jeudi 16 décembre 2010

Pour les associations, la bonne vieille pétition n'a pas pris une ride





Une pétition en ligne appelant à mettre fin à "la campagne d'intimidation" contre WikiLeaks a réuni jeudi plus de 662.000 signatures. La pétition s'adresse "aux Etats-Unis et aux autres gouvernements et sociétés impliqués dans la répression de WikiLeaks". Elle appelle à "mettre fin immédiatement à la répression de WikiLeaks et de ses partenaires". Cet appel, dont la devise est « Stop the crackdown », est diffusé sur le site américain Avaaz.org, spécialisé dans les web-pétitions et les campagnes de e-lobbying.

Dans les faits, Internet a permis de remettre au goût du jour la pétition, qui a eu ses heures de gloires dès le XVIIIème siècle. Le Premier Amendement de la Constitution américaine prévoit, selon une traduction de Wikipedia : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre. »

A la fin des années 1780, des sociétés anti-esclavagistes fleurissent simultanément aux Etats-Unis, en France et en Grande-Bretagne. Leur dénonciation du système se fonde sur des principes essentiellement moraux, basés sur l’observation des conditions de vie des esclaves. Des pétitions circulent avec succès dans les années 1788-1789 demandant un débat parlementaire en Angleterre et des demandes d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises figurent dans les cahiers de doléance en 1788.

De nos jours, le monde associatif a aussi largement recours aux pétitions. Bono a remis en septembre 2000 lors du sommet du millénaire aux Nations unies une pétition signée par 21,2 millions de personnes demandant aux pays les plus riches d'effacer la dette des pays pauvres. Les signatures, collectées dans 155 pays auprès d'organisations, notamment religieuses, ont été remises par le chanteur et le président nigérian Olusegun Obasanjo au secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, qui l’a remercié avant de déclarer: «Nous devons comprendre que les gens veulent que quelque chose soit fait ». Certains thèmes universels transcendent les frontières et la collecte des signatures est un jeu d’enfant grâce à Internet. Le porte à porte est devenu planétaire.

La pétition a l’avantage de ratisser large. Dans le cas de Novartis, une collecte de signatures a été réalisée sur fond d’une procédure juridique. Le 6 août 2007, la Haute cour de justice de Chennai (ex Madras) en Inde a débouté le laboratoire suisse Novartis de son action visant à remettre en cause la loi indienne sur les brevets. Médecins sans frontières (MSF) et Oxfam avaient lancé une pétition qui a été signée par 420.000 personnes. De grands noms s’y sont associés : Desmond Tutu, archevêque sud-africain et prix Nobel de la paix ou encore Michel Kazatchkine, directeur général du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme (Global Fund). Pour MSF, c’est « une victoire du laboratoire pharmaceutique créerait une situation d'apartheid sanitaire ». Novartis aurait souhaité infléchir la position indienne, dont la législation sur les brevets lui apparaissait trop souple. Une victoire pour les humanitaires, sans pourtant savoir quel a été le poids de la pétition dans sa conclusion.

Personne n’a échappé ces dernières années aux pétitions : Monsanto contre les OGM, Axa contre les mines anti-personnelles, Total en Birmanie, etc. La pétition a aussi donné naissance à des actions dérivées, comme les appels téléphoniques de militants adressés directement au PDG de l’entreprise et les envois de cartes postales. L’effet de masse est recherché jusqu’à saturation.

Dans le domaine de l’éducation, 18 millions de personnes ont exhorté les dirigeants mondiaux à scolariser tous les enfants qui ne le sont pas encore. Ces citoyens du monde se sont mobilisés en signant la pétition en ligne, par SMS et lors de rassemblements dans toute l’Afrique. En septembre dernier, 15.000 messages personnels ont été adressés à Ban Ki-moon pour lui demander de défendre la cause de l’éducation.

Pendant la Coupe du monde, c'est 500.000 personnes qui ont signé leur soutien à la campagne 1BUT de la Campagne mondiale pour l’éducation chaque semaine, avec l'appui du GSMA et de grands opérateurs mobiles comme MTN et Telefonica, qui à eux seuls ont amené quatre millions de participants à la campagne 1BUT. D’autres entreprises comme Microsoft Xbox ont également soutenu la campagne. Cette association, qui a bénéficié du soutien de nombreuses stars du sport, est coprésidée par la reine Rania de Jordanie.

Mais, les initiatives citoyennes commencent également à être reconnues en Europe. Selon un article d’Alternatives Economiques de novembre dernier, « les anti-OGM ont tiré les premiers». Avec l'article 11 du traité de Lisbonne, une pétition qui recueille un million de signataires, oblige la Commission européenne à faire une proposition législative sur le sujet en question dans les quatre mois.

Cette disposition a conduit Greenpeace et Avaaz à lancer une pétition réclamant le moratoire des OGM en Europe et la mise en place d'un organisme éthique et scientifique réellement indépendant des lobbies de l'agroalimentaire. A l'heure actuelle, deux variétés d'OGM sont autorisés à la culture dans l'UE: le maïs MON810 développé par Monsanto et la pomme de terre Amflora développée par BASF.

Avec un million de signataires, cette pétition collective fait donc figure de pionnière à un moment même où la Commission aurait envisagé de laisser désormais chaque Etat libre de décider seul d'autoriser ou non les OGM sur son territoire. Regardez la vidéo pour savoir comment l’initiative citoyenne va être encadrée.


Pour aller plus loin :

Greenpeace. 15/12/21010 L’initiative citoyenne européenne enfin clarifiée : le moratoire sur les OGM s’impose
http://ogm.greenpeace.fr/l-initiative-citoyenne-europeenne-enfin-clarifiee-le-moratoire-sur-les-ogm-s-impose

Zegreenweb : 10/12/2010.OGM : la pétition de Greenpeace et Avaaz « n’est pas encore valable»
http://www.zegreenweb.com/sinformer/alimentation/ogm-la-petition-de-greenpeace-et-avaaz-%C2%AB-n%E2%80%99est-pas-encore-valable-%C2%BB,19294

India Today « Pétition contre le lobby du tabac en Inde ». 15/12/2010

Did the government again yield to industry /pressure in delaying the printing of gory pictorial warnings on tobacco products? Yes, says an NGO that has filed a petition in the Supreme Court challenging the government's decision to postpone by/ a year the implementation of the warnings on cigarette packs.
http://indiatoday.intoday.in/site/Story/123391/India/ngo-claims-govt-is-playing-into-tobacco-lobbys-hands.html

Pétrole :

Depuis l'accident de la plate-forme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique, Surfrider Foundation Europe redoute qu’un accident similaire ne survienne en Europe. L’ONG a lancé une pétition en ligne, qui a recueilli à ce jour 4.497 signatures.
http://www.stopoilspill.surfrider.eu

Sport et Education. « 1BUT: l’éducation pour tous ».
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/07/pour-les-ong-le-football-nest-pas-quun.html

samedi 11 décembre 2010

Capital fait la pluie et le beau temps dans le monde associatif






Le Comité de la Charte du Don en Confiance a octroyé le 30 novembre dernier son agrément à l'association La Mie de Pain. Cette annonce intervient à un moment où les ONG ressentent la nécessité d’asseoir leur légitimité. Et où, à la suite de nombreux scandales, la presse aime introduire son grain de sel, comme la dernière enquête du magazine Capital. Un dossier, qui peut laisser des traces, car Capital diffuse à plus de 35..000 exemplaires et revendique plus de 2,5 millions de lecteurs.


Cette revue économique a épluché et analysé les comptes de 150 associations – la moitié, environ, de celles que la Cour des comptes autorise à lancer un appel national à la générosité du public – avec l’aide de Michel Lucas, un ancien directeur de l’Inspection générale des affaires sociales.
Selon leurs calculs, un tiers d’entre-elles doivent encore faire des efforts de gestion. Les autres sont gérées de manière satisfaisante. Mieux, depuis la précédente enquête de février 2009, dans de nombreux cas, des associations « ont accru la part des fonds collectés qu’elles consacrent réellement à leurs missions : 13 points de mieux pour Handicap International et la Fédération française de cardiologie, 12 pour France Alzheimer, 9 pour Amnesty ou encore 8 pour Les petits frères des pauvres. »

Ces bons points ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd, puisque sur son site Internet, La Fondation 30 Millions d’amis, qui soutient 250 refuges dans l’hexagone, s’est empressée le 2 décembre dernier de mentionner cette enquête. Les journalistes du mensuel économique l’ont en effet considérée comme « bien gérée ». Ce critère est attribué aux associations, qui allouent plus de 70 % de leur budget à leurs œuvres.

La Fondation 30 Millions d’Amis précise qu’elle «y consacre une part allant bien au-delà de ce pourcentage » et voit donc sa gestion saluée par le dossier de Capital, présenté comme un magazine indépendant spécialisé dans l’actualité économique. A l’heure actuelle, le communiqué de presse de la Fondation sur ce sujet a fait l’objet de 599 « j’aime » sur Facebook.

La Fondation 30 Millions d’Amis rappelle qu’elle est dûment contrôlée, afin de satisfaire aux obligations de son statut de « Fondation reconnue d’utilité publique ». Les représentants de ses trois ministères de tutelle – Agriculture, Ecologie et Intérieur – sont présents lors de chaque Conseil d’Administration. Son bilan financier, qui est audité, est consultable sur le site Internet de la Direction des journaux officiels.

A l’opposé, la Fondation France Libertés, qui a été créée par Danielle Mitterrand en 1986, est écornée par Capital, dont l’article fait même l’objet d’une polémique sur le Post. La Fondation est accusée de laisser croire à ses donateurs qu’elle agit en faveur des droits de l’homme, alors qu’elle déploie une action de plaidoyer en faveur d’une gestion alternative de l’eau.

Aux Etats-Unis au contraire, on assisterait plutôt à un assouplissement ponctuel des notations. Le Charity Navigator a ainsi accepté de revoir certains de ses critères lui permettant de jauger la gestion des organisations à but non lucratif. Il était devenu nécessaire de tenir compte de l’impact de la crise sur leurs comptes en 2009, en termes d’évolution des ressources et des frais administratifs. Au total, plus de 350 associations viennent de bénéficier d’une amélioration de leur score. Cette décision est louable, car le scoring du Navigator est une donnée essentielle pour attirer les donateurs et les bailleurs de fonds dans les mois qui viennent.

Les médias ont parfois la dent dure avec les associations. Michel Doucin souligne avec bon sens combien certaines demandes des médias sont irréalistes ou produisent des effets pervers. C’est ainsi qu’à force de scruter les frais de gestion des ONG (à moins de 7% de leurs revenus), les médias réduisent la marge de manœuvre de ces organisations, en particulier la qualité et le nombre de leurs missions.

Il est évident que les ONG auraient plus de facilité à recruter, si elles pouvaient servir des salaires plus proches de ceux du marché. Pour justifier une telle politique, signe apparent d’une gestion moins performante, encore faut-il être en mesure de montrer dans quelle mesure l’effet de levier des actions engagées en sort amélioré. La professionnalisation du monde associatif ne doit pas être freinée par une vision court-termiste et focalisée sur des critères simplistes.

Pour aller plus loin :

Le livre de référence sur les ONG.
«Les ONG : le contre-pouvoir?». Edition Toogezer. Décembre 2007 de Michel Doucin,
Ancien Ambassadeur français pour les droits de l’Homme, Michel Doucin a été nommé en septembre 2008, Ambassadeur chargée de la bioéthique et de la responsabilité sociale des entreprises:

Capital, en kiosque en décembre 2010 « Associations caritatives : celles qui méritent vos dons et les autres »
http://www.capital.fr/a-la-une/actualites/special-associations/associations-caritatives-celles-qui-meritent-vos-dons-et-les-autres-548319

Fondation 30 Millions d’Amis fait référence à sa bonne place dans le dossier de Capital. Les dons collectés en 2009 ont atteint 10,4 millions d’euros, en forte hausse.
http://tinyurl.com/2et7hew

Association France Liberté : polémique en cours sur Le Post

http://tinyurl.com/3ykdwwe
(Vérités qui dérangent : Le post censure et ne s'explique pas !)
et
http://tinyurl.com/3xzxvn8 (Enquête du magazine Capital : France Libertés en eaux troubles)

Charity Navigator, America's largest independent charity evaluator, provides free financial evaluations of America's charities.
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/03/long-global-impact-se-fait-belle-pour.html

Dix règles d’or pour les partenariats PME/associations
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/11/dix-regles-dor-pour-les-partenariats.html

samedi 4 décembre 2010

La Mie de Pain est le 64ème association à obtenir l’agrément du Comité de la Charte


















Le Comité de la Charte du Don en Confiance a octroyé le 30 novembre dernier son agrément à l'association La Mie de Pain. Cette dernière s'engage ainsi à respecter la charte de déontologie du Comité et à se soumettre à ses contrôles. Cette caution apporte une légitimité encore supplémentaire à l’association vis-à-vis de ses parties prenantes et de ses bailleurs de fonds.


La Mie de Pain a été reconnue d’utilité publique en 1984 et avait déjà été distinguée à plusieurs occasions : médaille d’or Exposition Universelle de 1900, prix de l’Académie Française et médaille internationale Humanitaire 1991

Cette association a pour vocation l'assistance aux personnes en situation de précarité, de marginalisation ou d'exclusion, ainsi que l'accompagnement social pour les aider dans le cheminement vers une insertion sociale et professionnelle. Son objectif est aussi de faire évoluer le regard des autres sur les exclus. Ses actions s'appuient sur le fonctionnement de différentes structures basées à Paris (75013), comme le Refuge, qui offre : 550 repas chauds et 440 places d'hébergement d'urgence ou encore le Foyer de Jeunes Travailleurs Paulin Enfert, où chaque année, 200 jeunes en situation sociale fragile sont logés et accompagnés vers une formation, un emploi et un logement autonome.

L’association parisienne, dont le budget s’élevait à 6,8 millions d’euros en 2008, a noué de nombreux partenariats : Aventis - Poilâne -EBay - Imprimerie Marnat - - Société Générale - XXL Assurance - Lapeyre -Gap - Jeannine Roze Production - GE Healthcare - MIPES et AXA Atout cœur. Fin 2009, quelque 60 collaborateurs du contrôle de Gestion de la compagnie d’assurance ont ainsi posé les décorations de Noël des cinq sites de la Mie de Pain.

Créé en 1989, le Comité de la Charte du don en confiance est un organisme de contrôle des associations et fondations. Cet organisme sans but lucratif contrôle l'appel à la générosité publique. Son action se fonde sur l'élaboration des règles de déontologie, l'agrément des organismes volontaires pour se plier à une discipline collective vis-à-vis des donateurs et le contrôle continu des engagements souscrits. Sa position lui permet de combiner la nécessaire indépendance de jugement avec la proximité des acteurs du mouvement associatif.
Les 4 champs du contrôle continu exercé par les contrôleurs du Comité sont le fonctionnement statutaire et la gestion désintéressée ; la rigueur de la gestion ; la qualité de la communication et des actions de collecte de fonds ; et la transparence financière.

En 2009, 18 organisations membres du Comité ont fait l’objet d’un rapport triennal conduisant au renouvellement de leur agrément, chiffre comparable à ceux des années précédentes (19 en 2008). Néanmoins, 2 dossiers ont conduit à une décision de non renouvellement pour l’une des organisations et de retrait d’agrément en cours de période triennale pour une autre, sur autosaisine de la Commission.

Noël à la Mie de Pain


Pour aller plus loin :
Le communiqué de presse de la Mie de Pain
http://www.espacedatapresse.com/fil_datapresse/consultation_cp.jsp?idcp=2711357

Le site de la Mie de Pain
www.miedepain.asso.fr

Pour voir le contenu détaillé des engagements souscrits par les organisations agréées ainsi que la liste de celles-ci : www.comitecharte.org
Liste des organisations agréées : www.comitecharte.org/ewb_pages/o/organisations_Liste_simple.php

Focus sur un partenaire de la Mie de Pain, Champlain Solidarité « La croissance partagée »

Avec le lancement de Champlain Solidarité, en juin 2008, Financière de Champlain propose un fonds de partage dont 75% des revenus distribuables seront reversés à 7 associations dans 3 domaines :
• Protection de l’enfance en souffrance : Les Enfants du Mékong, La Fondation d’Auteuil
• Assistance aux personnes âgées : Les Blouses Roses, Les Petits Frères des Pauvres,
• Lutte contre l’exclusion (sociale, personnes handicapées) : La Mie de Pain, Une Chorba pour tous, Les Papillons Blancs.

L’objectif de ce fonds est de mettre en cohérence cette dimension solidaire et la composition du portefeuille au travers d’une gestion ISR. La méthodologie de gestion prévoit l’exclusion de certains secteurs (armement, tabac, alcool, tests sur animaux, nucléaire, industrie chimique et pétrolière) et intègre des audits terrain en partenariat avec l’agence de notation Ethifinance.

Une finance qui dérange II : des fonds solidaires
envoyé par greenpod. - Plus de trucs et astuces en vidéo.

mercredi 1 décembre 2010

Greenpeace USA accuse Dow Chemical de l’avoir espionnée

Le caractère gênant de certaines associations de plaidoyer pousse parfois les institutions mises en cause dans leurs retranchements. Ces dernières peuvent dès lors être tentées d'adopter des mesures extrêmes, même si ce genre de cas reste exceptionnel.
C’est notamment le cas en Belgique, où plusieurs ONG demandent à la justice belge d’enquêter sur les irrégularités commises par les services secrets colombiens sur leur territoire. Selon la CNCD, les faits se seraient déroulés lors du mandat du gouvernement de l’ex-Président Álvaro Uribe Vélez. La FIDH, Oxfam-Sol, le CNCD-11 11 11, Broederlijk Delen, le CIFCA, le CCAJAR et l’OIDHACO figurent parmi les ONG espionnées en Belgique. Le but de l’opération aurait été de les discréditer.

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, Greenpeace USA vient de déposer plainte contre deux grandes entreprises chimiques, leurs cabinets de relations publiques et plusieurs personnes pour espionnage industriel.
Il s’agit de Dow Chemical et Sasol (ex Condea Vista), par le biais de leurs firmes de relations publiques, Dezenhall Ressources (Nichols Dezenhall à l'époque) et Ketchum. Ces dernières auraient engagé des détectives privés entre 1998 et 2000, par le truchement des services de la société Beckett Brown (BBI).

Greenpeace USA les accuse d’enregistrements téléphoniques illégaux, de la mise en place d’un dispositif de surveillance et de vol d'informations confidentielles. L’ONG travaillait notamment à l’époque sur une campagne concernant des populations menacées par la dioxine et d’autres polluants chimiques, autour du lac Charles, en Louisiane. Dans cette communauté, un groupe de citoyens locaux aurait été infiltré par les soins de BBI, un cabinet composé selon l’association d'anciens agents des services secrets et de policiers.

BBI et les firmes de relations publiques auraient également élargi leur espionnage au siège de Greenpeace à Washington, DC, où, pendant deux ans, ils auraient volé une masse de documents. De faux bénévoles auraient permis d’enregistrer les conversations téléphoniques et d’obtenir des codes d’accès.

Greenpeace a lancé une enquête sur ces manoeuvres après avoir été contactée par un journaliste en 2008. L’association, dont les poubelles auraient été régulièrement fouillées, a monté un dossier, pour étayer ses accusations. Les faits, qui sont anciens, sont désormais entre les mains de la Justice.



Les ONG, dont le discours est le plus virulent et qui mènent des actions spectaculaires sur le terrain, sont souvent craintes, non seulement par les entreprises, mais aussi par les Etats. Greenpeace France et Attac Suisse ont eu ainsi maille à partir dans des affaires récentes avec EDF (des poursuites sont actuellement engagées) et Nestlé.

Greenpeace est souvent prise pour cible. Un article (cité en annexe) de Business Week consacré à Eric Dezenhall datant de 2006 indiquait que Dezenhall Ressources, qui a été créée en 1987, a tissé des liens avec Public Interest Watch (PIW), une organisation à but non lucratif basée à Washington, et selon l’article largement financée par Exxon Mobil. Cette organisation aurait déposé plainte contre Greenpeace USA en 2003, l’accusant d’abuser de son statut d’organisation non imposable. Un coup d’épée dans l’eau, puisque les guerriers verts ont finalement conservé leurs avantages fiscaux.

Eric Dezenhall est un expert apprécié en communication de crise. Il a rédigé en 2007 un livre avec John Weber (Damage Control: Why Everything You Know About Crisis Management Is Wrong") qui tranche avec les conseils habituellement préconisés par les spécialistes de la gestion de crise. Face à une crise, il déconseille aux entreprises prises à parti d’adopter un profil bas.
Plutôt que de se battre la coulpe, un seul message : « Si vous pensez que vous êtes attaqué à tort, frapper fort et frapper le premier doit être votre option prioritaire». Il conseille donc une contre-attaque énergique : « if you’re explaining, you’re losing ». Il ne s’agit pas d’être aimé, mais d’être acquitté.

Dans une interview à Building Reporter en novembre 2007, il a précisé que « Le combat vigoureux de Microsoft dans la bataille anti-trust a davantage contribué à préserver sa réputation que le fait que Bill Gates cherche à attirer la sympathie en portant des polos ». Selon lui, les attaques contre Microsoft ont diminué lorsque l’entreprise a payé des think tanks comme the Cato Institute, Heritage Foundation, etc. Durant la campagne électorale de 1999-2000, l’éditeur de logiciel aurait même triplé sa contribution aux partis politiques et aux candidats par rapport aux trois périodes électorales précédentes combinées.

Pour le consultant, faire appel aux services de détectives privées peut permettre de mieux connaître le profil psychologique des attaquants et de reprendre la main en connaissant leurs points faibles. Dans l’affaire Monica Lewinski, Eric Dezenhall suggère que l’étreinte qui enserrait Bill Clinton s’est relâchée lorsqu’il a été question de dévoiler la vie privée de certains républicains. Une initiative de l’éditeur Larry Flynt, éditeur du magazine pornographique Hustler, qui a passé une publicité le 4 octobre 1998 dans l'édition dominicale du Washington Post offrant une prime d’un million de dollars à qui ferait éclater au grand jour l’hypocrisie des Républicains.

L’auteur tolère un bémol à sa stratégie : en cas de culpabilité manifeste, l’entreprise peut demander pardon. Dans tous les autres cas, l’attaque est la seule issue.

Pour adopter ces préceptes, mieux vaut un moral d’acier. Pour Thierry Libaert, ce genre de pratique, si elle est connue, peut se retourner contre son initiateur dans un « effet boomerang » en jetant de l’huile sur le feu et en lui donnant une caisse de résonance pire que le mal initial. Auteur de nombreux livres et articles sur la communication, Thierry Libaert est également enseignant en sciences de l'information et de la communication.

Sur le site de Communication sensible, il explique qu'«une entreprise qui placerait l’essentiel de sa gestion de crise dans la menace vers ses critiques, dans l’achat des plaintes auprès des requérants, dans le recours aux officines privées d’investigation, dans le rapport de force avec les médias, risquerait fort de voir s’éloigner toute issue de la crise».

Sans compter que les faits peuvent remonter à la surface après des années de retard. Et, que les procès durent parfois longtemps, qu'ils sont toujours incertains et qu'ils cristallisent l’attention des médias.

De plus, ce type d’initiative est condamnée par une autre partie prenante, les actionnaires. ACTARES se demandait en juin 2008 dans le cas de Nestlé si cette affaire constituait un cas isolé ou si c’était la pointe de l’iceberg. Basée à Fribourg, cette organisation, qui milite en faveur d’un actionnariat pour une économie durable, prônait même de compléter les codes de conduite des affaires des sociétés ainsi que la législation en vigueur.

Pour aller plus loin :

L'affaire présentée par Greenpeace USA
www.spygate.org

Note de lecture de Thierry Libaert. 2007, sur le livre : “Damage Control”
http://www.communication-sensible.com/articles/article0177.php
The Pit Bull of public relations» par Eamon Javers. Business Week. 17/04/2006 http://www.businessweek.com/magazine/content/06_16/b3980101.htm

Position de Dow
Dow indique sur son site, qu’il a déployé des efforts considérables pour réduire les émissions de dioxine.
http://www.dow.com/commitments/debates/dioxin/index.htm

L’interview d’Alain Juillet .
Le Matin Dimanche. 31/01/2009
« Si l'éthique n'est pas forcément du côté des ONG, cela ne veut pas dire qu'elle soit de l'autre côté. Les torts sont partagés. Il faut juste prendre conscience que les choses sont plus complexes qu'il n'y parait. Rien n'est tout noir ou tout blanc: le monde est gris. »
http://www.lematin.ch/actu/suisse/alain-juillet-70-ong-payees-entreprises-77810