mercredi 24 mars 2010

RSE : Des entreprises convaincues de l'utilité du panel des parties prenantes


Nous avons assisté à une des conférences organisées par les Echos dans le cadre du Federe 2010 (Forum européen pour le développement durable et une entreprise responsable). Elle était intitulée "concertation et dialogue avec les parties prenantes : un enjeu essentiel pour la mise en œuvre d’une stratégie de développement durable dans l’entreprise".

Dorothée Briaumont, Directrice Générale du Comité 21 a souligné l’’intérêt du dialogue avec les parties prenantes (critical friends). Le Comité 21 a été créé en 1995 avec 4 collèges (entreprises, collectivités locales, associations et institutionnels). Fort de 400 membres, il joue le rôle d’un tiers neutre et d’un facilitateur.

Les panels existent depuis 2004. Saisi par un de ses membres, le Comité 21 sélectionne des parties prenantes sur mesure en tenant compte du métier de l’entreprise ou des caractéristiques de la collectivité locale. Il est demandé à ces invités d’exprimer non seulement des critiques, en vidant courtoisement leur sac, mais aussi des propositions. Le principe est salvateur. Une fois réinstaurer le temps d’écoute, l’entreprise s’engage à en prendre bonne note dans la perspective d’organiser ces remarques et recommandations autour de quelques thèmes. L’idée au final est de se focaliser sur quelques points, susceptibles d’être améliorés ou corrigés, et qui vont faire l’objet d’un suivi attentif et collectif.


Il s’agit ainsi de s’engager dans une « démarche de progrès continu ». L’idée est une co-construction de la décision. Même des entreprises dont la politique environnementale fait débat se prêtent à l’exercice comme Lafarge. Areva s’est également engagé dans le processus. Le groupe nucléaire a même réalisé une session de parties prenantes aux Etats-Unis sous l’égide du BSR (Business For Social Responsibility).

Pour Dorothée Briaumont, le panel de parties prenantes (stakeholder session) présente un double intérêt interne et externe. En interne, elle offre différents attraits :

• Prendre du recul.
• Redonner du souffle à une politique de RSE.
• Enrichir sa réflexion.
• Mieux anticiper les risques opérationnels.
• Innover.
• Mobiliser de manière transversale les collaborateurs.
• Renforcer la culture d’entreprise.

En externe, elle permet :

• De mieux gérer le risque d’image.
• De mieux connaître son environnement et sa sphère d’influence.
• De se différencier.
• De gagner du temps.
• D’améliorer ses notations externes.
• De doper son réseau et d’identifier de futurs partenaires.

Ce qu’elle n’est pas :

• Une démarche marketing.
• Un exercice de communication.
• Un rendez-vous commercial.
• Un faire valoir vis-à-vis de la société civile.

Pour Alexandre Braïlowski, Social Empowerment Director chez Suez Environnement, il faut dépasser le stade de l’échange entre experts, qui emploient un jargon technique, pour donner la place aux gens, qui veulent être acteurs des projets. Ce processus demande du temps. Depuis 2007, Suez Environnement a décidé au sein son panel de se pencher sur 2 thèmes : l’accès à l’eau et la transparence. Dans ce processus, qui n’est pas terminé, l’entreprise a le sentiment d’avoir davantage reçue que donner.

Chez Suez Environnement, l’idée de participer à ce processus serait issue d’attaques sur des contrats passés en Amérique latine en 2004-2005. Le dialogue doit bien aboutir à un enrichissement du plan d’action. Ainsi, chez Suez, 25% des idées du plan d’action initial ont été émises par ses parties prenantes, le reste étant déjà dans les tuyaux. Partager suppose donc aussi selon Alexandre Braïlowski de faire des concessions. En interne, cette démarche peut aussi aboutir au final à une mobilisation des salariés par rapport à ces projets collectifs. Quant aux cadres dirigeants, ils peuvent avoir besoin de formation.

Chez Eiffage, Valérie David, directeur du développement durable, souligne que son groupe n’avait pas l’habitude de communiquer ni de rencontrer ses parties prenantes. Le processus de dialogue l’a poussé à faire certifier ses chiffres du rapport de développement durable depuis 2008, malgré le coût de cette opération. Les parties prenantes lui ont aussi fait remarquer une ethnicisation des tâches sur ses chantiers, qui freinait la mobilité de son personnel et donc le bon fonctionnement de l’ascenseur social. Eiffage emploie 103 nationalités.

Sur le plan de la biodiversité, l’entreprise a été accusée par les ONG de se contenter d’un suivisme réglementaire. Elles lui ont demandé d’anticiper et de réfléchir à de nouveaux métiers. Une charte de biodiversité a donc été mise en place, ainsi que le soutien à une Chaire d’entreprise en géographie à la Sorbonne. L’objectif est de former de 25 à 30 étudiants, chaque année, aux enjeux environnementaux et de biodiversité dans la conception, la construction et l’exploitation d’ouvrages linéaires tels que des autoroutes, des LGV, ainsi que des projets d’aménagement.

Pour Valérie David, une alchimie s’est faite. Mais, Eiffage s’est aussi aperçu de la nécessité de communiquer sur certains aspects méconnus de son activité, comme les éco-quartiers par rapport au changement climatique ou le recours croissant au bois. La compagnie s’est aussi dotée d’un Conseil Scientifique du Développement Durable pour épauler sa direction. Les salariés d’Eiffage participent indirectement au processus via la présence dans le panel du représentant de la Sicav du personnel.

Avec le recul, il apparaît que l’attitude des ONG reste prudente. Si elles dialoguent en privé, elles ne veulent pas donner l’impression en public d’être complices de la firme. Les parties prenantes restent d’ailleurs le plus souvent anonymes. Le frein le plus évoqué est la crainte d’une instrumentalisation. Il ressort également que les grosses ONG font preuve d’un réel professionnalisme.

Le rôle du Comité 21 est donc de créer du temps d’écoute. La première rencontre, où les ONG s’expriment, est douloureuse et peut paraitre injuste. L’entreprise a ensuite entre 3 et 6 mois pour répondre aux points abordés et élaborer un projet. Le dialogue doit pousser à l’action. Avec ensuite une clause de revoyure tous les 18 mois. En cas de réponse insuffisante, le Comité 21 peut prendre l’initiative de décaler le prochain rendez-vous. Dans cette optique, où la transparence est indispensable, les allégations de l’entreprise doivent pouvoir être prouvées. Il ne s’agit pas de faire un beau rapport s’appuyant sur des micro-exemples. Il faut aussi être capable d’avouer un échec.

Pour Martine Léonard, vice-présidente du FIR (Forum pour l’investissement responsable), les investisseurs responsables sont aussi une partie prenante de plus en plus remuante. Ils titillent en effet l’entreprise sous tous ses angles : diversité, gouvernance, etc. Le dialogue avec des tiers ne créé par forcément de la valeur à court terme, mais a une incidence à moyen terme sur la valorisation des incorporels, avec un impact direct sur la réputation. Ce dialogue peut aussi créer des opportunités, comme éviter des difficultés pour l’ouverture de nouveaux sites.

Pour être constructif, le panel de parties prenantes doit se rapprocher le plus possible des vrais conflits et des zones de blocage, ce qui signifie que l’entreprise ne s’y engage pas à la légère, mais qu’elle peut préférer avancer sur ces questions dans des salles confortables où les échanges sont policés, plutôt qu’à travers médias interposés.

Dans tous les cas, l’objectif de cet exercice n’est pas de donner un siège au conseil d’administration de l’entreprise à une ONG. Les associations demeurent un vis-à-vis externe. La concertation des parties prenantes se distingue du partenariat ONG/entreprise, même si les projets à mettre en œuvre peuvent être les mêmes et qu’il y a échange de données confidentielles sur l’entreprise. Les principales différences reposent sur l’anonymat des participants, le nombre des intervenants et l’absence de liens financiers.

Ces caractéristiques peuvent permettre en profitant d’un tiers facilitateur de rencontrer discrètement des ONG, qui font figure d’opposants farouches ou qui pratiquent l’exclusion de certains secteurs (tabac, nucléaire, etc). Les objectifs recherchés convergent avec ceux du partenariat (prendre du recul, innover, gérer sa réputation, etc.). Les associations qui participent à la concertation conservent bien sûr leur liberté de manœuvre, notamment en termes de plaidoyer.

A noter aussi l’existence d’un « serious game »,un simulateur baptisé SimulEtik, basé sur l’expertise de PricewaterhouseCoopers. Il permettrait selon son promoteur de prendre conscience de l'environnement d'un métier: « Réalisme de la mise en situation, pertinence des cas proposés, tour d’horizon à 360° des différentes implications sur les parties prenantes de votre entreprise ».

Pour aller plus loin :

Sur le Comité 21 : Outre des collectivités locales comme la Région Ile de France et des institutionnels comme l’AFNOR, les administrateurs du Comité 21 sont aussi recrutés dans le monde associatif et le secteur privé : Dexia Crédit Local, Eco-Emballages, La Poste, PriceWaterHouseCoopers, GDF Suez, Vinci, l’Association Communication Information pour le Développement Durable (ACIDD), Care France , Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV), le Fonds Mondial pour la Nature-WWF, France Nature Environnement, l’Orée et l’Union Nationale des Centres Permanents d'Initiatives à l'Environnement (UNCPIE).

Sur le FIR : Rappelons que selon son site Internet le Forum pour l'Investissement Responsable a été créé en 2001 à l'initiative de gestionnaires de fonds, de spécialistes de l'analyse sociale et environnementale, de consultants, de syndicalistes, d'universitaires et de citoyens. Depuis, ils ont été rejoints par des investisseurs. Leur préoccupation commune : promouvoir l'Investissement Socialement Responsable (ISR), faire en sorte que davantage d’investissements intègrent les problématiques de cohésion sociale et de développement durable.

YouTube : Dorothée Briaumont - Comité 21 - 27/10/2009

Alternative Channel. Le témoignage de Dorothée Briaumont sur le Partenariat Public-Privé

Document du Comité 21 sur la concertation
www.comite21.org/docs/note-21-la-concertation.pdf

Le rapport complet du cabinet de conseil en développement durable Utopies. 2007 : « Critical friends: the emerging role of panels in corporate governance, reporting and assurance »

http://www.accountability21.net/uploadedFiles/publications/Critical%20Friends.pdf

The Environnement Council en Grande Bretagne. GlaxoSmithKline’s European Environment Health & Safety Stakeholder Panel

http://www.the-environment-council.org.uk/index.php?option=com_content&task=view&id=272&Itemid=283

Institut Supérieur du Travail. Le cas Areva. Comment concilier dialogue social et environnemental ? Février 2008.

http://www.istravail.com/article371.html

Cadresonline. Novembre 2008. PricewaterhouseCoopers lance SimulEtik
http://www.cadresonline.com/actualite/dossier_emploi/communique.php?id_article=3442

La Tribune. 9/11/2009. Eiffage apporte sa pierre au bâtiment durable
http://www.latribune.fr/journal/edition-du-0911/green-business/305184/eiffage-apporte-sa-pierre-au-batiment-durable.html

Le numéro de Février 2010 de Suez Environnement Magazine, où il est question d’équité et de parties prenantes
http://www.suez-environnement.fr/fr/profil/publications-institutionnelles/publications-institutionnelles/?publication_id=149

1 commentaire:

Sonic a dit…

Grand merci pour vos articles, pertinents et fouillés.

Par rapport à celui-ci, je propose deux commentaires :

1) l'entreprise est constituée d'hommes et de femmes, qui à la fois travaillent pour l'entreprise et font partie de la société civile. Les employés constituent une part montante / essentielle des parties prenantes, ils communiquent via les réseaux sociaux (téléphone, cercle d'amis, sur Internet). Il me semble important de souligner le rôle majeur de ces "doubles acteurs".

2) Je travaille dans une entreprise qui vend des produits au grand public. De ce fait, j'ai besoin de savoir qui le consommateur croit en priorité. Cette confiance des consommateurs en certaines parties prenantes fournit donc un éclairage complémentaire de celui exposé dans l'article : en tant que fabricant de biens de consommation, il m'est utile de connaître le panorama de mes parties prenantes en tenant compte de celui de mon client.

Je précise qu'il n'est pas question de remettre en question la légitimité des parties prenantes représentant la société civile dans le cadre du Comité 21, plutôt de mieux connaître toutes les parties prenantes et leurs points de vues.
Le baromètre 2010 de la confiance des consommateurs, établi par Edelman, est accessible ici : http://www.edelman.co.uk/trustbarometer/

Cordialement,
Phot's

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