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jeudi 16 juillet 2026

Les librairies rurales : la culture au plus près des habitants


 

Selon la Fédération interrégionale du livre et de la lecture, il existe 817 librairies en ruralité. 

Les librairies sont bien présentes dans les campagnes françaises, où elles jouent un rôle social indéniable au-delà d'une simple présence commerciale, selon une étude très documentée commanditée par la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (Fill) et parue début juin. 

Les librairies s'implantent dans des territoires aux réalités très différentes : espaces très isolés, zones de montagne, territoires populaires, secteurs touristiques ou encore communes périurbaines. 

Parmi ces profils, les territoires les plus attractifs se caractérisent par une forte influence des villes, l'installation de nouveaux habitants, le développement du télétravail, une population plus jeune et une activité touristique importante. 

À l'inverse, d'autres espaces sont pénalisés par le vieillissement démographique, la faible densité de population, des difficultés économiques et un accès limité aux équipements culturels. 

3 % des communes en ruralité accueillent une librairie. 

Les régions Bretagne et Provence-Alpes-Côte d’Azur sont celles qui en hébergent proportionnellement le plus, avec respectivement 10 % et 6 % de leurs communes rurales qui comptent une librairie. 

La voiture est l’infrastructure invisible de la librairie, tant son usage apparaît indispensable dans les territoires ruraux. 

Attirer de nouveaux lecteurs 

La clientèle des librairies est principalement composée : 

  • de femmes âgées de 45 à 70 ans ; 
  • de familles avec enfants ; 
  • de grands-parents, particulièrement consommateurs de littérature jeunesse ; 
  • de résidents secondaires, dont le poids économique est souvent déterminant pour l'équilibre financier de nombreuses librairies. 

 Les cadres et professions intellectuelles sont davantage présents dans les territoires attractifs, tandis que les adolescents fréquentent peu les librairies, notamment dans les zones rurales populaires. 

Selon l’étude, les libraires font également part dans de très nombreuses contributions d’une vision souvent élitiste de la librairie avec des publics intimidés, traduisant ainsi des formes de « fractures d’accès » : « On a réussi à casser le côté impressionnant de la librairie », « Mon objectif est d’aller chercher ceux qui pensent, à tort, que le livre n’est pas pour eux ».

  

Dans certains territoires, la librairie devient un repère social essentiel. Les libraires parlent même parfois d'un rôle de « quasi-service public », tant ils compensent l'absence d'autres équipements culturels. 

La personnalité du libraire apparaît comme un facteur essentiel de réussite. Son implication dans la vie locale, sa capacité à créer du lien social et à développer des partenariats conditionnent souvent la pérennité de l'établissement. Beaucoup de nouveaux libraires 

Les librairies rurales sont plutôt jeunes : créées en moyenne en 2007 ou reprises en 2017, près d’un quart d’entre elles se sont lancées depuis 2022. 

Beaucoup ont été créées dans le cadre : 

  • d'une reconversion professionnelle ; 
  • d'un projet de vie privilégiant la qualité de vie ; 
  • d'une volonté de maintenir une offre culturelle sur un territoire.
 
  

Certaines sont même issues d'initiatives collectives (SCIC ou SCOP), soutenues par les habitants ou les collectivités locales. Elles sont généralistes pour 96 % d’entre elles. 

  • Leur surface moyenne atteint 104 m², avec 7.300 références.  
  • La littérature représente 31 % des ventes, la jeunesse 28 %, la BD et le manga 15 %.  
  • Le livre pèse entre 80 % et 90 % du chiffre d’affaires. Certaines librairies proposent souvent des activités complémentaires comme la papeterie, les jeux, l’artisanat local, la petite restauration et les produits régionaux. 
 Les libraires rurales spécialisées se concentrent dans les zones fortement touristiques, dont une part importante de librairies religieuses rattachées à des abbayes ou des monastères. La spécialisation est risquée en ruralité, tant les goûts des habitants sont larges et les zones étendues. Cette diversité de l'offre est aussi indispensable pour compenser la faible fréquence de visite des habitants. 
 
Un équilibre économique fragile 
 
Même si certaines librairies affichent une rentabilité correcte, leur situation économique reste fragile, avec en particulier des coûts logistiques élevés et une faible rémunération des gérants. 
 
Comme les clients se déplacent moins fréquemment qu'en ville, ils doivent pouvoir trouver immédiatement les ouvrages recherchés, d’où un stock significatif. La voiture constitue un élément indispensable du fonctionnement de ces commerces, aussi bien pour les clients que pour les livraisons. Leur zone de chalandise couvre généralement entre 10 et 30 kilomètres. 
 
Une logistique sous contrainte 
 
La logistique apparaît comme un maillon faible, car les conditions de desserte restent très inégales : 57 % reçoivent deux livraisons par semaine, contre seulement 12 % une livraison quotidienne. Les délais d'approvisionnement sont généralement compris entre quatre et sept jours, mais peuvent atteindre deux semaines pour les plus petites structures. 
 
Dans un contexte où les attentes des clients sont façonnées par la rapidité des plateformes, ce temps d'attente constitue un frein à l’achat chez le libraire. 
 
Ajoutons que près d'un libraire sur cinq ne reçoit en effet jamais de représentant et seuls 30 % en rencontrent au moins un par trimestre. Cette faible fréquence limite l'accès aux nouveautés, affaiblit les échanges professionnels et renforce l'isolement de ces établissements. 
 
Animations culturelles et ancrage territorial 
 
En moyenne, chaque librairie organise deux animations par mois. Ces événements sont principalement gratuits et visent avant tout à renforcer le lien avec les habitants plutôt qu'à générer des bénéfices. 
 
 

Cependant, leur organisation reste complexe. Les principales difficultés sont :

  • l'éloignement géographique ; 
  • les coûts de transport ; 
  • la dispersion des publics ; 

 De plus, il est parfois compliqué d'héberger les auteurs et certains éditeurs manquent d'implication . Les libraires souhaitent développer davantage de mutualisation entre établissements afin de partager les coûts et faciliter les tournées d'auteurs. 

Près de 93 % des librairies ruraux travaillent avec les médiathèques, principalement pour la vente de livres mais également pour des animations ou des salons du livre. Les relations avec les écoles sont également nombreuses, surtout avec les écoles primaires et les collèges. 

Les relations avec les collectivités 

Les libraires connaissent relativement bien les structures régionales du livre et les intercommunalités, mais beaucoup moins les conseils régionaux, les conseils départementaux ou les DRAC. Les dispositifs d'aide publique restent sous-utilisés. Seule une minorité des librairies bénéficie : 

  • du label LIR (Label de qualité décerné pour trois ans, le label LIR (Librairie indépendante de référence a pour vocation de reconnaître, valoriser et soutenir les engagements et le travail qualitatif des libraires). 
  • en moyenne, une librairie labellisée sur deux a obtenu une exonération de CET suite à sa labellisation. 
  • des aides prévues par la loi Darcos. 

Pour aller plus loin : 

L’enquête repose sur 270 réponses, 151 liasses fiscales et 27 entretiens qualitatifs, sous la supervision d’un comité associant notamment la Fill, les structures régionales pour le livre, le CNL, le SLF et l’Observatoire de l’économie du livre du ministère de la Culture.

  . Le reste

mardi 23 juin 2026

Les piscines municipales à la croisée des chemins


Les piscines municipales françaises, développées massivement avec le programme « Mille piscines » lancé après les Jeux olympiques de 1968, sont à bout de souffle. Conçus avant tout pour l’enseignement et la pratique sportive, ces équipements vieillissent mal et sont coûteux. Plus de la moitié des bassins publics datent d’avant 1985 et ne répondent plus aux attentes actuelles des usagers.
 

Lors des Jeux olympiques de 1968, organisés à Mexico, les nageurs français n’avaient glané qu’une médaille de bronze. Le gouvernement Pompidou, vexé, avait réagi en lançant le plan »Mille piscines ». 

Deux drames, à l’été 1969, un dans le lac Leman, l’autre dans la Loire, où des dizaines d’adolescents s’étaient noyés, avaient permis aussi de prendre conscience d’un grave déficit dans l’apprentissage de la natation. 

De 1969 à 1977, la France a ainsi vu pousser comme des champignons, de 600 à 700 bassins modèles Caneton (196), Tournesol (183, repérable à sa coupole à hublots) ou encore Iris, Plein-Ciel, Plein-Soleil. 

Ces équipements souvent petits, réservés au sport et à l’enseignement plutôt qu’aux jeux, ont peu à peu lassé leur public et ruiné les budgets communaux en frais d’entretien, d’eau et d’énergie, les recettes étant insuffisantes pour équilibrer les comptes.

  

Aujourd’hui, 

• un parc d'environ 4.000 piscines municipales 

• représente une surface d’eau de 26 mètres carrés pour 1 000 habitants,. 

• dans son rapport public de 2018, la Cour des comptes indique que le taux d’équipement par habitant est inférieur, dans les communes disposant d’un QPV (quartier prioritaire de la ville), de plus de 40% à la moyenne nationale. 

Dans le détail, seuls 61 % des enfants d’ouvriers non qualifiés sont considérés comme de « bons nageurs », contre 86 % des enfants de cadres, qui partent davantage en vacances. 

De plus, si seuls 2 % de ces derniers ne savent pas nager, ces taux atteignent 13 % pour les enfants d’ouvriers non qualifiés et 15 % chez les enfants d’inactifs. 

De l’indiscipline 

Les élus intercommunaux doivent aussi parfois faire face, dans leurs centres aquatiques, au refus de respecter les règles d'hygiène comme se doucher ou de porter un bonnet de bain, d’obéir aux consignes de sécurité. Des incivilités qui bondissent avec les canicules. 

En juin 2026, la ville de Neuilly a dû se résoudre à réserver l’accès des bassins aux résidents et abonnés à la suite de bousculades dues à une affluence record. 

Les maîtres-nageurs sauveteurs ne restent parfois pas longtemps en poste et ne sont pas faciles à recruter. 

Un public varié 

• L’un des premiers objectifs de la piscine publique est d’apprendre à nager à tous les enfants de moins de 12 ans et d’assurer aux plus jeunes ce que l’on appelle une « aisance aquatique ». o Mais seuls 58 % des élèves de CM2 déclarent pouvoir parcourir 50 mètres dans l’eau. o Cette activité occupe 20 % du temps d’ouverture des équipements et de leurs grands bassins d’au moins 25 mètres de long. 

• Les sportifs mobilisent 20 % du temps, 

• Le grand public 50 % 

• Et, 10 % des créneaux sont réservés aux activités ludiques de type bébés nageurs et aquagym. Les séniors fréquent de plus en plus assidument les bassins. 

Ces centres aquatiques apparaissent donc comme des lieux de brassage intergénérationnel et de mixité sociale à condition que les élus aient adapté leurs équipements à ces nouveaux usages. 

Une offre plus diversifiée 

Au-delà des traditionnelles couloirs de nage, le public réclame en effet plusieurs bassins aux usages variés, 

• dont certains en plein air - ce qui est le cas de seulement 45 % d’entre eux, aujourd’hui -, voire en pleine nature ou “nordiques” , 

• des jeux (toboggans, pataugeoires pour les tout-petits, … ), 

• des services (bar, restaurant, voire espace beauté, spa, salle de musculation)… 

Pour Cyril Cloup de l’Andes, cité dans Le Monde du 2 juillet 2021, « Disposer d’un beau centre aquatique reste un atout, un projet structurant pour le territoire ». 

Surtout quand « sa gestion par l’intercommunalité permet une offre plus cohérente sur le plan géographique », renchérit Yves Rouleau. 

  

Plan génération 2024 

En amont de JO, le gouvernement avait initié un son soutien aux équipements sportifs à travers le plan Génération 2024. Cependant, de nombreux élus locaux ont estimé à l’époque que les moyens retenus restaient largement insuffisants pour répondre au vieillissement du parc de piscines et aux besoins de nouveaux équipements. 

Face à ces carences, le sénateur Les Républicains Michel Savin a appelé à un véritable « plan Marshall » pour la rénovation et la construction de piscines. 

• Doté de 100 millions d’euros par an entre 2024 et 2026, ce programme visait la création ou la rénovation de 5 000 équipements sportifs. 

• Toutefois, les piscines représentent des investissements de plusieurs millions d’euros, alors que les subventions prévues sont souvent limitées à quelques centaines de milliers d’euros. 

• Sur les 50 millions d’euros annuels consacrés aux équipements structurants (piscines, gymnases, stades), seulement 20 millions auraient été spécifiquement destinés aux piscines. 

Avec la décentralisation, ce sont les collectivités qui ont en charge l’entretien des piscines. Or ces équipements sont structurellement déficitaires, les recettes ne couvrant seulement qu’environ 20 % des coûts de fonctionnement, dont les charges de personnel. Le prix d’entrée réel devrait être supérieur à 15€. 

Face à la vétusté de leurs équipements, certaines communes les ont carrément fermés, le cas le plus emblématique étant la ville de Marseille sous l’ère Gaudin. 

A noter que de nouveaux procédés, économes en énergie et en eau, utilisant le solaire, facilitent aujourd’hui l’équilibre économique Un enjeu de santé publique et d’égalité territoriale 

Les piscines constituent bien un service public essentiel, au croisement des politiques d’éducation, de santé et de prévention. Leur disparition entraînerait une rupture du service public et accentuerait les inégalités territoriales. 

  

Les élus locaux appellent ainsi à un engagement renforcé de l’État afin de préserver ces équipements indispensables à la sécurité, au bien-être et à la cohésion sociale. 

La métropole de Lille se jette à l’eau 

Adopté en 2022, le plan piscines 2 de la Métropole Européenne de Lille prévoit la construction de sept nouvelles piscines et d'une extension pour répondre aux besoins des habitants. Alors que les travaux sont en cours, l'ouverture des premiers bassins à Lille est attendue pour 2027. 

En France, on compte en moyenne un bassin pour 10.000 habitants et presque quatre fois moins dans la métropole lilloise, à savoir un bassin pour 39.000 habitants. 

L’objectif est triple : 

• rapprocher les équipements des établissements scolaires pour faciliter l’apprentissage de la natation, 

• proposer davantage de créneaux aux clubs sportifs de haut niveau, 

• et améliorer le service public rendu aux Métropolitains. 

En moins de 3 ans, ce « Plan Marshall » des piscines, doté de plus de 200 M€ a déjà initié 8 projets d’envergure. 

Lesquels viseront un profil environnemental exemplaire et ambitieux respectant autant que possible le Plan Climat Air Energie Territorial de la MEL (PCAET), intégrant la démarche Haute Qualité Environnementale tout en s’inscrivant dans les critères de REV3. 

Pour aller plus loin : 

Aout 2025 : Pour un nouveau plan national « mille piscines » par Florent Manaudou, Alain Bernard https://patrickbayeux.com/actualites/pour-un-nouveau-plan-national-mille-piscines-par-florent-manaudou-alain-bernard/ 

Décembre 2024 : Stéphane Chatenet (Andiiss) : "Il faut trouver des solutions tous ensemble pour les piscines publiques" 

https://www.banquedesterritoires.fr/stephane-chatenet-andiiss-il-faut-trouver-des-solutions-tous-ensemble-pour-les-piscines-publiques 

The Conversation. 2022. Les piscines publiques, une fabrique à citoyens, par Emmanuel Auvray, historien du sport. Enseignant à l'UFR STAPS de Caen et chercheur associé au laboratoire Histoire-Territoires-Mémoires (UR 7455) de l'université de Caen Normandie.

 https://theconversation.com/les-piscines-publiques-une-fabrique-a-citoyens-184960  

Le reste

jeudi 26 juin 2025

Sites & Cités accompagne les maires dans la valorisation du patrimoine


L’association Sites & Cités remarquables de France a été créée en 2000 par des maires afin de travailler en réseau dans une optique de préservation du patrimoine. 

L’association regroupe les villes et ensembles de communes porteurs d’un secteur protégé aujourd’hui “Sites patrimoniaux remarquables” et les villes et pays signataires de la convention “Ville et Pays d’art et d’histoire”. 

L’association compte plus de 300 adhérents en métropole et en outre-mer. Elle touche ainsi 2.000 communes, via les EPCI. 

Elle est présidée par Didier Herbillon, maire de Sedan, élu à l’unanimité. Il succède à Martin Malvy qui pendant 25 ans, a défendu, représenté et incarné Sites & Cités. 

Sa Directrice, arrivée fin 2024, Florence Sirot, Architecte du Patrimoine, plus de 20 ans d’expérience dans l’architecture, de l’urbanisme, des centres anciens, et son Directeur Adjoint, Jonathan Fedy, dans l’association depuis 10 ans, ont bien voulu me présenter en quoi cette belle association aide les maires dans certaines de leurs missions. 

Quel a été le point de départ de cette initiative ? 

Au démarrage, des maires ont voulu se mettre en réseau pour réfléchir aux questions de patrimoine dans une vision très décloisonnée, comme le patrimoine vivant ou la revitalisation des centres anciens. Cela nous amène aujourd’hui à toucher à de nombreux sujets transversaux comme l’urbanisme, l’aménagement du territoire, le commerce, le tourisme, l’habitat, la copropriété. 

En ingénierie, on apporte de la formation, de l’expertise. Nous sommes en appui des collectivités pour qu’elles soient bien en avance sur les questions patrimoniales et à jour sur les normes et la réglementation. 

A partir d’ateliers, de retours de terrain, notre rôle est aussi de faire des propositions pour corriger ce qui ne marche pas au niveau des instances gouvernementales. Nous sommes régulièrement auditionnés par le Sénat ou l’Assemblée nationale sur des projets de lois. Nous faisons le lien entre les maires et les instances gouvernementales. 

Pourquoi avez-vous diversifié vos missions ? 

En 2000, l’idée des 4 fondateurs était de valoriser le label « Ville et Pays d’Art d’histoire ». Très vite, l’association a élargi ses interventions vers les sujets qu’on traite aujourd’hui. L’association s’est ensuite aussi adaptée aux nouveautés législatives comme les zones de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (ZPPAUP), les AVAP (aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine) et les sites patrimoniaux remarquables en 2016 (loi LCAP). 

Nous sommes ainsi aujourd’hui vraiment l’association fédératrice des villes qui ont le label »Ville Pays d’Art et d’Histoire » ou qui ont un site patrimonial remarquable (SPR). 

Quelles sont vos ressources ? 

Nous sommes 11 salariés au siège à Bordeaux. 

On s’appuie sur un réseau d’experts, qu’on sollicite en fonction des sujets, si on ne sait pas répondre en interne : juriste, fiscaliste, Architectes des Bâtiments de France (ABF),… Toutes les thématiques sont liées, même si on ne peut pas tout traiter en même temps. Nous disposons de plusieurs pôles. 

Par exemple, dans l’un d’entre eux, on échange à l’international sur le réchauffement climatique, le tourisme durable, avec des pays comme l’Equateur, la Palestine, le Mexique. On a en effet un partenariat historique avec le ministère des Affaires étrangères. Un de nos collaborateurs fait vivre ce réseau. 

L’association est aussi cofondatrice du CREBA, qui est le centre de ressources pour la réhabilitation responsable du bâti ancien. Il s’adresse aux professionnels du bâtiment (maîtres d’œuvres, architectes, bureaux d’études, artisans, prescripteurs, techniciens, experts, chercheurs…) et, plus globalement, aux acteurs de tout projet de réhabilitation, de rénovation énergétique ou de restauration d’un bâtiment ancien. On a cœur d’alimenter cette bibliothèque et d’animer des ateliers en rapport avec ces thématiques. 

Certains problèmes sont-ils particulièrement aigus ? 

Cette année, nous avons mis l’accent sur la mobilisation du logement vacant en centres anciens, qui est une priorité nationale. Nous œuvrons pour faire des propositions en ce sens sur beaucoup de choses comme la fiscalité, les outils de l’Agence nationale de l’amélioration de l’habitat, la médiation, la sensibilisation du public. Il faut développer la culture de l’entretien du bâti dès le plus jeune âge. 

On peut fournir aux maires, qui se disent démunis face à des propriétaires privés, des outils, déjà incitatifs, comme des aides, mais cela a un coût. Quand cela ne marche pas, cela peut aller jusqu’à l’expropriation. 

Il faut une volonté politique et s’adosser à une ingénierie spécifique. On joue un rôle de centralisateur, on informe les maires, on met en réseau. Il existe des bureaux d’études spécialisés dans ces domaines et des agences, comme l’Agence nationale de l’Amélioration de l’habitat ou l’Agence nationale de la cohésion des territoires. 

Troyes travaille depuis de nombreuses années sur la question. Rennes et Bayonne aussi. 

Ces besoins existent aussi dans de plus petites communes. 

Comment choisissez-vous vos priorités ? 

Les problèmes varient selon les territoires, comme à Chaumont dans la Haute Marne, qui fait face à une déprise démographique. 

Les besoins diffèrent, mais les sujets se recoupent. On essaye de s’adapter aux besoins des villes. On peut être sollicité ponctuellement. Si certains thèmes remontent, on peut organiser des groupes de travail comme la gestion des remparts dans une ville ou le potentiel de surélévation, quand il n’y a plus de foncier. 

Des journées régionales permettent à des villes proches géographiquement, mais qui n’on pas beaucoup de temps pour se voir, d’échanger sur leurs problématiques et de partager les bonnes pratiques. Notre assemblée générale annuelle permet aussi de susciter l’intérêt de nouveaux maires. 

Comment les petites communes peuvent-elles s'engager ? 

Certaines communes sont moins structurées, comme celles qui n’ont pas de service hygiène. 

On a vu beaucoup d’amélioration au niveau de la structuration et de l’ingénierie grâce aux dispositifs « Action Cœur de Ville » et « Petites Villes de demain ». Ces programmes ont eu la vertu de faire émerger des chefs de projet sur la revitalisation des centres anciens, avec un impact très positif. 

Mais, en dehors de ces lauréats, il faut aussi aider les autres. C’est notre tâche de faire tache d’huile, de mobiliser notre ingénierie. Et, les élus adorent se parler entre eux, quelle que soit leur couleur politique. Les sujets sont les mêmes pour tous, donc il n’y a pas de conflits. 

Existe-t-il des aides ? 

Les communes peuvent avoir besoin de subventions quand elles font à la place du privé, comme avec les fonds friches, qui sont devenus les fonds verts. Il y a aussi les aides de l’ANAH. 

On vient de répondre à un appel à projet d’Atout France en ce qui concerne le marketing digital et communication en matière de promotion touristique. 12 villes ont été retenues comme La Réole au sud de Bordeaux. Des formations leur ont été proposées. 

La transversalité est très importante : le personnel de la mairie doit aussi être associé au plan d’urbanisme, au service habitat. Quand un office du tourisme ne travaille pas avec notre label, cela marche moins bien. Les formations donnent des exemples de bonnes pratiques. 

Comment fonctionne le label ? 

Le label, qui appartient au ministère de la Culture, s’obtient en 3 ou 4 ans au niveau d’une commune ou d’une communauté de commune, voire par une association ou un syndicat mixte. Le projet dure ensuite 10 ans avec le recrutement d’une équipe dédiée et des conférenciers agrées. 

Annuellement, 3,5 millions de personnes sont touchées par les actions des Villes d’Art et d’Histoire, sans forcément en avoir conscience. Il peut y avoir un panneau en entrée de ville. En complément, une marque a aussi été créée fin 2024 : « Ville, Histoire en son cœur » destinée au grand public. 

 

Mais, c’est aussi bénéfique pour les résidents : médiation auprès des jeunes, appropriation par la population de son territoire,.... On peut passer tous les jours à côté de chez soi devant des chefs d’œuvre patrimoniaux sans lever la tête. 

Lorsque le patrimoine est valorisé, les résidents comprennent mieux leur territoire : on le respecte plus aussi, on dégrade moins l’espace public. Des actions de sensibilisation ont lieu toute l’année, et pas que l’été. 

L’idéal serait que la jeunesse s’empare aussi de ses questions, en particulier dans le monde associatif. On y réfléchit. 

Pourtant passionnants, les métiers du patrimoine sont aussi un peu en souffrance, tout un champ qui pourrait séduire les jeunes générations.

  

Existe-t-il une forme de compétition entre les villes ? 

Concernant la concurrence en matière d’attractivité, on a tous les profils. 

On a des villes qui souffrent de l’hyperfréquentation touristique et qui cherchent à réglementer la location saisonnière comme Airbnb. Parfois, le commerce est entièrement tourné vers les visiteurs comme à Saint Emilion, une commune qui a du mal à trouver des habitants à l’année. 

A Strasbourg, 3.000 logements sont vacants, ce qui n’est pas sans poser des problèmes, vus les besoins de la population et face au nombre de gens qui dorment dans la rue. Un chiffre à mettre en relief avec l’implantation locale d'Airbnb. 

A l’opposé, à Grasse, en perte démographique, bien qu’elle soit dans le sud-est, l’offre hôtelière est trop faible. Ils sont donc intéressés à ce que l’offre de location saisonnière se développe pour que les gens restent sur place et n’aillent pas ailleurs, comme à Nice. 

Que peut-on faire pour s’attaquer à ce qu’on appelle « la France Moche « ? 

De plus en plus d’élus ont pris conscience de l’importance de l’esthétique des entrées de ville. Il peut s’agir d’une gare mais aussi des axes d’accès à la ville, qui passent parfois par des zones commerciales, malheureusement régulièrement défigurées. 

Ces élus ne souhaitent pas limiter leurs actions au seul centre historique. Le sujet prend de l’importance, comme dans les avenants de projets « Cœur de Ville » notamment. 

En collaboration avec Patrimoine-Environnement, nous organisons depuis plusieurs années un concours pour inciter à passer à l’action. Nous avons eu 18 candidatures en 2025.

  

Pour aller plus loin : 

Le site web : https://www.sites-cites.fr/  

Sur le CREBA:

   

Sur ce blog : l'urbanisme favorable à la santé

https://ong-entreprise.blogspot.com/2024/09/les-origines-de-lurbanisme-favorable-la.html 

mardi 25 février 2025

A Caudebec-les-Elbeuf, le Conseil Municipal des Jeunes est bien rodé


Caudebec-les-Elbeuf est une commune d’environ 10.500 habitants située à proximité de Rouen en Seine Maritime. 

Son maire, aussi Conseiller régional de Normandie, Laurent Bonnaterre m’a apporté son regard sur l’importance du Conseil municipal des Jeunes, une initiative adoptée par de nombreuses communes. 

De quand date le début de cette pratique citoyenne ? 

Le Conseil municipal des Jeunes (CMJ) date de plus de 30 ans, bien avant ma première mandature. J’en remercie mes prédécesseurs. Nous l’avons dynamisé, puis nous l’avons complété à la fin du Covid en 2021 avec le Conseil municipal des Ados (CMA), qui comprend les 5èmes, les 4ème et les 3ème. Les plus jeunes étaient frustrés de s’arrêter en sixième ; ils peuvent ainsi continuer et cela attire aussi des profils nouveaux. 

Ils forment deux collèges de 33 membres, qui se renouvellent tous les deux ans. Pour les CMA, le nombre de volontaires est néanmoins moins nombreux que la jauge maximum. Ces conseils n’élisent pas de « maires » en leurs seins, afin de favoriser l’aspect collectif de la démarche. 

Ils sont élus par leurs pairs dans leurs écoles et leurs collèges, avec l’assistance des équipes enseignantes et des CPE. Ils peuvent venir de communes voisines et d’écoles privées. 

Comment cela se passe-t-il sur le plan pratique ? 

Ils se réunissent très régulièrement en commissions et en plénières. Il y a des ordres des jours. Ils sont suivis par un animateur spécialisé. Ils peuvent se déplacer de manière plus exceptionnelle sur des lieux de mémoire ou encore à Paris pour visiter des institutions comme le Sénat. 

Ils travaillent aussi sur l’intergénérationnel avec le Conseil municipal des sages. Ils sont conviés à des événements communs, comme des thés dansants. 

Quels sont les thèmes abordés ? 

Ils portent un intérêt particulier à des thèmes comme la mémoire, les cérémonies patriotiques, les FFI ou les résistants morts pour la France. Ils ont aussi participé à l’anniversaire des 80 ans de la Libération de la Ville. Avec le Conseil municipal des sages, ils se sont penchés sur l’histoire du Monument aux Morts. 

Ils ont même proposé l’ajout d’un nom d’un résistant qui avait été identifié, mais qui n’avait pas eu la mention « mort pour la France ». Nous avons en conséquent entamé les démarches pour corriger cet oubli. 

Par ailleurs, une douzaine de membres du Conseil des Ados ont réalisé une fresque sur la laïcité avec un artiste graphiste local. 

Ils peuvent apporter leurs propres idées. Ils collaborent ainsi au concours des maisons fleuries et à la collecte de bouchons pour financer des associations en faveur du handicap. Ils ont aussi réfléchi à l’implantation de boites à livres. 

Nos jeunes conseillers ont aussi été pleinement associés récemment lors du passage des serviettes en papier aux serviettes en tissu dans les écoles. 

Quels sont les objectifs poursuivis dans cette démarche ? 

L’idée est de construire la vie d’un jeune citoyen. 

Depuis deux ans, ces jeunes prennent même la parole devant 500 habitants le samedi matin lors des vœux de début d’année. De nombreuses petites communes le font aussi. 

Il y a une coupure à l’âge du lycée, mais certains de nos anciens jeunes s’engagent par la suite. 

L’une d’entre eux a ainsi été conseillère municipale (2008-2014) à Caudebec et est aujourd’hui représentante des Français de l’étranger aux Etats-Unis. Et, une ancienne conseillère régionale des jeunes, une autre instance lancée par la Région, est devenue conseillère municipale de Caudebec depuis 2020. 

Est-ce compliqué pour les jeunes adultes de faire de la politique ? 

On est toujours content d’avoir des jeunes au Conseil municipal, mais les études les éloigne parfois. 

Actuellement, sur nos trois jeunes, nous avons deux conseillers municipaux qui suivent nos délibérations en visio, car ils font leurs études, l’un au Québec, l’autre à Montpelier. 

Que dire aux jeunes pour qu’ils aillent davantage voter aux municipales ? 

La politique, cela sert. Au niveau national, je comprends qu’il y ait des interrogations sur certains débats, c’est parfois hystérique. 

Au niveau local, au Caudebec, comme ailleurs, on peut modifier les choses. Depuis 11 ans à Caudebec, avec une nouvelle équipe, la ville a bien changé. 

Aux jeunes, je dis «engagez-vous », ici, on est une ville moyenne, un gros village, vous pouvez bouger les choses. 

Bio : 

Né en 1973 d’un père ingénieur et d’une mère enseignante, Laurent Bonnaterre vient du milieu associatif. Il a commencé son parcours électif en 2008 à la mairie de Caudebec-lès-Elbeuf sur une liste divers gauche. Il devient Adjoint, puis Conseiller Municipal. Candidat en 2014, il conduit une liste de large rassemblement élue dès le premier tour. À nouveau candidat en 2020, il mène la seule liste en présence, sans étiquette, avec une réélection dès le 1er tour. Laurent Bonnaterre a rejoint Horizons dès sa création, en octobre 2021. Le reste

jeudi 8 juin 2023

Une comédie qui cartonne sur la vie d’une Maire dans une commune rurale

Dans Les Petites victoires, Mélanie Auffret évoque les difficultés des petites communes à rester attractives et vivantes. Le film a reçu le prix du jury et le prix du public au festival de l'Alpe d'Huez 2023. Depuis sortie, il aurait dépassé 900.000 entrées. 

Il est notamment question de la désertification dans les zones rurales : commerces, médecin, fermeture de l’école primaire. Le tournage a eu lieu à Juch, près de Quimper, dans le Finistère. 

D’après Ouest France, la réalisatrice avait lu dans la presse qu’un maire de Charente, excédé par les difficultés pour maintenir son école, avait inscrit cinq moutons dans les effectifs de l’établissement. 

 

Elle y fait référence dans le film, où il va manquer quelques élèves pour garder l’école primaire. 

Avant le tournage, en 2021, la réalisatrice a visité près de quatre-vingts bourgs ruraux en Bretagne. C’est finalement la commune du Juch, où beaucoup de commerces ont fermé.

  

Même s’il s’agit d’une comédie, dans laquelle les enfants apportent beaucoup de fraicheur, De Petites Victoires montre aussi : 

  • Le rôle central du maire, incarnée par Julia Piaton, dans sa commune, qui est sollicité sans cesse, et parfois dans des domaines où un Maire n’a pas de pouvoir. 
  • Le recours au système D, avec un appel à la solidarité pour vendre du pain venant d’une autre commune. 
  • Le désespoir des administrés de ne plus avoir un bar tabac et qui ouvrent un bar clandestin. 
  • L’isolement du Maire (Julia Piaton) et de son adjoint noyés dans le système d’intercommunalité. 
  • Le manque de mobilité de certains administrés, comme Emile (Michel Blanc), illettré, qui n’a jamais vu la mer.
 
   
 
Pour aller plus loin :
 
Le reportage vidéo de France3 sur Juch 
 
Le reportage d’Ouest France sur Juch 
 

Podcast France Bleu. Mai 2023 : Interview de Christian Blanckaert, ancien chef d’entreprise, mais aussi maire pendant dix-neuf ans d’une petite commune normande près de Dieppe

https://www.radiofrance.fr/francebleu/podcasts/ma-france/christian-blanckaert-etre-maire-c-est-une-affaire-de-passion-pas-d-opinion-3599257

 
 
Le reste

mercredi 19 avril 2023

Ces biais neuronaux hérités de la Préhistoire qui freinent la transition écologique


On a beau connaître les problèmes de sécheresse et de sexisme, on ne change pas forcément pour autant ses habitudes. Le carbone, on ne le voit pas et on préfère embaucher des clones. L’ampleur de la tâche, la durée des processus en cours, on parle d’Anthropocène commencé à la Révolution industrielle, annihilent les meilleures intentions. 

On a des motifs de satisfactions : on contemple sa pelouse, on aime avoir des fraises toute l’année, on apprécie les livraisons rapides, etc. 

 Il faut dire que notre cerveau est paresseux. Selon les neurosciences, plus de 95% de nos décisions découlent d’automatismes bien huilés. Mais, en nous reposant sur ces derniers, par facilité, nous pouvons nous tromper et nuire aux autres. Face à une situation complexe, notre cerveau s’attache à des explications intuitives, qui s’adaptent à nos croyances. 

Dans le domaine du raisonnement, ces stéréotypes sont renforcés par le phénomène de « bulle informationnelle », qui nous pousse à nous enfermer dans un univers où toutes les infos vont dans le même sens. De même, il est tentant de vivre confortablement dans une communauté homogène.

D’après les experts, il existe quatre types de biais cognitifs : 

  • les biais qui découlent de trop d'informations, 
  • le manque de sens, 
  • la nécessité d'agir rapidement 
  • et les limites de la mémoire. 

 Source du graphique : Fiche technique N°3. Projet Emploi et Handicap. Maroc, Tunisie, Bénin, Sénégal : Stéréotypes, biais cognitifs et discrimination d’Handicap International et Humanité et Inclusion. Juin 2020. 

Le savoir peut aider la personne à interroger son rapport à l’information, pour prendre de la hauteur gagner et agir au mieux. 

Les journalistes français ont pris collectivement conscience de leurs responsabilités. Ils insistent ainsi de plus en plus sur l’origine des catastrophes naturelles ou des vagues de chaleur. 

L’important semble la qualité de l’information avec des liens clairement établis entre les événements, la simplicité aussi sans doute, voire la proximité pour bouger à son échelle sans être bloqué par la culpabilité ou la peur. Les infographies peuvent faciliter la compréhension des enchainements.

Mais, être informé ne suffit pas. 

 

 Deux entités complémentaires dans le cerveau : le pilote automatique et le cerveau conscient.

Le pilote automatique : 

C’est la partie du cerveau qui prend des décisions ultra-rapides mais de manière innée via des raccourcis cognitifs. Ce fonctionnement facilite la vie quotidienne au prix de peu d’efforts. Plus de 95% de nos prises de décisions quotidiennes sont traitées par lui, avec des routines s’arrêter à un feu rouge ou aller tous les jours à la machine à café à la même heure. 

Certains chercheurs avancent que le cerveau humain prendrait environ 35.000 décisions par jour. D’après Huawei, seulement 0,26% des décisions prises par les individus seraient conscientes, alors que ceux-ci pensent être clairement à l’origine de 92% des décisions prises. 

D’après Huwei, les Suisses interrogés estiment ainsi prendre 9 décisions par jour concernant la nourriture, mais en vérité le cerveau en prendrait jusqu’à 221 décisions par jour à ce sujet. 

Pourquoi ? 

Depuis la Préhistoire, le cerveau cherche à favoriser la survie et la reproduction. Comme mémoriser les points d’eau et éviter le repère des prédateurs. Mais, cela peut, parfois déboucher sur des conclusions hâtives et rigides, pas adaptées au contexte ou au besoin d’évoluer. Comme acheter une maison sur un coup de foudre, mais en zone inondable. 

De même, les stéréotypes entraînent sans un bruit de la discrimination. 

Or, on ne résout pas l’explosion du CO2 d’une fulgurance de notre cerveau automatique. 

Le cerveau conscient : 

Plus lent, il peut nous permettre de ne pas rester en surface en évaluant tous les aspects d’une décision. Plus flexible, il est utile pour s’adapter à la nouveauté ou l’inconnu. Mais, toute demande énergétique doit être justifiée : cela doit valoir la peine. La maîtrise du feu, l’invention de la roue et la grotte de Lascaux viennent de nos cerveaux conscients. 

« Les humains sont très mauvais pour comprendre les tendances statistiques et les changements à long terme.» pour Conor Seyle, Directeur de recherche à la One Earth Future Foundation (source BBC) 

 « On retient plus des dangers faciles à mémoriser comme le terrorisme que des menaces plus complexes, comme le changement climatique. Notre cerveau cherche depuis la nuit des temps à ce que nous soyons bien nourri et à avoir un toit. Ces fonctions nous sont devenues moins utiles dans le monde moderne. Pire, ces biais freinent notre capacité à prendre des décisions rationnelles face aux nouvelles menaces. » 

Les gens ont envie d’agir. 

Mais, on a du mal de basculer du savoir ou de l’envie à l’action. Changer et établir de nouvelles connexions demande de la volonté. Une fois qu’un fumeur comprend que la plupart de ses mégots finissent dans la mer ou dans ma nature, là où il passe ses vacances avec ses enfants, il lui reste à prendre le pli de ne plus les jeter dans la rue. 

Mais, bonne nouvelle, plus ce comportement vertueux est activé, plus il passe en mode automatique. 

Quels sont ces biais qui nous paralysent ?

  • Biais d’inertie : résister à un changement, voir une nouveauté par ce qu’ils demandent beaucoup d’efforts, des remises en cause, voire une menace,…Exemple : pourquoi investir dans les EnR alors que les énergies fossiles ont fait leurs preuves à un coût abordable.
  • Biais de confirmation : Nous ne retenons que les informations qui valident ce qu’on fait déjà. Et, considérer les autres comme ambiguës ou négligeables. Selon le réalisateur Raphaël Hitier, Documentariste scientifique pour Arte, « L’analyse en imagerie cérébrale montre que notre cerveau ne prend même pas la peine de traiter les informations qui contredisent notre vision du monde. Il ne les évalue pas. Difficile de changer d’avis dans ces conditions… » 
  • Biais de surconfiance : surestimer ses connaissances ou compétences dans un domaine et minorer tout ce que l’on ignore encore. Ex : Il y a toujours eu des cyclones en Floride. 
  • Biais du temps présent : Privilégier l'option la plus agréable à court terme, même si ses bénéfices à long terme ne sont pas avérés. On se soucie plus de sa propre famille, plutôt que des « générations futures », qui restent trop abstraites pour tolérer certains sacrifices. Exemple : s’acheter un nouveau smartphone à la mode plutôt que réparer l’ancien, qui va prendre plus de temps. C’est le contraire du principe de l’investissement ou des taux d’intérêt qui offrent une récompense future.
  • Biais de disponibilité mentale : tirer une conclusion d’après le dernier élément observé dont on dispose aisément sur une question. Exemple : il fait froid ce matin. 
  • Biais de « compensation morale" : valoriser une bonne action, même minime, et occulter nos actions non-responsables. Ex : acheter une gourde, mais continuer à rouler en 4X4. 
  • Biais de "pseudo-inefficacité" ou biais du « spectateur » : Je comprends le problème, mais j’estime que mon action individuelle n’a pas d’impact notable sur la résolution d’un problème systémique. Dès lors, je m’autorise à ne rien entreprendre. C’est aux gouvernements et aux grandes entreprises de s’en occuper. "Pourquoi réduirais-je mes vols long-courriers si d’autres prennent des jets privés comme moi le métro ?" 
  • Biais "d’optimisme » ou de « surconfiance »: Les individus ont tendance à être trop optimismes quant à certains résultats et à sous-évaluer la survenance de mauvaises nouvelles. Ex : croyance dans la capacité de la technologie et de la science pour résoudre tous les défis futurs. Ou croire qu’ils seront moins touchés que la moyenne, ce qui permet de balayer les scenarios pessimistes. Ex : à quoi sert la prévention, je suis bien assuré. 
  • Biais de mémoire : la personne ne se souvient pas bien de certains événements ou ne se souvient que des bonnes choses. On ne se rappelle pas la canicule de l’été dernier, mais des sauts dans la piscine. Cela complique la prise de conscience de certains changements dans notre environnement familier (artificialisation des sols, fin des hivers rigoureux, etc.) Ce biais pousse à prendre les problèmes moins au sérieux, voire à être climato-sceptique. 

 Ici la vidéo de la youtubeuse La Psy Qui Parle,  Elle présente 5 biais liés à l’inaction en faveur de l’environnement.

 
  
 
Les conditions de réussite
 
Notre cerveau a besoin de « récompenses », qui génèrent de la dopamine, ce qui est par exemple le cas de l’altruisme ou de faire des choses qui sont acceptées au sein d’un groupe. L’effort individuel et le besoin du collectif se complètent pour survivre. La récompense, liée au passage à l’action à bon escient, est la meilleure réponse à apporter à une menace. 
 
Présenter les solutions comme étant positives facilite la transition, la perspective de la fin du monde étant peu mobilisatrice, voire inaudible. Il vaut mieux vanter le train que parier sur la fin des avions. 
 
Mais, non seulement il faut comprendre l’information, mais il faut la passer au niveau de la conscience. 
 
L’attention doit permettre de faire le tri pour repérer ce qui est important, parfois ce qui est répété ou qui génère des émotions. C’est pourquoi les climatologues et les équipes RSE ne doivent pas hésiter à ramener souvent certains sujets sur le billot pour débloquer les choses et provoquer un ancrage. Lors de la pandémie, les antivax ont fait de la résistance, du fait de nombreux biais.
 
Mais, notre cerveau a besoin de simplicité. Que l’action ou le geste soit à son échelle et que le collectif fonctionne. L’important, c’est de commencer, de passer du point mort à la première, d’avoir une inertie du mouvement pour contre le biais du statu quo. 
 
Et, comme Saint Thomas, il faut voir les impacts, que cela soit tangible. Diriger par objectif avec un cap pour répondre au problème identifié constitue une bonne méthode, d’où l’existence d’indicateurs pertinents suivis dans le temps, avec des moyens dédiés à la clé. Mais, tout n’est pas mesurable.
  • La RSE c’est une mentalité, pas que des actions. La perception des impacts donne du sens. 
  • Avoir envie d’agir comprend deux dimensions, mentale et émotionnelle. 
  • Et prendre conscience de la responsabilité individuelle et collective, et l’interaction entre les deux pour le bien commun. Difficile de changer le monde tout seul. 
  • La transformation peut passer par le jeu, le théâtre, la réalité virtuelle, l’intelligence collective, des challenges, etc.. 
  • Il faut du temps et de l’argent pour faire évoluer les mentalités. 
  • Certains imaginent également des nudges verts pour influencer les pratiques en douceur, faire adopter les bons gestes. 
Pour Renata Coura, Présidente Fondatrice de l’Empowerment Center, et qui a un Doctorat en Neurosciences à l’Institut Pasteur 
"Une entreprise ne peut pas se contenter d’un objectif utilitariste, il faut aussi souvent changer le management et la gouvernance."
Des publics variés 
  • Les jeunes sont les plus conscients des enjeux environnementaux. Mais ils sont impatients et n’ont pas toujours la force de modifier leurs comportements. Ils apprécient les vols low cost et consomment énormément de burgers. 
  • Il faudrait aussi étudier si des biais freinent aussi nos décideurs. La révolte des Gilets Jaunes a surpris. Une prise de risque jugée trop forte peut générer de l’immobilisme concernant des mesures souhaitables, mais impopulaires. Les politiciens doivent gérer leur cote de popularité avant de se présenter aux urnes. D’où l’utilité de la planification basé sur des objectifs largement partagés. 
  • Dans l’entreprise, la RSE mobilise des ressources à court terme pour des bénéfices parfois lointains. Au-delà des KPI, il faut une dynamique. La rémunération ESG des cadres dirigeants, véritable récompense sonnante et trébuchante, tente d’intégrer le bien commun dans une logique extra-financière. Mais, comment pivoter durablement avec des publications de résultats trimestriels ? 
  • Ce qui peut vouloir suggérer que pour transformer, il faut adapter son approche selon les publics, qui n’ont pas tous le même degré de compréhension de l’urgence des sujets. Un chasseur, une cadre dirigeant de la Défense ou une professeur des écoles n’ont pas forcément les mêmes idéologies et valeurs. Ils ont des rapports différents à la planète et au capital naturel. De même, il existe une vraie polarisation idéologique aux Etats-Unis sur la question du dérèglement climatique. Certains s’y cramponnent encore au charbon. 
  • Comment éviter les biais dans l’IA ? Comme l’exploitation du prénom, de l’adresse ou de l’âge dans le recrutement ou dans le fundraising via des robots automatiques ? 
 De plus, de nombreux acteurs cherchent à capter notre attention pour nous influencer. Cité par France Info, Arnaud Pêtre, chercheur en neuromarketing officiant à l'Université catholique de Lille, a écrit en 2007 :
"Si nous considérons la publicité dans un sens très large (...) nous serions exposés à pas moins de 15.000 stimuli commerciaux par jour et par personne, dont 2.000 publicités". 
 Il ne travaille plus sur ce sujet, mais considère la prégnance d'Internet dans nos vies laisse penser que l'on devrait plutôt aboutir, en 2019, à une estimation encore plus haute. 

Pour aller plus loin : 

Blogueur RSE, je suis aussi journaliste freelance. J'interviens en conseil éditorial et fournis du contenus pour des blogs, newsletters, rapports, etc. Je suis joignable au hduhalgouet@hotmail.fr 

Je serais enchanté d'échanger avec vous. Herrick 

Frédérique Chalony est partenaire de l’Empowerment Center et l’invitée spéciale de Renata Coura pour un webinaire. Elle est la fondatrice de Manitaria, spécialiste de la RSE, qui accompagne les entreprises pour faire émerger des solutions responsables par l’expérimentation et l’intelligence collective.

  

Comment les convictions politiques aux Etats-Unis impactent la vision des questions d’environnement chez les électeurs : “A framework to address cognitive biases of climate change” https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0896627321006267 

Bon Pote. 2023. Climat : les 12 excuses de l’inaction, et comment y répondre https://bonpote.com/climat-les-12-excuses-de-linaction-et-comment-y-repondre/

Casser les biais en promenant son chien. Le Monde. Avril 2023.

https://bit.ly/41XWhGt

 

Pour les ONG, le football n’est pas qu’un sport de millionnaires individualistes (2010)

 http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/07/pour-les-ong-le-football-nest-pas-quun.html 

 

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