 
Médias locaux : confiance élevée, disparités régionales 
 
La confiance accordée aux médias locaux reste forte : 73 % des Français les jugent fiables. 
 
Ils sont plébiscités pour leur capacité à refléter les préoccupations du quotidien (80 %) et à faire entendre une pluralité de points de vue variés (83 %). Néanmoins, 37% des sondés s’interrogent sur leur indépendance. 
 
L’étude établit également une corrélation de 64 % entre l’offre de médias locaux et leur consommation : moins il y a de médias, moins les habitants s’informent. 
 
La région parisienne apparaît ainsi comme un espace de sous-consommation généralisée des médias locaux. Un focus est même porté sur Beauvais, qui ferait partie d’une « diagonale du vide », où Facebook a pris le relais, tandis que la Bretagne, l’Alsace ou une partie du Sud affichent les niveaux les plus élevés.
 
Plus d’engagement
 
Parmi les forts consommateurs de médias locaux (16 % de la population), 27 % sont impliqués dans la vie communale, contre 13 % chez ceux qui ne consomment aucun média local. Les personnes engagées présentent systématiquement une surconsommation de médias, en particulier de proximité. 
 
De même, si près de 70 % des Français déclarent voter à chaque élection, 87 % des forts consommateurs de médias locaux affirment voter à toutes les élections, contre seulement 62 % des non-consommateurs. À l’inverse, les abstentionnistes se caractérisent par une faible consommation et une forte présence parmi les non-consommateurs de médias. 
 
L’attachement aux valeurs démocratiques demeure élevé dans la population : 92 % des Français jugent la démocratie et la liberté d’expression essentielles, 93 % estiment le droit de vote fondamental. Mais là encore, des écarts apparaissent selon le niveau d’information. 
 
Parmi les Français qui consomment peu ou pas de médias,  
 
  • 28 % estiment qu’« on en fait trop » avec la laïcité, contre 10 % chez les forts consommateurs.  
  • et 23 % d’entre eux doutent du dérèglement climatique, contre 18 % chez les consommateurs de médias locaux. 
  • Sur un point, en revanche, la défiance envers le personnel politique traverse tous les profils, quels que soient les niveaux de consommation médiatique. 
Le scénario noir des déserts médiatiques 
 
Pour mesurer les effets d’une disparition accrue des médias, les auteurs ont simulé une hausse de 20 points du nombre de non-consommateurs. 
 
Les hypothèses retenues sont les suivantes : tous médias confondus, la simulation va de 7,3 % à 27,3 % de non-consommateurs de médias ; pour les médias locaux uniquement, la simulation va de 42,2 % à 62,2 % de non-consommateurs. 

Les résultats sont sans appel. 

  • La participation électorale chuterait de près de 7 points, passant de 77,7 % à 70,9 %.  
  • Le score d’adhésion aux valeurs citoyennes reculerait de 5 points, de 72,2 % à 67,3 %. 

Phénomène inquiétant, les jeunes apparaissent moins intégrés aux écosystèmes d’information territoriaux, notamment dans les grandes villes et les périphéries urbaines, où l’offre médiatique locale est déjà plus fragile. 

L’étude conclut que l’accès à une information pluraliste, nationale comme locale, constitue un facteur structurant de la vitalité démocratique. Si les médias ne suffisent pas à restaurer la confiance politique ou à corriger le sentiment d’abandon territorial, leur érosion alimente la rumeur, l’abstention, la défiance et le repli citoyen. 

Pour aller plus loin : 

Le rapport complet : 

https://www.jean-jaures.org/publication/vers-des-deserts-mediatiques-en-france-la-democratie-peut-elle-survivre-sans-medias

Le témoignage du coordinateur de l’enquête, David Medioni, sur France Culture (13 mn) 

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-transition-de-la-semaine/deserts-mediatiques-quels-risques-pour-la-democratie-8598070 

Les Echos. A l'approche des municipales, le grand retour de l'info locale 

https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/a-lapproche-des-municipales-le-grand-retour-de-linfo-locale-2194624 

Maire info : les augmentations tarifaires des services postaux menacent la presse dans les territoires ruraux 

https://tinyurl.com/4dr6rywb 

Sur ce blog : De nombreux maires ont quitté Twitter

 https://ong-entreprise.blogspot.com/2025/01/ca-se-passe-maintenant-de-nombreux.html 

Radio France. Podcast Affaires sensibles sur Robert Hersant

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/affaires-sensibles-du-mardi-21-octobre-2025-7289980  

lundi 17 novembre 2025

Comment l’état du réseau routier révèle notre rapport au collectif


 

Une étude menée auprès de plus de 3 000 Français pour l’Institut Terram, dévoile un constat sans appel : les citoyens ont une idée précise de ce qu’ils attendent de la gestion des infrastructures. Clarté sur qui fait quoi et avec quels moyens. Sobriété, parce que réparer vaut souvent mieux que reconstruire. Et, fiabilité enfin, parce qu’il faut entretenir avant d’inaugurer.

 Les entretiens ont été conduits du 15 au 22 septembre 2025, c’est-à-dire avant le scandale du Louvre, qui a aussi révélé son lot de surprises.

Plus d’un Français sur deux (56 %) a constaté une dégradation de la voirie de sa commune au cours de l’année écoulée. Suivent les pannes de réseaux enterrés (28 %), les problèmes d’assainissement (26 %) ou les fissures dans les bâtiments (23 %). La route demeure un sujet de préoccupation et la preuve tangible de la présence publique.

En ville, les défaillances sont perçues comme systémiques : un seul incident peut paralyser tout un quartier. À la campagne, elles sont vécues comme une entrave à la vie quotidienne. Dans tous les cas, l’état des réseaux fait débat : une chaussée abîmée ou une canalisation qui fuit symbolisent autant la négligence que l’abandon.

Les jeunes, premiers témoins du dysfonctionnement

Les moins de 35 ans sont les plus nombreux à signaler des problèmes d’infrastructures (80 %, contre 66 % des 65 ans et plus). Hyperconnectées, dépendantes de la mobilité et du numérique, les jeunes générations supportent mal l’interruption de service.

Les écarts sociaux sont tout aussi marqués : artisans, commerçants et indépendants subissent bien plus de pannes que la moyenne nationale. Autrement dit, la panne elle-même est un signe de fractures sociales.

Le brouillard administratif de la République locale

Pour noircir encore ce tableau, 61 % des Français avouent ne pas savoir qui entretient les routes, les canalisations ou les réseaux d’eau. Commune, intercommunalité, département, État, le mystère est complet.

Les compétences s’enchevêtrent, les responsabilités se diluent, la confiance s’effrite.

Les citoyens veulent savoir à qui s’adresser, comprendre à quoi sert leur impôt.

Entretenir avant d’inaugurer

Près de six Français sur dix (59 %) jugent prioritaire de réparer les réseaux avant de construire du neuf. Une nouvelle halle ou un équipement flambant neuf ne font plus illusion quand les nids de poule se multiplient.

Les attentes sont claires : l’entretien de la voirie communale (51 %) doit être privilégiée, suivie des transports en commun (38 %) et du réseau d’eau potable (34 %). Et, la qualité des infrastructures passe avant l’esthétique.

La confiance, une affaire de proximité

Les citoyens font davantage confiance à leur commune (63 %) qu’à l’État (39 %) pour entretenir les réseaux.

Plus d’un Français sur deux accepterait même de payer plus d’impôts pour la maintenance, mais seulement si l’usage des fonds est clair et vérifiable. Le citoyen est devenu plus attentif.

L’écologie du « tenir » plutôt que du « bâtir »

Quand on demande ce qu’est une infrastructure écologique, les réponses ne parlent plus de design ou d’innovation, mais de bon sens : économiser l’eau (65 %), éviter les fuites (61 %), utiliser des matériaux durables (56 %), s’adapter au climat (51 %).

Ayant le sens pratique, près d’un Français sur deux juge urgente l’adaptation des réseaux aux sécheresses et aux inondations. Et 67 % privilégient l’entretien et la réparation plutôt que l’innovation à tout crin.

Municipales 2026 : le retour du concret

À quelques mois des élections municipales, le message est clair : les Français se montrent plus terre à terre et moins bling-bling.  88 % des Français souhaitent que les questions d’eau, de voirie et de réseaux figurent au cœur de la campagne des municipales.

Pour eux, le bon maire n’est plus celui qui coupe des rubans, mais celui qui assure la continuité matérielle du territoire et du service public en adoptant une gestion de bon père de famille.

Selon ses auteurs, « À rebours des promesses spectaculaires, cette étude esquisse une « République du maintien » : gouverner, c’est d’abord garantir la continuité du réel, rendre visibles les priorités et prouver, par l’entretien des réseaux, que l’impôt se transforme en biens communs qui tiennent. »

Des maires durs d'oreille

Le CEVIPOF a également étudié ce sujet dans son étude « Malgré un goût d’inachevé, les maires repartent au combat »

Dans le cas d’une baisse des recettes, les maires désignent en premier lieu

  • la voirie et les espaces verts comme poste d’ajustement budgétaire (50 % d’entre eux en font leur premier choix),
  • devant les aides aux associations (19 %)
  • et les dépenses culturelles (15 %).

De leur côté, les citoyens souhaiteraient que l’on réduise d’abord

  • les dépenses de sport (27 %),
  • puis celles consacrées aux associations (21 %)
  • et à la culture (18 %).

L’écart le plus marqué entre maires et citoyens concerne donc la voirie et les espaces verts (36 points de pourcentage) et, en sens inverse, le sport (21 points).

Pour aller plus loin :

https://institut-terram.org/publications/infrastructures-invisibles-ce-que-les-francais-disent-de-leurs-reseaux-du-quotidien/

https://www.maire-info.com/voirie/reseau-routier-les-depenses-voirie-progressent-davantage-dans-les-communes-ou-la-construction-logements-est-la-plus-forte-article-29406

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lundi 1 septembre 2025

Le régionalisme progresse fortement en France


L’aspiration à un renforcement des pouvoirs régionaux, autrefois incarnée par quelques cercles militants, s’est largement diffusée dans l’opinion publique. 

Plus qu’une remise en cause de l’unité du pays, cette évolution dessine les contours d’une France plurielle, où la diversité culturelle et territoriale est perçue comme une richesse, qu'il ne faut plus tarder à valoriser

Selon un sondage récent de l’IFOP, dont les références figurent en fin de post, en 2012, seuls 50% des Français jugeaient les collectivités locales insuffisamment dotées en compétences ; ils sont aujourd’hui 68 %. A l’époque, 18% d’entre eux trouvaient qu’elles avaient trop de pouvoirs, ils ne sont plus que 7% aujourd’hui. 

Ce désir de décentralisation touche toutes les catégories sociales et politiques, avec des pics chez les seniors (73 %), les habitants des zones rurales (75 %) et les électeurs de Marine Le Pen (79 %). Ce chiffre est plus faible chez les 18-24 ans (58%) et chez les cadres et professions supérieures (57%). 

Il apporte son soutien à l’adaptation des lois aux réalités locales (73 %). Le fédéralisme suscite même un intérêt croissant auprès de 71 % des Français -un niveau autrefois inimaginable selon l’IFOP -, particulièrement en Alsace (86 %), en Bretagne (78 %) et en Corse (76 %). 

Un découpage régional contesté 

Le découpage régional de 2015 voulu par François Hollande est largement rejeté. 68 % des Français souhaitent une organisation fondée sur les particularismes historiques et culturels au-delà du périphérique. 

  • En Alsace, 80 % des habitants demandent la sortie du Grand Est, qui comprend aussi la Lorraine et la Champagne. C’était 68 % en 2019. 
  • En Corse, trois habitants sur quatre soutiennent le projet d’autonomie, un chiffre qui grimpe à 87 % chez les jeunes.  
  • Dans la même tendance, en Savoie, 51 % des habitants veulent leur propre région (contre 41 % en 2000),  
  • Et, en Bretagne, 48 % souhaitent le rattachement de la Loire-Atlantique. 

Au niveau national, 51 % approuvent l’autonomie corse, et la création d’un statut particulier pour le Pays basque divise l’opinion (50 % favorables). 

Des particularités culturelles à cultiver 

Dans le même temps, la reconnaissance officielle des langues régionales recueille l’adhésion de 77 % des Français, un taux constant depuis 1999, et qui atteint des sommets dans les régions concernées (93 % en Corse, 91 % au Pays basque, 90 % en Alsace). 

De plus, 67% des Français sont demandeurs de musées consacrés à l’histoire et à l’identité des régions (79% en Corse, 72% en Bretagne). L’école apparaît comme le vecteur central de cette transmission : 84 % plébiscitent l’enseignement de l’histoire régionale et 81 % souhaitent que chaque élève puisse apprendre une langue régionale. Dans les territoires à forte identité, l’idée d’un enseignement obligatoire progresse, soutenue par 76 % des Corses, 78 % des Alsaciens et 66 % des Basques. 

Ces chiffres témoignent d’une volonté durable de préserver et transmettre ces héritages culturels, quelle que soit la couleur politique. 

Un centralisme jugé pervers 

En arrière-plan, c’est le centralisme qui se trouve remis en cause.  

  • Neuf Français sur dix considèrent que l’État est déconnecté des réalités locales,  
  • et 82 % accusent le fait que Paris focalise toute l’attention des médias.  
  • Seuls 35 % jugent que le gouvernement répond aux besoins de leur région, un sentiment encore plus marqué en Catalogne (24 %) et en Corse (30 %). 
 Cette défiance risque de laisser au bord de la route certains citoyens, avec une affirmation identitaire croissante. 27 % des Français se disent aujourd’hui ainsi attachés avant tout à leur région, 6 points de plus qu’en 2011, avec des taux qui ne peuvent pas être ignorés en Corse (57 %) et en Bretagne (47 %). 

Ainsi, loin de se limiter à un attachement folklorique, le régionalisme s’impose selon l’IFOP comme une dynamique profonde qui oblige à repenser le modèle territorial français. 

Pour aller plus loin : 

Grégory Berkovicz, avocat, expert en affaires publiques. Auteur de "Libérons nos provinces - manuel pour transformer la France en République fédérale"(l’Archipel).

  

Sondage IFOP réalisé pour le mouvement Régions et Peuples Solidaires (R&PS) 

https://www.ifop.com/publication/decentralisation-identite-territoriale-revendications-le-regionalisme-francais-a-lepreuve-du-temps/ 

Les Français partagés sur le cumul des mandats 

https://ong-entreprise.blogspot.com/2025/04/les-francais-partages-sur-le-cumul-des.html 

Quand Michel Rocard voulait « décoloniser la province » (2016; Gazette des communes) 

https://www.lagazettedescommunes.com/451658/quand-michel-rocard-voulait-decoloniser-la-province/  

jeudi 26 juin 2025

Sites & Cités accompagne les maires dans la valorisation du patrimoine


L’association Sites & Cités remarquables de France a été créée en 2000 par des maires afin de travailler en réseau dans une optique de préservation du patrimoine. 

L’association regroupe les villes et ensembles de communes porteurs d’un secteur protégé aujourd’hui “Sites patrimoniaux remarquables” et les villes et pays signataires de la convention “Ville et Pays d’art et d’histoire”. 

L’association compte plus de 300 adhérents en métropole et en outre-mer. Elle touche ainsi 2.000 communes, via les EPCI. 

Elle est présidée par Didier Herbillon, maire de Sedan, élu à l’unanimité. Il succède à Martin Malvy qui pendant 25 ans, a défendu, représenté et incarné Sites & Cités. 

Sa Directrice, arrivée fin 2024, Florence Sirot, Architecte du Patrimoine, plus de 20 ans d’expérience dans l’architecture, de l’urbanisme, des centres anciens, et son Directeur Adjoint, Jonathan Fedy, dans l’association depuis 10 ans, ont bien voulu me présenter en quoi cette belle association aide les maires dans certaines de leurs missions. 

Quel a été le point de départ de cette initiative ? 

Au démarrage, des maires ont voulu se mettre en réseau pour réfléchir aux questions de patrimoine dans une vision très décloisonnée, comme le patrimoine vivant ou la revitalisation des centres anciens. Cela nous amène aujourd’hui à toucher à de nombreux sujets transversaux comme l’urbanisme, l’aménagement du territoire, le commerce, le tourisme, l’habitat, la copropriété. 

En ingénierie, on apporte de la formation, de l’expertise. Nous sommes en appui des collectivités pour qu’elles soient bien en avance sur les questions patrimoniales et à jour sur les normes et la réglementation. 

A partir d’ateliers, de retours de terrain, notre rôle est aussi de faire des propositions pour corriger ce qui ne marche pas au niveau des instances gouvernementales. Nous sommes régulièrement auditionnés par le Sénat ou l’Assemblée nationale sur des projets de lois. Nous faisons le lien entre les maires et les instances gouvernementales. 

Pourquoi avez-vous diversifié vos missions ? 

En 2000, l’idée des 4 fondateurs était de valoriser le label « Ville et Pays d’Art d’histoire ». Très vite, l’association a élargi ses interventions vers les sujets qu’on traite aujourd’hui. L’association s’est ensuite aussi adaptée aux nouveautés législatives comme les zones de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (ZPPAUP), les AVAP (aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine) et les sites patrimoniaux remarquables en 2016 (loi LCAP). 

Nous sommes ainsi aujourd’hui vraiment l’association fédératrice des villes qui ont le label »Ville Pays d’Art et d’Histoire » ou qui ont un site patrimonial remarquable (SPR). 

Quelles sont vos ressources ? 

Nous sommes 11 salariés au siège à Bordeaux. 

On s’appuie sur un réseau d’experts, qu’on sollicite en fonction des sujets, si on ne sait pas répondre en interne : juriste, fiscaliste, Architectes des Bâtiments de France (ABF),… Toutes les thématiques sont liées, même si on ne peut pas tout traiter en même temps. Nous disposons de plusieurs pôles. 

Par exemple, dans l’un d’entre eux, on échange à l’international sur le réchauffement climatique, le tourisme durable, avec des pays comme l’Equateur, la Palestine, le Mexique. On a en effet un partenariat historique avec le ministère des Affaires étrangères. Un de nos collaborateurs fait vivre ce réseau. 

L’association est aussi cofondatrice du CREBA, qui est le centre de ressources pour la réhabilitation responsable du bâti ancien. Il s’adresse aux professionnels du bâtiment (maîtres d’œuvres, architectes, bureaux d’études, artisans, prescripteurs, techniciens, experts, chercheurs…) et, plus globalement, aux acteurs de tout projet de réhabilitation, de rénovation énergétique ou de restauration d’un bâtiment ancien. On a cœur d’alimenter cette bibliothèque et d’animer des ateliers en rapport avec ces thématiques. 

Certains problèmes sont-ils particulièrement aigus ? 

Cette année, nous avons mis l’accent sur la mobilisation du logement vacant en centres anciens, qui est une priorité nationale. Nous œuvrons pour faire des propositions en ce sens sur beaucoup de choses comme la fiscalité, les outils de l’Agence nationale de l’amélioration de l’habitat, la médiation, la sensibilisation du public. Il faut développer la culture de l’entretien du bâti dès le plus jeune âge. 

On peut fournir aux maires, qui se disent démunis face à des propriétaires privés, des outils, déjà incitatifs, comme des aides, mais cela a un coût. Quand cela ne marche pas, cela peut aller jusqu’à l’expropriation. 

Il faut une volonté politique et s’adosser à une ingénierie spécifique. On joue un rôle de centralisateur, on informe les maires, on met en réseau. Il existe des bureaux d’études spécialisés dans ces domaines et des agences, comme l’Agence nationale de l’Amélioration de l’habitat ou l’Agence nationale de la cohésion des territoires. 

Troyes travaille depuis de nombreuses années sur la question. Rennes et Bayonne aussi. 

Ces besoins existent aussi dans de plus petites communes. 

Comment choisissez-vous vos priorités ? 

Les problèmes varient selon les territoires, comme à Chaumont dans la Haute Marne, qui fait face à une déprise démographique. 

Les besoins diffèrent, mais les sujets se recoupent. On essaye de s’adapter aux besoins des villes. On peut être sollicité ponctuellement. Si certains thèmes remontent, on peut organiser des groupes de travail comme la gestion des remparts dans une ville ou le potentiel de surélévation, quand il n’y a plus de foncier. 

Des journées régionales permettent à des villes proches géographiquement, mais qui n’on pas beaucoup de temps pour se voir, d’échanger sur leurs problématiques et de partager les bonnes pratiques. Notre assemblée générale annuelle permet aussi de susciter l’intérêt de nouveaux maires. 

Comment les petites communes peuvent-elles s'engager ? 

Certaines communes sont moins structurées, comme celles qui n’ont pas de service hygiène. 

On a vu beaucoup d’amélioration au niveau de la structuration et de l’ingénierie grâce aux dispositifs « Action Cœur de Ville » et « Petites Villes de demain ». Ces programmes ont eu la vertu de faire émerger des chefs de projet sur la revitalisation des centres anciens, avec un impact très positif. 

Mais, en dehors de ces lauréats, il faut aussi aider les autres. C’est notre tâche de faire tache d’huile, de mobiliser notre ingénierie. Et, les élus adorent se parler entre eux, quelle que soit leur couleur politique. Les sujets sont les mêmes pour tous, donc il n’y a pas de conflits. 

Existe-t-il des aides ? 

Les communes peuvent avoir besoin de subventions quand elles font à la place du privé, comme avec les fonds friches, qui sont devenus les fonds verts. Il y a aussi les aides de l’ANAH. 

On vient de répondre à un appel à projet d’Atout France en ce qui concerne le marketing digital et communication en matière de promotion touristique. 12 villes ont été retenues comme La Réole au sud de Bordeaux. Des formations leur ont été proposées. 

La transversalité est très importante : le personnel de la mairie doit aussi être associé au plan d’urbanisme, au service habitat. Quand un office du tourisme ne travaille pas avec notre label, cela marche moins bien. Les formations donnent des exemples de bonnes pratiques. 

Comment fonctionne le label ? 

Le label, qui appartient au ministère de la Culture, s’obtient en 3 ou 4 ans au niveau d’une commune ou d’une communauté de commune, voire par une association ou un syndicat mixte. Le projet dure ensuite 10 ans avec le recrutement d’une équipe dédiée et des conférenciers agrées. 

Annuellement, 3,5 millions de personnes sont touchées par les actions des Villes d’Art et d’Histoire, sans forcément en avoir conscience. Il peut y avoir un panneau en entrée de ville. En complément, une marque a aussi été créée fin 2024 : « Ville, Histoire en son cœur » destinée au grand public. 

 

Mais, c’est aussi bénéfique pour les résidents : médiation auprès des jeunes, appropriation par la population de son territoire,.... On peut passer tous les jours à côté de chez soi devant des chefs d’œuvre patrimoniaux sans lever la tête. 

Lorsque le patrimoine est valorisé, les résidents comprennent mieux leur territoire : on le respecte plus aussi, on dégrade moins l’espace public. Des actions de sensibilisation ont lieu toute l’année, et pas que l’été. 

L’idéal serait que la jeunesse s’empare aussi de ses questions, en particulier dans le monde associatif. On y réfléchit. 

Pourtant passionnants, les métiers du patrimoine sont aussi un peu en souffrance, tout un champ qui pourrait séduire les jeunes générations.

  

Existe-t-il une forme de compétition entre les villes ? 

Concernant la concurrence en matière d’attractivité, on a tous les profils. 

On a des villes qui souffrent de l’hyperfréquentation touristique et qui cherchent à réglementer la location saisonnière comme Airbnb. Parfois, le commerce est entièrement tourné vers les visiteurs comme à Saint Emilion, une commune qui a du mal à trouver des habitants à l’année. 

A Strasbourg, 3.000 logements sont vacants, ce qui n’est pas sans poser des problèmes, vus les besoins de la population et face au nombre de gens qui dorment dans la rue. Un chiffre à mettre en relief avec l’implantation locale d'Airbnb. 

A l’opposé, à Grasse, en perte démographique, bien qu’elle soit dans le sud-est, l’offre hôtelière est trop faible. Ils sont donc intéressés à ce que l’offre de location saisonnière se développe pour que les gens restent sur place et n’aillent pas ailleurs, comme à Nice. 

Que peut-on faire pour s’attaquer à ce qu’on appelle « la France Moche « ? 

De plus en plus d’élus ont pris conscience de l’importance de l’esthétique des entrées de ville. Il peut s’agir d’une gare mais aussi des axes d’accès à la ville, qui passent parfois par des zones commerciales, malheureusement régulièrement défigurées. 

Ces élus ne souhaitent pas limiter leurs actions au seul centre historique. Le sujet prend de l’importance, comme dans les avenants de projets « Cœur de Ville » notamment. 

En collaboration avec Patrimoine-Environnement, nous organisons depuis plusieurs années un concours pour inciter à passer à l’action. Nous avons eu 18 candidatures en 2025.

  

Pour aller plus loin : 

Le site web : https://www.sites-cites.fr/  

Sur le CREBA:

   

Sur ce blog : l'urbanisme favorable à la santé

https://ong-entreprise.blogspot.com/2024/09/les-origines-de-lurbanisme-favorable-la.html