mardi 19 janvier 2010

Le WWF France fait un premier bilan de ses partenariats avec les entreprises



Depuis sa création en 1961, le WWF a toujours tissé des liens avec le monde de l’entreprise. L’ONG le côtoyait à la fois en tant que mécène contribuant au financement de ses missions et en tant qu’acteur susceptible de rechercher des solutions pour protéger la nature et réduire l’empreinte écologique humaine, comme l’élimination d’essences de bois menacées au profit d’approvisionnements en bois certifié FSC1.

La notoriété croissante du WWF dans l’Hexagone, la prise de conscience des questions environnementales et la mise en œuvre d’une politique de RSE par les entreprises françaises ont permis à l’ONG d’augmenter progressivement son niveau d’exigence vis-à-vis de ses partenaires. Cette montée en puissance traduit aussi la volonté du WWF de ne pas brader la valeur de sa marque, mais répond aussi aux critiques des ONG de plaidoyer qui refusent de nouer des liens financiers avec des firmes. La politique de dialogue avec le « diable » du WWF en France a même pu susciter occasionnellement des tensions au sein de l’association, mais aussi à l’extérieur comme dans les médias (accusation de greenwashing).

Il s’agit d’une question sensible puisque le WWF a fait mener deux études en 2009 pour savoir ce que les Français pensaient des accords ONG/entreprises. Il en ressort notamment que 78 % des Français estiment que créer avec les entreprises des partenariats de long terme sur des projets communs de protection de l’environnement est une démarche efficace.

Le WWF France veut travailler, dialoguer ou concerter avec l’ensemble de ses parties prenantes, y compris le monde des affaires. Dans ce cadre, Serge Orru, Directeur Général du WWF France précise que «l’entreprise ne peut être ignorée. Certes, son activité participe largement à la dégradation de notre planète, mais les hommes et les femmes qui la composent représentent une formidable source d’imagination pour tracer de nouvelles voies et lui permettre de devenir un des premiers leviers du changement. On ne peut espérer voir émerger une alternative plus durable à nos modes de production actuels si nous ne mettons pas l’entreprise au cœur du processus. Misons sur sa capacité à intégrer la dimension environnementale et à innover pour s’adapter à de nouvelles règles du jeu et inverser la situation

L’ONG environnementale est présente dans ce domaine : études et recherches, implication dans la réglementation et dans les démarches normatives (Grenelle de l’Environnement, Observatoire Indépendant de la Publicité, Comité Français des Eco-Labels, etc), dans la formation. De son côté, le WWF International est actif dans de nombreux programmes impliquant des entreprises comme le Climate Savers et le Roundtable on Sustainable Palm Oil.

Les partenariats entreprises du WWF-France se déclinent aujourd’hui en deux approches :

• Le « mécénat engagé » ou les « partenariats stratégiques », dans lesquels les entreprises s’engagent dans une démarche de réduction de leur empreinte écologique. Le WWF « challenge » l’entreprise pour fixer des objectifs ambitieux et l’accompagne dans sa démarche. Le contenu du partenariat est fixé en commun dans le cadre d’une convention pluriannuelle. Trois nouveaux partenariats stratégiques ont été signés au cours du 1er trimestre 2009 : Arjowiggins, Ikea et Solairedirect.

• La « licence engagée » ou les « partenariats produits » dans lesquels l’association promeut et soutient des produits éco-responsables. L’idée du WWF est d’influencer à terme l’ensemble de la gamme de produits de ses partenaires. Dans le cadre d’un contrat de licence, les droits d’utilisation de la marque WWF sont concédés pour la promotion, la vente et la diffusion des produits.

Après avoir noué de nombreux partenariats, le WWF France a été en mesure de présenter un premier bilan de ce type d’actions. Un audit des partenariats avec les entreprises a ainsi été réalisé courant 2009. Son idée est de rendre compte à la fois des réalisations concrètes et des points d’amélioration à mettre en œuvre. Si les partenariats franchissent des étapes successives, des indicateurs ont été mis en place pour suivre leur évolution, comme le pourcentage d’achat de matières premières certifiées, le nombre de personnes formées ou encore la consommation d’énergie.

Cet audit a été divulgué cet automne. L’élaboration de ce document répond à des objectifs de transparence, même si les aspects financiers de chaque accord n’ont pas été divulgués. L’audit a été élaboré par les équipes du Département Partenariats Entreprises du WWF-France et a bénéficié selon ses propres termes « du regard externe critique des experts du Département Développement Durable de PricewaterhouseCoopers » dans le cadre d’une convention de «mécénat de compétence».

Lorsque l’association écologiste a engagé un bilan de ses relations avec les entreprises, certains se sont montrés sceptiques. Ainsi, un article de l’Expansion, dans lequel le journaliste écrivait « Sans vouloir chercher des poux dans la tête de l'animal, personne ne s'attend à un rapport accablant pour ses clients. »

10 partenariats stratégiques impliquant des firmes de tailles diverses font l’objet d’un focus dans ce rapport : Caisse d’épargne, Carrefour, Castorama, La Poste, Lafuma, Orange, Pierre & Vacances, Rainett, Rip Curl et Tétra Pak.

En lisant entre les lignes, on devine que certains accords se sont révélés particulièrement fructueux, comme Pierre & Vacances, Rainett, Rip Curl et Tétra Pak. Un partenariat récent (2008) comme celui d'Orange est bien avancé.

Les sujets concernés tournent en général autour de la réduction de C02, le recyclage et de l’éco conception. La biodiversité semble aussi être devenue une priorité, avec des projets possibles en ce sens pour Pierre Vacances et Tétra Pak. Il ressort également la nécessité de se fixer des objectifs chiffrés (Lafuma, Carrefour, Pierre & Vacances, Caisse d’Epargne, Castorama).

-->Parmi les éléments clés de succès figurent notamment l’instauration d’un climat de confiance entre les partenaires (ex Rainett depuis 10 ans), la nécessité de prioriser la démarche et la capacité à impliquer tous les responsables concernés. Ainsi, le rapport relève qu’à la Caisse d’Epargne, il a parfois manqué d’une mobilisation systématique de l’ensemble des métiers de la banque. Il faut dire que le groupe financier s’est engagé dans le développement de produits bancaires responsables, particulièrement novateur et complexe.
Un autre volet est celui de la sensibilisation. Des salariés volontaires de Lafuma ont participé à des journées de nettoyage de la Mer de glace, tandis que Rip Curl diffuse des informations ciblées vers le grand public et les surfers (protection des récifs coralliens, diffusion de spots publicitaires WWF avant et après les concerts de la Rip Curl Pro). Par ailleurs, Orange est très actif. L’opérateur télécom a notamment lancé le site « les réflexes verts ».
--> De la même manière, le groupe Carrefour agit vers ses clients et ses salariés. Le WWF compte à l'avenir rendre les actions du distributeur encore plus visibles pour accélérer la généralisation des bonnes pratiques.

Sur le plan financier, le WWF s’est fixé comme règle de limiter les dons d’entreprise à un maximum de 30 % de ses ressources. Pour l’année fiscale 2008-2009, les dons d’entreprises se sont élevés à 28% du budget de WWF France, dont 21% pour la Fondation WWF France et 7% pour la filiale Panda SARL. Cela représente environ 4,2 millions d’euros. Ces fonds sont répartis sur 46 entreprises partenaires.

Cette diversification des revenus en provenance du secteur privé est censée permettre au WWF France de rompre le cas échéant un partenariat s’il le juge nécessaire, sans que cela ne pèse significativement sur son budget. La contribution des entreprises dans le budget de la Fondation WWF-France vient en deuxième position après celle des dons de particuliers, qui en représente la moitié. Ce dispositif a pour but d’assurer l’indépendance de l’organisation, qui reçoit également des subventions.

Destiné à un large public, le rapport est consultable sur le site Internet du WWF-France : http://www.wwf.fr/s-informer/actualites/premier-rapport-wwf-france-sur-les-partenariats-entreprises

Pour aller plus loin :

Les Français croient au dialogue ONG/entreprises
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/05/les-francais-croient-au-dialogue_13.html

Un article de presse critique sur la transparence des ONG dans l’Expansion, sept. 2009
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/la-transparence-cause-perdue-pour-des-ong_173350.html

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Est ce que le WWF pratique l'exclusion de certains secteurs ?

Anonyme a dit…

Oui il y a une blacklist de certains secteurs d'activité
Les plus polluants notamment
Vous ne verre jamais un partenariat WWF-Total ou WWF-Areva.
C'est une politique.

Robert a dit…

Bonjour,

Merci pour votre article instructif et équilibré. Cet audit est tout à l'honneur du WWF. Le fait qu'ils s'engagent ainsi dans une démarche de transparence devrait créer une émulation positive, aussi bien du côté des entreprises que des ONG. En somme, ils mettent la barre un cran plus haut même s'il faut parfois lire entre les lignes comme vous l'observez.

Anonyme a dit…

Irma dit que ce n'est pas vraie ce que disait le WWF sur son site, qu'on ne verra jamais un partenariat WWF-Areva (nucléaire). Depuis une personne du WWF est venue dans la CLI (Commission Locale d'Information) de AREVA à Cadarache, ce monsieur sert l'Areva. Il dit que le WWF n'est pas franchement contre le nucléaire. C'est parce que ce monsieur est pro-bucléaire. L'écologie ne va pas avec le nucléaire, non plus avec la Nature ou avec le WWF.
Et encore pire: ce monsieur blâme la CRIIRAD par dire que la CRIIRAD fait de la "politique" NON, Monsieur, la CRIIRAD est le seule laboratoire scientifique qui garde son indépendance de l'industrie nucléaire et d'Areva. La CRIIRAD fait des mesures de la radioactivité de l'eau, de la terre,de l'air, en toute objectivité.
Je pense que le WWF est en danger quand ses représentants se font amis d'Areva et blâme la CRIIRAD.
Lubersac, le 28 juillet 2010

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