jeudi 30 juillet 2009

Dix ans de présence des autochtones aux assemblées générales des multinationales



Les représentants des populations indigènes n’hésitent plus à monter au créneau et participer aux débats des actionnaires des plus grandes firmes occidentales pour faire entendre leur voix. Des actions qui auraient été impossible sans l'assistance d'ONG, sachant naviguer dans les arcanes du capitalisme. Des initiatives qui agacent, car en temps normal, les AG sont des lieux calmes, de grandes messes, où les résolutions sont votées à près de 100%.

Le 30 avril 1999, les Sœurs Dominicaines de Sinsinawa (un ordre religieux présent aux Etats-Unis, en Bolivie, au Guatemala et à Trinidad) ont utilisé un petit bloc de 100 actions pour contraindre l’Occidental Petroleum Corporation (OXY) à revoir sa politique d’exploration. La compagnie s’apprêtait à forer en Colombie sur le territoire sacré des Indiens U’wa. Les U'wa pensent que le pétrole est le sang de la terre; l'extraire est donc équivalent à un matricide. Les 5.000 membres de cette tribu avaient même fait le serment de sauter d’une falaise si le forage était lancé.

Grâce au soutien d’activistes écologiques, comme Rainforest Action Network, Project Underground et Amazon Watch, et d’Internet, les sœurs ont réussi à bousculer la direction de la compagnie pétrolière, en recueillant de nombreux applaudissement en assemblée. Mal à l’aise, le PDG du groupe a tenté d’accélérer le déroulement de l’assemblée, en rappelant au passage « ce n’est pas un homme, une voix, mais une action, une voix ». Elles réussirent même à faire adopter une résolution, afin d’évaluer les risques potentiels de baisse de l’action en cas de suicide de la population locale. Une résolution qui a recueille 13% des voix, un score très supérieur à ce qu’escomptaient ses promoteurs.

Selon le reporter du Wall Street Journal, les dirigeants d’Oxy ont réussi à quitter la grande messe actionnariale pour se glisser dans leur limousine par une porte dérobée. Le contraste est fort avec le périple parcouru par Abruno Nuniwa , président of the Traditional U'wa Council,, qui a duré trois jours, à pied, en canoë, en voiture et en avion « pour rejoindre ce qui est devenu un le grand rite annuel printanier pour de nombreux peuples indigènes : l’enfer des entreprises américaines.»
Après des années de bataille juridique et de désobéissance civile, Occidental Petroleum allait se retirer progressivement du projet à partir de mai 1998, remplacé par le groupe Repsol. Le porte-parole de ce petit peuple des forêts, Berito Kuwaru’wa (Roberto Cobaria, en photo ci-contre), se vit même remettre le Goldman Environmental Prize en 1998.

Le printemps 1999 fut propice au débarquement de peuples indigènes aux assemblées générales d’une douzaine de compagnies américaines, notamment certains géants pétroliers, comme Chevron Corp. et Atlantic Richfield Co (en provenance d’Alaska), Unocal Corp (de Birmanie), ainsi qu’un groupe minier Freeport-McMoRan Copper & Gold Inc. (d’Indonésie). Dans la même veine, une des grandes fiertés de l’ONG écologiste Rainforest Action Network est d’avoir pu obtenir des visas d’entrée aux Etats-Unis (pourtant après le 11 Septembre) à une poignée d’activistes péruviens, venus témoigner de la menace de la construction d’un pipeline dans leur forêt, à l’assemblée générale du géant bancaire Citigroup.

Reporters sans Frontières a été très actif en AG avant les jeux Olympiques de Pékin, ce qui témoigne bien de l'intérêt potentiel de cette tribune aux yeux de certaines ONG. Mais, le recours à des personnalités locales ne se dément pas, comme en témoigne un article récent de Novethic. En effet, Almoustapha Alhacen, adjoint au maire de la ville d’Arlit, au Niger, a été invité par l’ONG Urgewald pour parler lors de l’assemblée générale de la Deutsche Bank. Il a témoigné selon lui des dégâts causés dans la population locale par la pollution à l’uranium – un uranium extrait par Areva, dont Deutsche Bank est l'un des banquiers. L’une de ses revendications est que Deutsche Bank finance «des structures permettant de stocker les déchets radioactifs. Pour le moment, les déchets sont déposés à l’air libre. »

Le maniement de l’arme actionnariale est plus compliqué en France et nécessite de bloquer des fonds. Certaines entreprises ont développé des panels de parties prenantes, pour dialoguer avec les tiers de manière plus propice qu’une assemblée générale d’actionnaires, où il n'est jamais facile de se faire alpaguer.

En Allemagne, les ONG se regroupent entre elles pour avoir plus de poids. Les banques, qui sont le nerf de la guerre pour accompagner le développement d’une entreprise, sont devenues des cibles privilégiées par les ONG de plaidoyer. Le soutien aux populations indigènes par des ONG du Nord témoigne également que les activités de plaidoyers peuvent être délocalisées, c'est à dire loin du lieu où les évènements se déroulent.

Source :

Novethic http://www.novethic.fr/novethic/finance/acteurs/allemagne_activisme_actionnarial_reste_exercice_difficile/120654.jsp


2 commentaires:

Thomas a dit…

Bonjour Herrick et merci pour ta visite sur la plateforme Solidaires du monde.
L'article est très intéressant.
J'ai juste une question, pas tant sur l'article que sur le sujet entreprises/ONG.
Je me demande si le social business et l'économie sociale et solidaire, ne seraient pas un moyen de dépasser cette relation historiquement conflictuelle entre associations et entreprises ?

Herrick du Halgouët a dit…

Il existera toujours deux types d'associations, d'une part celles qui se spécialisent dans le plaidoyer, d'autres part, celles qui voient dans l'entreprise un bon levier pour relever certains défis. Avec à la clé : dialogue, participation à des panels de parties prenantes, partenariats. En face, les entreprises sont plus oui moins avancées dans leur réflexion. Beaucoup d'observateurs estiment qu'on va voir une convergence des deux mondes, du marchand et du non lucratif. Tu verras aussi sur ce blog des articles sur le social business et le bas de la pyramide. A bientôt.

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