mardi 16 novembre 2021

L’objectif de neutralité carbone sort du flou grâce à la science (SBTi)


Jamais il n’est paru autant d’articles sur la neutralité carbone. Mais, d’autres termes ont aussi fait flores comme « négatif en carbone » ou « climatiquement neutre ». 

Ce foisonnement reflète un certain flou et ne permet pas de distinguer la réalité des engagements des entreprises qui communiquent sur ce sujet. Les ONG n’hésitent pas à s’engouffrer dans la brèche. 

Au mois de mai, un tribunal néerlandais a condamné Shell à réduire ses émissions de CO2 de 45 % d'ici 2030. Le groupe pétrolier était accusé par Greenpeace, ActionAid et plusieurs ONG de ne pas s'aligner sur l'Accord de Paris. 

En Allemagne, Greenpeace vient d’attaquer Volkswagen sur l’insuffisance de ses cibles de réduction d’émissions de dioxyde de carbone.  

La multiplication de ces actions juridiques a sans doute une origine logique. En effet, selon une étude récente Accenture « Reaching Net Zero by 2050 », 

  • seules 5% des entreprises européennes atteindront la neutralité carbone à la date cible prévue pour leurs propres opérations (scope 1 et 2), si elles poursuivent le même rythme de réduction des émissions qu’elles ont atteint entre 2010 et 2019. 
  • Et, seulement 9% d’entre elles y parviendront à horizon 2050. 
Si ce retard n’est pas rédhibitoire, de nombreux engagements ayant été annoncés ces derniers temps, il peut refléter une difficulté de certains groupes, qui ne savent pas par où commencer ou tout simplement qui manquent d’ambition. 

L’inaction ne semble plus une option. 

Un standard pour passer à l’action 

Lancée en juin 2015, l’initiative Science Based Targets (SBTi) est un projet conjoint du Carbon Disclosure Project (CDP), du Global Compact des Nations Unies, du World Ressource Institute (WRI) et du WWF. 

L’initiative vise à encourager les entreprises à définir des objectifs de réduction (aussi appelés cibles de réduction) des émissions de gaz à effet de serre (GES) en cohérence avec les préconisations scientifiques. 

 La route est claire : pour rester dans les clous, il convient de contenir l’augmentation des températures mondiales en deçà de 2°C, voire en deçà de 1,5°C, par rapport aux températures préindustrielles. 

La SBTi souhaite accompagner les entreprises sur ce terrain, en leur fournissant des outils, des conseils et un œil externe, qui vont les aider à se fixer de manière fiable des cibles de réduction d’émissions de GES. L’idée est de sortir du flou et de se donner un agenda. 

  • environ 1.800 entreprises adhèrent à SBTi 
  • et plus de 1.000 d’entre elles ont d’ores et déjà vu approuver la cible de 1.5°C. 
  • lles sont présentes dans 53 secteurs d’activités, dans 60 pays et emploient 32 millions de salariés. 

Le Net-Zero standard 

La SBTi a voulu aller plus loin en concevant une première norme mondiale de fixation d'objectifs net zéro pour les entreprises, en cohérence avec la science, comme ce qui est publié par l’Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC). 

Le Net-Zero Standard vient d’être dévoilé. 

Reposant sur des données incontestables, il doit apporter de la clarté et une confiance accrue pour les parties prenantes. 

  1. Le process de réduction des émissions porte sur toute la chaine de valeur, les émissions liées au process direct de l’entreprise (scope 1), l’achat d’électricité et de chauffage (scope 2) et les fournisseurs et les utilisateurs finaux (scope 3). 
  2. Les efforts doivent être conjugués à court et à long termes. Les promoteurs de ce référentiel sont partis du constat que la plupart des entreprises, qui prétendent atteindre le net-zéro en 2050, le font en termes vagues. Et, lorsque leur programme est plus détaillé, l’essentiel de l’effort est réalisé dans la dernière décade ou cinq ans avant 2050. Pour STBi, il faut au contraire réduire les émissions le plus tôt possible, à savoir d’au moins 45% du niveau de 2010 vers 2030.
  3. Une entreprise ne peut pas revendiquer avoir atteint le « net-zéro » tant qu’elle n’a pas achevé son objectif à long terme (basé sur la science). C’est-à-dire quand ses émissions auront chuté de 90 à 95%. A partir de ce stade, mais pas avant, elle pourra engager des stratégies de compensation pour neutraliser le solde, impossible à éliminer. 
  4. Les entreprises sont aussi invitées à agir en dehors de leur chaine de valeur dans d’autres domaines, comme via la solidarité internationale, mais ces investissements s’inscrivent en plus des réductions d’émissions déjà nécessaires, et non en remplacement.

   

Race to Zero 

Le standard Net-Zero Standard a été conçu pour des entreprises de plus de 500 salariés, qui veulent s’engager sur des objectifs net-zero via SBTi. Mais il ne s’applique pas aux institutions financières. 

Les 7 premiers groupes dont la stratégie a été validée par SBTi sont AstraZeneca, CVS Health, Dentsu International, Holcim , JLL, Ørsted (Danemark) et Wipro (Inde). 

Dans le détail, le groupe de communication Dentsu International vise par exemple une décarbonisation de sa chaine de valeur à hauteur de 90% dès 2040. Il indique aussi être la première entreprise à obtenir l’accréditation RE100, conséquence de son recours exclusif aux énergies renouvelables. 

 Alberto Carrillo Pineda, co-fondateur de SBTi souhaite embarquer le maximum d’entreprises dans ce processus. Il appelle le monde des affaires à rejoindre le mouvement « Race to Zero ». 

Vers une communication plus transparente 

Pour Novethic, cette initiative va crédibiliser les entreprises qui l’adoptent. Elles prêteront moins le flanc à des accusations de greenwashing. 

Selon EcoAct, le respect du standard permet en effet de « communiquer sur ses engagements de manière transparente et intelligible aux parties prenantes grâce à un cadre commun.».
  . 

Le volontarisme de la finance 

En septembre, les investisseurs sont entrés dans la danse, car iIs ont besoin de données homogènes pour orienter leurs décisions. 

220 gestionnaires d’actifs de 26 pays et gérant 29 trilliards de dollars ont ainsi appelé à l’adoption massive des cibles de réduction des émissions basés sur une approche scientifique. 

Parmi eux, Allianz, Crédit Agricole et Amundi. 

Et, ils ont fait pression de concert sur 1.600 multinationales, afin qu’elles adoptent un processus de décarbonisation crédible dès juillet 2022. 

Deux méthodes pour progresser 

Deux méthodologies ont été retenues par l’initiative Science Based Targets pour qu’une entreprise réduise ses GES : 

  • L’Absolute Contraction Approach (ACA) est une démarche universelle qui permet de se fixer des objectifs de réduction absolue d’émissions en ligne avec la trajectoire recherchée. Deux-tiers des entreprises ayant adopté des cibles validées par SBTi en 2020 l’utilisent. 

  • La Sectoral Decarbonization Approach (SDA) est une méthode alternative d’atténuation bien adaptée aux activités intenses en carbone comme le transport, l’aviation ou la production d’électricité. Elle peut permettre d’aller plus vite ou moins vite (ciment, aviation) que les Accords de Paris selon les métiers. La version actuelle de la SDA permet à la production électrique de respecter la cible de 1.5°C, tandis que pour d’autres secteurs, la réussite sera plus lente, en fonction des opportunités fournies en matière de décarbonisation par de nouvelles technologies. 

En se basant sur la SDA, Cemex a ainsi vu sa stratégie validée par Carbon Trust. Le cimentier a annoncé une baisse de ses GES de 35% en 2030. La réduction du CO2 va pousser la compagnie à recourir à des combustibles alternatifs, à décarboner les matières premières, à recourir aux énergies propres et à concevoir de nouveaux ciments. 

Fin octobre, Air France a décidé de s’inscrire dans une trajectoire de décarbonation, dont les objectifs seront soumis à SBTi au premier semestre 2022. Ce qui est intéressant c’est que la compagnie et ses filiales détaillent comment elles comptent s’y prendre. 

 Grâce en particulier à un renouvellement de la flotte, comme l’abandon des quadriréacteurs. Et, via l’utilisation de carburants durables d’aviation ou SAF (« Sustainable Aviation Fuels »). 

 Le référentiel Net Zero Initiative arrive donc à point nommé. 

 Pour aller plus loin : 

Octobre 2021-Novethic. 
Neutralité carbone : pour avoir un vrai impact, les entreprises peuvent enfin s’appuyer sur une norme de référence 

Octobre 2021-Accenture : 
Près d’un tiers des plus grandes entreprises cotées en Europe se sont engagées à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. 


Lancée en septembre 2019, l'alliance Net-Zero Asset Owner (NZAOA) rassemble les assureurs et investisseurs qui s'engagent sur la neutralité carbone de leur portefeuille d'investissements d'ici 2050.

    

  Fin

vendredi 12 novembre 2021

RSE : quand les soft laws conduisent aux normes



36 Etats membres de l’OCDE, ainsi que 13 Etats non-membres, ont adhéré à ce jour aux Principes directeurs de l’OCDE. 

Ces Principes ont été édictés le 25 mai 2011 lors de la Réunion ministérielle du 50ème anniversaire de l'OCDE. 

Il s’agit d’une démarche particulière, car cet accord décrit la manière dont les multinationales doivent agir, alors que ces Principes sont en fait signés par les Etats. 

 Avec des trous dans la raquette, puisque la Chine, la Russie et l’Inde n’ont pas répondu à l’appel. Ils ne font pas partie de l’OCDE. 

Une conduite responsable 

L’objectif de l'OCDE est que les entreprises multinationales s’engagent à mener une conduite raisonnable des affaires. 

Les champs d’action sont les suivants : 

  • droits de l'homme, 
  • environnement, 
  • fiscalité, 
  • publication d'informations, 
  • lutte contre la corruption, 
  • intérêts des consommateurs, de la science et de la technologie, et de la concurrence. 
Pour éviter l’écueil de s’en limiter aux bonnes intentions, les principes directeurs prévoient la publication régulière d’informations sur ces questions, notamment les suivantes : 

  • les transactions avec des parties liées ; 
  • les facteurs de risque prévisibles ; 
  • les questions relatives aux travailleurs et aux autres parties prenantes ; 
  • les déclarations de principes ou des règles de conduite à l’intention du public, y compris, si leurs activités le justifient, des informations relatives à leurs politiques vis-à-vis des thèmes abordés dans les Principes directeurs ; 
  • toutes les informations pertinentes ou requises par la loi concernant le choix de la méthode de détermination des prix de transfert adoptée pour les transactions internationales entreprises par elles et par la partie associée. 
La plus grande transparence doit pousser les entreprises à aller au-delà de ce qu’elles avaient l’habitude de faire ou communiquer auparavant. 

Respecter le consommateur 

Dans le détail, l’OCDE insiste par exemple sur la nécessité de respecter les intérêts des consommateurs. 

 Donner des renseignements exacts, vérifiables et clairs qui soient suffisants pour permettre aux consommateurs de prendre leurs décisions en connaissance de cause, notamment des renseignements sur les prix et, s’il y a lieu, le contenu, la sécurité d’utilisation, les effets sur l’environnement, l’entretien, le stockage et l’élimination des biens et des services. 

 Idéalement il est même précisé que ces informations devraient être formulées de manière à permettre aux consommateurs de comparer les produits. 

 Des lieux de médiation 

Néanmoins, il est rappelé que les Principes directeurs sont des instruments non contraignants. Pourtant, en filigrane, il est aussi précisé qu’ils ont un rôle à jouer pour promouvoir l'observation de ces normes et principes par les entreprises multinationales. 

Pour promouvoir les Principes Directeurs, l’OCDE avait prévu la création de Points de contacts Nationaux dans les pays adhérents. En anglais, le terme utilisé est NPC, à savoir National Contact points for Responsible Business Conduct (RBC). 

L’action du PCN repose sur un mécanisme volontaire et non judiciaire de règlement des différends en vertu duquel le PCN offre aux parties une plateforme de dialogue (bons offices, médiation) s’il estime que ceci pourrait contribuer favorablement à la résolution des questions soulevées et renforcer l’effectivité des Principes directeurs. Ces pays sont encouragés à s’appuyer sur les partenaires sociaux, notamment les milieux d’affaires et les organisations représentant les travailleurs, les autres ONG et les autres parties intéressées. 

20 ans de recul 

Le 20ème anniversaire de ce dispositif est tombé en 2020 : les PCN revendiquent à cette date plus de 500 cas traités, touchant plus de 100 pays et territoires. 

Ils ont pu parfois déboucher sur des changements significatifs dans la conduite des affaires, et contribuer à la prévention d’autres dégâts. 

  • Fin 2020, il existait 50 PCN, le dernier arrivé étant l’Uruguay. 
  • En 2020, les secteurs les plus concernés sont les activités extractives (24%) devant l’énergie (15%) et la finance (13%). 
  • Depuis 2000, les points de contacts qui ont été les plus sollicités sont aux Etats-Unis (48), en Grande Bretagne (56) et aux Pays-Bas (39). Le Brésil, le Chili, la France et l’Allemagne figurent aussi dans les pays les plus actifs.





  •  En 2019, les ONG et les organisations syndicales étaient en tête des procédures. En 2020, ce sont des individus qui ont été les plus actifs. • 38 saisies ont été traitées en 2020 et 54 autres ont été déposées. 

 



Environnement, questions sociales, droits de l’homme 

Voici quelques exemples de saisies récentes de PCN : 

  • En 2020, une coalition internationale de syndicats s’est adressée au PCN néerlandais pour attaquer McDonald's et deux de ses actionnaires, estimant que "la violence et le harcèlement basés sur le genre font partie de la culture" de la chaîne de restaurants. 

  • En 2017, Greenpeace, Oxfam, Milieudefensie et Banktrack ont porté plainte contre ING devant le PCN néerlandais. Ces ONG dénonçaient le manque de publication des émissions de GES indirectes de la banque, c’est-à-dire celles liées aux projets qu’elle finance. Le PCN s’est saisi volontiers de cette demande. Il indiquait à l’époque que «selon les lignes directrices de l'OCDE, les entreprises doivent faire preuve de diligence raisonnable en ce qui concerne l'impact environnemental. Cela ne concerne pas seulement leur propre impact négatif sur l'environnement, mais aussi l'impact sur leur chaîne de valeur". 

  • Début 2020, la Société pour les peuples menacés (SPM) a déposé une plainte contre le fournisseur d’électricité suisse BKW auprès du PCN suisse. Cette affaire impliquait BKW et le peuple autochtone des Samis en Norvège. L’ONG suisse affirmait que la perte de ces terres au profit du projet éolien obligerait les derniers éleveurs de rennes samis à renoncer à leurs moyens de subsistance et à leur culture. Cette saisie a conduit BKW à adopter une clause de retrait en cas de violation des droits humains par des tiers. 

  • Après avoir exercé ses bons offices entre les parties, dont une tentative de médiation, le PCN de Paris a constaté en juillet dernier l’absence d’accord entre UNI Global Union et Téléperformance. Le PCN a publié un communiqué final détaillant sa décision, faisant figurer un rappel au droit des salariés, qui clôture la procédure. Il adresse plusieurs recommandations à la société d’appel téléphonique et annonce qu'il en fera le suivi. Pour Uni et Sherpa, Téléperformance ne répondait pas aux exigences minimales de la loi française sur le devoir de vigilance. 

Créée en 2001, Sherpa a pour mission de combattre les nouvelles formes d’impunité liées à la mondialisation des échanges économiques et financiers et de défendre les communautés victimes de crimes économiques. Selon ses propres termes, il œuvre pour construire un monde où le droit est au service d’une économie juste. 

Dès 2017, Sherpa a voulu évaluer dans un document de synthèse l’impact des principes directeurs de l’OCDE. Il titrait ce travail « Un statut juridique en mutation ». 

En voici un extrait :
La question de la nécessaire et possible mutation des outils de soft law est au cœur de ce débat si contemporain qui associe les Etats, les entreprises et les ONG. Du côté de Sherpa, il y a une volonté de réfléchir, en dehors de tout a priori, aux moyens de parvenir à une sécurité juridique appelée de leurs vœux par tous les acteurs concernés. Un des paradoxes de la soft law et des Principes directeurs en particulier est qu’ils ont été imaginés pour éviter le recours au hard law. Ce que les rédacteurs n’avaient pas prévu c’est leur développement qui entraîne une sortie progressive de leur tutelle de départ à la faveur d’un maillage normatif complété par d’autres outils équivalents. Parmi ces outils, les engagements éthiques des entreprises, devenus un paramètre à part entière de leur activité, contribuent largement à densifier leur statut juridique.


Certains observateurs considèrent que la diligence raisonnable prônée par l’OCDE n’a pas vraiment eu d’impacts décisifs, ce qui aurait finalement conduit au vote d’une loi plus contraignante sur le devoir de vigilance en France et en Allemagne. 


Pour aller plus loin : 

Responsible business conduct :


 Challenge. Mai 2021. Droits humains, environnement... les entreprises de plus en plus sous pression du devoir de vigilance 

Liste des pays adhérents aux Principes directeurs de l’OCDE : 

Les 36 pays membres de l'OCDE : 
Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Chili, Colombie, Corée, Danemark, Espagne, Estonie, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Israël, Italie, Japon, Lettonie, Luxembourg, Mexique, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie. 

Les 12 pays adhérents aux Principes Directeurs (non-membres de l'OCDE) : 
Argentine (1997), Brésil (1997), Costa Rica (2013), Égypte (2007), Jordanie (2013), Kazakhstan (2017), Lituanie (2001), Maroc (2009), Pérou (2008), Roumanie (2005), Tunisie (2012), Ukraine (2017). 

Les Echos solutions. Mai 2011 « Diligence raisonnable » obligatoire dans l’UE : une avancée prometteuse pour les entreprises 

Octobre 2011. L’industrie extractive se terre encore au fond de la mine 

mardi 5 octobre 2021

Pourquoi une entreprise ne doit plus dire que le développement durable est dans son ADN



Dans sa dernière newsletter, ConveRSE #11, Sidièse, Agence conseil en communication (plus) responsable, a donné la parole à Anne Chanon, Directrice du pôle conseil RSE d'EthiFinance. 

Elle revient sur les dernières évolutions concernant l’intégration du développement durable dans la stratégie des investisseurs. 

Face aux coûts de la transition écologique, il ressort que les institutions européennes interviennent activement en matière de réglementation afin d’influer sur la trajectoire des investissements privés. En effet, la transition écologique devrait se chiffrer en centaines de milliards d’euros par an, une enveloppe qui dépasse largement ce que peuvent engager les seuls pouvoirs publics. 

La taxonomie verte a ainsi vocation à orienter progressivement les flux financiers en Europe vers ce qui est jugé bon pour la planète, comme les EnR qui nécessitent des capitaux importants. 

Si ce coup de pouce européen est indispensable, nombre d'investisseurs ont placé depuis longtemps la "finance climat" au sommet de leur agenda.

   

Depuis peu, elle note également que les questions de biodiversité, aussi appelée « capital naturel », restées longtemps sous le tapis, ont pris une importance croissante dans l’univers financier. De même pour les « social bonds », émissions obligataires à caractère social. 

Mais, c’est surtout la question de l’impact qui occupe tous les esprits. Les responsables RSE et les dirigeants ne peuvent plus se contenter de dire, même de bonne foi, que le développement durable a toujours fait partie de l’ADN de leurs organisations. Il est vrai que ce leitmotiv, pratique et fortement symbolique, est revenu en boucle dans toutes les bouches pendant une décennie. 

Pour Anne Chanon, les investisseurs s’appuient désormais sur des indicateurs, comme ceux issus de la taxonomie verte, pour mesurer les progrès des entreprises dans lesquelles ils comptent investir, chiffres à l’appui. Il n’est plus possible de s’en tenir aux bonnes intentions. 

Pour aller plus loin :

EthiFinance est une  agence d'analyse et de conseil extra-financiers spécialisée dans la gestion des risques et opportunités liés au développement durable.

Forbes : La taxonomie verte doit permettre à l’Europe d’accélérer sur le climat https://www.forbes.fr/environnement/la-taxonomie-verte-doit-permettre-a-leurope-daccelerer-sur-le-climat/?amp

Pourquoi il est important que la Nature ait une valeur marchande




mardi 28 septembre 2021

La loi Pacte a poussé le Groupe Apicil à clarifier sa raison d’être


Damien Dumas, le Directeur de la Stratégie chez Apicil, a été interviewé début septembre sur la manière dont son groupe a construit sa politique RSE. 

Cette vidéo s’intègre dans une série entretiens réalisés sur la thématique RSE lors de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF). 


Apicil, groupe de protection sociale, a toujours mis l’humain au cœur de ses activités. 
Néanmoins, le vote de la loi Pacte l’a conduit en 2019 à réfléchir sur ses métiers et ses priorités stratégiques. A l’issue de nombreuses consultations en interne, Apicil a choisi d’axer sa raison d’être sur le thème de l’inclusion. Une de ses motivations tient à la volonté de n’exclure personne et de chercher à ce que ses collaborateurs soient à l’image de la diversité de la société. 
Plusieurs aspects de cette démarche sont intéressants : 

  • Une approche participative impliquant les collaborateurs, les comités de direction et les administrateurs. 
  • Un travail préalable au sein de chaque entité du Groupe. 
  • Le fait d’afficher haut et fort ses engagements sociétaux à toutes ses parties prenantes, ce qui l’exposerait aux critiques si cette transformation patine. Des indicateurs permettront d’en suivre les progrès. 
  • Enfin, la RSE ne fait pas partie d’une direction à part, mais est intégrée à part entière dans la stratégie.
   


Voici la raison d’être que s’est donnée Apicil : 


Par une relation proche et attentionnée, soutenir toutes les vies, toute la vie. 

Un objectif qui est décliné dans tous ses métiers avec la volonté de protéger les personnes à chaque instant (santé, retraite, aléas de la vie, etc.).


Pour aller plus loin

Les Echos. 2 juin 2011 : un sondage montre que l'entreprise a un rôle clé à jouer pour favoriser la prise en compte des différences dans la société. 

vendredi 17 septembre 2021

Podcast : notre consommation d’électricité devrait croître de 30% d’ici 2050


Afin de lutter contre le réchauffement climatique et se mettre en ligne avec les Accords de Paris, la France a inscrit dans la loi un objectif de « neutralité carbone » d’ici 2050. 

La neutralité carbone implique un équilibre entre les émissions de carbone et l'absorption du carbone de l'atmosphère par les puits de carbone, comme les forêts. 
Pour atteindre des émissions nettes nulles, toutes les émissions de gaz à effet de serre devront ainsi être compensées par la séquestration du carbone. 

Pour la France, cela suppose à l’horizon 2050 une division par 6 des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Cela signifie l’arrêt progressif du recours à des sources d’énergie carbonées pour les remplacer par d’autres non émettrices de CO2 comme les EnR. 

Dans ce contexte, la consommation d’électricité en France devrait progresser à la faveur de certaines mutations majeures comme 

  • les mobilités douces (voiture électrique), 
  • une disparition du chauffage au fuel domestique. Le parc immobilier passerait de 40% des logements chauffés à l’électricité aujourd’hui à 50% en 2030 et 70% en 2050, et il serait largement rénové dans les 30 prochaines années. 
  • ou encore de nouveaux modes de fabrication dans l’industrie. 
De la prospective pour éclairer nos choix

Pour RTE, le gestionnaire de réseau de transport français responsable du réseau public de transport d'électricité haute tension en France métropolitaine, le chemin vers la neutralité carbone n’est pas une utopie. II va dépendre de nombreux facteurs, comme les évolutions technologiques, mais aussi la manière dont la société va réagir à ce changement de paradigme. 

Thomas Veyrenc, directeur exécutif en charge de la stratégie, de la prospective et de l'évaluation de RTE, et son équipe ont dessiné 6 scénarios en ce qui concerne la production d’électricité en France. 

  • 3 scénarios avec un mix énergétique à 50/50 entre nucléaire et EnR. 
  • 3 scenarios avec 100% d’énergies renouvelables 
En 2050, de nombreuses installations en cours de service aujourd’hui, y compris des éoliennes, seront obsolètes. Il faut donc anticiper la suite.

Ce qu'il confirme dans ce podcast.
   
 D’autres facteurs peuvent infléchir la tendance comme : 

  • La part des Français optant pour un mode de vie sobre. 
  • La possibilité d’une réindustrialisation du territoire, après des décennies de fermetures d’usines. Cette question est revenue dans le débat public à l’occasion de la pandémie de Covid-19. 
Une rupture de tendance 

La consommation d’électricité en France stagne depuis plusieurs années : 

  • Nous bénéficions de gains d’efficacité énergétique. Un exemple parmi d’autres, le succès des PC qui ont remplacé massivement les postes fixes : un ordinateur portable de milieu de gamme allumé 6 heures par jour consomme 600 kWh/an contre 1300 kWh/an pour un poste fixe de même catégorie. 
  • Une autre cause moins glorieuse de cette stagnation est la désindustrialisation de l’économie française. En effet, les services sont de quatre à cinq fois moins consommateurs d'électricité que le secteur industriel à niveau de production équivalent. 

 Actuellement, la France consomme environ 480 TWh d’électricité par an, même si ce chiffre a baissé sensiblement avec les confinements en 2020. 

Selon RTE, ce chiffre devrait bondir de 30% d’ici 2050, du fait du moindre recours aux énergies fossiles. 

 Avec une estimation de 645 TWh, avec néanmoins un scénario bas et un scénario haut : 

  • 550 TWh, si une part importante des Français font le choix de la sobriété 
  • 750 TWh, si de nouvelles usines sont construites sur le territoire. 

D’autres sources d’énergies pourraient aussi être mobilisées pour répondre aux enjeux, comme la bioénergie, les réseaux de chaleur, le biogaz, l’hydrogène bas carbone et le méthane de synthèse. 

Un vaste travail de concertation 

RTE effectue un travail de prospective. l'entreprise fournit des données fiables qui doivent faciliter en amont la prise de décision, qui revient au final aux hommes politiques. 

Humble, Thomas Veyrenc reconnaît que ces travaux reposent sur de nombreuses hypothèses et devront être réactualisées régulièrement. La question du transport aérien fait ainsi partie des inconnues. 

De nombreuses autres parties prenantes, dont les ONG, ont participé à l’élaboration de ces prévisions, en posant des questions à RTE dans le cadre de la consultation « Futurs énergétiques 2050 ». 

Elles sont directement concernées compte tenu de l’impact des choix énergétiques sur le climat et sur notre vie quotidienne. 

Pour aller plus loin : 

La synthèse de RTE sur le mix énergétique 

NégaWatt prône la sobriété 

L’association négaWatt veut réussir la transition énergétique. Elle s’attache à agir en priorité sur la réduction de nos consommations d’énergie, pilier de sa démarche sobriété, efficacité et renouvelables. Elle présentera son scénario 2050 le 26 octobre prochain. 

Le Labo de l'économie sociale et solidaire lance son podcast (2021) 

Schneider Electric entreprend une démarche originale pour une croissance durable (2010) 
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/04/schneider-electric-entreprend-une.html 

Graphique : la consommation d’électricité dans le monde ne ralentit pas. Attention l’échelle chronologique est trompeuse sur les premières décennies. 




En 2018, 10 pays représentaient près de 70 % de la consommation totale d’électricité mondiale. 

Plus de la moitié de la demande provient à eux-seuls de la Chine (600 TWh), des États-Unis (400 TWh) et de l’Inde (100 TWh). 

Dans le monde, près d’une personne sur sept n’a pas accès à l’électricité.