jeudi 24 février 2011

Les Restos du Cœur, Danone et Carrefour au secours des plus démunis








Comme chaque année, Les Restos du Cœur lancent leur grande collecte annuelle de dons. Elle se tiendra les 4 et 5 mars prochains. Une nouvelle fois, Carrefour et Danone contribuent à l’opération dans le cadre d’un partenariat à plusieurs étages: mobilisation les jours de collecte, mécénat de compétence tout au long de l’année et opération promotionnelle du 16 au 22 Mars durant laquelle 1 repas est offert aux Restos du Coeur pour l’achat de 4 produits.

Le soutien de ces partenaires s’avèrent précieux, puisque l’année dernière, à la même période, plus de 1.100 bénévoles Danone avaient concouru à cette campagne de solidarité. En 2009, 1.054 collaborateurs Danone avaient récolté 1 270 tonnes de denrées, soit 1/3 de la collecte globale en France.

En marge de cette opération, les blogueurs sont également invités à diffuser l’information. En effet, pour chaque billet publié sur Les Restos du Cœur, Danone et Carrefour s’engagent à offrir 10 repas à l’association. En 2010, la mobilisation de 1.457 blogueurs avait permis d’offrir 16.675 repas.

Dans ce cadre, Choc des Valeurs vous propose un petit éclairage sur le budget des Restos du Cœur, qui existent depuis 1985 et qui bénéficient d’une popularité inégalée.

En 2009/2010,
  • les Restos ont accueilli 830 000 personnes, soit 30.000 de plus que l’hiver précédant, qui avait déjà connu un accroissement « record ». 
  • Au total, 103 millions de repas ont été fournis durant cette seule campagne. 
  • Ce n’est possible que grâce au dévouement de près de 60.000 bénévoles.
En juin 2009, la Cour des Comptes a souligné la bonne maîtrise des coûts du mouvement, ainsi que sa capacité à utiliser efficacement les fonds reçus par ses nombreux donateurs. Entre 2009 et 2010, le ratio des frais généraux a même baissé de 8,3% à 7,6%. 

Le graphique ci-dessus détaille la provenance des ressources collectées par l'association (pour 100 euros collectés).

Le compte Emplois et Ressources 2009/ 2010 est arrêté au 30/04/2010 : les ressources atteignent 150 millions d’euros, 7 fois plus que celles de la Fédération Française des Banques Alimentaires. Les ressources collectées auprès du public s’élèvent à 66 ME (+12,5%) et les subventions à 53 ME.

Point fort de l’association, Les Enfoirés apportent 27 ME dans les caisses, soit 18% du budget annuel. Les 37 artistes présents en 2009/2010 ont attiré plus de 60.000 spectateurs, 11,6 millions de téléspectateurs et enclenché des centaines de milliers de ventes de CD et de DVD (en légère baisse cependant en raison de la crise dans ce secteur). L’association se félicite de l’incroyable investissement du groupe qui anime les Enfoirés, à la tête duquel se trouve toujours Jean-Jacques Goldman.

Au final, le mécénat et le partenariat d’entreprise ne procurent que 2 millions d’euros. Mais, les Restos du Cœur précisent que les actions d’aide au retour à l’emploi et la participation à la collecte nationale de plus de 2 000 salariés viennent s’y ajouter. Même si les entreprises ne représentent pas la principale ressource des Restos, l’association veille dans ce type de partenariat à protéger son image.

Dans sa coopération avec le monde des affaires, l’association poursuit plusieurs objectifs : obtenir des moyens supplémentaires pour ses actions, des dons de compétences, et des débouchés pour les personnes en insertion professionnelle dans ses structures de retour à l’emploi. L’association caritative compte aussi sur une incitation des salariés des entreprises partenaires à donner des titres restaurants ou à se porter bénévole.

Outre une aide financière, le mécénat peut donc prendre diverses formes :

- un mécénat de compétence avec, soit des crédits d’heures de compétence disponibles, appelables selon les besoins des Restos ; soit des mises à disposition de salariés compétents qui viennent l’aider in situ.

- un volet dons en nature , y compris des produits « plaisir ». A ce titre, la collecte nationale et les opérations de récupération de denrées auprès d’entreprises agro-alimentaires ou de grandes surfaces permettent de récolter des stocks complémentaires.

- une aide aux personnes accueillies sous forme d’offre de formations ou d’emplois.

- des opérations produit partage, à condition qu’elle s’insère dans un contexte "plus global" de mécénat.

Quelques exemples récents de partenariats :

- rappelons que l’association a aussi créé dans les années 90 une structure sur-mesure : les Restos Bébés du Cœur, (environ 70 structures). Des professionnels bénévoles y apportent leur compétence: puéricultrices, sages-femmes, infirmières, pédiatres, assistantes sociales, etc. Les responsables de ces structures ont bénéficié de trois formations, dont “Hygiène et soins du bébé” et “Nutrition infantile” assurées par des entreprises partenaires.

- en 2009, 50.000 trousses « Beauté du Cœur » avaient été spécifiquement conçues et adaptées pour les différents publics hommes, femmes et enfants par la Fondation L’Oréal. Distribuées lors de la campagne d’hiver 2009/2010, elles contenaient des produits d’hygiène de première nécessité. Il s’agissait de permettre aux bénéficiaires de prendre soin d’eux et d’améliorer leur quotidien, premier pas pour retrouver leur dignité, l’hygiène étant indispensable à toute démarche de réinsertion.

- Les Ateliers de l'Equilibre: Destinés aux personnes accueillies par les Restos du Cœur, ces ateliers associent un cours de cuisine et une formation à l'équilibre alimentaire. Avec l'aide d'un cuisinier Sodexo, les participants réalisent un repas complet avec les produits des Restos du Cœur, et suivent une formation animée par une diététicienne. Le repas préparé est ensuite partagé sur place par toute l'équipe.

- Sodexo contribue également à la réinsertion professionnelle des personnes en difficulté. Ces dernières années, plus de 70 bénéficiaires des Restos du Cœur ont ainsi rejoint le groupe de restauration.

- enfin les Restos proposent également du microcrédit social avec des banques partenaires. Le financement du programme n’est pas assuré par l’ONG, mais par des partenaires bancaires. À l’inverse, le suivi humain et l’accompagnement sont intégralement effectués par les bénévoles des Restos.


Martin Hirch
envoyé par BuzzParadise. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

Une mise à jour de ce post faite en 2015 est disponible au lien suivant :  

http://bit.ly/1DGQ0MB

Pour aller plus loin :

http://www.restosducoeur.org/

Les dessinateurs aux côtés des restos du cœur : un dessin = 10 repas
http://www.bedeo.fr/actualites-bd/les-dessinateurs-aux-cotes-des-restos-du-coeur-un-dessin-10-repas-101816

Olivier Berthe : "Chaque hiver, les Restos du coeur sont plus débordés"
http://www.eco-life.fr/print_article.php?id_article=2247

Revue des Marques - numéro 61 - janvier 2008. Procter & Gamble : Le développement durable au coeur de la mission d’entreprise
http://www.prodimarques.com/documents/gratuit/61/Le-developpement-durable-au-coeur-de-la-mission-dentreprise.php



vendredi 18 février 2011

Les dérivés climatiques restent difficilement accessibles au Rwanda



Les dérivés climatiques sont des produits financiers, qui permettent de se prémunir contre certains phénomènes climatiques (manque de pluie, trop de neige, absence de vent, chute de la température, insuffisance de soleil, etc…).Ils sont accessibles auprès de courtiers ou négociables sur des places de marché comme Chicago ou BlueNext.

Ils sont achetés par les entreprises, qui souhaitent préserver leur chiffre d’affaires, leur cash flows ou leur approvisionnement face à un aléa climatique bien identifié. Les collectivités locales des pays développés s’y intéressent aussi de plus en plus. Ils existent en France depuis longtemps sous une forme légèrement différente, l’assurance récolte.

Ces outils, qui semblent permettre de dompter la fatalité, commencent à être adaptés dans les Brics et les pays en voie de développement. Ils s’intègrent dans une offre de micro-assurance, comme le « Microtakaful » en Egypte. Ces produits sont conçus pour être faciles à comprendre. Ils donnent le droit à des paiements prévisibles, basés sur des données indéniables (ex : précipitations) relevées par les Instituts météo. La construction de ces produits basés sur des indices a reçu le soutien de la Banque mondiale et de grands intervenants de l’assurance et la réassurance. Néanmoins, la revue spécialisée Artemis constate que la micro-assurance climatique a du mal à percer.

Au Rwanda, qui compte 11 millions d’habitants, près de 80% de la population vit de l’agriculture, ce qui représente 30% du PIB du pays. Le succès des cultures dépend des précipitations sur deux saisons. La première, qui s’étire de septembre à mars, n’a pas été bonne. La faiblesse récente des précipitations a ainsi pesé sur le rythme de croissance de l’économie en 2010, alors que la hausse du PIB avait atteint 7,4% en 2009. Outre la nécessité de l’autosuffisance, il faut aussi pouvoir nourrir le bétail.

Il existe quelques initiatives en micro-assurance dans le pays, notamment MicroEnsure, qui a mis en place un indice météo pour l'assurance-récolte. L’agence de microfinance MicroEnsure a été initiée par Opportunity International et a bénéficié d’un don de 24 millions de dollars de la Bill and Melinda Gates Foundation. MicroEnsure était déjà présent au Ghana, au Kenya, en Tanzanie et en Asie (Inde, Philippines).

MicroEnsure est actuellement soutenu par plusieurs entreprises, dont le réassureur allemand Munich Re, un géant dans le secteur qui a décidé de chercher des solutions pour s’adapter au changement climatique. The Munich Climate Insurance Initiative (MCII) a ainsi été lancée en avril 2005. Elle rassemble des assureurs, des experts du climat, des ONG et des chercheurs.

MicroEnsure bénéficie aussi d’un partenariat précieux avec la compagnie d’assurance sud-africaine Hollard Insurance, qui est présente dans les activités Vie et Non Vie (dommages). La famille Enthoven, qui est à l’origine du groupe et qui est encore majoritaire, se préoccupe clairement des questions de développement. Hollard est aussi présente en Namibie, au Mozambique, au Botswana, au Nigeria, en Inde, au Pakistan, au Royaume Uni et en Australie.

Henry Kangwelema and Geresomo Chimpopi from MicroEnsure on Vimeo.

Mais, pour Artemis, l’offre de micro assurance n’a pas atteint l'échelle suffisante au Rwanda pour provoquer une véritable différence. Cette situation est à déplorer, car les bénéfices de la micro assurance ne font pas de doute: l’insécurité économique des paysans leur ferme l’accès aux crédits bancaires, les établissements financiers craignant de ne pas être remboursés. Le développement des dérivés climatiques passerait aussi selon la revue par la prise de conscience des assureurs, qu’il existe bien pour eux un marché et un moyen de se diversifier. Malheureusement, si cette mutation des comportements ne se produit pas rapidement, les populations locales pourraient se détourner du concept.

C’est pourquoi l’Etat rwandais discute avec les banques et les assureurs pour tenter d’accélérer le mouvement. Néanmoins pour Esther Duflo, auteur de «La Politique de l’autonomie» publié en janvier 2010 à la République des Idées, ce type de produits aurait besoin d’être au moins partiellement subventionnés.

La question se pose en effet sur la capacité des paysans africains à tout prendre en charge. Pour rappel, Axa Re (devenu depuis Partner Re) avait mis en place en 2006 un contrat d'assurance pour l'aide humanitaire d'urgence à l’Ethiopie. Initié avec le soutien des Nations Unies, il s'agissait de pouvoir débloquer très rapidement 7,1 millions de dollars en cas de sécheresse extrême en Ethiopie pendant la saison agricole 2006.

Les mesures ont été effectuées sur la base des données pluviométriques fournies par 26 stations météo réparties sur le territoire. Le modèle avait été construit sur la base d'une perte potentielle affectant 17 millions d'agriculteurs. Au final, les précipitations furent assez généreuses, si bien que le contrat en est resté là. Le coût de la couverture s'était élevé à 930.000 dollars.

Pour aller plus loin :

http://www.microensure.com/

Article source vu sur Artemis.
15/02/ 2011 “Weather index insurance not accessible enough in Rwanda?”
http://www.artemis.bm/blog/2011/02/16/weather-index-insurance-not-accessible-enough-in-rwanda/

Munich Climate Insurance Initiative
http://www.climate-insurance.org/front_content.php?idcat=858

Concernant Hollard Insurance

Hollard dispose également d’un foundation, qui apporte des ressources humaines et financiers à des ONG qui s’occupent des orphelins et des enfants vulnérables.

La compagnie participe également au Take a Girl Child to Work Day. « Montrez votre bureau à une jeune fille » est un événement d’une journée qui se tient en Afrique du Sud tous les ans depuis 2003. Les entreprises concernées reçoivent les enfants, généralement issus de milieux défavorisés, sur leur lieu de travail, pour les sensibiliser à la vie active. L'initiative est organisée par Cell C, un fournisseur de services cellulaires. C’est le plus grand évènement de volontariat dans ce pays.
http://en.wikipedia.org/wiki/Take_a_Girl_Child_to_Work_Day

La micro assurance, à quoi ça sert ?

L’objectif de la micro-assurance est de permettre aux plus démunis de faire face à des évènements majeurs et imprévisibles, là où l’épargne ne peut suffire : habitation, santé, décès, vol, récolte, bétail, etc. Ces produits innovants pourraient à terme concerner 4 milliards d'individus gagnant moins de 4 dollars par jour, principalement dans la région Asie Pacifique. C’est la conclusion d’une excellente étude de Swiss Re, qui a publié un rapport en décembre 2010, “Microinsurance - risk protection for 4 billion people”, disponible au lien suivant
http://www.swissre.com/media/media_information/New_Swiss_Re_sigma_study_highlights_the_significance_and_potential_of_microinsurance.html

Pour Marc Nabeth de CSGI Consulting, le succès de la micro assurance passe aussi par la prise en compte des spécificités culturelles, le monde des assureurs étant très éloigné de la réalité de la vie quotidienne des populations rurales (cf. la vidéo plus bas).


Le livre d’Ester Duflo, fondatrice du J-Pal
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/01/esther-duflo-encourage-lexperimentation.html

Le film de Wim Wenders sur le microcrédit
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/02/omd-objectifs-du-millenaire-pour-le.html

samedi 12 février 2011

Capital Terre : Guy Lagache dévoile le revers de nos jeans et de nos téléphones portables


Nicolas de Tavernost, président du directoire du Groupe M6, a indiqué dans une interview en janvier dernier que M6 avait dépassé en 2010 son niveau de recettes publicitaires de 2008. En 2011, « le groupe va augmenter au minimum entre 5 et 10% ses investissements dans les programmes, si le marché publicitaire continue d'être satisfaisant ». M6 dispose d’une part d'audience d’environ 10 % et revendique la place de deuxième chaîne française des moins de 50 ans.

Un de ses atouts reste le rendez vous dominical avec le magazine Capital, une semaine sur deux. La diversification récente de cette émission dans le développement durable avec Capital Terre constitue un virage intéressant. Mais, il ne s’agit pourtant selon ses réalisateurs que d’ « une prise de conscience récente », liée selon leur témoignage à la flambée des prix pétroliers en 2005.

Impossible pour ces observateurs du monde des affaires et de la société d’ignorer la santé de la planète et le bien être des générations futures. Les producteurs de Capital Terre ne font pas du plaidoyer. Ils se reconnaissent volontiers novices sur des nombreux sujets et préfèrent s’inspirer de leur vie quotidienne.
Il ne s’agit pas de faire un constat culpabilisant, mais de montrer que nos faits et gestes - même le plus anodins – peuvent avoir des conséquences incroyables à l’autre bout de la planète.
Diffusé le 24 mars 2010, le premier volet de Capital Terre, consacré à l’alimentation, a rassemblé 3,3 millions de téléspectateurs (13,7 % sur les 4 ans et + et même 17,5 % sur les ménagères de moins de 50 ans). Ce 1er numéro aurait même poussé le groupe de distribution Casino à engager une réflexion sur l’huile de palme.

Malgré ces chiffres, il a sans doute fallu une certaine conviction pour y donner une suite en prime time. En effet, la question de l’environnement a été surexploitée et le Climate Gate a également jeté la suspicion. Difficile de savoir si l’environnement fait encore vendre. Jeudi dernier, dans « Paroles de Français » sur TF1, l’écologie est restée le parent pauvre des débats.

M6 a néanmoins décidé d’enfoncer le clou. En mars 2010, TVmag.com indiquait qu’en lançant Capital Terre, Jérôme Bureau, directeur de l'information à M6, a tenu à ce que trois conditions soient respectées: ne pas démoraliser les téléspectateurs, les faire voyager à travers le monde et leur apprendre des choses. C’est pourquoi les tournages prennent du temps et peuvent se dérouler dans des conditions difficiles. Le programme reviendrait au final assez cher.

Le prochain documentaire, qui sera diffusé mercredi soir, répond bien à cette feuille de route, avec notamment un reportage en RDC en zone de guerre et dans des zones reculées de la Chine. Son titre parle de lui même « J’achète, je jette: comment consommer sans piller la planète ? »

Bande annonce :


Il en ressort que ceux qui détruisent leur environnement (coton par ex.) ou qui extraient illégalement certains minerais au Congo (le coltan utilisé dans les téléphones et ordinateurs portable ou encore la cassitérite, minerai d'étain utilisé dans la soudure) le font pour répondre à une demande croissante.

Une minorité d’entre eux accumule même des profits significatifs, d’autant plus aisément que les ressources utilisées sont peu couteuses (main d’œuvre bon marché, dérivation de cours d’eau).

Nous voulions faire un documentaire ou le reporter emmène le téléspectateur en enquête, avec lui, aux quatre coins du monde. Une sorte de voyage, d’exploration pour trouver des réponses aux questions que l’on se pose sur le lien entre notre mode de vie ici en Europe et l’évolution de la planète.

En Chine, à « Cow Boy City » (Dongguan City), la capitale mondiale du jean, les anciens ne peuvent plus pêcher contrairement à leur enfance, les rivières étant souillées par les teintures toxiques de nos jeans. Ils estiment pourtant avoir gagné au change, car ils ont accès à leur tour à la société de consommation. Mais, il existe aussi des exclus du système, comme ces éleveurs de la Chine du Nord, rencontrés par Guy Lagache. Leurs familles se sont dispersées, car l’eau des rivières s’est tarie, à cause de la culture intensive de l’or blanc. Pour produire un 1kg de coton, il faut en effet 11.000 litres d’eau en moyenne. La frontière entre l'économie et l'écologie est étroite.

A l’autre bout de la chaîne, les donneurs d’ordre, les distributeurs de vêtements, génèrent avec brio une frustration permanente chez les consommateurs. Les collections se succèdent les unes aux autres tous les 8 jours à des prix défiant l’entendement. Certains Français, interviewés dans le reportage, accumulent les jeans, sans savoir que leur fabrication nécessite 5.000 litres d’eau, soit l’équivalent de plus de 80 douches. Ils participent ainsi à la boucle jusqu’à l’épuisement.
Il faut en moyenne 1.000 points de soudure à l’étain pour fabriquer un téléphone portable. Au rythme actuel d’extraction de cette matière première utilisée entre autres dans les circuits électroniques, il ne reste plus que 20 ans de réserves. 20.000 casques bleus sont stationnés en RDC, où se situent de gros gisements.
A l’opposé, du côté des solutions, une entreprise irlandaise du recyclage transforme les résidus de plastique en carburant diesel. Dans une commune italienne, certains emballages sont biodégradables (à base d’amidon de mais). Une matière, qui se métamorphose en fin de cycle en engrais naturel. Aux Pays-Bas, on tisse des jeans à base de fibres d’orties, respectueuses des écosystèmes.
Nous avons voulu donner aux citoyens les clefs pour comprendre « le pourquoi du comment » afin qu’il puisse prendre conscience des enjeux environnementaux dans ses choix quotidiens et donc agir en connaissance de cause.
Le défi de toutes ces initiatives surprenantes est de sortir le stade expérimental, celui des bureaux d’étude, pour atteindre des volumes susceptibles de constituer une offre alternative crédible aux produits low cost ou à la décharge municipale. Une bonne occasion offerte par ce documentaire de découvrir des pépites du green-business européen, à deux pas de chez nous.

Cette enquête a été présentée au personnel de la chaine privée, ce qui semble une démarche intéressante en terme d’entraînement. Rappelons par ailleurs que la Fondation du Groupe M6, créée en 2010 un budget de 2.500.000 euros sur cinq ans, soutient les actions audiovisuelles proposées aux personnes incarcérées, ainsi que les dynamiques de réinsertion initiées par le Ministère de la Justice.

Notre avis :
L’équipe de Guy Lagache décortique le cycle de vie de certains produits. Elle révèle ainsi des engrenages fatals, mais aussi l’amorce de certains cercles vertueux. Elle s’appuie sur une forte capacité d’étonnement. Le regard sur les aspects écologiques de nos échanges est complété par un constat humaniste sur les conséquences sociales souvent insoupçonnées de nos actes quotidiens. Un troisième volet de Capital Terre est d’ores est d’ores et déjà prévu.

Un documentaire réalisé par Guy Lagache, Jean- Bernard Schmidt et Emmanuel Leclercq diffusé mercredi 16 février à 20h45 sur M6.
Plus d’infos : www.m6.fr/emission-capital_terre/



Pour ceux qui veulent creuser les sujets abordés dans ce N°2 de Capital Terre:

Un livre de référence
Erik Orsenna. « Voyage aux pays du coton. Petit précis de mondialisation. »
Le Livre de Poche.

Coloration des jeans. Le rapport de Greenpeace (01/2010) cité dans le reportage “Poisoning the Pearl: An investigation into industrial water pollution in the Pearl River Delta”
http://www.greenpeace.org/eastasia/press/reports/pearl-river-report-2

Le site Internet d’une ONG, Enough Project, qui connaît les problèmes du Nord Kivu
http://www.enoughproject.org/

Sur les bio-plastiques, la Success story de Novamont
Société italienne, Novamont SpA connaît actuellement une croissance à deux chiffres. Leader dans la production de bioplastiques issus de matières premières renouvelables d'origine agricole, Novamont a déposé de nombreux brevets.
http://www.novamont.com/default.asp?id=504

Carrefour Italia :Sacchetti di plastica addio
http://www.carrefouritalia.it/news/news_comunicati/2010/news--Sacchetti--di--plastica--addio--2009-07-17_5.html

Un extrait du 1er numéro de Capital Terre


Capital 7 milliards sur la Terre ( huile de palme )
envoyé par doc-tor-who. - Regardez les dernières vidéos d'actu.

Sur les difficultés que rencontrent les journalistes pour évoquer l’environnement : « La science à l’épreuve des médias »
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/03/la-science-lepreuve-des-medias.html

jeudi 10 février 2011

Les ONG africaines déploient la révolution numérique sur le terrain

Tous les acteurs participent à la « révolution numérique » dans les pays en développement, Etat, entreprises, mais aussi les ONG. Le terme de révolution reflète les profondes mutations apportées par la magie des nouvelles technologies de l’information (téléphonie mobile, Internet et satellite). Ces outils à fort effet de levier génèrent de nouveaux usages pour d’innombrables utilisateurs, jusque-là laissés à la marge, englués dans le « fossé numérique », une exclusion aussi baptisée "fracture numérique".

En Afrique, où Internet passe souvent directement par la téléphonie mobile, les associations de terrain imaginent de nouvelles applications, qui répondent besoins spécifiques de la population locale, tels qu'elles peuvent les observer sur place. Il peut bien sûr s’agir de pratiques déjà expérimentées ailleurs, comme en Inde, mais souvent ce sont de véritables innovations sociales, qui n’existent nulle part ailleurs, du sur-mesure souvent d'abord expérimental.

Le savoir-faire des ONG est éprouvé, puisque le jury du Forum NetExplorateur 2011 vient de reconnaître l’originalité et l’utilité sociale de la plateforme mPedigree. Développé au Ghana depuis janvier 2008, mPedigree est une organisation à but non lucratif, qui permet aux consommateurs africains de vérifier l’authenticité d’un médicament. Il leur suffit d’entrer le code unique attribué à chaque boîte, le numéro d’identification, via 1 simple SMS.

Cette plateforme innovante est le fruit d’un partenariat avec des entreprises comme HP, l’opérateur mobile Zain, des laboratoires pharmaceutiques et des instances gouvernementales de santé. Ce dispositif est actuellement en cours de déploiement au Niger, en Tanzanie, au Kenya, en Ouganda et au Cameroun. Une initiative encouragée par Ashoka, le Word Economic Forum et TED. La réunion de toutes ces compétences complémentaires s’explique par l’intérêt général que représente ce projet.

La lutte contre le fléau de la contrefaçon (produits toxiques, produits sous dosés, produits sans principe actif) est en effet une priorité internationale. C’est d’ailleurs un des combats de la Fondation Chirac. Selon le site Internet du Leem (Les Entreprises du Médicament), la contrefaçon concerne aujourd’hui 10 % du marché mondial, soit la bagatelle de 45 milliards de dollars. Mais, pour la FDA (US Food and Drug Administration), il faut relativiser ce chiffre en fonction de la zone géographique. Dans certains pays d’Afrique, jusqu’à 50 % des médicaments disponibles sont contrefaits (OMS). Cette pratique criminelle tuerait chaque année plus de 100.000 personnes en Afrique.

Dans son dernier livre, qui a fait l’objet de mon précédent post, Jacques Bonjawo, dirigeant expérimenté qui vient de lancer une start up en télémédecine, décrit la façon dont les technologies de l’information et de la communication (TIC) constituent une opportunité pour les pays en développement. Parmi les nombreux promoteurs de changement qu’il met en évidence, les associations figurent en bonne place.

Au Sénégal, le Trade Point Sénégal (TPS), qui a le statut de Fondation, propose des prestations à ceux qui souhaiteraient se lancer dans le e-commerce, avec des formations dédiées et un service d’incubation.

Au Kenya, le projet DrumNet, lancé par l’ONG Pride Africa, permet aux agriculteurs locaux de se renseigner sur les marchés en temps réel et d’obtenir des conseils techniques. Des centres de soutien ou info-kiosques sont équipés d’un ordinateur, d’une capacité par réseau commuté et d’un téléphone cellulaire, le tout relié au courtier en informations. Ce système propose également aux paysans pauvres d’acheter à crédit des biens de première nécessité pour l’exploitation, comme des engrais et des clôtures. Cette technologie a permis à ces derniers de prendre de meilleures décisions, d’augmenter leur productivité et réduire leur pauvreté.

Autre innovation très originale, des associations récupèrent les caractères non utilisés des SMS. De nombreux SMS comprennent moins de caractères que ce qui est prévu dans les forfaits (160 caractères maximum). Or, ces SMS sont facturés, quelle que soit leur taille. Une entreprise technologique sud-africaine a donc développé un logiciel qui permet aux organisations gouvernementales et aux ONG d’utiliser ces caractères inemployés pour certaines causes. Dans le cadre du projet Masiluleke, ces SMS sont réutilisés pour envoyer des messages de prévention contre le VIH dans la région de KwaZulu-Natal. Un million de DSMS est envoyé par jour qui invite l’abonné téléphonique à se faire dépister et les malades à effectuer leurs visites de contrôle.

Project Masiluleke from PopTech on Vimeo.

L’association panafricaine SchoolNetAfrica, fondée en Namibie en 2000, pousse à l’intégration des TIC dans les programmes scolaires. Elle mène une campagne « Un million de PC pour les écoles africaines ».

L’organisation caritative britannique Computer Aid International récupère les ordinateurs auprès d’entreprises des pays développés, comme Virgin Group, pour les remettre en état et les redistribuer, notamment aux écoles et aux hôpitaux (voir la vidéo). Grosse entreprise de l’Afrique de l’Est, la société Safaricom emploie même des personnes mal voyantes, qui ont suivi le Computer Aid Project à Nairobi.


Pour aller plus loin :

Jacques Bonjawo vient d’achever un ouvrage de référence, dans lequel il décrit la façon dont les technologies de l’information et de la communication (TIC) constituent une opportunité pour les pays en développement : "Révolution numérique dans les pays en développement : l'exemple africain" aux Editions Dunod en partenariat avec RFI.
http://ong-entreprise.blogspot.com/2011/02/la-revolution-numerique-offre-de.html

Associations citées dans ce post

mPedigree
http://www.mpedigree.net/mpedigree/index.php

HP and African Social Enterprise mPedigree Network Fight Counterfeit Drugs in Africa
http://www.hp.com/hpinfo/newsroom/press/2010/101206b.html

Pride Africa
http://www.prideafrica.com/index.php

Project Masiluleke
http://www.nationalgeographic.com/field/projects/project-m/

Envie d'en savoir plus?:


Afrique: L'essor des services médicaux virtuels par téléphone mobile
http://www.balancingact-africa.com/news/fr/edition-en-fran-ais/148/convergence/afrique-lessor-des-s/fr

Le projet d’insertion des jeunes filles de Teyaret dans le domaine de l’Informatique a été initié par l’ONG Fondation des Actions Humanitaires (FAH) en collaboration avec l’Open Society Initiative for West Africa (OSIWA).
http://www.osiwa.org/spip.php?rubrique65

Mobile Experiences in Developing Countries
http://socialmarketing.blogs.com/r_craiig_lefebvres_social/2008/05/mobile-experien.html

AfricanEconomicOutlook.org est né de la mise en ligne du rapport annuel sur les Perspectives économiques en Afrique. Tout comme le rapport, Africaneconomicoutlook.org combine l’expertise de la Banque africaine de développement, du Centre de développement de l’OCDE, de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, ainsi que celle d’un réseau de think tanks et de centres de recherche africains. Sa large couverture du continent et ses méthodes rigoureuses d’analyse en font selon ses propres termes un outil essentiel pour tous ceux qui souhaitent comprendre les développements économiques, sociaux et politiques des pays africains.
L’innovation au service du développement
http://www.africaneconomicoutlook.org/fr/in-depth/innovation-and-ict-in-africa-2009/pro-development-innovative-applications/

Une belle initiative au Brésil, qui a fait tache d’huile :
Le Center for Digital Inclusion (CDI), présent dans 13 pays d’Amérique du sud et qui a touché 1,3 million de bénéficiaire. Fondé en 1995 par Rodrigo Baggio, Ashoka Fellow. Nom d’origine Comitê para Democratização da Informática.
http://cdiglobal.org/



L’Observatoire Netexplorateur

Observatoire indépendant, créé en 2007 par Martine Bidegain et Thierry Happe, sous le haut patronage du Sénat, Netexplorateur cultive une démarche innovante et singulière pour étudier la société numérique en l’approchant par les nouveaux usages. A travers son réseau de captation international, l’Observatoire Netexplorateur défriche le monde à la recherche des usages émergents les plus prometteurs, afin de les faire connaître aux décideurs de son réseau d’entreprises partenaires et adhérentes, aux médias et dirigeants politiques. Pas moins de 500 nouveaux usages sont identifiés chaque année pour nourrir le Palmarès Netexplorateur 100 édité par l’Observatoire depuis trois ans. La 4ème édition du Grand Prix 2011 du Forum NetExplorateur s’est tenue début février dans un lieu symbolique, au Palais de l’UNESCO à Paris.
http://www.netexplorateur.org/


Netexplorateur 2011 (VF)
envoyé par netxplorateur. - Vidéos des dernières découvertes scientifiques.

Vu sur ce blog sur le même thème

En France, le savoir-faire de Reconnect
Face à la pénurie de moyens et aux limites de ce genre d’accompagnement, une solution de sortie de la misère a été imaginée, qui se sert de la technologie au service du lien social.
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/11/les-plus-demunis-retrouvent-du-lien.html

Nokia India se plie en 4
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/08/nokia-india-se-plie-en-4.html

Partenariat entre Ericsson, Zain et The Earth Institute dans la météorologie
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vendredi 4 février 2011

La révolution numérique offre de nouvelles perspectives à l’Afrique



Nous avons rencontré cette semaine Jacques Bonjawo. Ce dernier est ingénieur informaticien et diplômé MBA de l’Université George Washington. Il dirige actuellement Genesis Futuristic Technologies, qui a des bureaux en Inde et à Washington. Il fut senior manager au siège de Microsoft de 1997 à 2006. Impliqué dans l’essor de la télémédecine en Afrique, il a également contribué, avec le soutien de Bill Gates et de la Banque mondiale, au lancement de l’Université virtuelle africaine dont il fut le premier président.

Il a également lancé une start up au Cameroun, Genesis Telecare, qui propose de la télémédecine, notamment dans les zones les plus reculées, qui manquent cruellement de médecins et de spécialistes. Depuis deux ans, cette offre innovante a déjà permis à 11.000 patients d’obtenir un diagnostic pertinent à un prix très modique, principalement en cardiologie.


Cet entrepreneur est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Internet, une chance pour l’Afrique", publié en 2002 aux Editions Karthala. Depuis cette date, la part de l’Afrique dans le total des connexions mondiales est passée de 1 à 7%. Jacques Bonjawo vient d’achever un ouvrage de référence, dans lequel il décrit la façon dont les technologies de l’information et de la communication (TIC) constituent une opportunité pour les pays en développement : "Révolution numérique dans les pays en développement : l'exemple africain" aux Editions Dunod en partenariat avec RFI.

Pour lui, l’Afrique doit s’engouffrer dans la voie ouverte avant lui par l’Inde, qui a obtenu des résultats spectaculaires grâce aux TIC. L’Inde et l’Afrique partagent certaines caractéristiques communes : pauvreté, démographie galopante et jeunesse de la population, illettrisme, multi-confessionnalité, richesse culturelle et linguistique, prépondérance des petites exploitations agricoles. L’Afrique serait dans la situation de l’Inde des années 1980. Une Inde décrite comme ayant réussi à tirer son épingle du jeu de la mondialisation, mais aussi un pays qui est la plus grande démocratie du monde.

« Il n’a aucune raison pour que l’Afrique échappe aux bouleversements induit par les TIC. Il est essentiel que les Africains s’approprient ces technologies pour prendre la place qui leur revient dans le concert mondial plutôt que de laisser les autres décider à leur place leur destin. (…)Faute de quoi la fracture numérique viendra élargir la fracture économique et sociale Nord-Sud qui est déjà considérable»

Cet ouvrage plein d’espoir recense de nombreuses expériences, qui ont eu des conséquences concrètes pour ses promoteurs et pour la population. Jacques Bonjawo parvient à mettre en évidence à quel point le développement de nouveaux services est facilité par la technologie (Internet, téléphonie mobile, diffusion satellitaire) dans de nombreux domaines d’activité. Ces avancées, qui demandent de l’imagination, voire parfois du système D, ne sont pas l’apanage d’un pays en particulier. Les projets éclosent en effet dans tout le continent, parfois simultanément.

Malgré les esprits chagrins, il ressort que les différents apporteurs de solutions innovantes parviennent en général à combler certains handicaps comme la faible vitesse de connexion sur la plus grande partie du territoire africain ainsi que les problèmes d’accès à l’électricité. De plus, au même titre que le social business en Europe, le succès de ces nouvelles applications passe par une étude préalable des coûts : des tarifs modiques proposés aux utilisateurs doivent être compensés par un effet volume et une création de valeur, comme dans l’agriculture le partage des meilleures pratiques, l’accès au marché et à la météo. Surtout, de nombreuses applications sont directement dédiées aux téléphones mobiles, que les Africains se sont totalement appropriés, notamment les plus jeunes.

Les activités qui ont été explorées en Afrique et qui fait figure de Terre promise de ces nouvelles technologies font chacune l’objet d’un chapitre, comme le commerce électronique, la télémédecine et la cybersanté, la cyber agriculture, l’enseignement, notamment professionnel. Les progrès pour les bénéficiaires seront d’autant plus élevés que toutes les initiatives avancent de concert sur tous les fronts.

TV5 Monde. Coup de Pouce pour la Planète - Jacques Bonjawo 8/03/2010


Les révolutionnaires digitaux sont originaires de tous les horizons, notamment des opérateurs téléphoniques comme Orange et MTN. La Banque mondiale a aussi joué un rôle important, sous l’impulsion d’Etienne Baranshamaje, qui a eu l’idée en 1997 de la création de l’Université virtuelle africaine (UVA), dont le siège est à Nairobi. Cette école dispense des cours par satellite, notamment en informatique, mais aussi en journalisme et les énergies renouvelables. L’UVA a noué des partenariats avec l’université Laval et l’Agence universitaire de la Francophonie. A ce jour, plus de 50.000 personnes ont été formées, sans avoir besoin d’aller à l’étranger, pour des budgets réduits au minimum. Les ONG locales fourmillent également d’idées (objet d'un futur post).

Dans la télémédecine, Genesis Telecare a construit son business plan à un horizon de 5 à 10 ans. Pour être viable, il lui faudra atteindre une masse critique de patients. Pour des raisons d’équité, ses services sont moins chers en zones rurales qu’en ville, car il est plus difficile d’y trouver du travail. Cette start up emploie déjà 50 collaborateurs. Ce projet illustre également le rôle que peut jouer la diaspora dans le développement de l’Afrique. Il peut aussi contribuer à redynamiser la médecine locale, cette dernière connaissant une hémorragie chez les diplômés, qui préfèrent s’exiler dans des pays riches.


« Si l’Afrique veut "épouser son siècle", la responsabilité de la doter de structures démocratiques et d’en améliorer la gouvernance incombe au premier chef aux Africains eux-mêmes. »
Le dernier chapitre est consacré à un terme à la mode, la gouvernance. L’auteur insiste pour rappeler que les TIC ont un rôle à jouer dans le processus de démocratisation, comme par exemple la transparence du processus électoral, comme au Sénégal avec l’établissement d’un fichier électoral consultable par tous et la présence des radios dans les bureaux de vote. 

Au Cameroun, le réseau Netwel (Media network for elections) a facilité la couverture des élections de juillet 2007 par les journalistes. La transparence, le désir de participation à la vie publique de la société civile et l’apparition d’espace public électronique pourraient permettre un jour selon l’auteur de faire reculer la corruption et d’accroître en Afrique le nombre de régimes pluralistes.


« On ne peut plus étouffer les gens. La censure est de plus en plus difficile à mettre en oeuvre »
Et ce grâce à Internet et à des supports comme RFI et la BBC. Lorsque le journal algérien La Tribune fut interdit de publication, ses articles furent diffusés sur le site de Reporters sans Frontières. Les blogs permettent aussi à la diaspora d’offrir une information alternative, qui dénonce les dérives, appuie et amplifient les revendications qui émanent de l’intérieur. Ainsi, le site Seneweb, créé par un informaticien sénégalais basé aux Etats-Unis, fait figure de leader d’opinion dans son pays d’origine.

L’auteur insiste fortement sur le rôle de l’éducation, car pour lui, il ne suffit pas d’être connecté, il faut aussi être capable d’utiliser avec un minimum d’efficacité l’outil Internet, de surmonter les réticences vis-à-vis d’un matériel perçu comme étranger et complexe. Comme en Inde, il s’agit d’un enjeu crucial.

L’auteur pourfend aussi le préjugé, qui réclamerait un retrait de l’Etat des TIC. Il lui revient d’éviter un développement anarchique, tout en offrant au secteur privé, qui fourmille d’idées, un cadre propice pour opérer. Il rappelle que les structures étatiques ont joué un rôle déterminant dans le développement des TIC dans les pays du Nord.

Dans ce processus, les femmes devraient occuper une place centrale. Elles sont moins corrompues que les hommes et jouent un rôle majeur dans la famille. Les choses bougent, puisqu’Ellen Johnson Sirleaf est devenue en 2005 la première femme élue démocratiquement présidente d’un pays africain.

Mon avis : 


Ce livre est très documenté et facile à lire. Les initiatives qui y sont citées sont concrètes. Les applications développées en Afrique sont très éloignées de la bulle Internet des années 2000, même si les aspects économiques et de changement d’échelle restent importants. Elles s’inscrivent dans la mouvance de réduction des inégalités à la base de la pyramide. 


Cet ouvrage revêt également un caractère prémonitoire, compte tenu des derniers évènements en Afrique du Nord, car les technologies de l’information favorisent la liberté d’expression et renforcent le désir d’une amélioration de la gouvernance. D’une révolution à l’autr
e.

Pour commander le livre :

Collection: Hors collection, Dunod
2011 - 192 pages - 140x220 mm
EAN13 : 9782100553853 - Prix TTC France 19 €
http://www.dunod.com/informatique-multimedia/ouvrages-generaux-dictionnaires/ouvrages-generaux-dictionnaires/revolution-numerique-dans-les-pa

Pour en savoir + sur l’auteur
http://www.jacquesbonjawo.com/

Le site de la société de télémédecine
http://gentelecare.com/

Pour aller plus loin :

Interview de l’auteur par RFI









INVITE AFRIK du 4/02 Jacques BONJAWO nelle techno

(05:28)






















Une interview de Jacques Bonjawo sur wagne.net : « Il est important de démocratiser l’accès aux TIC »
http://www.wagne.net/wagnenet2/index.php?option=com_content&view=article&id=155&catid=19

Revue Les Afriques : Interview de Marc Rennard, directeur exécutif Afrique, Moyen-Orient et Asie de France Télécom-Orange
http://www.lesafriques.com/actualite/nous-favorisons-le-transfert-de-technologies-vers-l-afr.html?Itemid=89?articleid=27623

Cameroun : le Réseau Netwel démocratise l’information

http://www.haayo.org/Cameroun-le-Reseau-Netwel.html

Le blog Seneweb

http://www.seneweb.com/