mardi 6 septembre 2022

Certaines entreprises ont fait le choix de plafonner leur activité


La question de la sobriété, qui a été notamment mis en évidence par une série d’articles dans le Monde au cours du premier semestre, et par des professions de foi de grands dirigeants, est devenue un leitmotiv. 

Avec en toile de fond le débat décroissance ou croissance verte.

Pourtant, la petite musique de la sobriété commençait à sa faire entendre avant les baisses de livraisons de gaz de la Russie. Certaines entreprises ont en effet choisi délibérément de plafonner leur activité. Dans leurs motivations, la question des énergies fossiles, notamment liées au transport est posée, mais d’autres thèmes sont aussi en jeu comme la qualité de service, la pollution, la santé publique, ainsi qu’un alignement sur les valeurs de l’organisation. Une activité raisonnée peut aussi permettre d’obtenir des labels et des certifications. 

Un aéroport sous tension

Le gouvernement néerlandais a décidé récemment de « caper » le nombre de vols de l’Aéroport Amsterdam-Schiphol. Seuls 440.000 vols par an seront autorisés contre un total de 500.000 vols encore effectués avant la pandémie de Covid 19. Il justifie ce choix en raison de la pollution sonore et de l’hostilité des riverains. 

  • Les progrès techniques réalisés dans le domaine de l’aéronautique ne seraient pas assez rapides pour espérer une décarbonisation dans un horizon proche.
  • de plus, la pagaille qui a régné cet été en Europe, avec des annulations de vols et des pertes des bagages, serait en partie due à l’incapacité des aéroports à recruter, en raison de métiers peu rémunérés et peu attractifs. Dans cette industrie, la religion du low cost semble avoir atteint ses limites.

Il s’agit donc là d’un choix politique et technique, qui répond aux exigences d’une partie de la population. On retrouve des motivations similaires dans la Vallée de Chamonix ou dans les Calanques de Marseille, les autorités locales cherchant à mieux organiser la fréquentation de leurs sites. 

  

Limiter les externalités négatives et changer les usages 

Secret Planet, une opérateur des aventures nature et de l’expédition, comme dans les régions polaires, a décidé de réduire son empreinte carbone d’une manière radicale. 

Affolé par la demande de ses clients à la sortie de la pandémie, son fondateur, Eric Bonnem, a compris que le seul moyen de respecter les Accords de Paris, était d’arrêter la commercialisation de ses voyages, dès que le volume conjugué de toutes leurs émissions atteint un niveau jugé non souhaitable. 

Pour accompagner ce mouvement, les vols avec escale vont être abandonnés, et les séjours vont passer en moyenne de 20 à 25 jours sur place. Ce qui implique des prix plus élevés, même si Secret Planet indique conserver un certain nombre de voyages à des prix plus accessibles. 

Pour compenser le refus de vente partiel, le voyagiste réfléchit à des diversifications dans des activités plus neutres en carbone, comme le conseil. 

Respecter le cycle de l’eau 

Gérant de la célèbre source alsacienne, l’embouteilleur Wattwiller vient de se voir attribuer la certification « Alliance for Water Stewardship ». Ce label reconnaît son modèle de limitation de production afin de ne pas trop puiser dans les réserves souterraines d’eaux minérales. 

Il s’agit d’une démarche intéressante, puisqu’ainsi Wattwiller reconnaît la rareté de l’eau et assure en même temps sa propre pérennité en basant l’activité sur le renouvellement naturel de la ressource. De cette façon, les générations futures sont aussi intégrées dans le processus de décision. 

Il faut dire aussi que depuis quelques années, Wattwiller a cessé ses exportations sur le marché asiatique et au Moyen-Orient afin de réduire son empreinte environnementale. Une démarche globale aussi récompensée par le label BCorp. 

Interrogée par le Parisien, Valérie Siegler, directrice France du groupe belge Spadel, le dit franchement : « Cela n’a aucun sens d’exporter de l’eau à l’autre bout du monde » 

Dans ces trois cas de figure, il s’agit de démarches volontaires, encore très minoritaires. Le « mal » est éradiqué à la racine, faute de meilleures solutions. 

Ces initiatives se distinguent donc de la théorie du découplage, qui veut que via des mesures appropriées, il est possible de produire plus en émettant moins de CO2 en valeur absolue. 

Cela pose plusieurs questions, si on envisage une duplication de ces modèles. 

  • Une entreprise qui ne croit pas peut-elle survivre ? 
  • Quelles vont être les réactions des actionnaires et des salariés ? 
  • La raréfaction de l’offre va-t-elle entraîner une hausse des prix ? 
  • Que devient l’innovation ? 
  • Certains secteurs de l’économie sont vitaux : agriculture, pharmacie, éducation, etc 

mercredi 13 juillet 2022

Cineskope passe par le cinéma pour faire découvrir les ODD aux salariés

Sylvain Lefort a fait une grande partie de sa carrière chez Kantar, anciennement TNS Sofres. Passionné depuis l’enfance par le cinéma, il a co-fondé en 2018 la revue Revus & Corrigés, qui est vendue en librairie. Le numéro 15 vient de sortir. 

 Il a en outre créé Cineskope, une entreprise dont le but est de faciliter la sensibilisation des salariés aux grandes thématiques du développement durable via le 7ème Art. 

D’où t’est venu ce concept ? 

En toile de fond, j’étais comme beaucoup de citoyens, parfaitement informé de l’urgence climatique, sans pour autant savoir comment l’intégrer dans ma vie pro ou perso. 

Il y a 5 ans, j’ai rencontré une responsable d’une entreprise du CAC 40 qui m’a appris qu’elle avait projeté le film Intouchables à certains salariés pour les convaincre d’adopter des pratiques managériales plus inclusives. 

J’ai alors compris que la fiction peut constituer un excellent vecteur pour comprendre certains enjeux ou éviter certains biais. 

  

Que retient-on d’un film ? 

Regarder un film ou des extraits de films, c’est se plonger dans une histoire forte, renforcée par un jeu d’acteurs, des effets visuels et une musique envoûtante. Le spectateur va être pris par l’émotion, plongé dans le récit sans être dérangé par personne tout le temps de la projection. 

Néanmoins, pour convertir ce moment de plaisir en action, nous organisons à la fin de la séance une discussion, qui permet de faire le lien entre le récit et la vie réelle. Cette séquence permet aussi de partir de l’expérience personnelle pour aller vers le collectif. 

Un responsable de l’entreprise peut intervenir, mais nous pouvons ainsi faire appel à des experts externes, spécialistes de la RSE. 

Dans les faits, la plupart de nos interlocuteurs ont déjà engagé des initiatives par rapport au développement durable. Leur défi est de dépasser le stade de la découverte à celui d’un programme de transformation plus ambitieux, porté par la Direction, et compris des salariés. 

Qui sont vos interlocuteurs ? 

Ce sont principalement des DRH, mais aussi les DirCom et les responsables RSE. 

Il s’agit plutôt de grands groupes, qui ont identifié certains enjeux prioritaires et qui souhaitent utiliser de nouveaux formats pour embarquer les salariés. 

Les documentaires peuvent-ils avoir le même impact ? 

De nombreux documentaires, souvent dans le champ environnemental, sont réalisés de manière très professionnelle. Certains d’entre eux ont cartonné comme celui d’Al Gore, Une Vérité qui dérange, en 2006. 

Néanmoins, le cinéma reste un moment de détente ; le spectateur marque une pause et prend du recul. Les émotions de la fiction génèrent un ancrage, là où le documentaire est plus démonstratif, plus professoral. 

Quel film pour quel objectif ? 

Nous avons identifié des films pour les 17 ODD (Objectifs du développement durable), qui sont malheureusement mal identifiés par la plupart des Français. La cinématographie est très riche. Certaines œuvres de Charlie Chaplin, par exemple, illustrent la question de la faim, de la pauvreté ou du travail – des thèmes ancrés alors dans la crise économique, mais qui résonnent encore aujourd’hui. 

Les incendies de forêt, une catastrophe naturelle de plus en plus fréquente, ont été filmés de façon spectaculaire dans Au nom de tous les miens. 

 

Concernant l’inclusion, la diversité et la parité, Les Figures de l’ombre met en scène l’implication de plusieurs femmes noires dans la conquête spatiale aux Etats-Unis : ce film, qui se déroule pendant la ségrégation, pose des questions sur les apports culturels, les conflits potentiels au travail, l’identification des blocages. Des questions toujours d’actualité ! 

Dans un autre genre, Space Cowboys offre une grande richesse sur la place des séniors, une population qui en France est jugée à tort peu attractive par les recruteurs. 

Pour chaque demande et pour tous les thèmes, Cineskope propose de plusieurs œuvres parfaitement adaptées. 

Ponctuellement, nous pouvons aussi recourir à des films dystopiques, comme Soleil Vert, dont les deux premières minutes sont prémonitoires de l’histoire de la planète depuis les années 1970. 

Comment se déroule la session ? 

Le nombre de participants ne doit pas excéder 100 personnes. 

L’événement peut se dérouler en interne ou chez un exploitant de salles de cinéma. Si besoin, plusieurs séances peuvent être organisées dans le temps, avec différents films ou extraits de films, afin de consolider l’élan initial. 

L’entreprise est-elle le bon échelon ? 

Le monde du travail est l’un des derniers lieux où les personnes se côtoient avec une telle diversité d’origine et de différences d’âge. En dehors du monde professionnel, ces personnes ne se croiseraient sans doute pas. L’univers professionnel offre un melting pot qui en fait un lieu idéal d’échange et d’expérimentation. 

Mais, les retombées peuvent avoir une ampleur encore plus importante. Si un employeur met l’accent sur certains sujets, comme via un film comportement une thématique environnementale, si le spectateur sort de la séance et du débat en ayant pris conscience d’une ou deux idées fortes, il est probable qu’il modifiera aussi son comportement dans sa sphère privée. 

Comment Cineskope est-il accueilli ? 

L’acculturation aux questions RSE est le grand sujet du moment, car les solutions sont connues. La difficulté, c’est de lancer le mouvement et se fixer des objectifs. La magie du cinéma permet d’engager la transition en douceur. C’est pour cela que notre idée suscite beaucoup d’intérêt. 

Avez-vous d’autres objectifs ? 

La pandémie de Covid-19 a éloigné le public des salles de cinéma, jugées non essentielles. Notre idée est aussi de soutenir la filière en amenant un nouveau public dans les salles, notamment dans celles qui sont situées près de nos partenaires entreprise. 

Un film peut-il changer le monde ? 

Hélas, non, car nous n’en serions pas là aujourd’hui sur de nombreux plans… Mais il y contribue fortement, ne serait-ce que par l’impact que les images peuvent avoir au niveau individuel en termes de prise de conscience, puis d’évolution de comportement. Car les images valent souvent mieux que de longs discours ! 

Pour compléter cette interview :

2011 : Intouchables, une leçon de vie 

http://ong-entreprise.blogspot.com/search?q=intouchables 


mercredi 8 juin 2022

Croissance durable : les industriels peuvent-ils éviter le Greenwashing ?

Ce post recense quatre initiatives de multinationales européennes, qui se sont retroussées les manches pour se donner toutes les chances d’éviter de s’engager dans des voies non durables, c’est-à-dire sans avenir

Ces Big Corp, gérant parfois des centaines de références, et imbriquées dans une vaste chaine d’approvisionnement, ont imaginé des outils, afin de mieux concilier leurs investissements avec les limites planétaires

Leur approche est révolutionnaire, dans la mesure où cela peut les conduire dans certains cas à écarter des projets, qui auraient été encore jugés bons il y a dix ans.

Kering et la chaine d’approvisionnement

 EP&L (pour Environmental Profit & Loss, ou Compte de Résultat Environnemental) est un outil original, qui permet à Kering de mesurer et de quantifier ses impacts environnementaux.

  

Si EP&L mesure, tout au long de la chaîne d’approvisionnement, les émissions de CO2, ce qui est assez classique, d’autres critères sont suivis, comme la consommation d’eau, la pollution de l’air et de l’eau, l’utilisation des sols et la production de déchets. Une fois quantifiés, tous ces impacts sont convertis en valeur monétaire. Il s’agit là d’une étape incontournable pour motiver les décisions, qui vont en découler. 

Comme indiqué sur son site web, avec EP&L, Kering « oriente sa stratégie de développement durable, améliore ses processus ou ses circuits d’approvisionnement et adapte ses choix technologiques. » 

Dans son rapport de mai 2019 sur l’information extra-financière, Patrick de Cambourg détaille ce que fait Kering, mais signale également d’autres initiatives innovantes de même inspiration chez BASF et chez Philips. 

Michelin et le carbone 

Depuis 2016, le fabricant de pneumatiques applique un prix interne du carbone à ses projets d’investissement. Ce prix est intégré dans la méthode de « Calcul de Rentabilité des Investissements Michelin », applicable aux projets nécessitant des investissements importants, notamment les projets d’augmentation de capacité de production, de transformation des chaufferies et relatifs à la logistique. 

En 2021, ce prix a été relevé de 50 à 100 € la tonne. 

Cette méthodologie contribue à orienter l’innovation vers des produits plus performants. 

Michelin s’est ainsi concentré sur la résistance au roulement des pneus. Le pneumatique représente entre 20 et 30% de la consommation de carburant d’un véhicule, mais aussi des émissions de CO2 

Michelin déclare avoir trouvé une réponse avec son pneu E-Primacy, 

  • qualifié d’éco-responsable, issu d’une ACV, et commercialisé depuis la fin 2020. 
  • installé sur une voiture électrique, ce pneu contribue par exemple à augmenter l’autonomie d’environ 7%, ce qui représente 30 kilomètres pour un modèle ayant une autonomie de 400 kilomètres. 

Le couteau suisse du prix du carbone 

Pour l’Institut Montaigne, l’utilisation du prix du carbone coche de nombreuses cases : 

  • il fournit un outil de management du risque (ou de test de la résilience des investissements), qui vise à assurer la rentabilité et la pérennité de l’entreprise mais aussi à identifier des opportunités de développement d’activité bas carbone liées à la transition. 
  • Il prend en compte des externalités que constituent les émissions de gaz à effet de serre (RSE). 

Dans son étude, l’Institut Montaigne y voit d’autres intérêts :

  •  encourager le changement de comportement en interne, faire la pédagogie; 
  • accéder aux financements bas-carbone ; 
  • valoriser auprès de sa chaîne de valeur les solutions bas-carbone. 

 Solvay : marier l’utile et l’agréable 
 
Troisième exemple, le groupe chimiste belge Solvay a mis au point un outil, le Sustainable Portfolio Management (SPM), grâce auquel il peut passer au tamis tout son portefeuille de produits. 
 
Le SPM mesure en particulier : 
  1. l’empreinte environnementale liée à la production de ses produits ; 
  2. les risques et les opportunités qui y sont associés ; 
  3. la pertinence d’éventuelles acquisitions sur les mêmes critères. 
Avec ce dispositif, Solvay indique se positionner sur les produits les plus utiles et les plus porteurs. Le chimiste intervient sur les batteries de voiture électrique ou hybride, les thermoplastiques ou encore l’hydrogène vert. 
 

 
 Solvay, pourrait-on dire, n’a pas la « RSE triste ». 
 
Pour marquer les esprits, Solvay a même donné un nom à son approche : G.R.O.W (Growth, Resilient, Cash, Optimize, Win). 
 
La présentation de François De Vos, Expert RSE chez Solvay
 
  
 
En adoptant une méthodologie plus contraignante, Solvay peut espérer s’affranchir dans une certaine mesure du diktat du court terme et n’oublier aucunes parties prenantes. 

Legrand s’appuie sur l’innovation frugale 

Dans son document de référence 2018, Legrand met en avant sa démarche d’ « innovation frugale », qui se focalise sur le développement de gammes de produits répondant à des besoins essentiels. 

Elle consiste à repenser certaines offres en remodelant les produits en fonction des besoins primaires des utilisateurs. Il s’agit d’innover et de faire plus avec moins pour répondre aux attentes d’utilisateurs qui ne sont pas encore des clients, pour des raisons à la fois de coûts et de non-adéquation des produits à leurs besoins. 

Cela se concrétise par la conception, le développement et la commercialisation de gammes d’appareillages (prises, interrupteurs) et de disjoncteurs qui permettent, 

  • d’équiper durablement et en toute sécurité les bâtiments, 
  • à des conditions économiques accessibles pour le plus grand nombre. 
  • notamment dans les nouvelles économies comme l’Inde et le Brésil. 

 Dans la même veine, Essilor a développé un écosystème complet, avec une offre BoP qui s’appuie sur des micro-entrepreneurs pour apporter la vision dans les pays pauvres. 

Des roadmaps qui tiennent la route 

Ces initiatives ont été déployées dans des secteurs d’activité différents, ce qui laisse espérer qu’elles ne resteront pas isolées. Et, elles concernent tous les métiers : la R&D, la fabrication, la supply chain, mais aussi le marketing. 

Est-ce seulement une recherche d’efficacité ou de découplage, ou est-ce aussi une forme de sobriété, les avis divergeront. 

Reste pour revenir le titre de ce post que ces quatre pionniers, en étant à l’écoute des nouveaux besoins de leurs clients et des attentes de la société, prêtent moins le flanc à d’éventuelles accusations de Greenwashing. Leurs produits parlent pour eux. 

Et, dans le même temps, leurs actionnaires ne semblent pas se plaindre de leurs nouveaux business models. 


Pour aller plus loin :
 

« Entreprises en hypercroissance. Leviers majeurs de développement : culture d'entreprise et ESG. » 

Une étude récente de KPMG et CroissancePlus avec de nombreux verbatims. 

https://home.kpmg/fr/fr/home/media/press-releases/2022/04/entreprises-en-hypercroissance.html 

Kering ;le témoignage d’Elisabeth Didier (Sustainability Performance Director), à l’Essec 

https://fr.coursera.org/lecture/reporting-extra-financier-strategie-rse/temoignage-d-elisabeth-didier-kering-partie-1-l-ep-l-quoi-pourquoi-comment-hIxzo?utm_source=link&utm_medium=page_share&utm_content=vlp&utm_campaign=top_button 

Pour modéliser différents scénario, incluant une visualisation dynamique des résultats, permettant de connaître en temps réel l’impact d’une décision possible ou d’un projet futur sur l’empreinte EP&L, ce dernier est en open source

https://www.kering.com/fr/developpement-durable/mesurer-notre-impact/notre-ep-l/ 

vendredi 20 mai 2022

RSE : In Media Vita passe par le jeu pour pousser les individus à changer de posture

 J’ai croisé Mathieu en formation chez EcoLearn CentraleSupelec, une formation d’un an à la durabilité réservée aux professionnels.

 J’ai pu y observer auprès des autres étudiants l’importance de l’acculturation à la RSE dans les organisations. 

Même si tout le monde a entendu parler des enjeux en cours, beaucoup de personnes maîtrisent mal les notions de RSE, ne savent pas comment s'y prendre, voire ne veulent pas changer leurs comportements. D'où l'intérêt d'une approche décalée, non académique, qui passe par les soft skills.

Mathieu Caranobe, qui est DG d’In Media Vita, vient de l’événementiel, donne sa vision :


 

 Comment est née votre start-up ? 

In Media Vita est une EdTech dirigée par 4 associés aux parcours complémentaires. Son Président, Laurent, est scénariste-réalisateur. En milieu de carrière, en 2018-2019, il a voulu se former au « game design » en s’inscrivant aux Gobelins. Il a fait sa thèse sur l’ « apprentissage furtif », une nouvelle manière d’acquérir des concepts ou nouveaux réflexes. 

 In Media Vita veut d’ailleurs dire « en milieu de vie » 

 D’où vient votre engagement dans la RSE ? 

 Nous avons tous des parcours différents. 

Il est certain que nos idées étaient en germe. A la suite du parcours de Laurent, la genèse du projet a pris forme au premier confinement en 2020 « en pur distanciel ». J’avais déjà travaillé avec Laurent pour BIC en VR sur la dangerosité des briquets non conformes. Penelope, qui est coach facilitatrice et qui a fait ses études aux Etats-Unis, et Nicolas, graphiste, motion designer, ancien d’Ubi Soft, se sont agrégés autour du projet avec dans l’idée de faire bouger les choses. 

La pandémie nous a poussé à être un acteur de transformation. Notre premier prototype est sorti fin 2020. 2021 a été une année de transition. De fil en aiguille, nous sommes devenus des spécialistes de l’apprentissage innovant. 

Les directions RSE des entreprises, grandes ou PME, sont parfois un peu désarmées pour engager leurs effectifs dans la transition. C’est là que nous intervenons. Nous avons vocation à mettre les joueurs dans le bon sens via le change management. 

Nos jeux ne portent pas uniquement sur l’environnement, mais aussi sur la sécurité au travail ou le bien être. 

Comment la gamification modifie-t-elle la donne ? 

Le concept d’In Media Vita est de favoriser l’acculturation à la RSE ou au développement durable par le jeu. Tous nos jeux sont innovants. Et, notre but, c’est qu’ils soient impactants. 

Le jeu n’est pas un objectif en soi. Il n’est là que pour prendre conscience de certaines notions, comme la perte de biodiversité. 

Les neurosciences ont montré que le participant à un jeu apprend durablement lorsque ce type d’exercice est lié à une émotion. Il est question d’ancrage. Par exemple, on se souvient tous où nous étions lors de l’attaque du World Trade Center. 

 Est-il possible d’embarquer tous les participants ? 

Nos produits plongent les participants dans un univers dystopique. Le succès de ce médium tient au fait que les participants y sont plus réceptifs. Néanmoins, il arrive que certains joueurs résistent. Ce sont parfois des personnes très rationnelles, hermétiques aux outils digitaux. 

Néanmoins, la découverture de ces freins fait aussi partie du processus, en les obligeant à se poser des questions. 

Le jeu suffit-il ? 

Certains de nos modules se basent sur le jeu comme première étape. L’idée, qui pourrait aussi être notre raison d’être, est de conduire à des prises de conscience ou à des changements de posture. Le jeu éveille les consciences, mais une plus grande prise de recul est parfois nécessaire. 

Pour cela, il peut s’avérer utile de compléter cette démarche par l’intervention d’un expert RSE externe, qui va remettre les concepts en perspective, en particulier par rapport au métier de nos clients. Le jeu précède le passage à l’action. 

Notre jeu de base d’initiation le plus court dure 2 heures. 

Mais, nous proposons également à la carte un module d’immersion de 3 jours étalés dans le temps. 

Quels sont les atouts de la technologie ? 

L’innovation technologique, comme la Réalité Virtuelle, peut permettre de faire du sur-mesure. Mais, c’est relativement lourd, compte tenu du temps de développement. Nous ne nous considérons d’ailleurs pas comme un spécialiste de la VR. 

En revanche, un de nos jeux, TR314 est une matrice qui peut être déclinée ODD par ODD. On peut ainsi construire un module dédié en 6 semaines, parfaitement adapté à chaque culture d’entreprise. 

 

 

Avec des produits déjà sur l’étagère, on peut intervenir encore plus vite. 

La plupart du temps, nous faisons aussi appel à des comédiens, ce qui suppose une phase de répétition. 


 

Pour compléter ce tableau, nous allons aussi développer des outils de micro-learning gamifiés. Et un jeu familial basé sur une appli sur le thème de la nutrition, qui sera disponible avant cet été. 

Qui fait appel à vous ? 

Notre offre est transversale. Elle peut convenir à toutes les organisations. 

Nous avons par exemple déjà accompagné Suez (séminaires), la SNCF (Web App lors de l’inauguration de la galerie des fresques de Gare de Lyon) Paris Volley (RSE et communication transverse, change management) à progresser sur des thématiques qu’on a précisées ensemble en amont. 

En tant qu’acteur de l’ESS, nous ne nous fixons aucune limite pour avoir l’impact le plus large. 

Pour aller plus loin : 

Le site web de la start-up

 https://www.inmediavita.com/ 

Le nom complet des autres associés : Laurent Daufès (Président), Pénélope Baudoin-Arkilovitch (DG) et Nicolas Vitte (Directeur artistique) 

Sur ce blog : l’utilisation du jeu dans le mécénat (2013) 

http://ong-entreprise.blogspot.com/2013/01/les-ong-doivent-elles-sinspirer-de.html 

mardi 15 mars 2022

Comment intégrer des critères ESG dans la rémunération

 À l’initiative du président de la Commission environnement du Parlement européen Pascal Canfin, une vingtaine de dirigeants de grands groupes, dont Catherine MacGregor (Engie), ou Antoine Frérot (Veolia) ont demandé par courrier à la Commission européenne de réguler les bonus des dirigeants. 

Ils souhaitent que le versement des rémunérations variables aux cadres dirigeants soient soumis à des objectifs environnementaux. 

Dans les faits, ce n’est pas si simple. 

La rémunération variable a longtemps été cantonnée à la force de vente. Pour que les efforts des salariés en matière de développement durable soient récompensés, il faut que l’entreprise ait mis en amont une politique de durabilité et qu’elle soit clairement affichée par les dirigeants. Et, les salariés doivent avoir été sensibilisés aux défis sociaux et environnementaux auxquels l’entreprise est confrontée. 

Dans ce contexte, la rémunération variable devient un outil pour accélérer la transition RSE et mieux infuser les valeurs.

Dans le rapport Rocher, qui a été publié en octobre dernier, il est conseillé de conditionner une fraction de la rémunération variable (cible minimale de 20 %) des salariés et dirigeants d’entreprise à des critères extra-financiers cohérents avec la raison d’être qui a été définie. 

  • Les critères extra-financiers doivent être objectifs. 
  • Les sociétés doivent privilégier des critères quantitatifs. 
  • Ces objectifs concernent des incentives court terme de type bonus annuel (typiquement santé/sécurité) et long terme type « long term incentive » ( ex : réduction des émissions CO2). 

Selon les spécialistes des rémunérations, il faut aussi tenir compte du potentiel de chaque salarié et que tous les salariés aient la même chance d’atteindre leurs objectifs. 

 Dans un rapport dédié aux rémunérations de 2017, l’ORSE invitait également à consulter les représentants du personnel, notamment en cas d’introduction de critères RSE dans les accords d’intéressement. 

Une pratique qui se diffuse 

Selon le panel de la gouvernance édité par EY et Labrador fin septembre 2021, 43 % des entreprises des 100 entreprises sélectionnées du SBF120 ont d’ores et déjà mis en place un système de rémunération variable incitatif basé sur des objectifs pour plusieurs cadres dirigeants (au-delà du Comex). 

Les actions retenues les plus fréquentes sont : 

  • L’accidentologie, 
  • Des critères environnementaux, 
  • La promotion de la diversité avec notamment la féminisation des équipes. 
JCDecaux a ainsi instauré des critères RSE à hauteur de 10% de la rémunération variable de ses responsables nationaux et régionaux en 2017, avec des indicateurs comme la santé/sécurité, l’environnement et les achats responsables. Un nouvel objectif a été ajouté en 2021 lié au plan Equilibre homme-femme du Groupe. 
 
De son côté, le groupe Crédit Agricole a imaginé en 2012 l’indice FReD. Ses trois piliers visent à renforcer la confiance, développer les hommes et l’écosystème sociétal et préserver la planète. Il permet concrètement aux différentes entités du groupe de mesurer l’avancée de certains projets fédérateurs, dont la durée s’étale de 1 à 3 ans. 
 
Rien n’est laissé au hasard : 
 
  • Un audit est effectué chaque année par un cabinet spécialisé pour s’assurer de la fiabilité de l’évaluation. 
  • Les résultats sont ensuite présentés en Comité des rémunérations du Conseil d’administration 
  • Ce qui détermine le versement d’un tiers des différés de rémunération variable des cadres dirigeants de Crédit Agricole S.A. 
Des effets pervers 
 
PWC indiquait en juin dans une publication titrée « Linking executive pay to ESG goals » que 78% des dirigeants considèrent que ce type de dispositif contribue aux valeurs portées par l’entreprise et à sa performance financière. Néanmoins, la société de conseil a repéré certains écueils : 
 
  • Le choix d’un mauvais indicateur par une banque, qui cherche par exemple à réduire ses émissions de gaz à effet de serre la détourne de l’essentiel, à savoir éviter que ses financements se tournent vers des activités polluantes, comme le charbon, une pratique qui a un impact négatif encore plus significatif. 
  • De même, faire entrer une personne issue de la diversité au Comex peut faire oublier de favoriser l’inclusion dans le reste de l’entreprise. 
  • Et, un patron n’a pas forcément besoin d’un incentive pour mener des missions ESG, qui sont par ailleurs exigées par le régulateur, les investisseurs et les agences de notation extra-financière. 
 
La question se pose également du sort d’un salarié qui ne remplirait pas ses objectifs variables liés à la RSE. Cet échec pourrait conduire à se demander s’il partage vraiment les valeurs de l’entreprise, même s’il a bien rempli ses missions relatives à la partie fixe de son salaire. 
 
Joyce Stevenson, analyste ESG chez Mandarine Gestion, se demandait en juillet dernier « si aujourd’hui les critères ESG dans la rémunération variable concernent l’exécutif, la pratique devrait continuer de se développer et s’intégrer progressivement à l’ensemble de l’effectif. En attendant, une meilleure utilisation des critères ESG est souhaitable. » 
 
Pour aller plus loin : 
 
Article d’abord paru le 1er mars dernier sur OCM, l’Observatoire de la compétence métier 
 
Le rapport de l’ORSE 2017 : Critères RSE et rémunérations 
 
Rapport de PWC 
 
AGEFI mars 2021 »L’inclusion de l’ESG dans les rémunérations mérite de vrais objectifs » par Bruno de Roulhac