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samedi 18 juillet 2015

Les Chinois s’emmêlent les baguettes en Bourse

 La bourse de Shanghai a bondi de 146% du 30 juin 2014 au 8 juin 2015. Dans le même intervalle, l’indice CAC 40 progressait de 15%. 

Des millions d’actionnaires Chinois se sont vus pendant quelques mois devenir millionnaires sans effort; mais les derniers arrivés ont fini par se brûler les doigts, du fait de l’effondrement récent des actions domestiques chinoises, plus connues sous le vocable d’A-shares. Ce krach a été baptisé par certains de manière exagérée le « 1929 Chinois». 


 Le manque de maturité du marché des capitaux en Chine est mis à l’index pour expliquer ces mouvements de yo-yo. Pourtant, l’éducation financière n’est pas inexistante en Chine.



Un mouvement de fièvre

Selon l’analyse de Tom Orlik, économiste chez Bloomberg, la morosité du marché immobilier, a poussé des millions de Chinois à spéculer en Bourse, principalement des non diplômés.

Ce qui expliquerait le mystérieux rallye des marchés actions chinois au cours du 1er semestre 2015, y compris sur le ChiNext, l’indice des valeurs «nouvelle-génération».



Ces nouveaux actionnaires, largement issus de la classe moyenne, seraient non seulement des retraités désœuvrés, mais
  • Monsieur et Madame tout le monde, du chauffeur de taxi à l‘artisan. Ils se pressaient encore récemment dans des centaines d’officines de courtage, équipées d’un vidéoprojecteur, donnant en temps réels les cours de Bourse. 
  • Mais aussi des investisseurs plus jeunes et mieux instruits, habiles à passer des ordres des plates-formes en ligne. 
  • Mais également des étudiants, toujours prêts à s’échanger des tuyaux vus sur leurs smartphones, à l’aide d’applications parfois fantaisistes, ignorant totalement les fondamentaux des sociétés cotées. 
 Les chiffres sont à la hauteur du pays :
  • selon Lazard Frères Gestion, certains jours, près d’un million de compte-titres étaient ouverts. 
  • les volumes échangés (equity market turnover) seraient passés en moins d’un an de 50% à plus de 250% du PIB chinois, retrouvant leurs niveaux les plus élevés de 2007. 
Il faut dire que les autorités régulatrices du pays avaient autorisé les brokers à augmenter substantiellement leur activité de prêts sur marge, permettant l’achat de titres avec un effet de levier.

Comme le dit le dicton, "ce n'est pas la demande du public qui fait monter les cours, mais les cours en hausse qui créent la demande du public".

Préparer la retraite 

Chaque pays ses coutumes. En Inde, autre champion des BRICs, l’or est prisé depuis des siècles.

De leur côté, les Chinois savent qu’ils doivent préparer leur retraite, d’autant plus que le pays a pratiqué le contrôle des naissances, contrairement à d’autres pays émergeants, où les parents comptent sur le soutien de leur progéniture.

Pour Tony Nash, économiste chez Complete Intelligence à Singapour, peu d’options s’ouvrent à eux. L’une d’elle est la pierre, l’autre le marché actions. Longtemps l’achat d’un bien immobilier a constitué une option sensée pour les ménages chinois, notamment après le krach de 2008.



Faute de solution alternative, dans un mouvement de balancier, les investisseurs chinois passeraient sans s’en rendre compte dans un mouvement moutonnier d’une bulle à l’autre, entre la pierre et les actions, selon le cycle. D’où une grande volatilité, qui peut en laisser certains sur la paille.

Manque de chance, le gel partiel des transactions boursières, décidé dernièrement par les autorités de manière fort peu libérale, a privé certains petits porteurs de liquidités. Selon le China Daily, certains d’entre eux sont poussés à vendre en urgence leurs biens immobiliers.

Le diktat du court terme 

Contrairement aux pays disposant d’acteurs financiers puissants, susceptibles d’aider leurs clients à se projeter dans l’avenir, il existe peu d’investisseurs de long terme pour stabiliser le marché (compagnie d’assurance, etc.)

Loin des images de la Longue Marche, en participant massivement aux introductions en Bourse, les petits porteurs ont cherché des gains rapides en empruntant parfois à moyen terme.

Face à cette ruée, le Shanghai Stock Exchange est devenu un magasin de porcelaine. Certains observateurs mettent en relief l’absence de casinos en Chine continentale pour expliquer cet appétit.

Dan Steinbock, Directeur of International Business at the India, China and America Institute, estime qu’en Chine, 80% des investisseurs sont des particuliers.

Opportunistes, certains Chinois prennent des risques excessifs. De nombreux témoignages cités dans la presse indiquent qu’une part importante des petits porteurs a investi en Bourse dans l’espoir d’acheter rapidement un logement plus spacieux…

Pour Dan Steinbock :

 « Comme les Indiens, qui ont réussi à sortir de la pauvreté, les investisseurs chinois savent d’où ils viennent et où ils ne souhaitent pas revenir. C’est pourquoi ils ont tendance à prendre plus de risques, à raison ou à tort, que le Joe moyen à New York City" 

Une culture financière bien présente 

Pourtant, sur le papier, il existe bien un minimum de culture financière dans la République Populaire de Chine.

Concernant un test global portant sur la littératie financière, les jeunes de Shanghai arrivent en 1ère position, loin devant les Américains, au neuvième rang.

Source du graphique : The Economist

C’est ce qui ressort d’une étude de l'OCDE dans le cadre du PISA (Program for International Student Assessment). Menée en 2012, cette évaluation a consisté en un test de 60 minutes, passé par 29.000 jeunes de 15 ans dans 18 pays.
  • les Chinois ont notamment montré une bonne capacité à épargner, notamment dans le but de réaliser un achat. 
  • il existe peut-être une corrélation en l’habilité à comprendre les mathématiques et la capacité à gérer ses finances. En effet, Shanghai figure aussi en tête sur le Pisa en mathématiques. 
 Reste à savoir :
  • si les élèves de cette ville très dynamique sont vraiment représentatifs de l’ensemble de l’Empire du Milieu. 
  • si les retraités qui jouent leurs économies ont le même niveau. 

Visa, un champion de l’éducation financière


De son côté, le groupe Visa a développé un programme de sensibilisation à la gestion financière et l’entrepreneuriat dans de nombreux pays, comme la Roumanie, la Bulgarie ou Israël.

Le groupe s’appuie le cas échéant sur des partenaires locaux, comme des ONG, telle Parent Zone au Royaume-Uni, voire des banques régionales, notamment en Turquie. Visa, qui ne communique pas sur son budget, est aussi actif en Chine.

Il ne s’agit pas bien sûr d’acquérir les rudiments de la Bouse, mais les bases de la finance personnelle.



La formation des élites

Pour sa part, Xiao Gang, ancien Président de Bank of China et actuellement Chairman of the China Securities Regulatory Commission, estimait en novembre 2012 que l'éducation financière qui a été délivrée aux dirigeants du Parti et du gouvernement à tous les niveaux a joué un rôle clé dans le maintien de la stabilité financière du pays.

Pour lui, la campagne d'éducation financière à grande échelle menée parmi les chefs de gouvernement avant la crise financière asiatique de 1997-98 et la crise des subprimes aurait contribué en partie à des réformes et réglementations financières décisives. L'industrie financière chinoise aurait ainsi mieux résisté aux chocs externes.

Si la politique de la Chine ne se fait pas à la corbeille, en suspendant les cotations, le pouvoir chinois prend des libertés, qui ne seraient pas possibles ailleurs dans un marché plus développé et mieux régulé.

Selon des estimations, le nombre de boursicoteurs (90 millions) aurait dépassé récemment celui de membres du Parti communiste (88 millions)…



Pour aller plus loin : 

Avril 2015 : L’immobilier, variable d’ajustement en Chine par le courtier en crédits immobiliers Carte Financement 
http://www.cartefinancement.com/actualites/actualit%C3%A9-cr%C3%A9dit/le-credit-immobilier-comme-variable-d-ajustement-en-chine

L’éducation financière est devenue un enjeu mondial 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2014/01/leducation-financiere-est-devenue-un.html

Le calcul au boulier a été inscrit sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité le 4 décembre 2013, selon une résolution adoptée lors de la 8e session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. 
http://www.chinatoday.com.cn/french/Convergence/article/2014-01/27/content_593895.htm 

Avril 2014 / FT /Emerging markets await equity culture
 http://www.ft.com/intl/cms/s/0/5fcab25a-cbae-11e3-8ccf-00144feabdc0.html#axzz3gEf8s1po


12/07/2015 The Economictimes Indiatimes

Double trouble: Fearing bubble in real estate, Chinese investors rushed to stocks, only to see the crash
 
Mars 2011 : Quand la philanthropie chinoise s’éveillera
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/03/quand-la-philanthropie-chinoise.html  

Fin

jeudi 18 juin 2015

Quand la FinTech vient au secours des migrants

Ce qui est intéressant avec les FinTech, c’est qu’elles génèrent de nouveaux usages à des prix intéressants. 

Dans le cadre des transferts d’argents des migrants, les innovations réalisées en amont par de nouveaux acteurs, dans un climat très concurrentiel, sont très encourageantes. Mais, elles doivent selon les experts des Nations Unies être accompagnées d’actions de formation et d’éducation financière, afin de libérer tout leur potentiel. 

Depuis 15 ans, la connaissance des transferts d’argent des migrants a fait un bond en avant. Pour sa Majesté la Reine Máxima de Hollande, United Nations Secretary-General's Special Advocate for Inclusive Finance for Development (UNSGSA), la question est désormais de maximiser leur impact sur le développement.

Le 5ème forum sur les envois de fonds et le développement se tient actuellement à Milan. Il a réuni des chefs d'État, des décideurs politiques, des acteurs du secteur privé et des responsables de la société civile afin d'établir une feuille de route pour l'amélioration des envois de fonds.

Pour cette occasion, le Fonds international de développement agricole (FIDA) a préparé un rapport «Travailleurs migrants et envois de fonds: flux et marchés européens».

Il souligne que cette manne financière est mal exploitée. Il faudrait :
  • l’émergence de plateformes de transfert d'argent plus compétitives, 
  • des services financiers ciblés pour aider les travailleurs migrants à économiser et/ou investir leur argent. 
Les frais de transfert sont une plaie, même si ils ont commencé récemment à baisser pour se situer entre 8% et 10%. Assez classiquement, plus les montants envoyés sont faibles, plus le pourcentage total de frais devient important. C’est ce qu’on appelle en économie la «double peine».

L’enjeu est colossal.

Si l'on parvenait à ramener les frais de transfert à 5%, conformément à l'objectif du G20 fixé en 2009, les migrants et leurs familles dans le pays d’origine pourraient économiser une somme supérieure à 15 Mds$.

Bill Gates, comme l’Africa Progress Panel, un think tank présidé par Kofi Annan, plaident dans le même sens.



Les nouvelles technologies Les cartes de ce marché commencent à peine à être redistribuées.

Cotée en Bourse, Western Union a perdu 29% de sa valeur le 31 octobre 2002. Un plongeon qu’on distingue très bien sur le graphique et qui sonne comme un avertissement.


Les investisseurs craignaient à l’époque que le marché des transferts soit pénalisé par une intensification de la concurrence avec des prétendants sérieux comme Paypal (groupe EBay) ou encore Moneygram International, sans compter Amex, Bank of America, voire Walmart.

Pour l’heure néanmoins, les acteurs historiques ont réussi à préserver l’essentiel de leurs parts de marché,
  • en réduisant leurs coûts. 
  • en augmentant leur productivité
  • et en cherchant à reprendre la main sur les solutions mobiles et digitales. 
En 2014, Western Union a dégagé un bénéfice de 852 millions de dollars, en hausse de 7%. La compagnie a déjà prouvé sa capacité d’adaptation, puisqu’elle a été fondée en 1851 à l’époque le télégraphe.

Pour combien de temps ? De nouveaux troublions sont apparus, qui s’appuient sur des technologies émergentes, populaires peu coûteuses

Facebook, le roi lion

En avril 2014, le FT signalait que Facebook s’apprêtait à demander une licence bancaire en Irlande dans le but de se positionner sur le marché des transferts d’argent (remittances industry).

Le quotidien se demandait même “Are we about to see the emergence of FaceBank?”.
  • la Banque Mondiale estime que plus de 90% des transferts sont envoyés à la famille, des personnes avec qui les expéditeurs sont en contact via les réseaux sociaux. 
  • parmi les marchés en forte croissance pour Facebook figurent des pays, qui bénéficient massivement des transferts d’argent comme l’Egypte, l’Afrique du Sud et le Nigéria.
  • De même pour l’Indonésie, le Mexique, les Philippines et la Turquie. 

Pour Brian Blau, Directeur chez Gartner, Facebook a une carte à jouer dans les pays où le système bancaire est embryonnaire.


Nouveau service de paiement en Chine 

En Chine, le service de messagerie mobile WeChat, qui comptabilise plus de 500 millions de membres actifs, a lancé un service de paiement à la mi-2013.

Au Nouvel An lunaire chinois, les enfants devaient autrefois s'agenouiller devant les membres âgés de la famille pour recevoir leurs enveloppes rouges remplies d'argent.

 Aujourd’hui, beaucoup de ces enveloppes circulent via mobiles. Plus d’un milliard d’enveloppes cadeaux ont été échangées en début d’année via la filiale de Tencent.


En 2014, la Chine comptait 245 millions de migrants à l’intérieur de son territoire. Ils représentent 17% de la population chinoise, majoritairement des paysans.

Des FinTech en embuscade 

Western Union aurait plus de succursales que McDonalds, Wal-Mart et Starbucks combinés.

Selon la start up Azimo, basée à Londres, les médias sociaux permettent aux prestataires tels que son entreprise :
  • de réduire les coûts de l’infrastructure physique et des intermédiaires 
  • pour répercuter ces économies directement sur le client 
  • tout en offrant une prestation sécurisée. 
Azimo facturerait moins de 3%.

Pour Michael Kent, patron d’Azimo, il doit être aussi simple d’envoyer des fonds que de partager une photo.

Interviewé en avril dernier par Maddyness, Ismail Ahmed, patron de WorldRemit, un autre acteur du secteur, soulignait qu’il y a plus de 2.5 milliards de personnes dans le monde qui n’ont pas accès à des services financiers. Mais qu’1 milliard d’entre eux possèdent un téléphone portable.

Ancien conseiller auprès des Nations Unis pour son programme de transfert de fonds, Ismail Ahmed a aidé les sociétés de transfert d'argent africaines à respecter la réglementation stricte contre le blanchiment d'argent instaurée suite aux attentats du 11 septembre.



De son côté, Jan Hallbergis, à la tête du Marketing de la division « M-Commerce » chez Ericsson, estime qu’un jour, envoyer de l’argent sera aussi simple qu’écrire un SMS.

Ingéniosité 

Voici également une autre jeune pousse au service de la diaspora africaine: Afrimarket, spécialiste du « cash to goods ».

Originalité, l’envoyeur peut décider de ce qui est acheté avec l’argent qu’il envoie. La société aurait bénéficié de deux levées de fonds dont la deuxième s’élevait à 2,3 millions d’euros, financés notamment par Orange, qui ne cache pas ses ambitions dans le « mobile money ».


Potentiel de développement rural

Si la réduction des frais de transfert représente une véritable aubaine pour les migrants, encore faut-il que cet argent serve de tremplin pour un développement économique durable.

Pour le FIDA, la majorité des fonds reçus s’évapore dans l’acquisition de biens essentiels –nourriture, vêtements, logement, santé et éducation, autant de dépenses contraintes.

Des études montrent cependant qu'il serait possible de consacrer jusqu'à 20% des fonds à l'épargne, aux investissements ou au remboursement de prêts consentis pour monter de petites activités. Le FIDA distingue 2 priorités :
  1. améliorer l'accès aux services financiers de base tels que l'épargne et le crédit, 
  2. déployer au profit des familles des services non financiers adaptés à leurs besoins, comme l'assistance technique pour le développement d'entreprises ou des programmes d'éducation financière. 
But ultime : l’inclusion financière

Pedro De Vasconcelos, co-auteur du rapport et coordonnateur du Mécanisme de financement pour l'envoi de fonds au FIDA, estime que :
"Les envois de fonds offrent une occasion exceptionnelle d'attirer des millions de personnes dans le secteur financier formel".
"Compte tenu de l'interaction fréquente entre les expéditeurs et destinataires des envois de fonds et le système financier, les envois de fonds pourraient donner naissance à des rapports entre les banques et les familles, sur le long terme, susceptibles d'améliorer les conditions de vie de ces familles." 
Pour aller plus loin :

Le FIDA investit dans les populations rurales, en les autonomisant afin de réduire la pauvreté, d’accroître la sécurité alimentaire, d’améliorer la nutrition et de renforcer leur résilience. http://www.ifad.org/

La FinTech, c’est quoi ?

Selon Bolden, l’expression FinTech combine les termes «finance» et «technologie». Elle désigne ainsi une start-up innovante qui utilise la technologie pour repenser les services financiers et bancaires et bousculer les schémas établis.

Suite à la crise économique de 2008, de nombreux banquiers et traders se sont lancés dans des aventures entrepreneuriales pour repenser le modèle de la finance grâce à l’innovation technologique.
Leur but ? Rendre la finance plus simple et plus accessible, en proposant des services de meilleure qualité et moins coûteux.

Les FinTech foisonnent dans tous les domaines :
  • gestion d’épargne 
  • prêt pour les particuliers, 
  • financement des entreprises 
  • paiement en ligne. 

Il s’agit de sujets d’actualité. La Revue Banque organise début juillet une conférence sur « Les nouveaux services et moyens de paiement à l'ère du digital »
http://bit.ly/1ImI9Gz 

Sur ce blog : Western Union apprend aux migrants à épargner 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2015/06/western-union-apprend-aux-migrants.html 


Vus ailleurs : Chine :
4 enfants laissés à eux-mêmes, (liushou ertong en chinois) et restés à la campagne, leurs parents étant partis travailler en ville, viennent de se suicider dans la province du Guizhou, l’une des plus pauvres du pays dans l’ouest de la Chine.
http://www.bfmtv.com/international/chine-quatre-frere-et-soeurs-livres-a-aux-memes-se-suicident-895270.html






L’impact des taux de change sur les transferts en Inde « Rupee depreciation helps in inward remittances »
  • Basé à Chennai, The Hindu, journal indien en langue anglaise, note que depuis 3 mois, la baisse de la roupie a entraîné une hausse des transferts de fonds de plus de 50%, surtout en provenance des pays du Golfe. Ce serait surtout le fait des migrants indiens les plus aisés (high networth individuals), les HNIs. 
  • Il est dommage que la majorité des migrants, faute d’épargne ou d’éducation suffisantes, ne soient pas en mesure de profiter de ce genre d’opportunités pour moduler leurs transferts. 

http://www.thehindu.com/business/Industry/rupee-depreciation-helps-in-inward-remittances/article7322667.ece

samedi 18 janvier 2014

Survol de la mutation des ONG de l’Ordre de Malte à Finance Watch











Bonjour à toutes et à tous, ravi de reprendre la plume en ce début d'année.

En vous souhaitant une excellente année, riche en initiatives et porteuse de nouvelles idées.


Je vous laisse découvrir une présentation de l’évolution des ONG et de quelques mouvements sociaux depuis leurs prémices. 

Elle n’est bien sût pas exhaustive et ne prétend pas être un travail d’historien.

Tout commence en 1048, quand la communauté des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem soignait les malades et recueillait les indigents, jusqu’à aujourd’hui, avec la crise financière et la surveillance des ONG russes.

Pour Michel Doucin, la notion d’ONG est cousine de celle d’Organisation de la société civile. Une notion que la philosophie européenne a construite peu à peu depuis 300 ans.



De nombreux facteurs ont favorisé l’apparition des ONG, avec des caractéristiques souvent propres à chaque culture (situation politique, croyances, niveau de développement), jusqu’à leur internationalisation :

  • certains tournants de l’Histoire comme la décolonisation ou la fin de la Guerre froide, que je n’ai pas détaillés. 
  • l’horreur face à une situation jugée intolérable (esclavage, massacre de population civile, guerre, dégradation de l’environnement, famines). 
  • Avec souvent la révolte d’un seul homme, voire d’une femme, qui a brisé le silence et réveillé la conscience de ses contemporains. 
  • une capacité à s’emparer des moyens techniques les plus évolués de leur époque, comme actuellement une organisation australienne (Animal Liberation), dont le but est la défense des animaux, qui utilise un drone pour surveiller les fermiers et leurs activités. Mais, aussi encore grâce aux potentialités du numérique en matière de solidarité, y compris chez les entrepreneurs sociaux. 
  • un savoir-faire pour prendre la parole et occuper le terrain. Comme le montre ce plan d’un bateau négrier, symbole de la lutte abolitionniste

Du Moyen Age aux années 60
  • le rôle de l'Eglise
  • Les abolitionnistes : The Anti-Slavery Society 
  • Tremblement de terre de Caracas 
  • Le massacre de Chios 
  • Les organisations volontaires en Inde : Servants of India Society 
  • Le mouvement féministe : Hubertine Auclert 
  • L’horreur des guerres : Croix Rouge, guerre de Crimée, Florence Nightingale 
  • La Ligue des Droits de l’Homme 
  • Le Plan Marshall : Oxfam, Care 
  • Amnesty International ; Handicap International 
  • Le sans-frontiérisme
  • Le mouvement écologiste (WWF, Amis de la Terre, Greenpeace, Sea Shepherd) 

 


Période contemporaine jusqu’à la crise financière de 2007
  • Grande audience de certaines « ONG du Sud »: BRAC, Grameen Bank 
  • Brésil : MST, les « sans-terre » 
  • Afrique numérique : Projet Masiluleke, mPedigree 
  • Le commerce équitable 
  • Chine contemporaine 
  • Word Social Forum 
  • Philanthrocapitalism 
  • La crise financière (OCW, Finance Watch)
  • Les freins

 

Il faut lire les offres d’emploi du monde associatif pour se rendre compte de la diversité et de la technicité de leurs métiers.

 Le caractère Pro se décline notamment dans les domaines suivants :

  • le développement d’expertises (publication de rapports, etc.), 
  • la communication, la levée de fond et les techniques d’influence, 
  • la cartographie, 
  • la comptabilité, l’évaluation et le reporting, 
  • les partenariats avec les entreprises, 
  • la gouvernance, 
  • les codes de conduite et la lutte contre la corruption.

mardi 24 mai 2011

Axa et Care veulent préparer les populations à risque à la prévention des catastrophes naturelles
















Axa et Care ont annoncé le 18 avril dernier qu’ils avaient signé un partenariat de 3 ans. L’assureur français a choisi d’axer cette collaboration sur une thématique, qui concerne directement son activité : réduire les impacts économiques et humains des catastrophes naturelles sur les populations des pays à risque.



Aujourd’hui en effet, seuls 4 % des 10 milliards de dollars investis en aide humanitaire dans le monde sont dédiés à la prévention selon les Nations Unies. Or la Chine, qui a dépensé 3,15 milliards de dollars entre 1960 et 2000 pour réduire l’impact des inondations, a réussi ainsi à éviter des pertes estimées à 12 milliards de dollars selon une étude des Nations Unies. Le cas chinois démontre qu’investir dans la réduction des risques permet de diminuer les pertes économiques en cas de catastrophe.


Un aspect intéressant dans le choix de cet axe est l’implication des salariés, qui se sont emparés du sujet. Le fait que ce partenariat implique des populations de plusieurs continents traduit également le fait que la compagnie d’assurance, dont la capitalisation boursière s’élève à 34 milliards d’euros, a acquis une stature internationale. Et que Axa nourrit des ambitions, notamment dans les pays émergents.


Care travaille déjà avec de grandes entreprises, comme Bouygues, EDF, Lafarge ou encore Starbucks Coffee France.


Clara Rodrigo (en photo ci-dessus) a bien voulu répondre à mes questions. Clara Rodrigo a fait l'essentiel de sa carrière au Groupe AXA où elle a occupé différents postes, notamment dans les relations médias. Elle a rejoint le département responsabilité d'entreprise en 2009 pour prendre en charge le mécénat et la coordination internationale d'AXA Atout Cœur, le programme de bénévolat du Groupe AXA.



Vous devez être l’une des seules entreprises du CAC 40 à ne pas avoir de Fondation?


CR : Le Groupe AXA mène de nombreuses actions de mécénat. Cela pourrait avoir du sens de les rassembler au sein d’une Fondation, mais nous avons fait le choix de ne pas en créer une pour avoir une plus grande flexibilité dans la gestion de nos programmes de mécénat.

Ceci dit, cette situation tient surtout à des raisons historiques. Claude Bébéar a créé AXA Atout Cœur il y a 20 ans, avec les entités française et belge, avec un axe d’actions autour de la lutte contre le handicap. D’autres thèmes ont suivi comme la lutte contre le Sida et contre la drogue. Ces causes avaient en fait été choisies directement par les salariés, qui avaient été sollicités par un questionnaire.

Au fil du temps, AXA Atout Cœur s’est ensuite déployé dans tous les pays où notre compagnie s’est implantée, notamment par acquisitions. Son fonctionnement est décentralisé avec des initiatives qui partent de la base. Tout repose sur le bénévolat, même si le groupe peut apporter le cas échéant un soutien financier, humain et logistique.

Aujourd’hui, 23.000 collaborateurs y participent sur un total de 214.000, avec un budget qui ne dépasse pas les 3,5 millions d’euros. La philosophie actuelle est de lutter contre toutes les formes d’exclusion : handicap, maladie, enfance défavorisé, etc.

Le bénévolat est souvent effectué hors du temps de travail. De nombreux responsables d’entités sont très engagés. Les relations avec certaines associations ont été nouées dans une perspective à long terme. Ainsi, AXA Atout Cœur fait partie intégrante de la culture d’entreprise.

L’idée est désormais de tenter d’utiliser de plus en plus les compétences professionnelles de nos collaborateurs dans des actions de bénévolat, où ils pourront apporter tout leur professionnalisme.

Quel était votre bilan en termes de RSE compte tenu de vos initiatives pionnières?


CR : Une étude de notre équipe Stratégie a montré il y a 2 ans que nos actions en développement durable étaient trop dispersées, et que notre avance, liée à entre autres à l’expérience d’AXA Atout Cœur s’était effilochée. Certains de nos concurrents directs affichaient même une politique de développement durable très cohérente.

Embauchée en 2008, en tant que directrice de la responsabilité d’entreprise, Alice Steenland nous a aidé à remettre les choses à plat et apporter un œil neuf en tenant compte du travail déjà accompli. Elle avait auparavant été consultante externe dans le domaine de la planification stratégique pour l'ONG Save the Children USA, mais avait également été directrice de la recherche chez Vigeo.

Nous avons ainsi été amenés à engager une structuration de nos relations vis-à-vis de toutes nos parties prenantes, à mettre en place une gouvernance générale et à désigner des membres du Comité Exécutif comme sponsors de la responsabilité d’entreprise dans les filiales du groupe, en charge de bâtir une stratégie locale alignée avec celle du Groupe.

Surtout, pour mobiliser le Groupe, il fallait identifier un thème phare. La recherche et l’éducation sur les risques est ressortie en 2009 comme l’axe majeur préféré d’un groupe de cadres dirigeants, qui participaient à un programme de leadership d’AXA University. C’est eux également qui ont décidé d’abandonner l’appellation « développement durable », qui a une connotation trop orientée environnement, pour « Responsabilité d’entreprise ».

Dans le domaine souvent négligé des risques, AXA avait déjà lancé le Fonds AXA pour la recherche qui finance la recherche scientifique sur les risques et menait déjà des actions de prévention des risques, comme AXA Prévention sur la sécurité routière en France, mais il fallait aller plus loin, en s’engageant avec nos clients, entreprises ou particuliers et nos salariés, mais aussi dans notre politique de mécénat, qui pour nous s’intègre parfaitement dans la RSE.

Pourquoi avoir eu besoin d’aller plus loin avec une ONG comme CARE ?


CR : Le programme est si complexe et si global qu’une entreprise seule, quels que soient ses moyens, ne peut pas parvenir à un résultat rapide sans des partenaires très professionnels. CARE apporte notamment sa connaissance du terrain avec les équipes sur place pour mener les enquêtes.

Il s’agit du premier partenariat mondial d’AXA avec une association. Quels critères avez-vous retenus pour ce partenariat?


CR : Nous avons rencontré différentes organisations, comme la Banque Mondiale, Save the Children, l’Unicef, la Croix Rouge et CARE. En dehors de la question du coût du partenariat, il fallait que nous parvenions à identifier la bonne association, ayant par exemple un bureau à Paris, mais avec une envergure globale. Nos ambitions en matière de réduction des risques sont en effet mondiales. Nous avons été convaincus par la qualité des équipes et leur capacité à appréhender les enjeux d’un groupe comme le nôtre.

Comment vont se dérouler vos programmes dans les 3 prochaines années ?


CR : La première année, un rapport doit être rédigé sur les liens entre les catastrophes naturelles, les migrations et la sécurité alimentaire. Ce projet international, Where the rain falls, sera conduit avec l’Université des Nations Unies dans 4 pays, dont l’Inde et la Thaïlande. Nous souhaiterions que des salariés d’AXA spécialisés en Risk Management participent à cette étude, dont les résultats seront présentés à la Conférence de Rio en mai 2012. Ce programme permettra ensuite d’aider ces populations à faire face à l’impact des changements de précipitations grâce à des programmes d’éducation et d’adaptation.

En parallèle, une série de programmes de sensibilisation à la préparation des catastrophes naturelles a été engagée dans plusieurs pays. Ces programmes seront destinés aux communautés les plus particulièrement exposées à ce type de risques dans des pays en développement. Il s’agira ainsi de tenter de réduire l’impact humain et économique de ces catastrophes.

Ainsi, le projet Advancing Safer Communities and Environments against Disaster (ASCEND) de CARE dans certaines écoles aux Philippines va toucher de nombreux écoliers. Ces derniers vont ensuite transmettre une culture de la prudence et le sens de l’adaptation à leur communauté. Au Vietnam, dans la commune de Da Loc, 100 hectares de mangrove vont être plantés, une culture qui permet de résister aux vagues provoquées par les typhons.

A Madagascar, des actions vont être menées pour mieux préparer la population aux catastrophes, établir des plans d’urgence, améliorer les systèmes d’alerte, imaginer ou renforcer des systèmes de défense, notamment pour les villages côtiers ou au bord de rivières. Les expériences acquises au cours de ces programmes de prévention déboucheront sur une plateforme, auxquels d’autres pays pourront prétendre, comme le Malawi, le Mozambique et les Comores.

Comment impliquez-vous ou consultez-vous vos parties prenantes, comme les actionnaires ou les représentants du personnel ?

CR : La politique de responsabilité d’entreprise, qui inclut les actions de mécénat d’AXA, est présentée une fois par an au Conseil d’Administration, dont les membres sont nommés par les actionnaires, et au Comité Européen du Groupe. Un membre de ce Comité intervient d’ailleurs dans notre rapport d’activité et de responsabilité d’entreprise.

Quels pourraient être les prochains développements ?

CR : Notre prochaine étape est d’encourager nos filiales à rejoindre l’initiative globale de mécénat sur l’éducation aux risques en mettant en place des projets locaux de réduction des risques. L’objectif est de mobiliser l’expertise et la capacité d’engagement du groupe dans son ensemble pour aider les plus vulnérables à mieux faire face aux risques.

Qu’avez-vous au programme de votre semaine de la responsabilité d’entreprise en juin ?


CR : Cette semaine vise à mieux faire connaître des collaborateurs les initiatives locales de responsabilité d’entreprise et aura le thème d’éducation aux risques comme fil conducteur. Pour cela, nous avons prévu un module d’éducation à la sécurité routière pour l’ensemble de nos collaborateurs et un challenge d’éducation aux risques. Ce challenge a pour objectif d’engager 20% de nos collaborateurs dans des actions solidaires ; si nous atteignons cet objectif, un projet sera financé avec CARE sur la réduction des risques liés à l’insécurité alimentaire au Mali.


L’avenir est entre vos mains - CARE par carefrance

Pour en savoir plus :


Le communiqué de presse conjoint du partenariat :
http://www.axa.com/fr/actualites/2011/axa-care-education-prevention-risques.aspx

http://www.axa.com/fr/responsable/strategieengagements/


Etude des Nations Unies citée plus haut: "Objectifs du millénaire pour le développement - Rapport 2010"

Care : Adaptation et sécurité alimentaire
http://www.carefrance.org/images/CARE-Adaptationetsecurite-alimentaire.pdf

01/02/2010 : Haiti : Les partenaires entreprises de l’ONG Care se mobilisent des deux côtés de l’Atlantique.
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/02/les-partenaires-entreprises-de-long.html

15/06/2009 Le partenariat de Lafarge et Care contre le Sida a fait ses preuves

http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/06/le-partenariat-de-lafarge-et-care.html


lundi 21 mars 2011

Quand la philanthropie chinoise s’éveillera















La China Charity Federation (CCF), une organisation caritative apparue en 2004, a annoncé récemment avoir levé 6 milliards de yuans (soit 912 M$) en 2010, à la fois en numéraire et en marchandises. Ce chiffre marque une progression de 29% par rapport à 2009. Pour son Président, Fan Baojun, de plus en plus d’entreprises ont conscience de leurs responsabilités. Pour lui, «la philanthropie n’est pas seulement une question d’image, mais est devenue aussi un moyen d’améliorer sa compétitivité».

Par ailleurs, le nombre de fondations caritatives a pratiquement doublé depuis 3 ans, progressant de 436 en 2007 à 746 en 2009, selon le Rapport annuel 2010 de la Philanthropie en Chine.

Plusieurs milliardaires ont fait la Une en décidant de léguer toute leur fortune à des organismes de bienfaisance. La venue dans l’Empire du Milieu de Bill Gates et Warren Buffett en septembre 2010 a dirigé les projecteurs sur ces questions, en sachant qu’ils existent des différences fondamentales entre les Etats-Unis et la Chine : religion, fiscalité, ancienneté de la Révolution industrielle. Mais le diner organisé par les ténors Américains du Doing Good a été boudé par une partie des convives, qui estimaient qu'ils "n'avaient pas de leçon à recevoir d'eux". De nombreux invités présents sont tombés d’accord pour constater que mener à bien son entreprise, payer des impôts et créer des emplois, constituent déjà une œuvre philanthropique à part entière, sans avoir besoin pour autant de suivre l’exemple radical de la donation intégrale.

Wang Dongya, du China Youth Daily, explique bien cet accueil mitigé. Ses propos sont repris sur 88-Bar.com. "Le silence sur l'événement est embarrassant. Mais, Bill Gates ne comprend pas comment les choses fonctionnent en Chine. Vous ne pouvez pas inviter les Chinois les plus fortunés à ce type de réunion de haut niveau sans qu’ils aient une obligation de faire un don. Les invités ne sauront pas quoi faire..."

"...Assister au banquet et faire un don va les faire passer pour des lâches venus écouter la leçon de leur maître. Mais, refuser de donner est encore pire. Chaque invité est immensément riche, alors quel que soit le montant du don, il pourrait paraître insuffisant, et se retrouver comparés à ce qu’auront fait ses pairs. La vérité, c’est que beaucoup d'entre eux seraient prêts à donner, mais parfois, sauver la face est plus important. "

Pourtant, Chen Guangbiao, dont la fortune est estimée à 440 millions de dollars, s’est associé, le 8 septembre, à l'appel aux dons lancé en août aux milliardaires américains sur le site Internet de son groupe. Cet entrepreneur, 42 ans, qui emploie notamment d’anciens prisonniers et des migrants, a annoncé qu'il léguerait à sa mort l'intégralité de sa fortune à des œuvres caritatives. Ses enfants n’auront rien. Ce défenseur de l’environnement qui se rend à son travail à vélo (photo ci-dessus) à Nanjing a même lancé un défi à la population, qui si elle le voit aller au travail en voiture, recevrait une récompense de 1.000 euros.

Néanmoins, comme certaines actions de bienfaisance ont débouché dans le passé sur une certaine gabegie, voire des fraudes, un cadre législatif va être mis en place en Chine pour améliorer la transparence et la bonne gestion des organismes de générosité. Pour le vice-ministre chinois des Affaires civiles, Monsieur Dou Yupei, le moment est devenu propice au développement d’une culture philanthropique, qui en est à ses prémices aujourd’hui, même s’il existe une tradition dans ce domaine, comme l’indique en effet Philanthropie Québec : « Les organismes de charité chinois sont originaires des guildes de commerçants créées sous les dynasties des Tang (618-907) et des Song (960-1279). Quatre périodes majeures ont marqué l'histoire des organismes en Chine. Elles s'étalent de 1644 à 1978 et ont varié au fil des changements politiques. »

Selon les connaisseurs de la Chine, le monde des affaires ne peut plus accumuler les profits en faisant la sourde oreille aux besoins de la société. Pour le président de Cerphi, Antoine Vaccaro, cité par Youphil le 7 mars 2011 "la philanthropie chinoise vit son moment inaugural et qu'obligatoirement les richesses vont se socialiser." Pour lui, « ces milliardaires chinois qui font fortune sur un terreau de pauvreté vont avoir deux préoccupations: pérenniser leur nom et surtout intervenir dans la société afin d'éviter de possibles contestations".

Car, si la croissance chinoise a permis une amélioration du niveau de vie ces dernières années, la société civile constate également selon La Croix un fossé grandissant entre les revenus. Pour Shi Chen, jeune entrepreneur de Hangzhou, capitale de la très riche province du Zhejiang, le mécontentement latent est facile à expliquer :
«Nombre de fortunes aujourd’hui ne se sont pas faites de façon très légale. Tout le monde sait, sans jamais le dire ouvertement, qu’une nouvelle grande fortune, que ce soit dans l’immobilier, l’industrie ou les services n’a pu se réaliser sans une collusion plus ou moins forte avec les autorités politiques locales. Aux yeux d’une partie de l’opinion publique, l’enrichissement est lié à la corruption ».
Ces préoccupations autour des mécènes ne sont pas récentes. Elles existaient déjà sous la dynastie Ming (1368-1644), comme en témoigne un ouvrage récent (référence en bas de page). C’est ce qui ressort d’un article de André Laliberté (Professeur et directeur de recherche au Centre d’études des politiques étrangères et de sécurité CEPES, Université du Québec à Montréal) à propos d’un livre rédigé par Joanna Handlin Smith, qui est Directrice du Harvard Journal of Asiatic Studies, qui a étudié le comportement de plusieurs philanthropes.
« La crainte du désordre, les tragédies personnelles, le souci de maintenir la réputation de son clan familial constituent autant de facteurs les ayant poussés à aller dans cette voie. Il est néanmoins remarquable que ces individus aient agi de la sorte : ceux qui investissaient beaucoup d’énergie ou de ressources dans les activités caritatives, note Smith, couraient toujours le risque d’attiser les jalousies de leurs pairs."

Ces avancées sont aussi portées par certains pionniers. Après avoir frôlé la mort avec sa famille lors du tsunami de 2004, quand il était aux Maldives, l’acteur Jet Li, a pris conscience de la fragilité de la vie et des dégâts occasionnés par les catastrophes naturelles. Les statistiques parlent d’elles mêmes. En moyenne, chaque année, près de 200 millions de personnes sont touchées et près de 60 millions ont besoin d'aide. En 2005, le coût des sinistres enregistrés en auraient dépassé 2 milliards de dollars. A côté de ce problème endémique, Jet Li déplore également la situation des citadins chinois, qui ont acquis une certaine aisance, mais qui sont devenus esclaves des technologies.

C’est pourquoi il a créé en avril 2007 « One Foundation », dans le cadre d’un partenariat stratégique avec la Red Cross Society of China. Pour le lancement de son projet, Jet Li, qui est un champion en arts martiaux, a arrêté de tourner des films pendant un an. Il a même voyagé pendant deux ans pour étudier les méthodes de bienfaisance les plus efficaces, afin d'essayer de trouver un modèle qui pourrait marcher en Chine. One Foundation aide donc les entreprises à repérer des ONG crédibles et professionnelles. Nombreux sont les sponsors occidentaux qui interviennent en Chine : la NBA, Disneyland, JC Decaux, Google, Deloitte et BBDO.

Ayant tiré des leçons de leur passage à Pékin, Warren Buffet et Bill et Melinda Gates ont signé une Tribune (Giving back to society enriches us all) dans The Times of India du 20 février dernier pour indiquer que lors de leur visite à Dehli en mars 2011, ils viendraient aussi pour écouter ce que les philanthropes indiens ont à dire et découvrir leur savoir faire et leurs spécificités. “So we come not as preachers, but more like cheerleaders. And first and foremost, listeners. It will be an honor to meet with those families who will be able to join us next month in Delhi, to hear about their own thinking and to speak of the deep satisfaction we have derived from our work in philanthropy.”



Pour aller plus loin :

Chinese views on American philanthropy 29/09/2010
http://www.88-bar.com/2010/09/chinese-views-on-american-philanthropy/

Les chinois et la charité, une histoire vieille de plusieurs siècles par Agnès Czubinski 9 mars 2011
http://www.philanthropie.uqam.ca/fr/opinion/blogue/159-les-chinois-et-la-charite-une-histoire-vieille-de-plusieurs-siecles

La Croix. « La charité au menu d'un dîner de milliardaires chinois ». 29/09/2010
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2441268&rubId=4079

Youphil. 07/03/2011. « Quand les riches Chinois découvrent la générosité »
http://www.youphil.com/fr/article/03595-philanthropie-chine-economie-mondiale-riche?ypcli=ano

Perspectives chinoises. La philanthropie en Chine au temps de la dynastie Ming Charity in Late MingChina mis en ligne le 30 juillet 2010
http://perspectiveschinoises.revues.org/5629

Références :
The Art of Doing Good : Charity in Late Ming China
Joanna Handlin Smith
Available worldwide
A Philip E. Lilienthal Book in Asian Studies
Hardcover, 424 pages
ISBN: 9780520253636
March 2009
$34.95, £24.95

Les Chinois se mobilisent pour aider le Japon frappé par un violent séisme
http://french.china.org.cn/foreign/txt/2011-03/18/content_22171920.htm