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vendredi 20 mai 2022

RSE : In Media Vita passe par le jeu pour pousser les individus à changer de posture

 J’ai croisé Mathieu en formation chez EcoLearn CentraleSupelec, une formation d’un an à la durabilité réservée aux professionnels.

 J’ai pu y observer auprès des autres étudiants l’importance de l’acculturation à la RSE dans les organisations. 

Même si tout le monde a entendu parler des enjeux en cours, beaucoup de personnes maîtrisent mal les notions de RSE, ne savent pas comment s'y prendre, voire ne veulent pas changer leurs comportements. D'où l'intérêt d'une approche décalée, non académique, qui passe par les soft skills.

Mathieu Caranobe, qui est DG d’In Media Vita, vient de l’événementiel, donne sa vision :


 

 Comment est née votre start-up ? 

In Media Vita est une EdTech dirigée par 4 associés aux parcours complémentaires. Son Président, Laurent, est scénariste-réalisateur. En milieu de carrière, en 2018-2019, il a voulu se former au « game design » en s’inscrivant aux Gobelins. Il a fait sa thèse sur l’ « apprentissage furtif », une nouvelle manière d’acquérir des concepts ou nouveaux réflexes. 

 In Media Vita veut d’ailleurs dire « en milieu de vie » 

 D’où vient votre engagement dans la RSE ? 

 Nous avons tous des parcours différents. 

Il est certain que nos idées étaient en germe. A la suite du parcours de Laurent, la genèse du projet a pris forme au premier confinement en 2020 « en pur distanciel ». J’avais déjà travaillé avec Laurent pour BIC en VR sur la dangerosité des briquets non conformes. Penelope, qui est coach facilitatrice et qui a fait ses études aux Etats-Unis, et Nicolas, graphiste, motion designer, ancien d’Ubi Soft, se sont agrégés autour du projet avec dans l’idée de faire bouger les choses. 

La pandémie nous a poussé à être un acteur de transformation. Notre premier prototype est sorti fin 2020. 2021 a été une année de transition. De fil en aiguille, nous sommes devenus des spécialistes de l’apprentissage innovant. 

Les directions RSE des entreprises, grandes ou PME, sont parfois un peu désarmées pour engager leurs effectifs dans la transition. C’est là que nous intervenons. Nous avons vocation à mettre les joueurs dans le bon sens via le change management. 

Nos jeux ne portent pas uniquement sur l’environnement, mais aussi sur la sécurité au travail ou le bien être. 

Comment la gamification modifie-t-elle la donne ? 

Le concept d’In Media Vita est de favoriser l’acculturation à la RSE ou au développement durable par le jeu. Tous nos jeux sont innovants. Et, notre but, c’est qu’ils soient impactants. 

Le jeu n’est pas un objectif en soi. Il n’est là que pour prendre conscience de certaines notions, comme la perte de biodiversité. 

Les neurosciences ont montré que le participant à un jeu apprend durablement lorsque ce type d’exercice est lié à une émotion. Il est question d’ancrage. Par exemple, on se souvient tous où nous étions lors de l’attaque du World Trade Center. 

 Est-il possible d’embarquer tous les participants ? 

Nos produits plongent les participants dans un univers dystopique. Le succès de ce médium tient au fait que les participants y sont plus réceptifs. Néanmoins, il arrive que certains joueurs résistent. Ce sont parfois des personnes très rationnelles, hermétiques aux outils digitaux. 

Néanmoins, la découverture de ces freins fait aussi partie du processus, en les obligeant à se poser des questions. 

Le jeu suffit-il ? 

Certains de nos modules se basent sur le jeu comme première étape. L’idée, qui pourrait aussi être notre raison d’être, est de conduire à des prises de conscience ou à des changements de posture. Le jeu éveille les consciences, mais une plus grande prise de recul est parfois nécessaire. 

Pour cela, il peut s’avérer utile de compléter cette démarche par l’intervention d’un expert RSE externe, qui va remettre les concepts en perspective, en particulier par rapport au métier de nos clients. Le jeu précède le passage à l’action. 

Notre jeu de base d’initiation le plus court dure 2 heures. 

Mais, nous proposons également à la carte un module d’immersion de 3 jours étalés dans le temps. 

Quels sont les atouts de la technologie ? 

L’innovation technologique, comme la Réalité Virtuelle, peut permettre de faire du sur-mesure. Mais, c’est relativement lourd, compte tenu du temps de développement. Nous ne nous considérons d’ailleurs pas comme un spécialiste de la VR. 

En revanche, un de nos jeux, TR314 est une matrice qui peut être déclinée ODD par ODD. On peut ainsi construire un module dédié en 6 semaines, parfaitement adapté à chaque culture d’entreprise. 

 

 

Avec des produits déjà sur l’étagère, on peut intervenir encore plus vite. 

La plupart du temps, nous faisons aussi appel à des comédiens, ce qui suppose une phase de répétition. 


 

Pour compléter ce tableau, nous allons aussi développer des outils de micro-learning gamifiés. Et un jeu familial basé sur une appli sur le thème de la nutrition, qui sera disponible avant cet été. 

Qui fait appel à vous ? 

Notre offre est transversale. Elle peut convenir à toutes les organisations. 

Nous avons par exemple déjà accompagné Suez (séminaires), la SNCF (Web App lors de l’inauguration de la galerie des fresques de Gare de Lyon) Paris Volley (RSE et communication transverse, change management) à progresser sur des thématiques qu’on a précisées ensemble en amont. 

En tant qu’acteur de l’ESS, nous ne nous fixons aucune limite pour avoir l’impact le plus large. 

Pour aller plus loin : 

Le site web de la start-up

 https://www.inmediavita.com/ 

Le nom complet des autres associés : Laurent Daufès (Président), Pénélope Baudoin-Arkilovitch (DG) et Nicolas Vitte (Directeur artistique) 

Sur ce blog : l’utilisation du jeu dans le mécénat (2013) 

http://ong-entreprise.blogspot.com/2013/01/les-ong-doivent-elles-sinspirer-de.html 

mercredi 1 décembre 2021

Que change l’indice de réparabilité ?


Les associations de consommateurs dénoncent depuis longtemps la faible durée de vie de nombreux équipements. Cette fragilité est parfois délibérée, ces appareils ayant été conçus pour tomber en panne au bout d’un certain temps, ce qu’on appelle l’obsolescence programmée. 

Outre un vice futur, souvent caché, ce terme englobe également le manque de moyens nécessaires à sa remise en fonctionnement, comme des pièces détachées. 

Dénoncée depuis très longtemps, cette pratique est interdite depuis 2015. Selon l’article L. 213-4-1.-I, le législateur la définit par l'ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d'un produit pour en augmenter le taux de remplacement. 

Depuis lors, 
  • L'obsolescence programmée est punie d'une peine de deux ans d'emprisonnement et de 300.000 € d'amende. 
  • Et, le montant de l'amende peut être porté, de manière proportionnée aux avantages tirés du manquement, à 5 % du chiffre d'affaires moyen annuel, calculé sur les trois derniers chiffres d'affaires annuels connus à la date des faits. 

Depuis cette date, la Loi n°2020-105 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (loi « AGEC ») a été promulguée le 10 février 2020. Composée de 130 articles, elle a pour objectifs de mettre en œuvre les mesures de la Feuille de route pour une économie circulaire et de transposer les directives du paquet européen de l’économie circulaire, publiés en 2018. 

Lutter contre le gaspillage c’est considérer que les produits ont plusieurs vies, qu’ils peuvent être réparés ou réemployés. 

La loi prévoit ainsi un accès plus simple aux pièces détachées. Cette mesure concerne les équipements électriques et électroniques (téléphones mobiles, matériel informatique, petit et gros électroménager, télévisions, chaînes Hi-Fi…) et les meubles. Les pièces détachées doivent ainsi être disponibles pendant 5 ans pour les PC et les téléphones portables. 

Une plus grande transparence 

Un « indice de réparabilité » a même été imaginé pour que consommateur sache si son produit est réparable, difficilement réparable ou non réparable. Que l’achat de l’un des produits soumis à l’indice de réparabilité se fasse en magasin ou sur internet, son indice de réparabilité doit être communiqué sur le produit, son emballage ou bien la fiche produit dans le cas d’un achat à distance. 

À ce jour, l’indice de réparabilité est obligatoire pour les 5 produits suivants : 
  • lave-linge à hublot 
  • smartphone 
  • ordinateur portable 
  • téléviseur 
  • tondeuse à gazon électrique. 
Entré en vigueur début janvier, cet indice pourrait à terme devenir un critère d’achat. 

De plus, les pouvoirs publics devraient passer à un indice de durabilité en 2024, qui prendra en compte la fiabilité et la robustesse des produits. 

De multiples bénéfices 

Ces nouvelles dispositions étaient attendues, car elles ne présentent que des avantages : 
  • Allonger la durée de vie des produits permet de réduire l’extraction de ressources 
  • Limiter la production de déchets issus des produits trop vite obsolètes, 
  • Réduire les émissions de GES, 
  • Améliorer le pouvoir d’achat des ménages. 
  • Et, réduire « la double peine », qui veut que les ménages les plus modestes achètent des biens d’équipements moins chers, et donc souvent moins fiables. 
De plus, une étude France Stratégie de 2016 évalue à 800.000 le nombre d’emplois en France dans le domaine de l’économie circulaire, dont 230.000 dans le seul secteur de la réparation. 

L'objectif de la loi AGEC (Anti-Gaspillage et pour l’Economie Circulaire) est d’ailleurs de créer 300.000 emplois supplémentaires, locaux et couvrant toute la palette de qualifications dans les secteurs du réemploi, de la réparation, du recyclage des ressources (en particulier des plastiques) et dans les nouveaux services liés à l’économie de la fonctionnalité. 

 Il faut savoir qu’une tonne de déchets recyclés permet de créer 10 fois plus d’emplois qu’une tonne enfouie. 

De fait, une partie de ces nouveaux emplois existaient déjà il y a plus de 40 ans. 

L’influence des ONG 

Ces mesures n’auraient jamais vu le jour sans un dialogue nourri entre parties prenantes, un processus qui a commencé en 2017. 

La loi sur la durabilité a notamment été portée par l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP), créée en 2015, dont les missions sont de fédérer les citoyens et d’influencer les lois et les industriels pour des produits plus réparables et durables. 

 L’une de ces particularités est aussi d’avoir réussi à organiser un « club de la durabilité », dans lequel elle dialogue avec des entreprises pour favoriser les échanges de bonnes pratiques permettant de proposer des produits plus durables. Ces entreprises essaient de mieux conseiller leurs clients sur l’usage de leurs produits, de valoriser leurs réparateurs et de rendre visible leurs pratiques vertueuses. 

  • L’une de ces entreprises est Bureau Vallée, une marque de papeterie chez qui j’achète mes cartouches d’encre. Depuis 1994, cette enseigne rachète en magasin les cartouches d’imprimante vides dans une logique d’économie circulaire. En 2019, ses magasins ont récupéré plus de 2,2 millions de cartouches vides. Ce sont autant de déchets évités car ses fournisseurs se chargent ensuite de les recycler ou de les reconditionner quand c’est possible. 
  • Dans la même veine, Fnac Darty indiquait en mars dernier dans une interview avoir plus de 2.000 personnes dédiées à temps plein à la réparation, et disait avoir lancé le recrutement de 500 techniciens. L’enseigne répare 1,5 million d’appareils actuellement. L’enseigne compte porter de chiffre à 2,5 millions en 2025. 
Pour Nicolas Renard, Directeur exécutif de l'Institut Veolia, qui a organisé la semaine dernière un colloque sur le recyclage, l’économie circulaire, qui a été le modèle dominant dans l’histoire humaine jusqu’à il y a deux siècles, constitue plus un potentiel qu’une réalité. 

 Il plaide pour que tout ce qui est produit soit conçu comme un assemblage de déchets futurs susceptibles d’être réutilisés, réemployés ou transformés. 

Des points de vigilance 

Concernant l’indice de réparabilité, les associations vont faire attention au contrôle et à la transparence, être sûr d’avoir accès à la manière dont les fabricants ont construit leurs notes. D’autres aspects moins visibles de l’obsolescence programmée n’ont pas complètement été résolus. 

  • HOP aurait souhaité des mesures contre l’obsolescence psychologique ou esthétique, qui fait que la publicité et le marketing nous poussent à jeter des appareils ou des équipements qui fonctionnent encore, mais qui seraient artificiellement devenus démodés ou moins désirables. 
  • Il existe aussi un phénomène pernicieux lié aux logiciels, lorsque par exemple un produit numérique ne fonctionne plus car il n’est plus mis à jour. 

L’Europe commence à s’emparer de ces sujets. A ce titre, elle a observé avec intérêt l’initiative de la France dans l’économie circulaire concrétisée avec la loi AGEC. 

 Pour aller plus loin : 

Institut Véolia : Industrie et déchets : sur la voie de l’économie circulaire. https://www.institut.veolia.org/fr/nos-publications/revue-linstitut-facts-reports/industrie-dechets-voie-leconomie-circulaire 

Conférence débat du 23 novembre dernier. Avec Valérie Guillard (Université Paris Dauphine), Ronan Groussier (Association Halte à l'Obsolescence Programmée-HOP), Jean-Paul Raillard (Fédération Envie) et Cédric L’Elchat (Veolia).

 


Club de la durabilité 


Tribune du Club de la durabilité dans le Monde 
  
Fin

vendredi 17 septembre 2021

Podcast : notre consommation d’électricité devrait croître de 30% d’ici 2050


Afin de lutter contre le réchauffement climatique et se mettre en ligne avec les Accords de Paris, la France a inscrit dans la loi un objectif de « neutralité carbone » d’ici 2050. 

La neutralité carbone implique un équilibre entre les émissions de carbone et l'absorption du carbone de l'atmosphère par les puits de carbone, comme les forêts. 
Pour atteindre des émissions nettes nulles, toutes les émissions de gaz à effet de serre devront ainsi être compensées par la séquestration du carbone. 

Pour la France, cela suppose à l’horizon 2050 une division par 6 des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Cela signifie l’arrêt progressif du recours à des sources d’énergie carbonées pour les remplacer par d’autres non émettrices de CO2 comme les EnR. 

Dans ce contexte, la consommation d’électricité en France devrait progresser à la faveur de certaines mutations majeures comme 

  • les mobilités douces (voiture électrique), 
  • une disparition du chauffage au fuel domestique. Le parc immobilier passerait de 40% des logements chauffés à l’électricité aujourd’hui à 50% en 2030 et 70% en 2050, et il serait largement rénové dans les 30 prochaines années. 
  • ou encore de nouveaux modes de fabrication dans l’industrie. 
De la prospective pour éclairer nos choix

Pour RTE, le gestionnaire de réseau de transport français responsable du réseau public de transport d'électricité haute tension en France métropolitaine, le chemin vers la neutralité carbone n’est pas une utopie. II va dépendre de nombreux facteurs, comme les évolutions technologiques, mais aussi la manière dont la société va réagir à ce changement de paradigme. 

Thomas Veyrenc, directeur exécutif en charge de la stratégie, de la prospective et de l'évaluation de RTE, et son équipe ont dessiné 6 scénarios en ce qui concerne la production d’électricité en France. 

  • 3 scénarios avec un mix énergétique à 50/50 entre nucléaire et EnR. 
  • 3 scenarios avec 100% d’énergies renouvelables 
En 2050, de nombreuses installations en cours de service aujourd’hui, y compris des éoliennes, seront obsolètes. Il faut donc anticiper la suite.

Ce qu'il confirme dans ce podcast.
   
 D’autres facteurs peuvent infléchir la tendance comme : 

  • La part des Français optant pour un mode de vie sobre. 
  • La possibilité d’une réindustrialisation du territoire, après des décennies de fermetures d’usines. Cette question est revenue dans le débat public à l’occasion de la pandémie de Covid-19. 
Une rupture de tendance 

La consommation d’électricité en France stagne depuis plusieurs années : 

  • Nous bénéficions de gains d’efficacité énergétique. Un exemple parmi d’autres, le succès des PC qui ont remplacé massivement les postes fixes : un ordinateur portable de milieu de gamme allumé 6 heures par jour consomme 600 kWh/an contre 1300 kWh/an pour un poste fixe de même catégorie. 
  • Une autre cause moins glorieuse de cette stagnation est la désindustrialisation de l’économie française. En effet, les services sont de quatre à cinq fois moins consommateurs d'électricité que le secteur industriel à niveau de production équivalent. 

 Actuellement, la France consomme environ 480 TWh d’électricité par an, même si ce chiffre a baissé sensiblement avec les confinements en 2020. 

Selon RTE, ce chiffre devrait bondir de 30% d’ici 2050, du fait du moindre recours aux énergies fossiles. 

 Avec une estimation de 645 TWh, avec néanmoins un scénario bas et un scénario haut : 

  • 550 TWh, si une part importante des Français font le choix de la sobriété 
  • 750 TWh, si de nouvelles usines sont construites sur le territoire. 

D’autres sources d’énergies pourraient aussi être mobilisées pour répondre aux enjeux, comme la bioénergie, les réseaux de chaleur, le biogaz, l’hydrogène bas carbone et le méthane de synthèse. 

Un vaste travail de concertation 

RTE effectue un travail de prospective. l'entreprise fournit des données fiables qui doivent faciliter en amont la prise de décision, qui revient au final aux hommes politiques. 

Humble, Thomas Veyrenc reconnaît que ces travaux reposent sur de nombreuses hypothèses et devront être réactualisées régulièrement. La question du transport aérien fait ainsi partie des inconnues. 

De nombreuses autres parties prenantes, dont les ONG, ont participé à l’élaboration de ces prévisions, en posant des questions à RTE dans le cadre de la consultation « Futurs énergétiques 2050 ». 

Elles sont directement concernées compte tenu de l’impact des choix énergétiques sur le climat et sur notre vie quotidienne. 

Pour aller plus loin : 

La synthèse de RTE sur le mix énergétique 

NégaWatt prône la sobriété 

L’association négaWatt veut réussir la transition énergétique. Elle s’attache à agir en priorité sur la réduction de nos consommations d’énergie, pilier de sa démarche sobriété, efficacité et renouvelables. Elle présentera son scénario 2050 le 26 octobre prochain. 

Le Labo de l'économie sociale et solidaire lance son podcast (2021) 

Schneider Electric entreprend une démarche originale pour une croissance durable (2010) 
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/04/schneider-electric-entreprend-une.html 

Graphique : la consommation d’électricité dans le monde ne ralentit pas. Attention l’échelle chronologique est trompeuse sur les premières décennies. 




En 2018, 10 pays représentaient près de 70 % de la consommation totale d’électricité mondiale. 

Plus de la moitié de la demande provient à eux-seuls de la Chine (600 TWh), des États-Unis (400 TWh) et de l’Inde (100 TWh). 

Dans le monde, près d’une personne sur sept n’a pas accès à l’électricité.

mardi 27 août 2019

ONG et entreprises main dans la main contre la prolifération du plastique

L’aventure du plastique a commencé en 1838 lorsque Henri Regnault a synthétisé du PVC pour la première fois. Cette découverte, d’abord restée sans suite, a ensuite été améliorée. 

Le nom de "plastique" sert à désigner un ensemble de matériaux de synthèse dont les propriétés chimiques et physiques, souvent inégalées, trouvent de multiples applications dans l’industrie à un coût faible. 

Depuis 1950, année où le plastique a commencé à être introduit massivement dans notre vie quotidienne, 8,4 milliards de tonnes ont été produites dans le monde. Cela ne semble pas avoir poser de problèmes aux citoyens pendant des décennies, ce matériau étant de plus en plus contesté dans la période récente. 

Selon la Fondation Ellen MacArthur, au moins 8 millions de tonnes de plastiques finissent dans les écosystèmes marins chaque année – ce qui équivaut à déverser chaque minute le contenu d’un camion poubelle en mer. Si nos habitudes n’évoluent pas, ce nombre va doubler d’ici à 2030, et passera même à quatre camion par minute, d’ici à 2050.



Selon les chiffres publiés en 2017 par Science Advances, l'ensemble de la pollution de la surface des océans est évaluée à 5.250 milliards de particules, soit 269.000 tonnes de plastique. 90 % de la pollution plastique est constituée de microplastiques quasi invisibles à l'œil nu et que l’homme ne sait pas collecter facilement. Ces polluants envahissent les océans et contaminent du même coup l'ensemble de la chaîne alimentaire.

Le recyclage actuel du plastique pose des problèmes. Une partie des déchets a longtemps été tout simplement exportée sans vergogne en Chine, puis en Asie du Sud-Est, qui ‘en veut plus.

L'institut 5 Gyres dont les actions sont basées sur des travaux de recherche, encourage l'industrie à maîtriser l'ensemble du cycle de leurs produits et à développer des polymères biodégradables.

Mais, la solution la plus pertinente serait de bloquer la fabrication en amont. Les emballages en plastique, qui représentent 45% de la consommation plastiques en France, constituent un mal endémique. Un accord multi-entreprises a été signé pour s’y attaquer en février dernier en France, baptisé "Pacte National sur les emballages plastiques".

Avec des noms connus, industriels et distributeurs : Auchan Retail France, Biscuits Bouvard, Carrefour, Casino, Coca-Cola European Partners, Danone, Franprix, L´Oréal, LSDH, Monoprix, Nestlé France, Système-U, Unilever. La Fondation Tara Expéditions et le WWF France ont participé activement à l’élaboration de ce programme.

Une liste des emballages désignés comme problématiques ou inutiles va être effectuée : l’idée est de voir comment parvenir à leur élimination. Voici quelques annonces :

  • Atteindre collectivement 60% d’emballages plastiques effectivement recyclés d’ici 2022. 
  • Eco-concevoir les emballages pour les rendre réutilisables, recyclables ou compostables à 100% d’ici 2025. 
  • Mener des actions de sensibilisation et de pédagogie auprès du grand public sur les enjeux de la pollution plastique. 

Les pouvoirs publics, la Fondation Tara Expéditions et le WWF France s’assureront que les entreprises signataires respectent leurs engagements. Quelques engagements concrets :

  • Les briques de certaines boissons (lait et jus de fruits) ne contiendront plus d’aluminium. 
  • Le fromage à la coupe libre-service sera désormais emballé dans du carton recyclé et recyclable en remplacement des barquettes polystyrènes. 
  • Mise en place d'un espace BIO où les fruits et légumes, les céréales et légumineuses ne sont pas emballés mais en vrac. 
  • Certaines marques de lessive seront désormais emballées dans des contentant 100% recyclable. 
  • Conception d’une gamme de shampoing et d’après-shampoing, dont les flacons seront entièrement constitués de matières recyclées. 


 Depuis cet accord, un loi a été votée en avril dernier pour interdire la vente de produits en plastique à usage unique, avec un agenda qui court jusqu’en 2028. Les pailles, les cotons-tiges et les assiettes jetables seront interdits de linéaire à compter du 1er janvier 2020.

Par ailleurs, Coca-Cola et PepsiCo viennent de couper les ponts avec la Plastics Industry Association, le lobby du plastique, car ils souhaitent réduire drastiquement les packaging à usage unique.

Non seulement les deux entreprises subissent une pression constante de Greenpeace, mais les évolutions pourraient aussi venir durcir la réglementation.

Pour mémoire, la vidéo contre Coca de Greenpeace en 2013

 

Pour aller plus loin :

Vers des interdictions pures et simples des bouteilles en plastique 
https://usbeketrica.com/article/faut-il-interdire-les-bouteilles-d-eau-en-plastique

Le Podcast du Crédit Agricole : le projet Plastic Odyssey : recyclage des déchets plastiques marins en objets ou en carburant. Le reste

lundi 3 septembre 2018

Emmaüs Connect lutte contre l'illectronisme

Selon Inès Gandon, responsable d'antenne en Seine-Saint-Denis, la fracture numérique concernerait 5 millions de personnes. Elles restent en marge de la société. 

Selon elle, « elles cumulent précarité sociale et précarité numérique. Cela touche des ménages précaires sans emploi, mais cela touche également des actifs pour qui, jusqu'alors, le numérique n'était pas une obligation, mais pour qui, à l'avenir, cela va devenir un prérequis.

Le but de l’association est de réduire "l'illectronisme», grâce à des ateliers pratiques, où le fonctionnement d'un ordinateur est dédramatisé.

Alors que toutes les administrations publiques passent au numérique, certains usagers ne parviennent pas à faire des choses jugées simples par la majorité des Français, comme une déclaration en ligne des revenus ou une prise de rendez-vous administratifs ou médicaux... Cette paralysie devant Internet est devenue un handicap à part entière, y compris pour chercher du travail, voire pour se déplacer.

Contre toute attente, certains jeunes, pourtant très actifs sur les réseaux sociaux, ne savent pas bien faire des choses basiques, comme postuler un emploi, rédiger un mail professionnel ou ajouter ne serait-ce qu'une pièce jointe à un courrier électronique.


Face à l’immensité des besoins, Emmaüs Connect recherche sans cesse des bénévoles, pour venir animer les ateliers d'initiation ou réaliser des accompagnements personnalisés.

Depuis sa création en 2013, l’ONG a accompagné plus de 30.000 personnes en précarité dans leur parcours vers l’autonomie numérique. Elles ont aussi, en moyenne, économisé 23 €/mois sur leur budget télécommunications et nombreuses ont pu acquérir leurs premiers ordinateurs.

Ces initiatives rencontrent aussi un écho dans le monde des entreprises. Depuis l’automne 2017, le bureau de la Banque Postale des Aubiers expérimente avec l’appui d’Emmaüs Connect, différentes solutions pour engager les usagers vers le numérique et faire évoluer le rôle des conseiller en bureau. Joël Gekiere, responsable de l’espace client à La Banque Postale des Aubiers nous livre les premiers retours.

J’ai rencontré un enthousiasme très fort de la part de mon équipe car nous avons tous à y gagner. Pour La Banque Postale, cela permettra à terme, de réduire les files d’attente, d’augmenter la satisfaction client et de nous concentrer sur des tâches plus “intéressantes” que celles qui peuvent être facilement réalisées avec les outils en ligne que nous proposons. Pour les clients, évidemment, qui seront autonomes et qui pourront réaliser des économies. Et, enfin, pour nos collaborateurs qui, au-delà de gagner en confort et en intérêt au travail, ont déjà l’impression que cette expérimentation a changé l’image que les clients pouvaient avoir d’eux. C’est valorisant. Sans compter que, quand une grand-mère vient nous voir pour nous informer que son petit-fils, que nous avons orienté vers Emmaüs Connect, a aujourd’hui trouvé un emploi sur Internet… ça met du baume au cœur. 



Par ailleurs, Bon point pour sa notoriété, le logo d’Emmaüs Connect sera, cette saison, visible sur les maillots des joueurs lors de tous les matchs d’Europa League des Girondins de Bordeaux.

dimanche 7 mai 2017

Power:On apporte la lumière dans des villages africains

Depuis 2015, la startup Power:On permet aux 3.000 habitants d’Igbéré, un village reculé du Bénin, d’accéder à l’électricité à un prix raisonnable. Power:On prépare une campagne de financement participatif pour changer d’échelle et équiper d’autres villages, trop isolés pour avoir accès au réseau national. 
Pour donner un coup d’accélérateur à cette belle initiative, l’actrice Eva Green a prêté sa voix au court métrage qui accompagne le lancement de la campagne.

Les questions de l’énergie et de l’Afrique ont été peu approfondies durant la campagne électorale. Pourtant, nombre de personnes frappées par la précarité énergétique serait près de 10 millions en France, avec un impact brutal sur la vie quotidienne : absence de chauffage, budget réduit, surendettement, maladies, conditions sanitaires insalubres, et même décès au domicile.

Le problème de l’accès à l’énergie est aussi critique dans le reste du monde, notamment en Afrique. L’Afrique dispose pourtant de ressources énergétiques inépuisables, à la fois fossiles et renouvelables. Vous voyez sur la photo satellite ci-après un énorme trou noir. C’est le continent africain, qui est aveugle la nuit.



Quelques données :

  • Plus de la moitié de ses habitants n’ont pas accès à l’électricité, soit 621 millions de personnes, selon l’Africa Progress Panel, le cercle de réflexion de l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. 
  • Dans la partie subsaharienne, seulement 30 % des habitants sont connectés au réseau électrique contre presque la totalité des habitants au Maghreb. 
  • Un Africain (hors Afrique du Sud) ne consomme en moyenne que 162 kWh par an contre 7 000 kWh pour les autres Terriens. 
  • D’après le Monde, Malgré une population 25X supérieures, la consommation électrique de toute l’Afrique est inférieure à celle de l’Espagne. 
  • Pour encore noircir ce tableau, une habitante du nord du Nigeria doit débourser, par kWh, 60 à 80 fois plus qu’une Londonienne ou une New-Yorkaise (double peine). 

Diplômé d’HEC, Tristan Kochoyan a fondé une start-up, qui a mené à bien l’électrification d’un village du Bénin. Le business-model a fait ses preuves et ne demande plus qu’à être dupliqué.



La révolution du solaire est une idée qui progresse. Elle a commencé au Kenya en 2010 avec M-Kopa Solar et ses kits solaires. Le modèle économique de ce dernier repose sur un paiement mensualisé par mobile. Il obtient, un très fort taux de recouvrement.

Le court métrage qui suit est destiné à faire connaître les projets de Power:On a au grand public. Il a déjà été partagé par de grandes stars du cinéma, notamment Samuel L. Jackson et Mads Mikkelsen.

Le film a été réalisé par Antoine Brétillard, qui a notamment travaillé avec Mélanie Laurent sur le film Demain, César du meilleur documentaire l’an dernier.

Il dure 7 minutes

 

Vous pouvez soutenir l’initiative de Tristan en rejoignant sa communauté au lien suivant :

https://www.turnthepoweron.co/

L’idée est de recueillir une masse critique de supporters pour lancer une opération de crowdfunding.




Pour aller plus loin : 

2014 : L’effet contagieux d’une poignée d’étudiants en Afrique 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2014/03/leffet-contagieux-dune-poignee.html 

 2011 : La révolution numérique offre de nouvelles perspectives à l’Afrique 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/02/la-revolution-numerique-offre-de.html 

2010 :Care participe à la scolarisation des jeunes marocaines grâce à l'eau courante dans les écoles
  http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/03/long-care-participe-la-scolarisation.

Article du Monde
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/11/07/traversee-d-une-afrique-bientot-electrique_5026791_3212.html

  Fin

samedi 23 avril 2016

La solidarité passe de plus en plus par la technologie

Jeanne Dussueil, de Frenchweb, a publié le 30 mars dernier un article intéressant sur un certain nombre de nouvelles technologies, qui favorisent la solidarité en France. Son titre « 7 solutions connectées qui veulent réinventer la solidarité ». Dans cet article, j’y ai en outre ajouté une initiative anglo-saxonne en faveur des enfants diabétiques. 

De nouvelles plateformes facilitent en effet la résolution de certains problèmes de société grâce au digital, grâce à un fonctionnement plus horizontal et communautaire. Voici certaines solutions digitales mises en avant par Frenchweb :

1/ TrouveTonEntreprise 

Le site accompagne les jeunes de 15 à 30 ans à la recherche d'un stage, d'un poste en apprentissage ou d'un emploi. Pour ce faire, ses animateurs ont mis au point une méthode ludique et innovante, qui s’appuie sur des conseils et des vidéos.

Depuis son lancement, la plateforme revendique 750 contrats signés et 1 150 étudiants accompagnés. Ils ont d’ores et déjà obtenu 1.150 rendez-vous.

Selon Frenchweb, les fondateurs Morgan Marietti et Cyrille Mauchamp dirigent tous deux dirigeants de l'Association nationale des apprentis de France.

2/ Opération Gaspard 

Créée par Nicolas Desachy, la start-up Opération Gaspard a développé «un boitier de 2 cm que l’on peut accrocher n’importe où.

En cas d’agression, notamment en cas de harcèlement dans la rue, son utilisateur appuie dessus 3 fois de suite pour déclencher l’alerte. Il est aussitôt géolocalisé et ses proches reçoivent immédiatement sa position et un itinéraire pour venir à son aide.

L’idée est de faire reculer l’indifférence face aux agressions. Ainsi, une application gratuite et téléchargeable par tous est disponible, pour que les passants à proximité puissent eux aussi recevoir l’alerte et intervenir

3/ App'ELLES 

Autre solution similaire, l'application App-Elles est une application solidaire des femmes et des filles victimes de violence. Elle facilite leur mise en relation avec les professionnels et leur simplifie l’accès à l’information sur les violences. Elle leur permet également d’entrer en contact, en un seul clic, avec des ami-e-s, des proches, des associations spécialisées, la police ou tout autre interlocuteur de son choix.



4/ La FinTech au service du don

Heoh est une start-up française spécialisée dans la collecte de dons et dont la particularité est de s'appuyer directement sur les nouveaux systèmes de paiement (paiement sans contact, paiement mobile, NFC, etc.).

Elle a été fondée en 2015 par Ghislain d'Alançon et Antoine Vaccaro.

La « Good Transaction» constitue un nouveau circuit de dons pour les commerçants, accessible depuis les terminaux de paiement ou via le paiement en ligne. Ingenico Group est partenaire du projet. Heoh vise 60 millions d'euros de dons d'ici 5 ans, ce qui est considérable.

5 / Jerry The Bear 

Je vous signale aussi cette belle initiative, Jerry où un robot, bourré de technologies, en forme de peluche aide les enfants à soigner leur diabète type 1.



6 / Bénévole At Home 

BAH met en relation via son application les personnes bénévoles (des Anges gardiens) et les personnes démunies ayant des besoins de première nécessité. Les services proposés par cette association passent par la géolocalisation.



Pour aller plus loin 



L’article complet de FrenchWeb :
http://www.frenchweb.fr/7-solutions-connectees-qui-veulent-reinventer-la-solidarite/225042 

Les autres innovations citées par FrenchWeb :
  • U2guide, le voyage au service de l'humanitaire 
  • Welp, l'entraide gratuite 
  • 1+1+1, La collecte caritative 
 Par ailleurs, je vous mentionne aussi Reconnect. C’est une association loi 1901 créée en 2008 autour d'une vision simple : faire des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) un outil d'insertion pour les personnes en situation de précarité et non un facteur d'exclusion supplémentaire. http://www.groupe-sos.org/structures/708/Reconnect fin

jeudi 24 septembre 2015

Volkswagen a trahi ses partenaires ONG

Le scandale qui frappe Volkswagen a des répercussions inattendues.

La firme avait réussi à passer des partenariats avec plusieurs ONG, tout en donnant des gages à des associations de plaidoyer, qui dénonçaient sa face cachée. Les cachoteries d’un groupe emblématique, fierté nationale qui symbolisait la Made in Germany, place une célèbre ONG environnementale allemande en porte-à-faux.

Le géant de Wolfsburg avait en effet passé un partenariat avec Nabu, axé sur la protection de la biodiversité, notamment la sauvegarde du loup. Un site internet dédié avait même été créé pour en faire connaître les tenants et les aboutissants.

Selon csreurope.org, ce partenariat noué en 2000, cité en exemple comme un partenariat stratégique à long terme, aurait été gagnant-gagnant :

NABU has improved its reputation as a professional political advisor.
Volkswagen has improved its reputation of being a dialogue- and CSR-oriented company. 
 Le budget de Nabu a dépassé 29M€ en 2014, grâce à la générosité de 560.000 membres, mais Nabu tire aussi des revenus de licences et de sponsorships.

Cette déconvenue pour Nabu illustre les risques associés à des partenariats ONG/entreprise dans le domaine environnemental. Avant l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater, qui a fait plusieurs morts, BP était aussi le meilleur ami des ONG locales.

Le pétrolier faisait aussi parti de plusieurs indices ISR, dont le FTSE4Good.


 Dans le Volkswagate ou DieselGate, Nabu a d’abord déclaré qu’il attendait des explications de son partenaire. Mais, ce sont des Twittos, qui lui demandent ouvertement de rompre sine die cette collaboration désastreuse et mal rémunérée.
Un militant allemand écologiste utilise même le hashtag #Nabugate.

A ce titre, le WWF France, dont le logo est mondialement connu, ne semble pas coopérer avec le secteur automobile.

Pourtant, en Inde, l’association au panda semble avoir accepté des fonds du constructeur allemand.



Et, le WWF était en discussion avec la firme allemande dans le cadre du Science Based Targets. Ce programme est issu de l’appel conjoint de différentes parties prenantes lors du Business and Climate Summit, à savoir : 
  • le WWF, 
  • le Carbon Disclosure Project (CDP), 
  • l’United Nations Global Compact 
  • et le World Resources Institute 
Dans un communiqué de presse diffusé cet après-midi, le WWF tire la sonnette d’alarme sur le climat, en signalant que seules 55 entreprises du Global 500 ont fait part de leur volonté de s’engager dans l’initiative (qui vise à aligner leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) sur l’objectif de 2°C), parmi lesquelles :
  • Volkswagen AG 
  • Honda Motor Company 
  • et Nissan Motor Co., Ltd. 
Volkswagen a donc fait feu de tout bois pour enfumer son monde et chercher à valoriser son capital sympathie/ Le groupe industiel bénéficiait à ce titre d'une valorisation record de ses actifs immatériels.

Cette affaire, dont les répercussions sont mondiales, n’est pas sans rappeler le coup de poignard qu’a porté Siemens à Transparency International , même si dans ce cas il n’est pas question de défendre la planète, mais de lutte contre la corruption.

Gare aux ONG « activistes » 

A l’opposé, de nombreuses autres associations ont croisé le fer avec VW ces dernières années, comme Greenpeace. Pour rappel, cette vidéo vu plus de 1,3 million de fois.



Après de tour de chauffe, Greenpeace pensait pourtant avoir obtenu des gages du constructeur, y voyant une source d'espoir.



La tricherie dévoilée 

C’est l’International Council for Clean Transportation (ICCT) qui a découvert le pot-au-rose, plongeant Volkswagen dans une crise sans précédent. L’ICTT est une organisation non gouvernementale spécialisée dans les transports propres. 

Selon Le Monde, l’ICCT, financée principalement par la ClimateWorks Foundation, une autre ONG engagée dans la lutte contre le réchauffement de la planète, travaille ainsi avec les gouvernements régionaux et nationaux afin de déboucher sur des politiques publiques en faveur de transports propres.

J’écrivais en 2013 que Les ONG se sont imposées comme des sources incontournables 

Concernant cette triste affaire, qui pourraient menacer de nombreux emplois directs et indirects, les ONG ont joué le rôle de lanceur d’alerte, là où les autorités de contrôle ont été défaillantes.

Finance responsable

En septembre 2013, le groupe était fier d’annoncer qu’il était le constructeur automobile le mieux classé du Dow Jones Sustainability Index, qui rassemble les grandes multinationales les plus vertueuses selon RobeccoSAM en fonction d’une grille d’analyse éprouvée.

At Volkswagen, responsibility for the environment means producing clean cars in clean factories. This sounds simple, but as so often it is the simplest targets which involve highly complex operations. And what do we actually mean by a 'clean car'? A car with low fuel consumption? Definitely, but there's a lot more to it  
Volkswagen était le seul constructeur, outre l’un de ses concurrents, à faire partie à la fois du DJSI World et du DJSI Europe, deux indices des entreprises cotées en Bourse ayant fait leurs preuves en matière de développement durable.

Comme on le voit sur ce graphique, Volkswagen avait tout du gendre idéal, étant bien placé sur un rand nombre de données ESG.


En résumé, des investisseurs pourtant sélectifs, prêts à payer le prix pour des valeurs ayant été passées au crible des critères ESG, se sont fait rouler dans la farine.

L’indice de référence des valeurs les plus "responsables"a d’ailleurs accusé le coup en début de semaine.



 Fort à propos, Novethic a fait sur point aujourd’hui pour savoir s’il «existait-il un warning ISR sur Volkswagen ? » préalablement à la révélation des manipulations.

Il en ressort que Vigeo, Kepler-Cheuvreux et Mirova n’ont jamais donné à Volkswagen leurs mains à couper.

Dans un livre, publié fin 2012, Nicole Notat insistait sur le fait qu’aujourd’hui l’entreprise ne peut plus être irresponsable 

Volkswagen constitue ici un cas d’école.

Pour aller plus loin : 

Le partenariat Nabu/VW
 http://www.volkswagen-nabu.de/startseite 

Novethic : Volkswagen fâché avec l’environnement
 http://www.novethic.fr/gouvernance-dentreprise/entreprises-controversees/isr-rse/l-environnement-bete-noire-de-volkswagen-143610.html



Le Monde : Une ONG à l’origine du scandale Volkswagen 
http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/09/22/l-ong-a-l-origine-du-scandale-volkswagen_4767318_3244.html

Le lobbying de Volkswagen opposé à 72 entreprises engagées sur le climat 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/06/72-entreprises-font-pression-sur.html

 fin

vendredi 18 septembre 2015

La Barclays aide les associations à accepter des bitcoins


Le Bitcoin ne laisse pas les banques indifférentes. Son essor va se traduire par de nouveaux usages et il ne peut plus être ignoré ou brocardé. 

D’après le blog, cestpasmonidee, Barclays envisagerait d’initier une première application publique à destination des organisations caritatives.

L’un des atouts du Bitcoin est de réduire fortement les coûts de transaction, ce qui lui confère un réel potentiel pour les petits montants. Si cette application, d’abord expérimentale, se concrétisait, elle pourrait permettre des dons de quelques centimes, une chose encore aujourd’hui inimaginable.

Dans leur campagne de fundraising, les associations suggèrent souvent un montant de don minimal.

L’ouverture aux bitcoins pourrait élargir la base des donateurs, tout en comprimant les frais de collecte, qui constitue une donnée sensible suivie par la presse et des organismes comme Charity Navigator.

A ce titre, certains acteurs sont en voie de marginalisation.

De trop nombreuses organisations de charité n’ont pas encore mis en place des plates-formes de donation online ou mobile. Une étude menée récemment par Barclays Digital Giving parmi 300 organismes de bienfaisance basés au Royaume-Uni avec des revenus d’au moins 3M£ , a montré que les paiements hors ligne représentent encore 80 % de la collecte. Celles qui ratent le coche, notamment pas manque de moyens, pourraient perdre la main.



L’initiative de Barclays est louable, car il est certain que de nombreuses ONG hésiteront à chercher à capter des Bitcoins, non seulement faute de connaissances, mais aussi en raison de la réputation sulfureuse de cette monnaie virtuelle, qui se marie mal avec leurs objectifs.

L’intervention de cette grande banque pourrait faire bouger les lignes.

.

United Way, Greenpeace, la Wikimedia Foundation et l’Académie Khan ont déjà franchi le cap en 2014. 

La Wikimedia Foundation travaille sur ce sujet avec Coinbase. 

Pour aller plus loin : 

Le blog cité
http://cestpasmonidee.blogspot.fr/2015/09/barclays-le-bitcoin-pour-une-bonne-cause.html 

Should Your Non-Profit Accept Bitcoin for Donations? 
http://www.thefundraisingauthority.com/internet-fundraising/non-profit-bitcoin/ 




Les ONG veulent des sous, pas des « likes » Facebook
http://goo.gl/LmUbJr

Le Charity Navigator scrute la bonne gestion le secteur associatif américain 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2012/10/charity-navigator-pousse-les-ong.html 

The Future of Charitable Donations Report 2015 
http://www.newsroom.barclays.com/r/3174/the_future_of_charitable_donations_report_2015  

Fin

jeudi 18 juin 2015

Quand la FinTech vient au secours des migrants

Ce qui est intéressant avec les FinTech, c’est qu’elles génèrent de nouveaux usages à des prix intéressants. 

Dans le cadre des transferts d’argents des migrants, les innovations réalisées en amont par de nouveaux acteurs, dans un climat très concurrentiel, sont très encourageantes. Mais, elles doivent selon les experts des Nations Unies être accompagnées d’actions de formation et d’éducation financière, afin de libérer tout leur potentiel. 

Depuis 15 ans, la connaissance des transferts d’argent des migrants a fait un bond en avant. Pour sa Majesté la Reine Máxima de Hollande, United Nations Secretary-General's Special Advocate for Inclusive Finance for Development (UNSGSA), la question est désormais de maximiser leur impact sur le développement.

Le 5ème forum sur les envois de fonds et le développement se tient actuellement à Milan. Il a réuni des chefs d'État, des décideurs politiques, des acteurs du secteur privé et des responsables de la société civile afin d'établir une feuille de route pour l'amélioration des envois de fonds.

Pour cette occasion, le Fonds international de développement agricole (FIDA) a préparé un rapport «Travailleurs migrants et envois de fonds: flux et marchés européens».

Il souligne que cette manne financière est mal exploitée. Il faudrait :
  • l’émergence de plateformes de transfert d'argent plus compétitives, 
  • des services financiers ciblés pour aider les travailleurs migrants à économiser et/ou investir leur argent. 
Les frais de transfert sont une plaie, même si ils ont commencé récemment à baisser pour se situer entre 8% et 10%. Assez classiquement, plus les montants envoyés sont faibles, plus le pourcentage total de frais devient important. C’est ce qu’on appelle en économie la «double peine».

L’enjeu est colossal.

Si l'on parvenait à ramener les frais de transfert à 5%, conformément à l'objectif du G20 fixé en 2009, les migrants et leurs familles dans le pays d’origine pourraient économiser une somme supérieure à 15 Mds$.

Bill Gates, comme l’Africa Progress Panel, un think tank présidé par Kofi Annan, plaident dans le même sens.



Les nouvelles technologies Les cartes de ce marché commencent à peine à être redistribuées.

Cotée en Bourse, Western Union a perdu 29% de sa valeur le 31 octobre 2002. Un plongeon qu’on distingue très bien sur le graphique et qui sonne comme un avertissement.


Les investisseurs craignaient à l’époque que le marché des transferts soit pénalisé par une intensification de la concurrence avec des prétendants sérieux comme Paypal (groupe EBay) ou encore Moneygram International, sans compter Amex, Bank of America, voire Walmart.

Pour l’heure néanmoins, les acteurs historiques ont réussi à préserver l’essentiel de leurs parts de marché,
  • en réduisant leurs coûts. 
  • en augmentant leur productivité
  • et en cherchant à reprendre la main sur les solutions mobiles et digitales. 
En 2014, Western Union a dégagé un bénéfice de 852 millions de dollars, en hausse de 7%. La compagnie a déjà prouvé sa capacité d’adaptation, puisqu’elle a été fondée en 1851 à l’époque le télégraphe.

Pour combien de temps ? De nouveaux troublions sont apparus, qui s’appuient sur des technologies émergentes, populaires peu coûteuses

Facebook, le roi lion

En avril 2014, le FT signalait que Facebook s’apprêtait à demander une licence bancaire en Irlande dans le but de se positionner sur le marché des transferts d’argent (remittances industry).

Le quotidien se demandait même “Are we about to see the emergence of FaceBank?”.
  • la Banque Mondiale estime que plus de 90% des transferts sont envoyés à la famille, des personnes avec qui les expéditeurs sont en contact via les réseaux sociaux. 
  • parmi les marchés en forte croissance pour Facebook figurent des pays, qui bénéficient massivement des transferts d’argent comme l’Egypte, l’Afrique du Sud et le Nigéria.
  • De même pour l’Indonésie, le Mexique, les Philippines et la Turquie. 

Pour Brian Blau, Directeur chez Gartner, Facebook a une carte à jouer dans les pays où le système bancaire est embryonnaire.


Nouveau service de paiement en Chine 

En Chine, le service de messagerie mobile WeChat, qui comptabilise plus de 500 millions de membres actifs, a lancé un service de paiement à la mi-2013.

Au Nouvel An lunaire chinois, les enfants devaient autrefois s'agenouiller devant les membres âgés de la famille pour recevoir leurs enveloppes rouges remplies d'argent.

 Aujourd’hui, beaucoup de ces enveloppes circulent via mobiles. Plus d’un milliard d’enveloppes cadeaux ont été échangées en début d’année via la filiale de Tencent.


En 2014, la Chine comptait 245 millions de migrants à l’intérieur de son territoire. Ils représentent 17% de la population chinoise, majoritairement des paysans.

Des FinTech en embuscade 

Western Union aurait plus de succursales que McDonalds, Wal-Mart et Starbucks combinés.

Selon la start up Azimo, basée à Londres, les médias sociaux permettent aux prestataires tels que son entreprise :
  • de réduire les coûts de l’infrastructure physique et des intermédiaires 
  • pour répercuter ces économies directement sur le client 
  • tout en offrant une prestation sécurisée. 
Azimo facturerait moins de 3%.

Pour Michael Kent, patron d’Azimo, il doit être aussi simple d’envoyer des fonds que de partager une photo.

Interviewé en avril dernier par Maddyness, Ismail Ahmed, patron de WorldRemit, un autre acteur du secteur, soulignait qu’il y a plus de 2.5 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des services financiers. Mais qu’1 milliard d’entre eux possèdent un téléphone portable.

Ancien conseiller auprès des Nations Unis pour son programme de transfert de fonds, Ismail Ahmed a aidé les sociétés de transfert d'argent africaines à respecter la réglementation stricte contre le blanchiment d'argent instaurée suite aux attentats du 11 septembre.



De son côté, Jan Hallbergis, à la tête du Marketing de la division « M-Commerce » chez Ericsson, estime qu’un jour, envoyer de l’argent sera aussi simple qu’écrire un SMS.

Ingéniosité 

Voici également une autre jeune pousse au service de la diaspora africaine: Afrimarket, spécialiste du « cash to goods ».

Originalité, l’envoyeur peut décider de ce qui est acheté avec l’argent qu’il envoie. La société aurait bénéficié de deux levées de fonds dont la deuxième s’élevait à 2,3 millions d’euros, financés notamment par Orange, qui ne cache pas ses ambitions dans le « mobile money ».


Potentiel de développement rural

Si la réduction des frais de transfert représente une véritable aubaine pour les migrants, encore faut-il que cet argent serve de tremplin pour un développement économique durable.

Pour le FIDA, la majorité des fonds reçus s’évapore dans l’acquisition de biens essentiels –nourriture, vêtements, logement, santé et éducation, autant de dépenses contraintes.

Des études montrent cependant qu'il serait possible de consacrer jusqu'à 20% des fonds à l'épargne, aux investissements ou au remboursement de prêts consentis pour monter de petites activités. Le FIDA distingue 2 priorités :
  1. améliorer l'accès aux services financiers de base tels que l'épargne et le crédit, 
  2. déployer au profit des familles des services non financiers adaptés à leurs besoins, comme l'assistance technique pour le développement d'entreprises ou des programmes d'éducation financière. 
But ultime : l’inclusion financière

Pedro De Vasconcelos, co-auteur du rapport et coordonnateur du Mécanisme de financement pour l'envoi de fonds au FIDA, estime que :
"Les envois de fonds offrent une occasion exceptionnelle d'attirer des millions de personnes dans le secteur financier formel".
"Compte tenu de l'interaction fréquente entre les expéditeurs et destinataires des envois de fonds et le système financier, les envois de fonds pourraient donner naissance à des rapports entre les banques et les familles, sur le long terme, susceptibles d'améliorer les conditions de vie de ces familles." 
Pour aller plus loin :

Le FIDA investit dans les populations rurales, en les autonomisant afin de réduire la pauvreté, d’accroître la sécurité alimentaire, d’améliorer la nutrition et de renforcer leur résilience. http://www.ifad.org/

La FinTech, c’est quoi ?

Selon Bolden, l’expression FinTech combine les termes «finance» et «technologie». Elle désigne ainsi une start-up innovante qui utilise la technologie pour repenser les services financiers et bancaires et bousculer les schémas établis.

Suite à la crise économique de 2008, de nombreux banquiers et traders se sont lancés dans des aventures entrepreneuriales pour repenser le modèle de la finance grâce à l’innovation technologique.
Leur but ? Rendre la finance plus simple et plus accessible, en proposant des services de meilleure qualité et moins coûteux.

Les FinTech foisonnent dans tous les domaines :
  • gestion d’épargne 
  • prêt pour les particuliers, 
  • financement des entreprises 
  • paiement en ligne. 

Il s’agit de sujets d’actualité. La Revue Banque organise début juillet une conférence sur « Les nouveaux services et moyens de paiement à l'ère du digital »
http://bit.ly/1ImI9Gz 

Sur ce blog : Western Union apprend aux migrants à épargner 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2015/06/western-union-apprend-aux-migrants.html 


Vus ailleurs : Chine :
4 enfants laissés à eux-mêmes, (liushou ertong en chinois) et restés à la campagne, leurs parents étant partis travailler en ville, viennent de se suicider dans la province du Guizhou, l’une des plus pauvres du pays dans l’ouest de la Chine.
http://www.bfmtv.com/international/chine-quatre-frere-et-soeurs-livres-a-aux-memes-se-suicident-895270.html






L’impact des taux de change sur les transferts en Inde « Rupee depreciation helps in inward remittances »
  • Basé à Chennai, The Hindu, journal indien en langue anglaise, note que depuis 3 mois, la baisse de la roupie a entraîné une hausse des transferts de fonds de plus de 50%, surtout en provenance des pays du Golfe. Ce serait surtout le fait des migrants indiens les plus aisés (high networth individuals), les HNIs. 
  • Il est dommage que la majorité des migrants, faute d’épargne ou d’éducation suffisantes, ne soient pas en mesure de profiter de ce genre d’opportunités pour moduler leurs transferts. 

http://www.thehindu.com/business/Industry/rupee-depreciation-helps-in-inward-remittances/article7322667.ece

jeudi 23 avril 2015

USA : le cannabis sera-t-il le prochain gaz de schiste ?



Une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) soulignait en 2008, que la part des pays industrialisés dans la consommation mondiale de tabac qui représentait 34% en 1998, allait descendre en dessous des 30%. Celle des pays en développement dépassera donc bientôt les 70%.

D’ici à 2025, le nombre de fumeurs devrait augmenter de 500 millions, dont 90% en dehors de l’Europe et des États-Unis.

Selon Euromonitor, les ventes de tabac ont baissé de 30% aux Etats-Unis depuis 2004. L’Europe de l’ouest est sur le même trend. Avec quelques nuances :

Pierre Meneton, chercheur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), il existe une surmortalité chez les chômeurs. Elle s’expliquerait par des conduites à risques (trop de tabac, trop d’alcool, une alimentation déséquilibrée…).

Un marché qui croît dans le désordre


Au niveau mondial, le tabac perd du terrain chez les plus de 15 ans, comme le montre l'évolution des niveaux de prévalence, qui ont baissé :
  • de 41.2% en 1980 à 31.1% en 2012 chez les hommes 
  • et de 10.6% à 6.2% chez les femmes. 
Néanmoins, comme la population mondiale augmente, le nombre de fumeurs quotidiens serait passé d’environ 721 millions en 1980 à 967 million en 2012.

Un secteur pris en mire


Début 2014, l’action Philip Morris International a perdu 14% de sa valeur à Wall Street. A la fois sur des questions de taux de change, mais aussi en raison de l'apparition de doutes sur la poursuite de son modèle de croissance.


Outre la montée des circuits parallèles, des mesures anti-tabac avaient en effet affecté ses ventes en 2013 sur 3 gros marchés :
  •  l’Union européenne (-6%) 
  • la Russie (-7%), où les taxes ont été fortement augmentées. 
  • et les Philippines (-47% en volume), où la compagnie a subit de plein fouet l’introduction du «sin tax » et la concurrence d’un nouvel acteur low cost Mighty Corp. Auparavant, Philip Morris Fortune Tobacco Corp y bénéficiait d’un quasi-monopole. 

L’action Philip Morris (PM) est devenue depuis peu un peu plus risquée et plus volatile.

Les fabricants de cigarettes toussotent légèrement. Mais, ce n’est pas encore la fin du tabagisme.


La question est de savoir :
  • pendant combien de temps les cigarettiers seront-ils en mesure de compenser la baisse des volumes ici ou là par des hausses de prix. 
  • devront-ils fusionner ? Lorillard et Reynolds American se sont rapprochés, une transaction à 25 Mds$ qui doit encore être approuvée par la Federal Trade Commission. 
  • ou se diversifier, comme l’a fait PepsiCo dans les chips et les produits gras pour compenser la moindre consommation de sodas dans les pays développés. 
Outre les traditionnels procès contre les politiques sanitaires, la planche de salut des géants du tabac pourrait être notamment le cannabis ou l’«e-cigarette».

1/ La Justice pour défendre nos vices


Tous les moyens sont bons, comme s’attaquer aux Etats qui prennent trop à cœur la santé de leurs concitoyens.

Philip Morris International a lancé une action judiciaire contre l’Uruguay en février 2010 devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), un tribunal d’arbitrage qui dépend de la Banque mondiale.

Son but est tout simplement de faire plier ce pays, dont la lutte anti-tabac a été poussée très loin, entraînant une modification du comportement des Uruguayens.

Un combat mené par la firme en raison de la liberté du commerce et de la signature de certains traités, qui semblent engager le pays pieds et poings liés.

Le pot de terre contre le pot de fer.

cf. l’article de la Croix du 27 février dernier : Guerre de la cigarette entre Philip Morris et l’Uruguay

A l'opposé, ce reportage porte sur le jackpot Indonésien, un ilot de paradis, où fumer est devenu une fonction vitale.

Un reportage de Shane Smith, co-fondateur VICE, un magazine lancé à Montréal en 1994.



2/ Le cannabis, nouveau Gold Rush


L’industrie du tabac est loin d’avoir dit son dernier mot.

Connu comme le loup blanc dans la gestion d'actifs pour ses prises de position, Gerry Sullivan, géant du Vice Fund, aimerait pour sa part savoir :
"Qui va devenir le Budweiser de la marijuana? Je prédis, même s'ils vont tous le démentir, que ce sera les industriels du tabac."
En effet, la consommation de cannabis à usage récréatif est devenue légale dans quelques Etats américains. S'il prend de l'ampleur, ce nouveau business aura besoin d'être structuré.

Une libéralisation plus large dépendra certainement des prochaines élections présidentielles aux Etats-Unis.


Les arguments économiques sont connus.

Pour Jeffrey Miron, senior lecturer à l’Université d’Harvard, estimait en 2013 à près de 20 Mds$ par an l’impact de la légalisation du cannabis sur l’économie américaine.

Se partageant à peu près à moitié/moitié entre :
  • Les économies de frais de police et de justice : environ 750.000 personnes ont été arrêtées en 2011 pour des crimes relatifs à la marijuana. Ce qui fait une arrestation toutes les 42 secondes aux Etats-Unis. 
  • De nouvelles recettes fiscales

 3/ Freiner la cigarette électronique… 


Une innovation disruptive pourrait bien rebattre encore davantage les cartes.

Pour Bonnie Herzog, analyste vedette chez Wells Fargo, la cigarette électronique devrait atteindre un chiffre d’affaires de 10 Mds$ en 2017, contre seulement 3 Mds$ aujourd’hui. Des montants en croissance, mais encore modestes.

Certains analystes de Wall Street estiment pour leur part que, dans la prochaine décennie, les ventes e-cigarette surpasseront celles de la consommation du tabac traditionnel. Mais, il est difficile de prédire l’avenir. Pour l'heure, le marché est encore complètement fragmenté.

Dans un article « Watch As This Massive Sin Industry Gets Disrupted»), publié en novembre 2014 dans «The Motley Fool», Alyce Lomax, met en exergue la stratégie des acteurs historiques du tabac.

 « Le secteur passe à l’attaque. D’une manière stupéfiante pour l’esprit et dans un retournement de l’histoire particulièrement ironique, les géants du tabac commencent à demander une réglementation plus sévère des vaporettes pour des raisons de santé publique ».

Alyce Lomax s’en amuse évidemment, rappelant le combat bec et ongle des cigarettiers pour éviter toute régulation concernant leurs propres produits. Une attitude schyzophrène.

Elle estime que les consommateurs sont d’autant plus enclins à essayer ces nouveaux modes de fumer, qu’ils ne sont pas vraiment attachés aux marques de tabac, trop liées à Wall Street et à des pratiques agressives.

Dépendance ne veut pas dire amour ou Love Brand…

Ou l’adopter pour éviter le syndrome Kodak


Mais, certains acteurs ont déjà changé leur fusil d'épaule.

Professeur associé à l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, Jean-François Etter a publié plusieurs ouvrages sur l’e-cigarette. Interrogé par Benjamen Keller pour Largeur.com, il a déclaré en 2014 que
«Les grands groupes n’innovent pas. Dans la panique et dans l’urgence, ils se sont mis à accumuler les rachats. Une seule idée les obsède: ne pas finir comme Kodak, qui a fait faillite après avoir manqué le passage de la photo argentique au numérique.»
Quelques initiatives :

  • British American Tobacco a lancé sa marque d’e-cigarette, Vype, après l’acquisition du britannique CN Creative. 
  • Même stratégie du côté de Lorillard, qui a racheté Blu eCigs en 2012, puis Skycig en 2013. 
  •  En 2014, MarkTen et Vuse ont lancé des campagnes de recrutement très agressives, assortis de vastes promotions et d’essais gratuits ("free trial").

Une vidéo un peu ancienne (2013)



Ces rois du marketing affutent leurs armes, sans savoir vraiment s’ils risquent à terme une cannibalisation.

Un monde meilleur


Ils recyclent même des promesses anciennes pour séduire la foule de passer aux personal vaporizers (VP), qui apparaissent plus cools et plus amicaux, avec des accroches comme :
  • La liberté : "Take back your freedom" (Blu, groupe Lorillard)
  • L’homme bionique "Welcome to tomorrow(Vuse). 
Certains spécialistes boursiers du tabac doutent ouvertement que ce virage électronique soit le bon. Personne ne sait vraiment ce qui au final va sortir du chapeau.

Jusqu'à présent, l'industrie du péché a souvent eu les ressources, les arguments et les bons appuis pour préserver ses intérêts.

Cet article fait suite à mon dernier post sur l’économie du vice

Pour aller plus loin : 

The Motley Fool. Watch As This Massive Sin Industry Gets Disrupted
http://www.fool.com/investing/general/2014/11/10/watch-as-this-massive-sin-industry-gets-disrupted.aspx

Mars 2012. Junk food et social media : le cas PepsiCo
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2012/03/junk-food-et-social-media-pepsi-co-en.html

Tobacco Atlas, une initiative de l’American Cancer Society et de la World Lung Foundation www.tobaccoatlas.org

Selon Tobacco Atlas, certains des pays les plus gros producteurs de tabac dans le monde sont aussi ceux qui connaissent la malnutrition.


Le business du péché aux XXIème siècle
http://bit.ly/1IMgxwj

Les pionniers des nouveaux marchés par Benjamin Keller ; édité par l’agence de presse LargeNetwork, le magazine en ligne Largeur.com
http://www.largeur.com/?p=4175
fin