lundi 19 octobre 2009

Antoine Mach : «la critique des ONG s’est tassée. »



La société Covalence, qui comprend 3 salariés, suit dans la durée la réputation éthique d’environ 540 multinationales dans 18 secteurs de l’économie. Elle tire ses sources des médias, de la société civile et des entreprises. Covalence SA a été fondée à Genève en 2001 par six personnes d'horizons différents: science politique, finance, ONG, et juridique. Un de ses co-fondateurs et dirigeant, Antoine Mach est diplômé d’un Master de Sciences Politiques de l’université de Genève. Il est l’auteur d’une monographie « Entreprises suisses et droits de l’homme : Confrontations et partenariats avec les ONG » publiée en 2001 à l’Université de Fribourg.

Comment vous documentez-vous ?

AM : Nous utilisons toutes les sources accessibles sur Internet en quatre langues, l’anglais, le français, l’espagnol et l’allemand. Nos recherches se concentrent sur l’éthique, la problématique sociale et l’environnement. La collecte de ces données, que nous effectuons notamment avec des stagiaires dans de nombreux pays, nous permet de calculer des indices de réputation par entreprise et par secteur.

Quelle est la place des ONG sur vos écrans radars?

AM : Nous avons constaté que l’influence des ONG a baissé. Elles communiquent toujours, mais certaines sources d’information sont devenues plus actives : la presse, la presse spécialisée et les blogs. Les grands journaux comme Le Monde et le FT conservent un rôle, car ils sont largement repris et inspirent d’autres articles sur la toile. Les moteurs de recherche nous permettent de trouver les sites les plus populaires.

Nous suivons le discours des ONG et des syndicats, qui est souvent critique, mais nous le confrontons à la masse des informations positives et négatives que nous collectons. Nous nous heurtons parfois à des obstacles techniques, car les sites web des ONG ne sont pas toujours faciles à suivre : recours aux Newsletters, mauvaise indexation.

Avez-vous noté une inflexion dans le discours du secteur non marchand ?

AM : Selon nos observations, la critique des ONG s’est tassée. Certaines d’entre elles émettent une critique diffuse, par exemple contre le système, comme Attac, alors que nous mesurons la réputation d’entreprises bien identifiées. Et, beaucoup d’associations ont entamé un dialogue avec le monde des affaires. Les ONG y trouvent des financements, les entreprises un bon moyen de soigner leur image.

De plus, une organisation comme Greenpeace ne fait plus que distribuer des mauvais points, elle nomme aussi les entreprises qui progressent.

Existe-t-il une loi NRE en Suisse ?

AM : Aujourd’hui, la quasi-totalité des grandes firmes suisses effectue un reporting en matière de RSE, soit un rapport ad hoc, soit un document intégré dans leurs rapports annuels. Elles y sont fortement incitées. Il demeure un débat sur la fidélité des données publiées dans ces rapports, mais, dans les faits, les ONG semblent en prendre acte. Elles en tiennent en effet compte, leurs rapports avec le secteur privé devenant moins conflictuel. Et, leurs campagnes de plaidoyer doivent désormais devenir plus ciblées avec des rapports plus pointus.

Dans le secteur de la pharmacie, il apparait ainsi que la période de l’opposition frontale a cédé la place à davantage de dialogue, avec des collaborations fructueuses, comme celle entre Sanofi et MSF.

Les ONG s’intéressent elles aussi à la mesure de la réputation ?

AM : Nous comptons quelques ONG parmi nos clients. L’Alliance Globale pour la nutrition s’intéresse plus particulièrement à cette thématique. Mais, d’autres ONG se soucient du profil éthique de leurs partenaires privés.

Quelles sont vos différences avec les agences de notation sociétale ?

AM : Les agences de notation réalisent des audits, alors que nos sources sont plus ouvertes. Mais, les agences regardent désormais de plus en plus la question de la réputation en suivant des sources externes. De notre côté, nous utilisons une grille d’analyse unique, permettant de comparer tous les secteurs de l’économie entre eux. Des synthèses de nos analyses sont consultables sur notre site et diffusées sur des réseaux sociaux.

Pour aller plus loin :

Le but de Covalence est d'augmenter la densité des informations sur le développement durable. Son outil, EthicalQuote, mesure l'évolution historique de la performance éthique des entreprises multinationales telle qu'elle est perçue et relayée dans la société. Des milliers de documents provenant de diverses sources sont rassemblés sur Internet et à travers un réseau ouvert de correspondants entre les organisations de la société civile, entreprises, chercheurs, consultants et autres intervenants. Ses clients et ses lecteurs sont variés : multinationales, investisseurs, PME, gouvernements, organisations internationales, ONG et médias.

Les informations collectées sont passées au filtre de 45 critères relatifs à la contribution des entreprises au développement humain. Les critères sont répartis en 4 classes: Conditions de travail, Impact de la production, Impact du produit, Impact institutionnel. Les critères ne sont pas différenciés par secteur d'activité, pour permettre des comparaisons entre les multinationales de différents secteurs. Ces critères sont issus des textes et recommandations de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme (1948), des recommandations de l'OCDE pour les multinationales (1976), de la déclaration de l'OIT sur la responsabilité sociale des multinationales (1977), de la Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement (1992), des accords de Copenhague sur le développement social (1995) et des recommandations du Global Compact des Nations Unies (2001).

Covalence Ethical Quotation System a reçu le prix du développement durable de la Ville de Genève en 2004 et a figuré parmi les finalistes du Prix de l'Entrepreneur Social de l'Année 2005 organisé par la Fondation Schwab. Les analyses de Covalence sont aussi diffusées par Thomson Reuters et Bloomberg.

Le site de Covalence
http://www.covalence.ch/

vendredi 16 octobre 2009

Entreprise et ONG unies contre la Faim




-->
Jérôme Auriac, Fondateur de l’Agence"Be Linked" a donné une interview à Afrik.com en marge d’une conférence passionnante organisée par Alliés contre la faim, dans des locaux de Sodexo,. Ses propos ont été recueillis par Manon Aubel. En 9 ans, le Quotidien en ligne Afrik.com est devenu la référence de l'information quotidienne sur le continent, référencé en première page de nombreuses requêtes par Google, fréquenté mensuellement par plus d'un million d'internautes.
M.A : A l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation, vous avez été invité à la conférence de ALLIES sur la lutte contre la faim, la pauvreté et la malnutrition. Quel est le rôle d’une société de conseil comme votre agence Be Linked dans la recherche de nouveaux modèles de partenariats ?

Jérôme Auriac : Notre activité n’aurait pas pu voir le jour il y a quelques années, car le poids et la légitimité des associations a énormément évolué. Aujourd’hui, les ONG sont devenues incontournables dans la prise de décision des entreprises car elles entrent de plus en plus dans leur périmètre d’action. Be Linked travaille dans des activités de conseil en stratégie de développement auprès d’une dizaine d’entreprises dont certaines grosses structures du CAC 40, cinq ONG et également le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Nous intervenons par exemple auprès de dirigeants d’entreprises qui souhaitent apprendre à travailler avec les associations.

M.A : A quel point ces associations sont-elles influentes aujourd’hui ?

Jérôme Auriac : Beaucoup d’associations sont très dynamiques dans les activités de lobbying. On peut citer Greenpeace et Amnesty International qui vont jusqu’à acheter les actions de certains groupes pour pouvoir interpeller les dirigeants lors des comités d’entreprises. D’autres associations n’hésitent pas à se regrouper pour pouvoir peser sur de grandes problématiques. Sans le collectif d’associations "Alliance pour la planète", le Grenelle de l’environnement et la taxe carbone n’auraient peut-être pas vu le jour. Sur les problématiques de développement durable en particulier, les associations ont gagné une grande légitimité aux yeux des Français.

M.A : Est-ce que ça veut dire que les entreprises doivent s’ajuster ? Dans ce cas, qu’est-ce que le "social business" ?

Jérôme Auriac : Pour l’instant, les ONG sont comme des petits cailloux dans la chaussure du dirigeant d’entreprise. Personne ne souhaite apparaître dans les guides de Greenpeace ou faire les frais de mobilisations citoyennes. C’est très mauvais en termes d’image. L’entreprise doit pouvoir trouver un intérêt à s’engager dans des projets aux côtés d’ONG. Le temps du mécénat est révolu, je pense qu’il faut créer des outils de management pour permettre de faire entrer les ONG dans des chaînes de valeur aux côtés des entreprises et pas uniquement sur un projet ou sur une compétence.

Le "social business" est un exemple encore marginal de partenariat qui crée une valeur conjointe entre une entreprise et une ONG. Le concept est notamment développé par Danone Communities au Bangladesh. C’est un investissement qui répond à un besoin essentiel (eau, nourriture, énergie) mais de façon économiquement viable, c’est-à-dire que les revenus générés sont entièrement réinvestis. "No loss, no dividend" selon l’inspirateur de ce modèle, père du micro-crédit, Muhammad Yunnus. Si vous êtes actionnaire, vous placez de l’argent qui ne vous rapporte rien directement mais qui dégage de la valeur sociale.

Cet article publié à l’occasion de la Journée mondiale de l’Alimentation peut être repris LIBRE DE DROITS par tout Média souhaitant contribuer au combat contre la Faim et la Malnutrition mené notamment au sein de l’Association Alliés, membre de l’Alliance internationale contre la Faim...
Pour aller plus loin :
Dossier sur la crise alimentaire réalisé par Afrik.com

http://www.afrik.com/article17773.html

Site de Be-Linked, qui édite une Newsletter sur les relations ONG/secteur privé

http://www.be-linked.fr/

lundi 12 octobre 2009

François Humblot, chasseur de talents : « On se rend pas toujours compte à quel point les ONG se sont professionnalisées. »


Président du conseil d'administration d’Humblot-Grant Alexander, François Humblot a plus de 30 ans d’expérience dans le conseil aux entreprises : recrutement de dirigeants, mise en œuvre de stratégies de changement au niveau des Comités de direction, coaching de dirigeants, et mise en place d’outils de gestion de ressources humaines. Il s’est spécialisé dans le recrutement de dirigeants dans le secteur associatif. Son cabinet compte 40 collaborateurs.
Depuis quand offrez-vous vos prestations au secteur non lucratif ?

FH : Il y a encore vingt ans, il n’était pas demandé aux chasseurs de tête de trouver des talents pour les ONG et les Fondations. Les associations faisaient largement appel à des bénévoles et des retraités. Nous n’intervenions que ponctuellement. Les choses ont changé. On se rend pas toujours compte à quel point les ONG se sont professionnalisées. Nombre d’entre elles ont besoin de se muscler. C’est pourquoi elles n’hésitent plus à faire appel à des compétences extérieures comme celles des chasseurs de tête.

Quels sont les profils désireux de travailler dans une association ?

FH : Je distingue deux types de candidat. Ceux qui ont entre 40 et 60 ans, qui postulent à des postes de direction générale dans le secteur associatif, proviennent très souvent du privé. Ils souhaitent s’engager pour des raisons personnelles. Chez les plus jeunes, entre 25 et 35 ans, nombreux candidats commencent directement leur carrière dans le secteur non lucratif. Ils s’appuient souvent sur des cursus dédiés, comme celui de Bioforce à Lyon, qui est soutenu par la Fondation Mérieux. Ses diplômés bénéficient du réseau d’anciens élèves et l’école reçoit des offres d’emplois.

De plus, les recruteurs ont changé d’opinion sur l’engagement de jeunes diplômés, qui partent un an faire du bénévolat à l’étranger ou qui réalisent un break en cours de carrière. Ce type d’engagement associatif est désormais valorisé. Leurs aspirations rejoignent d’ailleurs certaines initiatives prises en interne dans la cadre d’une politique de développement durable.


Les recrutements haut de gamme reflètent une professionnalisation des permanents et un changement de niveau chez les élus. La prise de conscience de la nécessité d’une meilleure efficacité a ouvert les portes aux salariés du privé. Il existe un militantisme des chefs d’entreprises actifs ou à la retraite. Ces derniers ont en effet identifié le secteur associatif comme un effet de levier plus fort pour changer la société que la politique, car l’Etat ne peut pas tout faire. Quand une association est performante, elle peut d’ailleurs se développer rapidement, car tout le monde vient à elle, comme la Fondation Caisse d’Epargne(FCE) pour la Solidarité dans la gestion des maisons de retraite ou encore certaines associations dans l’aide à l’enfance, qui se voient soutenir par l’Etat, par les conseils généraux et la DDASS.

Quelles sont les tendances de recrutement de dirigeants dans le secteur non lucratif ?
FH : Le secteur associatif n’échappe pas à la crise. Il se montre en particulier plus prudent dans sa politique d’embauche, en raison notamment d’une baisse des dons et legs. Les démissions sont aussi moins nombreuses.

Concernant la rémunération, il n’y a pas de règle. Il y a 10 ans, j’ai poussé la candidature d’un ancien d’IBM, ayant 15 ans d’ancienneté, et qui a pris la direction d’une association caritative. Il a accepté une baisse de rémunération ainsi qu’une progression moins rapide de son salaire une fois en poste. Il finira sans doute sa carrière avec un salaire inférieur de 50% à ce qu’il aurait gagné en faisant carrière dans la multinationale américaine, mais sa mission rejoint ses convictions personnelles. La Fondation d’Auteuil a la réputation d’affecter à poste comparable une décote de 20% par rapport aux revenus du secteur privé. Ailleurs, dans les organisations professionnelles (syndicats, fédération, organisations paritaires…), les salaires sont identiques au monde des affaires.

Le circuit de décision est-il le même que dans une entreprise ?
FH : L’embauche d’un nouveau dirigeant par une association relève d’un processus plus complexe qu’en entreprise, car la prise de décision implique davantage de monde. Un président d’association a relativement moins de pouvoir qu’un patron de PME. Le recrutement y est plus long et plus politique. Un consensus doit émerger entre le Président de l’association et son conseil d’administration. Bien que les associations ne cherchent pas à faire de profit, elles connaissent elles aussi parfois des luttes de pouvoir et des conflits internes.

Bio

Président du conseil d'administration d’Humblot-Grant Alexander, François Humblot a plus de 30 ans d’expérience dans le conseil aux entreprises : recrutement de dirigeants, mise en œuvre de stratégies de changement au niveau des Comités de direction, coaching de dirigeants, et mise en place d’outils de gestion de ressources humaines.

Au cours de sa carrière, il a pratiqué la recherche de dirigeants et de spécialistes par approche directe dans pratiquement tous les secteurs de l’économie. Il a été fondateur et Président du Syndicat du Conseil en Recrutement/Syntec (1996 à 2000) et c’est sous son mandat qu’est née la norme qualité AFAQ/AFNOR Conseil en Recrutement.

Il a également participé aux travaux de la Commission du MEDEF «Nouvelles Générations» sur les questions relatives à la jeunesse. Il a ainsi animé le groupe de travail : «Recruter dans les Viviers Méconnus, une chance pour l'entreprise», qui promeut notamment le recrutement de jeunes universitaires et la formation en alternance.

vendredi 9 octobre 2009

La presse, les ONG et le développement durable






Lors des périodes de crise où les ONG de plaidoyer s’affrontent aux entreprises, les journalistes se retrouvent souvent entre deux feux. En France, les médias sont accusés d’être contrôlés par des capitaines d’industrie, de l’autre, les ONG ont tenté de créer leurs propres circuits (Indymedia) et s’appuient habilement sur les réseaux sociaux et sur la blogosphère.

Bien que l’image des journalistes soit écornée (recherche du sensationnel, du lacrymal, perte d’indépendance des médias, chute des budgets d’enquête, parisianisme), ils conservent un certain esprit critique et un rôle éducatif. Nombre de journalistes cultivent toujours leur rôle d’alerte.

Mais, traiter de façon pédagogique les problèmes d’environnement, qui sous entendent des perspectives effrayantes, des intérêts économiques majeurs et une réelle complexité scientifique, se révèle plus compliqué que commenter un match de tennis. De même, une ONG comme ATD Quart Monde a rencontré cette semaine des journalistes de l’information sociale, pour dialoguer, mieux se comprendre, et éviter les préjugés dans le traitement de la pauvreté. Traiter ces thèmes, surtout dans un format court, comme au JT, est une véritable gageure.

Certains journalistes gardent du mordant. Le documentaire « Le Monde selon Monsanto» de Marie-Monique Robin diffusé sur Arte en mars 2008 a fait du bruit. Ce reportage dont les accusations ont ensuite été prolongées par la création d’un blog, a poussé la firme de biotechnologie végétale à créer en avril 2009 un contre site, Monsanto According to Monsanto, juste avant la diffusion du film sur la chaîne canadienne Canal D.

Au-delà de l’action spectaculaire d’activistes, qui fournit de belles images, les ONG constituent des sources, lorsqu’elles ont développé une réelle expertise. Un documentaire comme « Armes, trafic et raison d’Etat » de Paul Moreira et David André se fonde en partie sur les travaux d’Amnesty International et d’Oxfam. Leur programme «Control Arms » vise à enrayer le trafic d’armes. Ils disposent d’une équipe d’enquêteurs qui, grâce à l’aide de reporters et d’humanitaires en place sur le terrain, ont construit une base de données leur permettant de tracer le cheminement des armes, du producteur aux utilisateurs.

Face aux enjeux contemporains, la profession a voulu prendre de la hauteur. Plus d'une centaine de chefs de file canadiens issus d'entreprises, d'ONG et des milieux académique et politique ont ainsi participé en septembre 2007 au quatrième Forum Tremblant sur la responsabilité sociale et la durabilité, sous le thème « Une communication responsable pour une réputation durable ». Au cours d’un débat fructueux, des journalistes ont réfléchi au rôle des médias et de leur influence sur l'agenda public en matière de développement durable. « En tant que journalistes, nous avons un rôle important à jouer pour amener la responsabilité sociale de l'entreprise et le développement durable au cœur du discours public", a indiqué Marc Gunther de la revue Fortune. « Que ce soit en mettant en lumière les actes fautifs des entreprises ou en reconnaissant les leaders qui vont bien au-delà des attentes de la société, nous continuerons à mettre ces enjeux de l'avant ».

En France, la démarche est identique. A l’initiative de deux journalistes, Les Ateliers de la Terre se sont également penchés en janvier 2007 sur le rôle des médias dans le développement durable. Au cours d’un atelier, Alice Audouin, Directrice du Développement Durable dans une agence média, a souligné qu’une étude réalisée en Angleterre, relative à la vision des médias sur la question du réchauffement climatique, a délivré des résultats inattendus. 

« La grande surprise est que, plus les médias sont financiers, économiques, froids, avec une dimension rationnelle, scientifique, centrés sur l’intérêt, et moins les visions étaient dramatiques concernant les mesures de ce qui pouvait être fait, les dangers, les réactions à avoir ». 
A l’opposé de la presse déjà convaincue par ces enjeux et qui « crie au loup ». Résultat, contre toute attente, « la presse financière la plus éloignée de ces préoccupations s’est révélée être la plus à même de la traiter de façon optimiste et opérationnelle car elle était orientée, actions, mesures,… »

Au cours de la décennie 1990, le nombre de mentions des ONG dans les deux titres de références de la communauté financière anglo-saxonne que sont le Wall Street Journal et le Financial Times a été multiplié par 20. L’attitude analytique et dépassionnée des journalistes économiques pourrait permettre de contribuer à jeter un pont entre ONG et le secteur privé, mais aussi souligner non seulement le potentiel du Greenbusiness (comme le quotidien La Tribune), mais aussi l’essor du social business.

Les initiatives se multiplient. Les médias se sont même mis à décerner des Prix pour distinguer chaque année les meilleurs rapports de développement durable... De son côté, CARE France a lancé le Grand Prix CARE International du Reportage Humanitaire. Pour sa 14e édition, il a noué partenariat avec le Festival International du photojournalisme “Visa pour l’Image” avec pour partenaire Média « Femme actuelle », qui est aussi à l'origine de Femmes Formidables.

Les Français sont sans doute demandeurs d’informations froides, loin de l’écume des tumultes et des scandales. Si, selon La Croix, ces derniers considéraient en janvier 2008 que le scandale de l’Arche de Zoé avait été trop couvert, d’autres questions auraient selon eux mérité un meilleur traitement comme la libération des infirmières bulgares, dont la libération était notamment réclamée par Avocats Sans frontières (ASF). Mais également, la guerre en Irak, les sans-papiers et le Grenelle de l’Environnement. 


Autant de questions qui sont chères aux ONG, comme les droits de l’homme, des problèmes sociaux, l’international et l’avenir de la planète. Autant de pistes éditoriales à creuser…susceptibles de trouver des lecteurs.

Pour aller plus loin :

Le monde selon Monsanto
http://blogs.arte.tv/LemondeselonMonsanto/frontUser.do?method=getHomePage

Le contre-blog de Monsanto

http://blog.monsantoblog.com/

Les Ateliers de la Terre
http://www.planetworkshops.org/fr/

Indymedia
http://www.indymedia.org/fr/

Les infosolutions de Reporters d’Espoirs
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/05/reporters-despoirs-un-veritable-impact.html

Le point de vue d’Actu Environnement
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/07/actu-environnement-existe-depuis-6-na.html

Le blog d’Alice Audouin
http://www.aliceaudouin-blog.com/

lundi 5 octobre 2009

Les hauts et les bas d’HP sur le chemin de la citoyenneté



Une entreprise, qui s’est placée sous la bannière de l’éthique, doit aussi savoir être rentable. Et, ses dirigeants doivent en principe être exemplaires. Hewlett-Packard (HP) en est un cas d’école, car sa réputation n'a pas été définitivement ternie par plusieurs crises majeures.

Patronne considérée comme l’une des femmes les plus influentes des Etats-Unis, Carly Florina (en photo ci contre), qui avait initié la fusion de son groupe avec Compaq, en a fait les frais. Guidée par cette femme énergique, HP s’était hissé en peu de temps aux Etats-Unis dans le club envié des entreprises les plus citoyennes. En 2001, le constructeur d’ordinateurs fut en effet classé au second rang des « best corporate Citizen » par la revue Business Ethics, derrière Procter & Gamble, notamment du fait de sa politique de diversité.


Pour la petite histoire, HP devançait alors Fannie Mae, en troisième position, distingué pour sa politique envers les minorités. La notion de réputation est fluctuante puisque cet organisme de refinancement hypothécaire américain, pris dans la tourmente des subprimes, est devenu célèbre lorsqu’il fut sauvé de la banqueroute par l'Etat fédéral en septembre 2008. En 2009, 213 employés de Fannie Mae et Freddie Mac, devaient même toucher des primes de plus de 100.000 dollars, ce qui a provoqué un scandale outre-Atlantique.

Dans un discours enflammé à Minneapolis en septembre 2001, Carla Fiorina indiquait que dans une économie de la connaissance, le partenariat, la confiance et la fiabilité sont vitaux. C’est pourquoi, selon elle, dans une économie où le capital intellectuel est devenu la monnaie d’échange, le comportement de l’entreprise est devenu la grille d’analyse à partir de laquelle on est jugé, par ses clients, ses employés et ses actionnaires. Les entreprises, qui interviennent à l’échelle mondiale, doivent redéfinir leur rôle pour donner une impulsion susceptible d’avoir un impact sur les individus, les compagnies, les communautés et les nations, pour ce qu’il a de mieux. Avec des individus, non seulement créateurs de valeur, mais aussi de valeur sociales, d’une manière systématique et durable.

Alors qu’elle fustigeait le diktat des résultats à court terme et la promesse de résultats rapides que sur la création d’une valeur durable, cette égérie de l’entreprise citoyenne n’a pas tardé à subir une douche froide. A la suite de mauvais résultats du nouveau géant de l’informatique et de suppressions d’emploi massives, Carly Fiorina allait être remerciée en février 2005. Néanmoins, HP figurait encore en seconde position dans le classement 2006 de « Business Ethics 100 Best Corporate Citizens ».

Le groupe informatique tirait ainsi les dividendes de mesures anciennes, comme le lancement en 2000, HP du programme Digital Village , qui visait à établir des centres informatiques dans des villages en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Selon Sid Reel, vice président de l’intégration et de la diversité «Dans de nombreux cas, ils finissent par devenir des centres communautaires, où les enfants et les personnes âgées se retrouvent pour se former à la technologie avec des tuteurs" Sur le front de l'environnement, HP réduit les émissions de gaz à effet de serre en diminuant les voyages de ses employés et en utilisant une énergie renouvelable. L’accent sur le respect de l’environnement est de plus en plus intégré dès la conception des produits, sous l’aval de Planet Partners notamment à travers un service de recyclage du matériel informatique et des consommables d'impression HP. Pour David Lear, responsable de la RSE, HP a tenté «d'établir un standard modèle de recyclage, et l'a partagé avec ses concurrents».

En janvier 2005, TRUSTe, la principale ONG américaine en matière de respect de la vie privée dans les applications informatiques, et l'institut Ponemon, également basé aux Etats-Unis, ont décerné à HP le prix « The Most Trusted Company for Privacy » (Entreprise la plus respectueuse de la vie privée). Peu de temps après, Patricia Dunn, présidente du conseil d'administration, allait pourtant démissionner en septembre 2006, à la suite d’une affaire d’espionnage interne. Du fait de ce scandale, HP a ensuite été exclu des classements de meilleures entreprises citoyennes en 2008, avant d’y revenir en 2009.

Dans les faits, malgré un plan social et une affaire d’espionnage, HP semble tirer profit d’un travail de longue haleine dans sa politique de ressources humaines, en accordant toute sa place à la question centrale de la diversité. Sa chaîne logistique (supply chain) intègre également les exigences de la RSE. Ce travail de fourmi a notamment été réalisé avec plusieurs ONG. En avril 2008, HP a été la première entreprise technologique à publier une liste de tous ses principaux fournisseurs

HP a donc su surmonter les crises sans cesser de s’adapter à ses parties prenantes. Il a fait évoluer certains produits, qui contenait des substances toxiques, dans le sens demandé par Greenpeace. HP a également été classé en septembre dernier comme « la multinationale américaine le plus verte » par Newsweek. Cette position enviable tient à la baisse de ses émissions de gaz à effet de serre. Elle est aussi la première entreprise à calculer ses émissions dans la supply chain.

Pour aller plus loin : Newsweek : The Greenest Big Companies in America
http://www.newsweek.com/id/215577

HP : Chaine logistique
http://h41131.www4.hp.com/ch/fr/press/l-engagement-de-hp-en-faveur-de-la-responsabilit--sociale-au-sein-de-la-cha-ne-logistique.html

HP et l’environnement
http://electronique.branchez-vous.com/2009/10/hp_preoccupe_par_lenvironnemen.html

HP : discours de Minneapolis.

http://www.hp.com/hpinfo/execteam/speeches/fiorina/minnesota01.html

jeudi 1 octobre 2009

Inoxydable face aux ONG, Exxon Mobil voit la vie en rose jusqu’en 2030





Fondé en 1870, Exxon Mobil Corp. dispose de plusieurs marques commerciales : Esso, Mobil et Exxon. Selon YahooFinance, ce géant de l’industrie pétrolière a dégagé l’an passé un chiffre d’affaires de 477 milliards de dollars pour un résultat net de 45 milliards de dollars. Une performance inégalée dans toute l’histoire de Wall Street. Le logo ci contre a été conçu par Greenpeace.

La société emploie 80.000 employés, dont 37% aux Etats-Unis. En mars dernier, Exxon annonçait qu’il comptait investir 29 milliards de dollars cette année. Le groupe entend développer prudemment de nouveaux champs pétrolier et gazier afin de faire face à la hausse continue de la demande en hydrocarbures, qu’elle anticipe jusqu’en 2030. Ses prévisions s’appuient sur la croissance démographique dans le monde et sur l’enrichissement de la population dans de nombreux pays en croissance.

Malgré des initiatives dans le sens du développement durable, Exxon Mobil traine une réputation sulfureuse, liée notamment à la catastrophe du pétrolier Exxon Valdez en 1989. Les écologistes l’accusent surtout d’avoir été un des acteurs les plus actifs en termes de lobbying pour contester l’existence du réchauffement climatique. Un article de Brigitte Perucca dans Le Monde du 22/07/2009 soulignait « la présence de plusieurs anciens d'Exxon dans l'entourage de l'ancien président américain George Bush ».

Le groupe pétrolier, dont tous les mouvements sont épiés, a attiré l’attention des ONG ces dernières années, au sujet du projet pétrolier et gazier Sakhaline II en Russie. Il est situé sur l’île de Sakhaline, à l’est du pays, et devrait coûter plus de 22 milliards de dollars. C’est ce que signale la dernière Newsletter de Gondwana Agency : « Depuis plusieurs années, le Panel de conseil scientifique sur la baleine grise occidentale demandait aux sociétés pétrolières et aux membres du consortium de Sakhaline Energy Investment Company de suspendre leurs tirs d’exploration sismiques pendant l’été, saison où les baleines viennent se nourrir sur les côtes des îles Sakhaline. Le bruit chasse les cétacés de leur aire nourricière menaçant la survie d’une des espèces les plus menacées au monde. »

Deux acteurs majeurs, Shell et Gazprom, ont fini par accepter de geler leurs activités de prospection de juillet à octobre 2009. Mais, leur initiative pourrait se révéler inutile car elle n’a pas été suivie par Exxon, Rosneft et BP, si bien que le WWF a collecté une pétition de 50 000 signatures. Les trois groupes pétroliers, qui font la sourde oreille, ne participent d’ailleurs pas aux réunions du Panel scientifique contrairement à Shell et Sakhaline Energy.

La création de ce panel était pourtant un préalable exigé par les banques présentes dans le projet. Elle constituait même une de leurs conditions de prêt, afin de connaître l’impact du projet sur les baleines grises et conseiller les industriels pour l’atténuer. En 2008, l’ONG les Amis de la Terre avait même mis en garde les grandes banques commerciales et les agences de crédit à l’exportation qui étaient sollicitées. L’équipe de Novethic, dans un article du 29 septembre, signale que les prêts ont été accordés en 2008. Selon Patrick Bader, responsable développement durable du pôle investissement de BNP Paribas, l'un des prêteurs, « si les conditions n'étaient pas remplies [...] et aucune solution satisfaisante n'était trouvée, le prêt deviendrait exigible ».

Mais, il existe également une contestation en interne, qui cherche à faire évoluer le géant pétrolier. Lors de la dernière assemble générale du groupe à Dallas en mai 2009, Rex W. Tillerson a été questionné à la fois sur sa rémunération et sur sa politique environnementale. Il aurait gagné 23,9 millions de dollars en 2008. Un gestionnaire d’actifs a même précisé que si Rex Tillerson partait à la retraite à 65 ans, il quitterait le groupe avec un « package » de 670 millions de dollars.

Selon l’agence AP Business Writer, des « activistes » ont loué son concurrent Chevron pour ses efforts de suivi sur la teneur en carbone de ses produits et mis au défi Exxon de faire de même. Représentant un investisseur institutionnel, Patricia Daly des Sœurs de Saint-Dominique à Caldwell, New Jersey, a souligné que Chevron a montré se bonne foi et se préparait à un avenir où les émissions de carbone seront plus étroitement réglementées. En ce qui concerne Exxon Mobil, dit-elle, "je ne suis pas encore convaincue que nous sommes prêts."

Ann Roberts Rockefeller, une descendante de John D. Rockefeller, a proposé de lancer une étude sur les effets probables du changement climatique. Elle a souligné que si la société ne donnait pas la priorité aux énergies renouvelables, elle finirait par souffrir. Néanmoins, au final, les onze résolutions déposées par des actionnaires réformistes ont été rejetées. L’assemblée 2008 avait déjà été assez houleuse avec des slogans comme « ExxonMobil se comporte maintenant comme un dinosaure. ExxonMobilosaurus Rex doit disparaître !"

De son côté, Exxon Mobil prend des initiatives en direction de la société civile. Il a ainsi noué un partenariat avec Changemakers d'Ashoka et le Centre international de recherche sur les femmes (International Center for Research on Women, ICRW). Ils ont décidé de lancer une initiative visant à aider les femmes des pays en voie de développement à réaliser leur potentiel économique grâce à la technologie et à l'innovation. L’annonce en a été faire au Clinton Global Initiative en septembre dernier. L'engagement du programme Technologies, pour la première année, s’élève à 1,5 million de dollars.

Ce programme, intitulé Technologies, doit contribuer à l'identification et au déploiement de technologies et d'innovations pouvant améliorer la qualité de vie et permettre aux femmes de participer plus pleinement à des activités génératrices de revenus. Il fait partie de l'Initiative d'ExxonMobil en faveur des opportunités économiques pour les femmes (Women's Economic Opportunity Initiative), qui a été lancée en 2005 et dans lequel plus de 20 millions de dollars ont été investis au profit de femmes de 64 pays en voie de développement.

Pour aller plus loin
Exxon Community & Society
http://www.exxonmobil.com/Corporate/community.aspx

L’enquête de Novethic
http://www.novethic.fr/novethic/planete/environnement/biodiversite/sakhaline_baleines_grises_menacees_par_petrole_offshore/121688.jsp

Le dossier des Amis de la Terre
http://www.amisdelaterre.org/-Sakhalin-Russie-.html

Sakhalin Environment Watch

http://www.sakhalin.environment.ru/en/index.php?section=introduction