mercredi 7 juillet 2010

Pour les ONG, le football n’est pas qu’un sport de millionnaires individualistes














Les frasques de l’équipe de France et les excès du sport business n’ont pas fini d’être commentés. Pourtant, le football, comme d’autres sports, collectifs ou individuels, est considéré comme une école de la vie et un excellent moyen d’intégration, comme à la Fondation d’Auteuil. Le monde associatif y a recours comme effet de levier pour obtenir des bénéfices sociaux. Soit le sport est intégré dans un programme pédagogique, soit les célébrités sportives appuient une cause. De nombreuses voix comme celles de Nelson Mandela, Albert Camus ou Michel Serres se sont prononcés sur les bienfaits du sport. En Europe, un think tank vient même de se créer, qui associe le sport et la citoyenneté.


Dans certains cas, comme l’illustre ce cas de l’Unicef, le sport se révèle comme un outil pédagogique peu coûteux. Il peut aussi favoriser la découverte d’autres cultures, du fait que le sportif se déplace pour aller en compétition.

Dernière initiative spectaculaire dans ce domaine, « 1BUT: l’éducation pour tous ». Le monde du ballon rond appuyé par la FIFA a profité de la Coupe du monde 2010 pour lancer le 17 mai dernier « la plus grande campagne mobile mondiale jamais réalisée». Selon le communiqué de presse, les sociétés de téléphonie mobile du monde entier, qui atteignent 1,5 milliard de personnes, se sont unies pour leur proposer d'apporter leur soutien à 1BUT en envoyant plus d'un milliard de SMS. Cette campagne est toujours en cours.

De multiples entreprises y participent, des acteurs majeurs notamment AT&T Wireless, Axiata Group Berhad, Batelco Group, Bharti-Airtel, NTT DOCOMO, Mobitel, Orascom Group, Telenor Group, Umniah, VimpelCom et Zain Group. Les fabricants de mobiles Nokia et Samsung ont également mis une application mobile 1BUT à la disposition de leurs clients.

Shakira, la fondatrice de la Fondation Barefoot, est marraine du mouvement. Plusieurs célébrités telles qu'Alessandro del Piero, Rio Ferdinand, Zinedine Zidane et Michael Essien en font aussi parti comme plus de 12 millions de personnes. Le but final est d’adresser une pétition aux dirigeants mondiaux lors d'un sommet sur l'éducation qui se déroulera cette année, afin qu’ils affectent davantage de fonds à l'éducation.

Cesar Alierta, PDG de Telefonica, a rappelé à cette occasion que « Le programme d'actions sociales Pronino de Telefonica - qui collabore avec 108 ONG de premier plan dans 13 pays pour éradiquer le travail des enfants en Amérique latine - a déjà permis de scolariser 163.900 enfants qui travaillaient. Grâce à Pronino et d'autres initiatives telles que Think Big et les Ability Awards, Telefonica fait une contribution majeure en faveur du développement social et pour éviter l'exclusion dans les pays où il est implanté».

Le sport peut même donner naissance à un mouvement social. A la confluence de la danse et de la musique, signalons aussi la naissance en 1998 de l’ONG Movimento Hip Hop Organizado do Brasil (MH2O), qui serait devenue au fil du temps l’association réunissant le plus de jeunes brésiliens, notamment au coeur des favélas. Elle intervient dans divers domaines, comme le culture, l'éducation, l'économie sociale, et a lancé des campagnes contre la violence chez les jeunes et contre la consommation de drogues. Ces dernières années, l’ONG brésilienne, qui a cherché longtemps à s’autofinancer, envisageait de rencontrer d’autres acteurs de la société civile et des entreprises pour diversifier ses revenus.

Plus globalement, pour revenir dans l’hexagone, le sport arrive en troisième position des causes soutenues par les mécènes selon une enquête menée en 2008 par l’Admical. Si près de la moitié des entreprises (47%) s’engagent ainsi dans la solidarité et plus d’un tiers dans la culture (parfois les mêmes), un quart optent pour le sport (26%), devant l’environnement (14%) et la recherche (11%).

Le choix du sport tend à décroître avec la taille de l’entreprise. En termes de budget, le sport représente 125 millions d’euros, soit 5% du total, loin derrière la culture. Comme les actions de mécénat sportif intègrent une dimension sociale et solidaire, leurs budgets sont probablement comptabilisés dans ceux de la solidarité ce qui peut expliquer la faible part apparente réservée au mécénat sportif. Selon le rapport très complet de l’Admical, « Derrière ces chiffres qui paraissent segmenter les domaines, une tendance se confirme, celle du mécénat croisé. De fait, les entreprises mécènes sont largement mues par un engagement de solidarité qui nourrit les autres domaines, notamment le sport considéré comme un vecteur de cohésion sociale ».

Cela reste faible par rapport au sponsoring, dont les budget ont atteint 4 milliards d'euros en 2006 d'après une étude TNS Sport réalisée avec les Echos. Ce sont 1.917 marques qui ont investi dans ce mode de communication. Le football a été plébiscité par 1.231 marques sur les différentes compétitions françaises. Au niveau mondial, le sponsoring représentait même 40 milliards d'euros. On voit que le basculement d'une petite partie des budgets affectés au sponsoring vers le mécénat pourrait avoir un important effet de levier pour la société.

-->En Allemagne, un mécène comme Volkswagen a développé un partenariat intéressant avec Terre des Hommes, avec un programme appelé « a chance to play ». Le lien figure en annexe.
Par ailleurs, certaines associations luttent contre le tourisme sexuel qui se déploie lors des grands évènements sportifs. La Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF) proteste contre la collusion entre sport, argent et prostitution. En prévision de la compétition, 1 milliard de préservatifs ont été commandés par le gouvernement sud-africain, 500.000 amateurs de foot devant affluer dans le pays.



Mais, les associations font également le tri dans les activités sportives. En 2009, l’ONG Bolivia Inti, spécialisée dans la diffusion des fours solaires en Amérique latine, a ainsi refusé un don de 100.000 € des organisateurs du Dakar pour compenser leurs émissions de CO2.

La Fifa met également en avant le football, comme un bon vecteur pour dire non au racisme.



Autre aspect positif autour du Mondial, France 24 a repéré, dans la province sud-africaine du Limpopo, à 600 km au nord de Johannesburg, une équipe de football inhabituelle. Il s'agit d'un groupe d'une quarantaine de dames africaines âgées de 49 à 84 ans. On les appelle les Vakhegula Vakheghula ("mamies mamies" en xitsonga, le dialecte local), ou bien les Gogos for Mandela.

Enfin, le sport intègre de plus en plus les questions d’environnement, notamment les sports nautiques, puisque la mer est un bien commun. En 1984, en Californie, une bande de surfeurs eurent marre de surfer dans une eau polluée. Ils prirent la décision de ne plus subir les conséquences, mais de tout faire pour inverser la situation. Ils ont créé Surfrider Foundation pour la protection des vagues, de l’océan et du littoral. Tom Curren, triple Champion du monde de surf, qui arriva en France pour s’y installer, remarqua le mauvais état des plages et créa en 1990 à Biarritz le siège européen de Surfrider.

En France, les pouvoirs publics se sont aussi emparés de la question : les premières Assises du sport et du développement durable se sont ainsi tenues en mai 2010.

Acteur majeur de l'industrie du surf, Rip Curl Europe mène depuis plusieurs années une politique écologique baptisée « Rip Curl Planet », concernant les différentes facettes de son activité. Cette marque promeut par ailleurs des valeurs telles que le respect des plages, de la mer et de la montagne. Dans cette optique, elle coopère avec des associations environnementales (WWF, Surfrider foundation, Surfers against sewage, Summit Foundation ou Mountain Riders), principalement sous forme de mécénat et de communication. Autre entreprise citoyenne, le fabricant d’accessoire dans l’escalade, le groupe Peltz, a créé une fondation très dynamique dans les domaines de la sécurité, l'environnement et la recherche.

Le militantisme écologique de la Surfrider Fondation

Une autre forme de discrimination ne doit pas non plus être occultée. Le sport est un doit constitutionnel au Brésil. Les personnes handicapées doivent aussi pouvoir y avoir accès. Les jeux paralympiques datent de 1960.

A ce titre, l’association Handicap International promeut le sport : « Adaptables à chacun quelques soient ses capacités et le niveau souhaité, elles peuvent se pratiquer individuellement ou collectivement sur les différents programmes que Handicap International développe et soutien. Elles sont porteuses de valeurs transversales, telles que la solidarité, l'entraide, la cohésion sociale, le dépassement de soi, l'estime de soi, l'échange,... Notre action s'article sur trois axes : le communautaire, le structurel et l'événementiel. »

Le droit au sport des handicapés dans le base ball est aussi revendiqué, notamment par League of Dreams, dont le slogan est la suivant « For Every Player Who Has a Dream. »


Getting A Chance To Play - Funny video clips are a click away
Pour être complet, signalons que le sport est aussi utilisé par des « associations de plaidoyer », comme « la course contre la Françafrique », organisée par l’Association Survie.

L’entraînement sportif est également encouragé par certaines associations, qui font appel à des athlètes accomplis, comme les voltigeurs ou les excellents marins de Greenpeace. Aux Etats-Unis, The Ruckus Society organise même des « Action Camp », au cours desquels les participants reçoivent un bagage théorique et technique, y compris le comportement à tenir en cas d’arrestation par la police. Ils apprennent aussi à grimper dans les arbres de différentes manières, afin de pouvoir le jour venu mener une manifestation urbaine en accrochant de manière périlleuse des bannières du haut des buildings ou de grues de construction.
D’ailleurs, les ONG ont été qualifiées de « nouveaux gladiateurs » par le publiciste et écrivain américain Alvin Toffler.

Une vision idéale des Bleus qui ne s’est pas confirmée. Une belle journée organisé par SFR

Pour aller plus loin :

• Pour en savoir plus sur 1BUT :
http://www.join1goal.org

• À propos de la Barefoot :

Fondée par Shakira, la Fondation Barefoot se consacre à améliorer l'éducation et la qualité de vie des enfants du monde entier. À ce jour, la Fondation Barefoot et sa cousine colombienne, la Fondation Pies Descalzos, ont ouvert six écoles qui fournissent une éducation gratuite, des repas, des projets lucratifs, et des conseils à plus de 6.000 enfants et leurs familles. Une nouvelle école est en construction à Haïti. Pies Descalzos - ou Barefoot (pieds nus) ont un double sens : c'est le nom du disque qui a fait connaître Shakira au niveau international, mais c’est aussi le symbole des milliers d'enfants qui n'ont pas les moyens de se payer des chaussures.

• Handicap International : Courir Ensemble Paris. 1.500 participants ont couru ensemble en mai dernier!
http://www.handicap-international.fr/en-france/les-evenements-nationaux/courir-ensemble-paris/index.html

• Un think tank Sport et citoyenneté, avec vient de participer à une Table ronde à Bruxelles, organisée par Nike : "Le football comme outil de développement : comment les partenariats publics/privés peuvent-ils faire la différence ?".
http://www.sportetcitoyennete.org/version3/accueil.php

Mouvement Hip Hop au Brésil
http://mh2odobrasil.ning.com/
• L'engagement de Sport Sans Frontières.
Langage universel de notre temps, facteur de cohésion et de rassemblement, outil d'accroche pour rassurer et stabiliser, le sport est une nouvelle réponse au développement de l'individu et des communautés.
http://www.sportsansfrontieres.org/page/nos-engagements

• Prévention du paludisme : une ONG lance une campagne avec Anelka et Drogba
http://www.leparisien.fr/sports/football/prevention-du-paludisme-une-ong-lance-une-campagne-avec-anelka-et-drogba-21-01-2010-786605.php

• Toute une série d’articles sur Youphil
http://www.youphil.com/fr/search/node/sport

• UNICEF has teamed up with non-governmental organizations (NGOs), private businesses, government agencies and football superstars to establish educational and recreational programs around the world that involve football.
http://www.unicef.org/football/world/index.html

• Babolat invite les enfants de la Fondation d'Auteuil
http://www.babolat.com/#/tennis/fr/whatshot/302

• Founded by Billie Jean King in 1974, the Women’s Sports Foundation builds on her legacy as a champion athlete, advocate of social justice and agent of change. It strives for gender equity and fight discrimination in sports.
http://www.womenssportsfoundation.org/Home.aspx

• A chance to play« - Spielen und Lernen für Kinder in Südafrika. Sonderprogramm 2008 bis 2010 des Volkswagen Konzernbetriebsrats und terre des hommes
http://www.tdh.de/content/themen/weitere/stunde_zukunft/chance_to_play/index.htm

Filmographie
Regards sur le sport : Michel Serres, philosophe, en compagnie de François L'Yvonnet, philosophe, film réalisé par Benjamin Pichery, INSEP, Paris, 2007-2009, 180' (double DVD).
Invictus ; « Après la chute de l’apartheid, l’Afrique du Sud a été l’hôte de la Coupe du Monde de Rugby de 1995. Mandela était à son premier mandat en tant que président sud-africain, et il a utilisé l’événement comme un moyen de mettre fin à des décennies de méfiance et de haine entre les Blancs et les Noirs. » 2009, réalisé par Clint Eastwood.

Un film sur la protection du corail


The Coral Guard Project Tahiti >>

2 commentaires:

Nicolas a dit…

Merci pour cet article complet et trés intéressant.
Je pondérerais juste l'aspect "investissements des mécènes dans le sport", 26% selon l'étude Admical. Une autre source, "Les fondations en France" - Observatoire de la fondation de France - Avril 2008 (http://minu.me/2nr9), constate que seulement 1% des fondations interviennent dans le domaine du sport et des loisirs alors que ce secteur représente 42% du tissu associatif français.
Il reste donc une grande marge de progression pour le mécénat sportif en France.
Pour toutes les entreprises qui veulent allez plus loin, eko Events (www.eko-events.com) accompagne les structures souhaitant réaliser des investissements responsables dans le domaine sportif.

Merci encore pour ces informations qui permettent de soutenir les initiatives des associations sportives engagées sur le terrain.

Anonyme a dit…

What necessary words... super, a brilliant idea

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