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vendredi 12 novembre 2021

RSE : quand les soft laws conduisent aux normes



36 Etats membres de l’OCDE, ainsi que 13 Etats non-membres, ont adhéré à ce jour aux Principes directeurs de l’OCDE. 

Ces Principes ont été édictés le 25 mai 2011 lors de la Réunion ministérielle du 50ème anniversaire de l'OCDE. 

Il s’agit d’une démarche particulière, car cet accord décrit la manière dont les multinationales doivent agir, alors que ces Principes sont en fait signés par les Etats. 

 Avec des trous dans la raquette, puisque la Chine, la Russie et l’Inde n’ont pas répondu à l’appel. Ils ne font pas partie de l’OCDE. 

Une conduite responsable 

L’objectif de l'OCDE est que les entreprises multinationales s’engagent à mener une conduite raisonnable des affaires. 

Les champs d’action sont les suivants : 

  • droits de l'homme, 
  • environnement, 
  • fiscalité, 
  • publication d'informations, 
  • lutte contre la corruption, 
  • intérêts des consommateurs, de la science et de la technologie, et de la concurrence. 
Pour éviter l’écueil de s’en limiter aux bonnes intentions, les principes directeurs prévoient la publication régulière d’informations sur ces questions, notamment les suivantes : 

  • les transactions avec des parties liées ; 
  • les facteurs de risque prévisibles ; 
  • les questions relatives aux travailleurs et aux autres parties prenantes ; 
  • les déclarations de principes ou des règles de conduite à l’intention du public, y compris, si leurs activités le justifient, des informations relatives à leurs politiques vis-à-vis des thèmes abordés dans les Principes directeurs ; 
  • toutes les informations pertinentes ou requises par la loi concernant le choix de la méthode de détermination des prix de transfert adoptée pour les transactions internationales entreprises par elles et par la partie associée. 
La plus grande transparence doit pousser les entreprises à aller au-delà de ce qu’elles avaient l’habitude de faire ou communiquer auparavant. 

Respecter le consommateur 

Dans le détail, l’OCDE insiste par exemple sur la nécessité de respecter les intérêts des consommateurs. 

 Donner des renseignements exacts, vérifiables et clairs qui soient suffisants pour permettre aux consommateurs de prendre leurs décisions en connaissance de cause, notamment des renseignements sur les prix et, s’il y a lieu, le contenu, la sécurité d’utilisation, les effets sur l’environnement, l’entretien, le stockage et l’élimination des biens et des services. 

 Idéalement il est même précisé que ces informations devraient être formulées de manière à permettre aux consommateurs de comparer les produits. 

 Des lieux de médiation 

Néanmoins, il est rappelé que les Principes directeurs sont des instruments non contraignants. Pourtant, en filigrane, il est aussi précisé qu’ils ont un rôle à jouer pour promouvoir l'observation de ces normes et principes par les entreprises multinationales. 

Pour promouvoir les Principes Directeurs, l’OCDE avait prévu la création de Points de contacts Nationaux dans les pays adhérents. En anglais, le terme utilisé est NPC, à savoir National Contact points for Responsible Business Conduct (RBC). 

L’action du PCN repose sur un mécanisme volontaire et non judiciaire de règlement des différends en vertu duquel le PCN offre aux parties une plateforme de dialogue (bons offices, médiation) s’il estime que ceci pourrait contribuer favorablement à la résolution des questions soulevées et renforcer l’effectivité des Principes directeurs. Ces pays sont encouragés à s’appuyer sur les partenaires sociaux, notamment les milieux d’affaires et les organisations représentant les travailleurs, les autres ONG et les autres parties intéressées. 

20 ans de recul 

Le 20ème anniversaire de ce dispositif est tombé en 2020 : les PCN revendiquent à cette date plus de 500 cas traités, touchant plus de 100 pays et territoires. 

Ils ont pu parfois déboucher sur des changements significatifs dans la conduite des affaires, et contribuer à la prévention d’autres dégâts. 

  • Fin 2020, il existait 50 PCN, le dernier arrivé étant l’Uruguay. 
  • En 2020, les secteurs les plus concernés sont les activités extractives (24%) devant l’énergie (15%) et la finance (13%). 
  • Depuis 2000, les points de contacts qui ont été les plus sollicités sont aux Etats-Unis (48), en Grande Bretagne (56) et aux Pays-Bas (39). Le Brésil, le Chili, la France et l’Allemagne figurent aussi dans les pays les plus actifs.





  •  En 2019, les ONG et les organisations syndicales étaient en tête des procédures. En 2020, ce sont des individus qui ont été les plus actifs. • 38 saisies ont été traitées en 2020 et 54 autres ont été déposées. 

 



Environnement, questions sociales, droits de l’homme 

Voici quelques exemples de saisies récentes de PCN : 

  • En 2020, une coalition internationale de syndicats s’est adressée au PCN néerlandais pour attaquer McDonald's et deux de ses actionnaires, estimant que "la violence et le harcèlement basés sur le genre font partie de la culture" de la chaîne de restaurants. 

  • En 2017, Greenpeace, Oxfam, Milieudefensie et Banktrack ont porté plainte contre ING devant le PCN néerlandais. Ces ONG dénonçaient le manque de publication des émissions de GES indirectes de la banque, c’est-à-dire celles liées aux projets qu’elle finance. Le PCN s’est saisi volontiers de cette demande. Il indiquait à l’époque que «selon les lignes directrices de l'OCDE, les entreprises doivent faire preuve de diligence raisonnable en ce qui concerne l'impact environnemental. Cela ne concerne pas seulement leur propre impact négatif sur l'environnement, mais aussi l'impact sur leur chaîne de valeur". 

  • Début 2020, la Société pour les peuples menacés (SPM) a déposé une plainte contre le fournisseur d’électricité suisse BKW auprès du PCN suisse. Cette affaire impliquait BKW et le peuple autochtone des Samis en Norvège. L’ONG suisse affirmait que la perte de ces terres au profit du projet éolien obligerait les derniers éleveurs de rennes samis à renoncer à leurs moyens de subsistance et à leur culture. Cette saisie a conduit BKW à adopter une clause de retrait en cas de violation des droits humains par des tiers. 

  • Après avoir exercé ses bons offices entre les parties, dont une tentative de médiation, le PCN de Paris a constaté en juillet dernier l’absence d’accord entre UNI Global Union et Téléperformance. Le PCN a publié un communiqué final détaillant sa décision, faisant figurer un rappel au droit des salariés, qui clôture la procédure. Il adresse plusieurs recommandations à la société d’appel téléphonique et annonce qu'il en fera le suivi. Pour Uni et Sherpa, Téléperformance ne répondait pas aux exigences minimales de la loi française sur le devoir de vigilance. 

Créée en 2001, Sherpa a pour mission de combattre les nouvelles formes d’impunité liées à la mondialisation des échanges économiques et financiers et de défendre les communautés victimes de crimes économiques. Selon ses propres termes, il œuvre pour construire un monde où le droit est au service d’une économie juste. 

Dès 2017, Sherpa a voulu évaluer dans un document de synthèse l’impact des principes directeurs de l’OCDE. Il titrait ce travail « Un statut juridique en mutation ». 

En voici un extrait :
La question de la nécessaire et possible mutation des outils de soft law est au cœur de ce débat si contemporain qui associe les Etats, les entreprises et les ONG. Du côté de Sherpa, il y a une volonté de réfléchir, en dehors de tout a priori, aux moyens de parvenir à une sécurité juridique appelée de leurs vœux par tous les acteurs concernés. Un des paradoxes de la soft law et des Principes directeurs en particulier est qu’ils ont été imaginés pour éviter le recours au hard law. Ce que les rédacteurs n’avaient pas prévu c’est leur développement qui entraîne une sortie progressive de leur tutelle de départ à la faveur d’un maillage normatif complété par d’autres outils équivalents. Parmi ces outils, les engagements éthiques des entreprises, devenus un paramètre à part entière de leur activité, contribuent largement à densifier leur statut juridique.


Certains observateurs considèrent que la diligence raisonnable prônée par l’OCDE n’a pas vraiment eu d’impacts décisifs, ce qui aurait finalement conduit au vote d’une loi plus contraignante sur le devoir de vigilance en France et en Allemagne. 


Pour aller plus loin : 

Responsible business conduct :


 Challenge. Mai 2021. Droits humains, environnement... les entreprises de plus en plus sous pression du devoir de vigilance 

Liste des pays adhérents aux Principes directeurs de l’OCDE : 

Les 36 pays membres de l'OCDE : 
Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Chili, Colombie, Corée, Danemark, Espagne, Estonie, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Israël, Italie, Japon, Lettonie, Luxembourg, Mexique, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie. 

Les 12 pays adhérents aux Principes Directeurs (non-membres de l'OCDE) : 
Argentine (1997), Brésil (1997), Costa Rica (2013), Égypte (2007), Jordanie (2013), Kazakhstan (2017), Lituanie (2001), Maroc (2009), Pérou (2008), Roumanie (2005), Tunisie (2012), Ukraine (2017). 

Les Echos solutions. Mai 2011 « Diligence raisonnable » obligatoire dans l’UE : une avancée prometteuse pour les entreprises 

Octobre 2011. L’industrie extractive se terre encore au fond de la mine 

jeudi 25 octobre 2012

Charity Navigator pousse les ONG américaines à progresser



Créé en 2001, Charity Navigator est devenu la référence dans l’évaluation des œuvres caritatives américaines. Son succès repose sur sa simplicité. 

Le Navigator analyse les documents émis par les ONG et les Fondations auprès des autorités fiscales (IRS) ou utilise des questionnaires. Ainsi les donateurs disposent d’un maximum d’éléments avant de soutenir une cause. 

Le site attire 3,3 millions de visiteurs uniques. Il aurait généré un volume global de dons de 10 milliards de dollars, soit 20 fois plus qu’en 2003.

Le système de notation se veut sans biais. Actuellement, plus de 5.700 organisations sont passées régulièrement au crible. Figurent dans son radar les organisations de type 501(c)(3), qui remplissent le formulaire Form 990s. Ce qui exclue les associations plus modestes (Form 990-EZ) ou à caractère religieux (comme pour le Comité de la Charte).

Ses recherches portent notamment sur la santé financière de ces organisations et sur leur transparence (accountability and transparency). Certains aspects délicats sont aussi étudiés, comme l’existence d’éventuels conflits d’intérêt et la Whistleblower’s policy (procédure protégeant les lanceurs d’alerte au sein des organisations). Ce dispositif va être étendu prochainement à l’évaluation du reporting de leur impact. L’intérêt de la démarche est de faire monter progressivement en gamme le secteur associatif américain vers une meilleure gestion et une bonne gouvernance. A la fois arbitre et bon samaritain, le Charity Navigator contribue à faire bouger les lignes.







Un dispositif plébiscité

Ce rater online a remporté de nombreux prix, comme celui du Kiplinger's Financial Magazine ("One of the Best Services to Make Life Easier»).

L’influence du Charity Navigator est en outre renforcée par des partenariats média, comme celui de CNN. De même avec Foundation Source, qui fournit des données aux Fondations.

Le Navigator collabore également avec GreatNonprofits. Créé en 2007, ce dernier diffuse des jugements émis par les Internautes, qui relatent leurs expériences personnelles avec les ONG. GreatNonprofits fonctionne comme d’autres sites participatifs comme Epinions, Zagats, ou encore TripAdvisor. Les personnes qui y témoignent sont des volontaires, des donateurs ou encore des bénéficiaires. 1,2 million d’associations américaines y sont recensées. Le site aurait entre 1 et 2,3 millions de visiteurs uniques par jour.

Base de la confiance, Charity Navigator n’accepte pas d’argent des organismes qu’il note. 

Charity Navigator est lui-même un non-profit 501, qui vit des donations des particuliers, des entreprises ou des Fondations. Lors de sa création, la charity rater était financé exclusivement par 2 philanthropes de New York, John and Marion Dugan. John P. Dugan a été reconnu par Ethisphere en 2010 comme faisant partie des «100 Most Influential People in Business Ethics». Il était auparavant fondateur et Chairman de PDI, Inc., une entreprise qui fournit des services dans le domaine des laboratoires pharmaceutiques avant de prendre sa retraite en avril 2010.



Le photographe Américain John Barett Reed, qui a lance la plateforme solidaire Nuru , qui a pour vocation à financer le travail des photoreporters, mais aussi à soutenir certaines causes. Il utilise le Charity Navigator pour sélectionner les bénéficiaires jugés comme très efficaces comme Kiva, Acumen Found ou Malaria no more. Comme il le confiait au journal suisse Le Temps le 8 octobre dernier

 C’est extrêmement compliqué pour nous de savoir comment l’argent doit être utilisé, sur quoi mettre l’accent et qui aider en priorité. Nous sommes des experts en reportage et non en gestion humanitaire, dès lors nous nous reposons sur nos partenaires existants et sur des services comme Charity Navigator. 


Une ambition croissante 

Le budget actuel du Navigator dépasse 1 M$. Il devrait doubler dans les prochaines années en visant 9 millions de donateurs en 2015.

10.000 associations et charities américaines devraient être prochainement évaluées.

La notation finale est simple à comprendre, comprise entre 0 et 4 étoiles. Elle résulte du cumul d’une batterie de critères évalués chacun une échelle de 1 à 10, concernant la bonne santé financière et la gouvernance/transparence. Les données chiffrées sont comparées à d’autres associations du même domaine pour plus de cohérence. Les ONG les mieux notées en font part en général sur la première page de leurs sites internet, avec possibilité de lire le rapport d’un clic et de faire un don.

Les dérives du fundraising dans le collimateur La collecte de fonds est parfois pratiquée par des voyous. Les frais pris par certaines agences spécialisées sont si élevés, qu’il ne reste dans certains cas que la portion congrue à l’ONG. Comme le montre cette vidéo du Better Business Bureau, un concurrent du Navigator.
  Le dispositif mis en place par Charity Navigator semble bien répondre à de véritables besoins. Néanmoins, il est sans doute encore perfectible :


  • Pour Ms. McCurdy, International Partner dans le cabinet d’avocats Locke Lord Bissell and Liddell LLP, il ne prend pas en compte la diversité dans son rating. De plus, il ne compte qu’une femme à son board sur 10 personnes, même si son advisory panel comprend 6 femmes sur 26 membres.
  •  La trésorerie (Working Capital Ratio) des ONG est analysée comme un facteur de stabilité, la meilleure note étant systématiquement attribuée à partir de 250 M$. Néanmoins, le Navigator ne semble pas regarder dans le détail la qualité et la diversification de ces actifs. 
  • Tant que les impacts des ONG sur le terrain ne seront pas pris en compte, les indicateurs de santé financière risquent d’être surestimés dans la note totale. Le ratio frais de siège/ fonds levés notamment souvent considéré à tort comme le meilleur indicateur de la performance d’une ONG. 
L’affaire Madoff a révélé des dysfonctionnements, comme l’exprime Ken Berger, Président et CEO du Charity Navigator :

The lessons of Madoff have not been learned. The overwhelming majority of boards do not take their responsibilities seriously and many operate like social clubs. Investments are not managed as thoughtfully as they should be—very conservatively and with great care. If the board is asleep at the switch with respect to investments, trust me, they are not minding the store in other areas. Especially in the current economic environment with less government support for charitable causes, squandering precious charitable dollars is unforgivable and is, unfortunately, leading to donor fatigue. 

Effet pervers du système 

Certaines ONG manipulent le montant des dons en nature (in-kind). Notamment la valeur ou l’estimation du prix des médicaments reçus (et parfois même achetés), pour améliorer le ratio dépenses dans des programmes/budget total. Certains transferts de dons ressemblerait à de la cavalerie, un même don circulant entre plusieurs charities.

L’association de consommateur Call 12 for Action a mis en avant certains travers de Food for the Hungry et la Breast Cancer Society. Comme le souligne The Republic | azcentral.com dans son post “ Call 12: Two Arizona charities face scrutiny

The amount of donations made by charities is critical to their bottom line. The more a charity claims that it gives, the more it can spend on salaries and other expenses, such as travel and conferences, without raising red flags among groups that rate non-profits based on administrative-expense ratios. 
C’est ainsi que l’association Islamic Relief USA se serait hissée dans le club des 200 plus grosses charities.


Pourtant, le Charity Navigator serait plutôt moins exigeant que les médias français sur le niveau des frais administratifs, sauf dans le cas des banques alimentaires, qui auraient des structures plus légères et qui auraient moins besoin de manipuler du cash.

Selon ses statistiques, 7 charities sur 10 dépensent ainsi moins de 25% de leur budget en frais administratifs, et même 9 sur 10 moins de 35%, les plus dépensiers étant les musées.


Le Navigator dans l’actualité 

Le rating 4 étoiles de la Lance Armstrong Foundation considérée comme bien gérée.

Et  Invisible Children. Cette association ne s’est vue accorder que 2 étoiles en Accountability & Transparency, car elle ne fait appel à moins de 5 administrateurs indépendants, soit moins de la majorité du Board.

 

Encore récemment, The Andre Agassi Foundation for Education, créée en 1994, a été mal notée par le Navigator en raison du coût de la collecte et d’un manque relatif de transparence. Pour le champion, le programme éducatif de la Fondation ne sera jamais bien noté par Charity Navigator, car ce dernier est incapable de juger son originalité. Elle devrait selon lui être appréciée selon d’autres méthodes.

La célébrité permettrait-elle d’échapper à la redevabilité ? Selon la presse, les anciens sportifs les plus populaires des Etats-Unis arrivent mieux que les autres à capter les fonds publics. 



Pour aller plus loin 

Charity Navigator, America's largest independent charity evaluator
 http://www.charitynavigator.org/ 

La Mie de Pain/ Comité de la Charte 4.12.2010
 http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/12/la-mie-de-pain-est-le-64eme-association.html 

 Revue Capital; Décembre2010
 http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/12/capital-fait-la-pluie-et-le-beau-temps.htm

Global Impact soigne son apparence. 
Mars 2010
 http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/03/long-global-impact-se-fait-belle-pour.html 

Breast cancer charity accused of fraud. Juillet 2011 http://www.newsnet5.com/dpp/money/consumer/dont_waste_your_money/breast-cancer-charity-accused-of-fraud-wcpo

 Forbes. 21/06/2012 Charities No Better At Investing Since Madoff http://www.forbes.com/sites/edwardsiedle/2012/06/21/charities-no-better-at-investing-since-madoff/ 

The Pittsburgh Tribune-Review. 7/10/2012
Athletes seem to have an advantage when competing for tax dollars. http://www.menafn.com/menafn/e111b58c-9aea-4629-b476-817344f34961/Athletes-seem-to-have-an-advantage-when-competing-for-tax-dollars?src=main 

TribLive. 17/10/2012
Agassi doesn’t discuss getting tax money
 http://triblive.com/news/allegheny/2780054-74/agassi-charity-foundation-money-charter-million-navigator-star-john-andre#axzz2AEDALFo0

vendredi 10 juin 2011

Les associations belges dans la pétole












Une association belge sur cinq a enregistré l’an dernier une diminution de ses ressources. Cette situation n’est pas neutre, car les organisations à profit social représentent environ 10,5 % de l'emploi salarié du pays. En terme de contribution au Produit intérieur brut (PIB), les OSBL belges ont un poids comparable à celle du secteur financier et de la construction, et même supérieure à celle du secteur de la santé.


Voici ce qui ressort du second baromètre financier du secteur associatif, une enquête réalisée par Ipsos à la demande de la Fondation Roi Baudouin.

Pour la deuxième année consécutive, les associations belges souffrent des effets de la crise.
  • 17% des 500 associations interrogées ont constaté une diminution de leurs revenus
  • 47% d'entre elles n'ont pas vu d'amélioration de leur situation financière au cours des 12 derniers mois
  • 34% cependant d’entre elles ont vu leurs revenus progressé.
Le secteur associatif de nos voisins subit l’attrition inexorable des subsides publics. Une organisation sur quatre a vu ses subsides diminuer en 2010, elles n’étaient qu’une sur cinq en 2009. Dans le détail, en Belgique francophone, 14% des associations ont subi une diminution de leurs subsides, tandis que du côté néerlandophone, la baisse a touché 34% d'entre elles.

La professionnalisation du secteur associatif a des effets contrastés. En effet, les grandes associations, dont les ressources dépassent 500.000 euros, ont vu davantage leurs revenus augmenter que les organisations plus petites, celles qui doivent se débrouiller avec moins de 500.000 euros par an. Il existe donc bien une discrimination au bénéfice des organisations non lucratives les mieux structurées.

RTBF : Question d’argent 31.05.2011: Le Belge est-il généreux ?
Questions d'argent - Le belge est-il généreux ? - RTBF Vidéo

Pour s’adapter à cette nouvelle donne, de nombreuses associations ont cherché à diversifier leurs sources de revenus, en allant notamment à la pêche du côté des entreprises. Certaines ont aussi essayé de développer leurs revenus commerciaux.

Côté restructurations, certaines associations ont fait des économies en arrêtant du publier un rapport annuel sous forme papier. Plus grave, cinq associations sur dix ont supprimé du personnel en Flandre contre trois sur dix en Wallonie.

Pour ce qui est de l’avenir, de nombreuses associations ne voient pas vraiment d’amélioration survenir au cours des douze prochains mois. Elles n’attendent pas de nouvelle chute, ni de remontée, mais plutôt une stabilisation à un niveau assez bas.

Comme il existe 70.000 associations actives chez nos voisins, les Belges ont peut-être du mal à se repérer. C’est pourquoi ce pays s’est doté d’un outil innovant, le site Philanthropie.be.

La Fondation Roi Baudouin, dont le budget en un an est passé de 134 à 71 millions d’euros, l’a créé afin de contribuer à la visibilité et à la transparence du secteur associatif.

www.philanthropie.be est un site internet sur lequel les associations et fondations peuvent se présenter et mettre en valeur leurs actions. Il leur permet de mieux se faire connaître auprès du grand public et de bénéficier d’un nouveau souffle. Associations et fondations peuvent y exprimer leurs besoins.

Cette plateforme facilite le geste philanthropique envers les associations. Elle s’inspire du modèle international mis en œuvre par Guidestar, initialement aux Etats-Unis et en Angleterre. La Banque Nationale de Belgique et la Banque Triodos sont partenaires du projet, ainsi qu’Acodev-Coprogram, la Coface, Guidestar international et Techsoup.

Pour aller plus loin :

Communiqué de presse. 9 juin 2011. Les associations belges restent dans le creux de la vague financier
http://www.kbs-frb.be/pressitem.aspx?id=282430&LangType=2060
Le PDF de l’enquête 2010
http://www.kbs-frb.be/uploadedFiles/KBS-FRB/Files/Verslag/Crise_et_associations_2010_Rapport_FR.pdf

Philanthropie.be
http://www.philanthropie.be/



L’index de la philanthropie. Mai 2011
84% des Belges sont prêts à donner autant ou plus au cours des 12 prochains mois. Les thèmes plébiscités sont la santé et la recherche médicale
http://www.kbs-frb.be/pressitem.aspx?id=279256&LangType=2060




vendredi 4 juin 2010

L’ONG IBase scrute la politique de Lula et le capitalisme brésilien





Dans le cadre de l’AJIS (association des journalistes de l’information sociale), j’ai participé avec 11 autres journalistes, dont un photographe, à un voyage d’étude au Brésil, pour tenter de décrypter la situation économique et sociale de ce pays émergeant. Le deuxième mandat de Luiz Inácio Lula da Silva arrive en effet à son terme et il n’a pas droit de se représenter dans l’immédiat.

Nous avons rencontré un représentant de l’ONG IBase (Institut Brésilien d'Analyses Sociales et Economiques) à Rio, Carlos Tautz, le 19 mai. Ce dernier est journaliste et chercheur. Ses domaines d’intervention sont les suivants : participation démocratique, néoliberalisme et forces en présence sur la scène politique et économique. Ibase emploie 55 salariés, spécialisés dans divers domaines, dont la sécurité alimentaire. Nous publions ici la première partie de son témoignage.

Historique

IBase a été créée en 1981. Cette association de plaidoyer a été fondée par trois exilés brésiliens, revenus au pays à la fin de la dictature après des années de résistance. Notamment Herbert de Souza (dont le portrait en mosaïques figure ci-contre), un sociologue, qui a créé une fondation du type de celles qu’il a vues au Canada ou au Chili. Leur idée était de surveiller les politiques publiques, d’aider la transition vers la démocratie. Il y a trente ans, Ibase a lancé des campagnes qui étaient très innovantes pour l’époque : comme la campagne pour le rétablissement de la démocratie, pour la réforme agraire, la lutte contre la faim et la démocratisation de l’information de masse. A ce titre, en matière de liberté d’expression, l’ONG est fière d’avoir été l’ un des pionniers d’Internet au Brésil, lorsqu’elle a créé son site.

En 1992, Herbert de Souza, qui est plus connu sous le nom de « Betinho », a pris part au mouvement pour l'éthique en politique, qui a abouti à la destitution du président Fernando Collor de Mello en septembre de la même année. Ce dernier était président de la République fédérative depuis 1990, à l’issue des premières élections démocratiques organisées dans le pays depuis 29 ans. Cette destitution est citée par de nombreux Brésiliens que j’ai rencontrés comme une étape importante, et même une preuve de la démocratisation de leur pays.

Modes opératoires

Les arguments d’utilisés par l’association sont d’ordre techniques et économiques. IBase ne finance pas d’autres ONG, mais fournit des analyses socio-économiques. Ces dernières fournissent des données et des observations, qui peuvent ensuite servir de point de départ à des actions collectives, menées avec d’autres mouvements. IBase agit ainsi en coordination avec des syndicats comme la CUT, le mouvement des sans terre (MST) ou le mouvement de ceux qui ont été atteints par les barrages, les organisations indigènes, etc. Des « ONG du Nord », comme les Amis de la Terre au Brésil, font partie de ce réseau d’organisations.

IBase est à l’origine en 2001 du Forum social mondial (FSM). Les autres membres du Comité organisateur sont Attac, le Mouvement des sans-terre, ABONG (Association brésilienne d'organisations non gouvernementales), CIVES (Association brésilienne des hommes d'affaires pour la citoyenneté), CBJP (Commission brésilienne Justice et Paix), CUT (Centrale unique des travailleurs) ainsi que CJG (Centre de justice mondiale, justiça global).

Au fil du temps, IBase s’est voulue multithématique en s’efforçant à mettre sur la scène publique des sujets qui ne sont pas considérés comme importants, comme la défense des droits de l’homme, la défense de l’environnement ou encore la promotion de l’égalité entre les sexes.

De nombreux partenariats

La présence de certains bailleurs de fonds de référence permet à l’association de mener à bien ses travaux. Elle est ainsi soutenue par la Ford Foundation, Oxford, la Rosa Luxemburg Foundation (Brazil/Germany), mais aussi par le secteur économique et solidaire, des organismes publics. Son rapport social 2005 indique également des coopérations avec le CCFD (France). Le géant pétrolier Petrobras finance également certaines recherches. Des partenariats ont aussi été noués avec Finep, TerrAzul Institute, Bank of Brazil Foundation et Furnas Centrais Elétricas.

Le dernier budget disponible sur le site Internet remonte à 2005. Il indique des recettes à hauteur de 11,4 millions de réais (5,4 millions d’euros au cours actuels) et un déficit de 2,1 millions de réais. Le principal poste de dépenses est consacré aux frais de recherche, bien avant les salaires. Cette année là, près de 3 millions d’euros de donations provenaient de la NOVIB, qui est la branche néerlandaise d’Oxfam. The International Development Research Centre, un organisme crée en 1970 par le gouvernement canadien, constituait alors le second donateur en termes d’importance.

Surveillance de la Banque nationale de développement

Aujourd’hui, Ibase pilote plusieurs projets de surveillance des politiques publiques, comme celui dans lequel Carlos Tautz est impliqué, le suivi de l’action de la banque nationale du développement économique et social (en portugais, Banco Nacional de Desenvolvimento Econômico e Social) en abrégé BNDES. IBase s’efforce de comprendre le fonctionnement de cette institution, créée en 1952 et qui agirait dans les faits comme une pure banque commerciale. L’ONG tente de discerner s’il existe des intérêts cachés, pour le faire savoir aux médias et aux mouvements sociaux. Sur ce projet, qui requiert des qualifications spécifiques, l’ONG n’emploie pas de bénévoles.

Cet établissement étatique, qui a géré en 2009 un budget de 80 milliards de dollars, a pour mission notamment de financer les infrastructures, le financement des entreprises publiques et privées qui interviennent dans des pays voisins.

Selon l’ONG, la BNDES n’a pas pleinement intégré dans ses critères ni l’environnement ni la question des indigènes. A ce titre, la Banque mondiale, qui est aussi souvent critiquée, serait plus réactive sur ce type de problématiques. Pourtant, la BNDES dispose d’une enveloppe financière 4 fois supérieure à la Banque Mondiale, ce qui rend son action encore plus décisive. Elle devrait donc selon elle jouer un rôle moteur au plan social, d’autant plus que ses ressources proviennent de prélèvements sur les salaires des Brésiliens. La BNDES n’appliquerait pas de critères spécifiques à l’hydroélectricité. Pour Carlos Tautz, elle analyse un projet de barrage de la même manière qu’elle étudierait la construction d’une fabrique de bière... Pourtant, cet établissement, dont le Président est nommé par le Ministre du Développement, rend en fait directement des comptes au Président de la République.

Avec l’arrivée de Lula, des espoirs ont surgi d’une étape d’un nouveau dialogue entre l’Etat et la société brésilienne. Plusieurs réunions ont bien eu lieu avec des dirigeants de la banque et des techniciens. L’ONG brésilienne a émis plusieurs propositions d’amélioration de la banque, mais sans impact. Mais, si la BNDES a refusé de changer ses orientations, une petite victoire a néanmoins été arrachée : pour la première fois, la liste des entreprises privées ayant emprunté à la BNDES a été publiée. Cette disposition est prévue par la Constitution, mais n’avait jamais eu appliquée. En effet, la BNDES symbolise pour l’ONG altermondialiste les liens consanguins entre l’Etat et les grands groupes brésiliens. Ibase s’est rendu compte au fil de ses investigations qu’elle était en train de s’attaquer au cœur du système capitaliste brésilien, mais sans pouvoir obtenir de vrais résultats.

Le Brésil à l’international


Ibase estime que les enjeux économiques jouent aussi un rôle déterminant dans la politique diplomatique. La recherche de la croissance économique donne des billes au Brésil sur la scène internationale, alors que le pays ne dispose pas d’une force de frappe militaire. La puissance économique et commerciale serait une arme pour faire face aux velléités américaine dans la région, alors que l’US Navy a réactivé sa IVème flotte, mis en sommeil il y a 40 ans. Basée à Miami, cette flotte écume le long des cotes atlantiques de l’Amérique du Sud.

Pour l’ONG, la BNDES contribue à exporter le capitalisme brésilien, surtout vers l’Amérique du sud et vers l’Afrique. Les profits réalisés à l’étranger seraient selon Carlos Tautz ensuite rapatriés au Brésil dans un modèle quasi colonial.

Le meilleur symbole en est la Vale, qui est le premier producteur de fer dans le monde. Elle a réussi à tisser des « liens de promiscuité » avec la BNDES, qui est sont financeur quasi exclusif. De nombreux directeurs de la BNDES abandonnent leurs postes pour rejoindre la Vale.

Comme instrument de l’Etat, la VALE, qui est présente dans 50 pays et 19 des 29 Etats brésiliens, vise une hégémonie en Amérique du Sud. Une région où le Brésil tente d’étendre son influence, en rivalité directe avec les Etats-Unis. Le Brésil a profité du renforcement des effectifs de l’armée américaine en Colombie, près de la frontière brésilienne, considérée comme un mouvement inamical, pour obtenir des compensations de ce pays. D’autant plus que la réactivation de la IVème flotte est déjà un grand mouvement militaire.

Lula en a fait une gestion personnelle, en intervenant auprès du Président Colombien. Des marchés ont ainsi été accordés au Brésil par la Colombie: le gain de marché clés par la VALE en Colombie avec des projets hydro-électriques, la concession de l’exploitation de plusieurs minéraux et la vente à la Vale d’une grande entreprise de logistique et de fabrication de ciment. Autant de secteurs stratégiques. « Telle a été la riposte tenue du Brésil face à l’avancée des pions américains dans la région. Je vous ai cité cet exemple pour vous illustrer la place qu’occupe la VALE dans les structures internes du pouvoir au Brésil ».

Carlos Tautz en voit une autre illustration en Afrique. La VALE agit également au Mozambique, où elle est arrivée en 2004, financée par la BNDES, en même temps que l’avancée diplomatique du Brésil dans la région. D’autres entreprises brésiliennes se sont implantées dans ce pays à la même époque. La Vale contrôle ainsi aujourd’hui une bonne partie du territoire du Mozambique, aux suscitant des réactions de la population locale (expulsions d’habitants locaux, non respect du droit du travail) contre les Brésiliens encore plus grave qu’à l’époque de l’impérialisme portugais à l’époque coloniale.

La Vale est une entreprise partiellement privatisée, dans laquelle l’Etat dispose d’un droit de véto à travers la BNDES. Néanmoins, une partie de son capital est historiquement entre des mains japonaises (Mitsui), ce qui explique sans doute selon le chercheur de l’Ibase, pourquoi le champion brésilien se contente d’exporter des minerais bruts, au lieu de les transformer sur place. Peu de personnes comprennent comment ce minerais arrive à être compétitif, alors qu’il est exporté à l’autre bout de la planète.

Un bilan contrasté

Le problème de la terre au Brésil reste toujours aussi complexe. Ce n’est pas seulement une question de la réforme agraire. Selon les travaux du MST, il faut resituer le problème dans le contexte global de la situation brésilienne. Il n’est pas absurde pour cette organisation d’aller chercher du soutien hors des milieux ruraux. A ce titre, Ibase a des liens très forts avec le Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra, depuis sa création en 1984. En tant que Brésilien, Carlos Taultz est fier que son pays ait pu donner naissance un mouvement comme le MST. Mais, pour lui, « faire la réforme agraire ne suffit pas, il faut changer de modèle économique brésilien, sinon 199 millions d’habitants peuvent se transformer en une énorme bombe sociale. Car si tout indique que la croissance économique va continuer, la concentration des reves au Brésil est insoutenable. »

Sur le plan macro-économique, le gouvernement Lula a approfondi les options ouvertes par le gouvernement précédant. Le service de la dette est ainsi passé ces dernières années de 35% à 48% du budget de l’Union. Après deux décennies de dictature militaire soutenue par les institutions financières internationales, et l’explosion de la dette externe, l’Etat brésilien avait pourtant adopté en 1988 une nouvelle Constitution dans laquelle était prévue la réalisation d’un audit sur la dette. Pourtant, rien n’a été fait, en raison de l’immobilisme de la classe politique, avec différents leaders qui se sont succédé depuis lors au pouvoir. Pourtant, les mouvements sociaux se sont clairement exprimés en faveur de cet audit et ont dénoncé le fait que ces dettes soient entachées d’illégalité.

En entrant dans le détail, certaines clauses des contrats de prêt au Brésil ont été changées sans que le Président en soit informé, etc. Parfois, les taux d’intérêt ont été relevés par les prêteurs de façon unilatérale. Certains contrats de prêts rédigés en langues étrangères, comme en anglais et en français, n’ont même jamais été traduits. IBase considère que les taux d’intérêt et les commissions d’intermédiation sont maintenus à des niveaux artificiellement élevés par les banques étrangères, lorsqu’elles octroient des crédits au Brésil. Tandis que le gouvernement continue à rembourser ces dettes aveuglement, ce manque de transparence et ce refus d’appliquer la loi traduisent sans doute des actes de corruption. Concernant le bilan du gouvernement Lula, la question des dettes est un motif de déception pour Carlos Taultz. Dans le domaine environnemental, il ne cache pas que le gouvernement Lula s’est aussi révélé une tragédie.

Néanmoins, pour le chercheur d’Ibase, il est indéniable que le gouvernement Lula a permis de grandes avancées, comme le rétablissement de l’Etat (culture, éducation, économie), qui avait été détruit par les néolibéraux. La réactivation de programmes assistantiels, qui avaient été abandonnés, ont aussi largement profité à la population.

Pour aller plus loin :

Le site d’Ibase en anglais
http://www.ibase.br/modules.php?name=Conteudo&pid=122

Le site de la BNDES
http://www.bndes.gov.br/SiteBNDES/bndes/bndes_pt/.

BNDES Plataforma
http://www.plataformabndes.org.br/

Alterinfo America Latina. Bilan du gouvernement Lula. 01/02/2006
http://www.alterinfos.org/spip.php?article814

Les grands pays du Sud seront-ils à la hauteur des enjeux mondiaux ?
www.fph.ch/fileadmin/templates/fph/public/.../Grands_pays_sud.pdf

Le site de l’AJIS (Association des journalistes de l’information sociale)
http://www.ajis.asso.fr/

En contrepoint :

Le site de Vale en anglais : Relationship with the Community : Mozambique and Peru
http://www.vale.com/vale_us/cgi/cgilua.exe/sys/start.htm?sid=201&infoid=2073

Les engagements en matière d’environnement de la BNDES
http://inter.bndes.gov.br/english/environment.asp

jeudi 11 mars 2010

L’ONG Global Impact se fait belle pour séduire les salariés






Global Impact est une ONG américaine, qui se porte vers les personnes les plus vulnérables dans le monde, notamment en cas d’urgence. Ce dernier s’est notamment spécialisé dans la récolte des fonds auprès des salariés, qui bénéficient à cette occasion d’un avantage fiscal. Depuis 1956, Global Impact a permis d'amasser plus de 1,2 milliard de dollars pour des milliers d'organismes de bienfaisance.

Historiquement, Global Impact faisait partie jusqu’en 1980 des rares organisations (4 au total) à pouvoir participer au Combined Federal Campaign (CFC). Il s’agit d’un programme, qui autorise certaines organisations caritatives à solliciter la contribution des employés du gouvernement fédéral des Etats-Unis. Global Impact est ainsi présent dans le Combined Federal Campaign of the National Capital Area (CFCNCA, 340.000 salariés), au service de tous les employés fédéraux dans la région de Washington DC, et dans le Combined Federal Campaign-Overseas (CFC-O) qui concerne les civils et les militaires employés à l’étranger par le ministère de la Défense, notamment les troupes déployées en Irak et en Afghanistan.

Face au déclin inquiétant des dons lors des campagnes menées dans les années 1990, Global Impact a réagi en portant son attention vers le secteur privé. Ce changement s’est déroulé au bon moment, dès lors que le débat sur la RSE a commencé à pousser les entreprises à chercher de nouveaux modes d’action et à réfléchir sur leur implication en cas de crise humanitaire. Mais, le pari n’était pas gagné d’avance, le challenge consistant aussi à répondre présent sur la transparence et la traçabilité des dons.

Sa mutation a débuté en 1993 lorsqu’un nouveau CEO a été embauché, Renée S. Acosta, qui tient toujours les rênes. Une décision rapidement suivie d’une plus large représentation du secteur privé au sein du conseil d'administration, jusque là dominé par les représentants d’œuvres caritatives. Global Impact a su également se plier aux exigences de transparence, exigée par les bailleurs de fonds privés. Une démarche qui répond aussi à la demande des pouvoirs publics, qui ont décrété le Patriot Act, pour éviter que des fonds humanitaires se perdent dans des officines terroristes. Ce virage a connu un réel succès, puisqu’entre 1995 et 2006, ses revenus issus de la charité sont passés de 6 millions à 141 millions de dollars. Ces chiffres se sont légèrement tassés depuis avec la crise.

Cette organisation non lucrative s’est donc positionnée entre le monde du travail et celui de la charité. Elle offre ainsi plusieurs options pour s'engager aux salariés, tout en continuant à occuper ses missions non lucratives. Elle joue en quelques sortes le rôle d’un broker assez flexible, capable de monter en moins de 48 heures un service de collecte pour les salariés donateurs travaillant dans ses entreprises partenaires. Son intervention permet de capter en toute confiance les dons très rapidement en évitant que les particuliers ne sachent pas à qui donner (risque de dispersion) ou se retrouvent confrontés à des arnaqueurs. Elle permet donc d’orienter leurs dons vers les organisations capables de répondre aux besoins de la cause choisie par le salarié. Global Impact a la capacité de réagir en cas de pic de donations (Tsunami, Katrina, Haïti, etc), avec son outil Global Alert.

Global Impact joue un rôle de fundraising pour 55 organismes de bienfaisance américains, y compris CARE, World Vision, Heifer International, Lutheran World Relief, Save the Children, and Women for Women International. Habitat for Humanity International vient d’ailleurs de rejoindre cette liste. Ces ONG comptent obtenir de ce partenariat un effet de levier. Steven Solinsky, Director of Finance and Administration, Doctors Without Borders (Médecins Sans Frontières USA), estime ainsi pouvoir atteindre aisément des milliers de donateurs sur leurs lieux de travail.

Pour Luk Van Wassenhove (regarder la vidéo), qui tient la chaire Henry Ford in Manufacturing à l’Insead, Global Compact a réussi à changer son modèle. Elle était devenue un peu démodée, pas assez proactive et il était difficile de tracer son action. Dans le même temps, le nombre de fonctionnaires donateurs avaient baissé sous l’ère Reagan, et la tendance à donner connaissait un essoufflement. De plus, son action trop axée sur les Etats-Unis ne répondait plus aux exigences de la mondialisation et du Millenium.

Les chiffres sont éloquents. Dans son rapport annuel 2009, l’association américaine indique avoir répondu à la demande de 300.000 donateurs individuels, ce qui a bénéficié à environ 400 millions de personnes à travers 18.000 œuvres caritatives. Elle lève ainsi des fonds auprès des salariés d’entreprises comme Accenture, Hewlett-Packard, JPMorgan Chase, Wells Fargo, Home Depot, Microsoft et Intel. La crise n’affecte pas trop l’ONG, puisque les nouveaux partenariats signés au cours de l’exercice 2008/2009 lui ont permis d’offrir des possibilités de dons à près de 500.000 salariés américains supplémentaires.


Le succès du Global Impact repose aussi largement sur son intégrité. Ses comptes financiers obtiennent régulièrement d’excellentes notations, comme celles du Charity Navigator Four-Star Rating ou encore le statut « Seal Holder » décerné par la Better Business Bureau Wise Giving Alliance. L’ONG est aussi fière d’afficher un ratio de frais administratifs et de collecte de fonds de 5,16%, soit un niveau très inférieur aux 35% considérés comme acceptable par le Better Business Bureau.


Pour aller plus loin :

Global Impact: Managing corporate giving
L’interview de Luk Van Wassenhove, spécialiste de la question











Commander l’étude de l’Insead sur cette ONGhttp://www.insead.edu/facultyresearch/research/details_cases.cfm?id=18669




Charity Navigator, America's largest independent charity evaluator, provides free financial evaluations of America's charities.
http://www.charitynavigator.org/



Better Business Bureau. Start With Trust.
http://www.bbb.org/us/charity/


Global Impact 2009 : Campaign Video
















mardi 19 janvier 2010

Le WWF France fait un premier bilan de ses partenariats avec les entreprises



Depuis sa création en 1961, le WWF a toujours tissé des liens avec le monde de l’entreprise. L’ONG le côtoyait à la fois en tant que mécène contribuant au financement de ses missions et en tant qu’acteur susceptible de rechercher des solutions pour protéger la nature et réduire l’empreinte écologique humaine, comme l’élimination d’essences de bois menacées au profit d’approvisionnements en bois certifié FSC1.

La notoriété croissante du WWF dans l’Hexagone, la prise de conscience des questions environnementales et la mise en œuvre d’une politique de RSE par les entreprises françaises ont permis à l’ONG d’augmenter progressivement son niveau d’exigence vis-à-vis de ses partenaires. Cette montée en puissance traduit aussi la volonté du WWF de ne pas brader la valeur de sa marque, mais répond aussi aux critiques des ONG de plaidoyer qui refusent de nouer des liens financiers avec des firmes. La politique de dialogue avec le « diable » du WWF en France a même pu susciter occasionnellement des tensions au sein de l’association, mais aussi à l’extérieur comme dans les médias (accusation de greenwashing).

Il s’agit d’une question sensible puisque le WWF a fait mener deux études en 2009 pour savoir ce que les Français pensaient des accords ONG/entreprises. Il en ressort notamment que 78 % des Français estiment que créer avec les entreprises des partenariats de long terme sur des projets communs de protection de l’environnement est une démarche efficace.

Le WWF France veut travailler, dialoguer ou concerter avec l’ensemble de ses parties prenantes, y compris le monde des affaires. Dans ce cadre, Serge Orru, Directeur Général du WWF France précise que «l’entreprise ne peut être ignorée. Certes, son activité participe largement à la dégradation de notre planète, mais les hommes et les femmes qui la composent représentent une formidable source d’imagination pour tracer de nouvelles voies et lui permettre de devenir un des premiers leviers du changement. On ne peut espérer voir émerger une alternative plus durable à nos modes de production actuels si nous ne mettons pas l’entreprise au cœur du processus. Misons sur sa capacité à intégrer la dimension environnementale et à innover pour s’adapter à de nouvelles règles du jeu et inverser la situation

L’ONG environnementale est présente dans ce domaine : études et recherches, implication dans la réglementation et dans les démarches normatives (Grenelle de l’Environnement, Observatoire Indépendant de la Publicité, Comité Français des Eco-Labels, etc), dans la formation. De son côté, le WWF International est actif dans de nombreux programmes impliquant des entreprises comme le Climate Savers et le Roundtable on Sustainable Palm Oil.

Les partenariats entreprises du WWF-France se déclinent aujourd’hui en deux approches :

• Le « mécénat engagé » ou les « partenariats stratégiques », dans lesquels les entreprises s’engagent dans une démarche de réduction de leur empreinte écologique. Le WWF « challenge » l’entreprise pour fixer des objectifs ambitieux et l’accompagne dans sa démarche. Le contenu du partenariat est fixé en commun dans le cadre d’une convention pluriannuelle. Trois nouveaux partenariats stratégiques ont été signés au cours du 1er trimestre 2009 : Arjowiggins, Ikea et Solairedirect.

• La « licence engagée » ou les « partenariats produits » dans lesquels l’association promeut et soutient des produits éco-responsables. L’idée du WWF est d’influencer à terme l’ensemble de la gamme de produits de ses partenaires. Dans le cadre d’un contrat de licence, les droits d’utilisation de la marque WWF sont concédés pour la promotion, la vente et la diffusion des produits.

Après avoir noué de nombreux partenariats, le WWF France a été en mesure de présenter un premier bilan de ce type d’actions. Un audit des partenariats avec les entreprises a ainsi été réalisé courant 2009. Son idée est de rendre compte à la fois des réalisations concrètes et des points d’amélioration à mettre en œuvre. Si les partenariats franchissent des étapes successives, des indicateurs ont été mis en place pour suivre leur évolution, comme le pourcentage d’achat de matières premières certifiées, le nombre de personnes formées ou encore la consommation d’énergie.

Cet audit a été divulgué cet automne. L’élaboration de ce document répond à des objectifs de transparence, même si les aspects financiers de chaque accord n’ont pas été divulgués. L’audit a été élaboré par les équipes du Département Partenariats Entreprises du WWF-France et a bénéficié selon ses propres termes « du regard externe critique des experts du Département Développement Durable de PricewaterhouseCoopers » dans le cadre d’une convention de «mécénat de compétence».

Lorsque l’association écologiste a engagé un bilan de ses relations avec les entreprises, certains se sont montrés sceptiques. Ainsi, un article de l’Expansion, dans lequel le journaliste écrivait « Sans vouloir chercher des poux dans la tête de l'animal, personne ne s'attend à un rapport accablant pour ses clients. »

10 partenariats stratégiques impliquant des firmes de tailles diverses font l’objet d’un focus dans ce rapport : Caisse d’épargne, Carrefour, Castorama, La Poste, Lafuma, Orange, Pierre & Vacances, Rainett, Rip Curl et Tétra Pak.

En lisant entre les lignes, on devine que certains accords se sont révélés particulièrement fructueux, comme Pierre & Vacances, Rainett, Rip Curl et Tétra Pak. Un partenariat récent (2008) comme celui d'Orange est bien avancé.

Les sujets concernés tournent en général autour de la réduction de C02, le recyclage et de l’éco conception. La biodiversité semble aussi être devenue une priorité, avec des projets possibles en ce sens pour Pierre Vacances et Tétra Pak. Il ressort également la nécessité de se fixer des objectifs chiffrés (Lafuma, Carrefour, Pierre & Vacances, Caisse d’Epargne, Castorama).

-->Parmi les éléments clés de succès figurent notamment l’instauration d’un climat de confiance entre les partenaires (ex Rainett depuis 10 ans), la nécessité de prioriser la démarche et la capacité à impliquer tous les responsables concernés. Ainsi, le rapport relève qu’à la Caisse d’Epargne, il a parfois manqué d’une mobilisation systématique de l’ensemble des métiers de la banque. Il faut dire que le groupe financier s’est engagé dans le développement de produits bancaires responsables, particulièrement novateur et complexe.
Un autre volet est celui de la sensibilisation. Des salariés volontaires de Lafuma ont participé à des journées de nettoyage de la Mer de glace, tandis que Rip Curl diffuse des informations ciblées vers le grand public et les surfers (protection des récifs coralliens, diffusion de spots publicitaires WWF avant et après les concerts de la Rip Curl Pro). Par ailleurs, Orange est très actif. L’opérateur télécom a notamment lancé le site « les réflexes verts ».
--> De la même manière, le groupe Carrefour agit vers ses clients et ses salariés. Le WWF compte à l'avenir rendre les actions du distributeur encore plus visibles pour accélérer la généralisation des bonnes pratiques.

Sur le plan financier, le WWF s’est fixé comme règle de limiter les dons d’entreprise à un maximum de 30 % de ses ressources. Pour l’année fiscale 2008-2009, les dons d’entreprises se sont élevés à 28% du budget de WWF France, dont 21% pour la Fondation WWF France et 7% pour la filiale Panda SARL. Cela représente environ 4,2 millions d’euros. Ces fonds sont répartis sur 46 entreprises partenaires.

Cette diversification des revenus en provenance du secteur privé est censée permettre au WWF France de rompre le cas échéant un partenariat s’il le juge nécessaire, sans que cela ne pèse significativement sur son budget. La contribution des entreprises dans le budget de la Fondation WWF-France vient en deuxième position après celle des dons de particuliers, qui en représente la moitié. Ce dispositif a pour but d’assurer l’indépendance de l’organisation, qui reçoit également des subventions.

Destiné à un large public, le rapport est consultable sur le site Internet du WWF-France : http://www.wwf.fr/s-informer/actualites/premier-rapport-wwf-france-sur-les-partenariats-entreprises

Pour aller plus loin :

Les Français croient au dialogue ONG/entreprises
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/05/les-francais-croient-au-dialogue_13.html

Un article de presse critique sur la transparence des ONG dans l’Expansion, sept. 2009
http://www.lexpansion.com/economie/actualite-economique/la-transparence-cause-perdue-pour-des-ong_173350.html