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mercredi 8 juin 2022

Croissance durable : les industriels peuvent-ils éviter le Greenwashing ?

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Ce post recense quatre initiatives de multinationales européennes, qui se sont retroussées les manches pour se donner toutes les chances d’éviter de s’engager dans des voies non durables, c’est-à-dire sans avenir

Ces Big Corp, gérant parfois des centaines de références, et imbriquées dans une vaste chaine d’approvisionnement, ont imaginé des outils, afin de mieux concilier leurs investissements avec les limites planétaires. 

Leur approche est révolutionnaire, dans la mesure où cela peut les conduire dans certains cas à écarter des projets, qui auraient été encore jugés bons il y a dix ans.

Kering et la chaine d’approvisionnement

 EP&L (pour Environmental Profit & Loss, ou Compte de Résultat Environnemental) est un outil original, qui permet à Kering de mesurer et de quantifier ses impacts environnementaux.

  

Si EP&L mesure, tout au long de la chaîne d’approvisionnement, les émissions de CO2, ce qui est assez classique, d’autres critères sont suivis, comme la consommation d’eau, la pollution de l’air et de l’eau, l’utilisation des sols et la production de déchets. Une fois quantifiés, tous ces impacts sont convertis en valeur monétaire. Il s’agit là d’une étape incontournable pour motiver les décisions, qui vont en découler. 

Comme indiqué sur son site web, avec EP&L, Kering « oriente sa stratégie de développement durable, améliore ses processus ou ses circuits d’approvisionnement et adapte ses choix technologiques. » 

Dans son rapport de mai 2019 sur l’information extra-financière, Patrick de Cambourg détaille ce que fait Kering, mais signale également d’autres initiatives innovantes de même inspiration chez BASF et chez Philips. 

Michelin et le carbone 

Depuis 2016, le fabricant de pneumatiques applique un prix interne du carbone à ses projets d’investissement. Ce prix est intégré dans la méthode de « Calcul de Rentabilité des Investissements Michelin », applicable aux projets nécessitant des investissements importants, notamment les projets d’augmentation de capacité de production, de transformation des chaufferies et relatifs à la logistique. 

En 2021, ce prix a été relevé de 50 à 100 € la tonne. 

Cette méthodologie contribue à orienter l’innovation vers des produits plus performants. 

Michelin s’est ainsi concentré sur la résistance au roulement des pneus. Le pneumatique représente entre 20 et 30% de la consommation de carburant d’un véhicule, mais aussi des émissions de CO2 

Michelin déclare avoir trouvé une réponse avec son pneu E-Primacy, 

  • qualifié d’éco-responsable, issu d’une ACV, et commercialisé depuis la fin 2020. 
  • installé sur une voiture électrique, ce pneu contribue par exemple à augmenter l’autonomie d’environ 7%, ce qui représente 30 kilomètres pour un modèle ayant une autonomie de 400 kilomètres. 

Le couteau suisse du prix du carbone 

Pour l’Institut Montaigne, l’utilisation du prix du carbone coche de nombreuses cases : 

  • il fournit un outil de management du risque (ou de test de la résilience des investissements), qui vise à assurer la rentabilité et la pérennité de l’entreprise mais aussi à identifier des opportunités de développement d’activité bas carbone liées à la transition. 
  • Il prend en compte des externalités que constituent les émissions de gaz à effet de serre (RSE). 

Dans son étude, l’Institut Montaigne y voit d’autres intérêts :

  •  encourager le changement de comportement en interne, faire la pédagogie; 
  • accéder aux financements bas-carbone ; 
  • valoriser auprès de sa chaîne de valeur les solutions bas-carbone. 

 Solvay : marier l’utile et l’agréable 
 
Troisième exemple, le groupe chimiste belge Solvay a mis au point un outil, le Sustainable Portfolio Management (SPM), grâce auquel il peut passer au tamis tout son portefeuille de produits. 
 
Le SPM mesure en particulier : 
  1. l’empreinte environnementale liée à la production de ses produits ; 
  2. les risques et les opportunités qui y sont associés ; 
  3. la pertinence d’éventuelles acquisitions sur les mêmes critères. 
Avec ce dispositif, Solvay indique se positionner sur les produits les plus utiles et les plus porteurs. Le chimiste intervient sur les batteries de voiture électrique ou hybride, les thermoplastiques ou encore l’hydrogène vert. 
 

 
 Solvay, pourrait-on dire, n’a pas la « RSE triste ». 
 
Pour marquer les esprits, Solvay a même donné un nom à son approche : G.R.O.W (Growth, Resilient, Cash, Optimize, Win). 
 
La présentation de François De Vos, Expert RSE chez Solvay
 
  
 
En adoptant une méthodologie plus contraignante, Solvay peut espérer s’affranchir dans une certaine mesure du diktat du court terme et n’oublier aucunes parties prenantes. 

Legrand s’appuie sur l’innovation frugale 

Dans son document de référence 2018, Legrand met en avant sa démarche d’ « innovation frugale », qui se focalise sur le développement de gammes de produits répondant à des besoins essentiels. 

Elle consiste à repenser certaines offres en remodelant les produits en fonction des besoins primaires des utilisateurs. Il s’agit d’innover et de faire plus avec moins pour répondre aux attentes d’utilisateurs qui ne sont pas encore des clients, pour des raisons à la fois de coûts et de non-adéquation des produits à leurs besoins. 

Cela se concrétise par la conception, le développement et la commercialisation de gammes d’appareillages (prises, interrupteurs) et de disjoncteurs qui permettent, 

  • d’équiper durablement et en toute sécurité les bâtiments, 
  • à des conditions économiques accessibles pour le plus grand nombre. 
  • notamment dans les nouvelles économies comme l’Inde et le Brésil. 

 Dans la même veine, Essilor a développé un écosystème complet, avec une offre BoP qui s’appuie sur des micro-entrepreneurs pour apporter la vision dans les pays pauvres. 

Des roadmaps qui tiennent la route 

Ces initiatives ont été déployées dans des secteurs d’activité différents, ce qui laisse espérer qu’elles ne resteront pas isolées. Et, elles concernent tous les métiers : la R&D, la fabrication, la supply chain, mais aussi le marketing. 

Est-ce seulement une recherche d’efficacité ou de découplage, ou est-ce aussi une forme de sobriété, les avis divergeront. 

Reste pour revenir le titre de ce post que ces quatre pionniers, en étant à l’écoute des nouveaux besoins de leurs clients et des attentes de la société, prêtent moins le flanc à d’éventuelles accusations de Greenwashing. Leurs produits parlent pour eux. 

Et, dans le même temps, leurs actionnaires ne semblent pas se plaindre de leurs nouveaux business models. 


Pour aller plus loin :
 

« Entreprises en hypercroissance. Leviers majeurs de développement : culture d'entreprise et ESG. » 

Une étude récente de KPMG et CroissancePlus avec de nombreux verbatims. 

https://home.kpmg/fr/fr/home/media/press-releases/2022/04/entreprises-en-hypercroissance.html 

Kering ;le témoignage d’Elisabeth Didier (Sustainability Performance Director), à l’Essec 

https://fr.coursera.org/lecture/reporting-extra-financier-strategie-rse/temoignage-d-elisabeth-didier-kering-partie-1-l-ep-l-quoi-pourquoi-comment-hIxzo?utm_source=link&utm_medium=page_share&utm_content=vlp&utm_campaign=top_button 

Pour modéliser différents scénario, incluant une visualisation dynamique des résultats, permettant de connaître en temps réel l’impact d’une décision possible ou d’un projet futur sur l’empreinte EP&L, ce dernier est en open source : 

https://www.kering.com/fr/developpement-durable/mesurer-notre-impact/notre-ep-l/ 

vendredi 4 février 2011

La révolution numérique offre de nouvelles perspectives à l’Afrique



Nous avons rencontré cette semaine Jacques Bonjawo. Ce dernier est ingénieur informaticien et diplômé MBA de l’Université George Washington. Il dirige actuellement Genesis Futuristic Technologies, qui a des bureaux en Inde et à Washington. Il fut senior manager au siège de Microsoft de 1997 à 2006. Impliqué dans l’essor de la télémédecine en Afrique, il a également contribué, avec le soutien de Bill Gates et de la Banque mondiale, au lancement de l’Université virtuelle africaine dont il fut le premier président.

Il a également lancé une start up au Cameroun, Genesis Telecare, qui propose de la télémédecine, notamment dans les zones les plus reculées, qui manquent cruellement de médecins et de spécialistes. Depuis deux ans, cette offre innovante a déjà permis à 11.000 patients d’obtenir un diagnostic pertinent à un prix très modique, principalement en cardiologie.


Cet entrepreneur est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont « Internet, une chance pour l’Afrique", publié en 2002 aux Editions Karthala. Depuis cette date, la part de l’Afrique dans le total des connexions mondiales est passée de 1 à 7%. Jacques Bonjawo vient d’achever un ouvrage de référence, dans lequel il décrit la façon dont les technologies de l’information et de la communication (TIC) constituent une opportunité pour les pays en développement : "Révolution numérique dans les pays en développement : l'exemple africain" aux Editions Dunod en partenariat avec RFI.

Pour lui, l’Afrique doit s’engouffrer dans la voie ouverte avant lui par l’Inde, qui a obtenu des résultats spectaculaires grâce aux TIC. L’Inde et l’Afrique partagent certaines caractéristiques communes : pauvreté, démographie galopante et jeunesse de la population, illettrisme, multi-confessionnalité, richesse culturelle et linguistique, prépondérance des petites exploitations agricoles. L’Afrique serait dans la situation de l’Inde des années 1980. Une Inde décrite comme ayant réussi à tirer son épingle du jeu de la mondialisation, mais aussi un pays qui est la plus grande démocratie du monde.

« Il n’a aucune raison pour que l’Afrique échappe aux bouleversements induit par les TIC. Il est essentiel que les Africains s’approprient ces technologies pour prendre la place qui leur revient dans le concert mondial plutôt que de laisser les autres décider à leur place leur destin. (…)Faute de quoi la fracture numérique viendra élargir la fracture économique et sociale Nord-Sud qui est déjà considérable»

Cet ouvrage plein d’espoir recense de nombreuses expériences, qui ont eu des conséquences concrètes pour ses promoteurs et pour la population. Jacques Bonjawo parvient à mettre en évidence à quel point le développement de nouveaux services est facilité par la technologie (Internet, téléphonie mobile, diffusion satellitaire) dans de nombreux domaines d’activité. Ces avancées, qui demandent de l’imagination, voire parfois du système D, ne sont pas l’apanage d’un pays en particulier. Les projets éclosent en effet dans tout le continent, parfois simultanément.

Malgré les esprits chagrins, il ressort que les différents apporteurs de solutions innovantes parviennent en général à combler certains handicaps comme la faible vitesse de connexion sur la plus grande partie du territoire africain ainsi que les problèmes d’accès à l’électricité. De plus, au même titre que le social business en Europe, le succès de ces nouvelles applications passe par une étude préalable des coûts : des tarifs modiques proposés aux utilisateurs doivent être compensés par un effet volume et une création de valeur, comme dans l’agriculture le partage des meilleures pratiques, l’accès au marché et à la météo. Surtout, de nombreuses applications sont directement dédiées aux téléphones mobiles, que les Africains se sont totalement appropriés, notamment les plus jeunes.

Les activités qui ont été explorées en Afrique et qui fait figure de Terre promise de ces nouvelles technologies font chacune l’objet d’un chapitre, comme le commerce électronique, la télémédecine et la cybersanté, la cyber agriculture, l’enseignement, notamment professionnel. Les progrès pour les bénéficiaires seront d’autant plus élevés que toutes les initiatives avancent de concert sur tous les fronts.

TV5 Monde. Coup de Pouce pour la Planète - Jacques Bonjawo 8/03/2010


Les révolutionnaires digitaux sont originaires de tous les horizons, notamment des opérateurs téléphoniques comme Orange et MTN. La Banque mondiale a aussi joué un rôle important, sous l’impulsion d’Etienne Baranshamaje, qui a eu l’idée en 1997 de la création de l’Université virtuelle africaine (UVA), dont le siège est à Nairobi. Cette école dispense des cours par satellite, notamment en informatique, mais aussi en journalisme et les énergies renouvelables. L’UVA a noué des partenariats avec l’université Laval et l’Agence universitaire de la Francophonie. A ce jour, plus de 50.000 personnes ont été formées, sans avoir besoin d’aller à l’étranger, pour des budgets réduits au minimum. Les ONG locales fourmillent également d’idées (objet d'un futur post).

Dans la télémédecine, Genesis Telecare a construit son business plan à un horizon de 5 à 10 ans. Pour être viable, il lui faudra atteindre une masse critique de patients. Pour des raisons d’équité, ses services sont moins chers en zones rurales qu’en ville, car il est plus difficile d’y trouver du travail. Cette start up emploie déjà 50 collaborateurs. Ce projet illustre également le rôle que peut jouer la diaspora dans le développement de l’Afrique. Il peut aussi contribuer à redynamiser la médecine locale, cette dernière connaissant une hémorragie chez les diplômés, qui préfèrent s’exiler dans des pays riches.


« Si l’Afrique veut "épouser son siècle", la responsabilité de la doter de structures démocratiques et d’en améliorer la gouvernance incombe au premier chef aux Africains eux-mêmes. »
Le dernier chapitre est consacré à un terme à la mode, la gouvernance. L’auteur insiste pour rappeler que les TIC ont un rôle à jouer dans le processus de démocratisation, comme par exemple la transparence du processus électoral, comme au Sénégal avec l’établissement d’un fichier électoral consultable par tous et la présence des radios dans les bureaux de vote. 

Au Cameroun, le réseau Netwel (Media network for elections) a facilité la couverture des élections de juillet 2007 par les journalistes. La transparence, le désir de participation à la vie publique de la société civile et l’apparition d’espace public électronique pourraient permettre un jour selon l’auteur de faire reculer la corruption et d’accroître en Afrique le nombre de régimes pluralistes.


« On ne peut plus étouffer les gens. La censure est de plus en plus difficile à mettre en oeuvre »
Et ce grâce à Internet et à des supports comme RFI et la BBC. Lorsque le journal algérien La Tribune fut interdit de publication, ses articles furent diffusés sur le site de Reporters sans Frontières. Les blogs permettent aussi à la diaspora d’offrir une information alternative, qui dénonce les dérives, appuie et amplifient les revendications qui émanent de l’intérieur. Ainsi, le site Seneweb, créé par un informaticien sénégalais basé aux Etats-Unis, fait figure de leader d’opinion dans son pays d’origine.

L’auteur insiste fortement sur le rôle de l’éducation, car pour lui, il ne suffit pas d’être connecté, il faut aussi être capable d’utiliser avec un minimum d’efficacité l’outil Internet, de surmonter les réticences vis-à-vis d’un matériel perçu comme étranger et complexe. Comme en Inde, il s’agit d’un enjeu crucial.

L’auteur pourfend aussi le préjugé, qui réclamerait un retrait de l’Etat des TIC. Il lui revient d’éviter un développement anarchique, tout en offrant au secteur privé, qui fourmille d’idées, un cadre propice pour opérer. Il rappelle que les structures étatiques ont joué un rôle déterminant dans le développement des TIC dans les pays du Nord.

Dans ce processus, les femmes devraient occuper une place centrale. Elles sont moins corrompues que les hommes et jouent un rôle majeur dans la famille. Les choses bougent, puisqu’Ellen Johnson Sirleaf est devenue en 2005 la première femme élue démocratiquement présidente d’un pays africain.

Mon avis : 


Ce livre est très documenté et facile à lire. Les initiatives qui y sont citées sont concrètes. Les applications développées en Afrique sont très éloignées de la bulle Internet des années 2000, même si les aspects économiques et de changement d’échelle restent importants. Elles s’inscrivent dans la mouvance de réduction des inégalités à la base de la pyramide. 


Cet ouvrage revêt également un caractère prémonitoire, compte tenu des derniers évènements en Afrique du Nord, car les technologies de l’information favorisent la liberté d’expression et renforcent le désir d’une amélioration de la gouvernance. D’une révolution à l’autr
e.

Pour commander le livre :

Collection: Hors collection, Dunod
2011 - 192 pages - 140x220 mm
EAN13 : 9782100553853 - Prix TTC France 19 €
http://www.dunod.com/informatique-multimedia/ouvrages-generaux-dictionnaires/ouvrages-generaux-dictionnaires/revolution-numerique-dans-les-pa

Pour en savoir + sur l’auteur
http://www.jacquesbonjawo.com/

Le site de la société de télémédecine
http://gentelecare.com/

Pour aller plus loin :

Interview de l’auteur par RFI









INVITE AFRIK du 4/02 Jacques BONJAWO nelle techno

(05:28)






















Une interview de Jacques Bonjawo sur wagne.net : « Il est important de démocratiser l’accès aux TIC »
http://www.wagne.net/wagnenet2/index.php?option=com_content&view=article&id=155&catid=19

Revue Les Afriques : Interview de Marc Rennard, directeur exécutif Afrique, Moyen-Orient et Asie de France Télécom-Orange
http://www.lesafriques.com/actualite/nous-favorisons-le-transfert-de-technologies-vers-l-afr.html?Itemid=89?articleid=27623

Cameroun : le Réseau Netwel démocratise l’information

http://www.haayo.org/Cameroun-le-Reseau-Netwel.html

Le blog Seneweb

http://www.seneweb.com/

mardi 20 avril 2010

Salon Produrable : Le social business est-il une utopie ?




"Social Business, du rêve à la réalité " était le titre du débat de clôture du Salon Produrable 2010, qui a fermé ses portes le 18 mars dernier, ayant attiré 4.200 professionnels sur 2 jours.

Les entreprises s'interrogent sur leurs modèles économiques et essayent de concilier responsabilité sociale avec modèle d'affaires. Social business ou BOP (base de la pyramide): quel est le bilan des précurseurs ? Les nouveaux modèles en question - Besoin de nouvelles règles ? Peut-on rêver d’une démarche Win-Win ?

Frédéric Dalsace, Professeur Associé à HEC, à la Chaire Social Business, Entreprises et Pauvreté, a mis le sujet en relief. Le social business semble difficile à saisir. Comme les ONG, il se définit étrangement par la négative. Cet animal étrange n’est pas la philanthropie. Il ne reçoit pas de subvention. Il ne distribue pas de dividendes. En anglais, sa devise est «no loss, no dividend» (ni pertes ni dividendes) mais un résultat social pour la collectivité. Néanmoins, les fondateurs d’une entreprise sociale ont la possibilité lorsqu’ils se retirent de récupérer leur mise initiale. La grande originalité de ce nouveau modèle se situe dans les objectifs recherchés : permettre un progrès social, lutter contre la pauvreté.

Son essor rappelle l’apparition du mouvement mutualiste, qui marquait une réaction au capitalisme moderne. Un économiste avait déjà remarqué au XIXème siècle que les grandes filatures industrielles avaient créé deux produits, des tissus et des pauvres.

François Marie Charles Fourier (1772-1837) est un philosophe français, fondateur de l’École sociétaire, considéré par Karl Marx et Friedrich Engels comme une figure du «socialisme critico-utopique» dont un autre représentant fut Robert Owen. Les démarches qui ont reposé sur une idéologie de l’utopie ont souvent abouti à des échecs, mais elles ont le mérite d’étendre le champs des possibles.

L’économie actuelle fonctionne comme une centrifugeuse, avec un centre une minorité qui collectionne les bonus et aux extrémités 7 millions de pauvres en France. Il convient de changer les mentalités afin de faire tourner le pétrolier. Il faut passer d’une logique marketing où on créait des besoins là où se situaient des zones de gens solvables à la création de marchés là où sont les besoins. Il faut recréer des tuyaux entre l’offre et la demande, en réinventant ainsi le marketing. Avec deux écueils : faire du social washing et avoir dès à priori. Il s’agit d’une urgence aussi en interne, quand on voit les études où les salariés français pensent «vivement ce soir». le taux d’engagement chez EADS ne dépasse pas 20%.

Du côté de Danone, le rêve de la santé par l’alimentation et contre le fléau de la malnutrition relève aussi d’une forme d’utopie. L’expérience menée au Bangladesh, qui permet notamment d’apporter des micronutriments aux enfants indispensables pour leur croissance dispose maintenant d’un recul de trois années. Pour Emmanuel Marchand, Directeur Général de Danone Communities, loin de l’utopie, cette initiative a su rester pragmatique en changeant deux fois de modèle. Son mode de financement via une Sicav relève aussi d’un esprit d’adaptation ? Cette Sicav qui a un encours de 75 millions d’euros est investie à 90% en monétaire. Le solde est injecté dans le projet, ce qui permet aux investisseurs philanthropes d’espérer récupérer quelque chose à l’issue du processus.

Ce projet demande du temps et de l’engagement personnel. 5 autres usines du même type sont en cours de réflexion, tandis que le groupe alimentaire est aussi présent au Sénégal (lait) et au Cambodge (accès à l’eau potable). Le groupe réfléchit aussi à mixer ses produits laitiers avec des céréales pour une meilleure nutrition et faciliter la vie de ses consommateurs. Danone a pour objectif de faire progresser son nombre de client de 700 millions aujourd’hui à 1 milliard. Un objectif impossible à atteindre, sans la mise en place d’initiatives originales, dont le flambeau est porté par Yunus.

Sur son site Internet, Danone Communities indique que l’année 2010 marque l’accélération du nombre de projets soutenus. Passés de 3 à 10, ils façonnent un nouveau réseau de partenaires et de nouvelles géographies : en Inde, au Mexique et bientôt en Europe. Cette communauté tiendra sa conférence annuelle le 22 avril 2010 au Carrousel du Louvre.

Massimiliano Riva, Policy Specialist, Trade and Capacity Development, Trade and Human Development Unit, au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), constate qu’une grande partie de la population mondiale est doublement exclue, à la fois du système productif et du circuit de consommation, faute de pouvoir d’achat. Outre le microcrédit, qui libère des possibilités, il faut également que la population pauvre ait la possibilité d’avoir accès à un dispositif d’épargne. La croissance économique doit être inclusive et favoriser l’émergence de plateformes et de réseaux permettent aux ressources et aux besoins de se rencontrer. Le rôle du PNUD est essentiel, car le social business ne sera sans doute pas suffisant, à lui seul, pour résoudre rapidement le défi de la pauvreté.

Le Programme des Nations Unies pour le développement est le réseau mondial de développement des Nations Unies. Il prône le changement et relie les pays aux connaissances, expériences et ressources nécessaires pour améliorer la vie de leurs citoyens. Il est présent sur le terrain dans 166 pays, aidant les gouvernements et les populations à identifier leurs propres solutions aux défis nationaux et mondiaux du développement.

Danone Communities : La laiterie du Berger



Liens externes

Growing Inclusive Markets' (GIM) is an initiative led by the United Nations Development Programme (UNDP) with an unprecedented coalition of thinkers and actors in the field of business, academia and human development.
http://www.growinginclusivemarkets.org/

Danone Communities
http://www.danonecommunities.com/

Plus de 90 % des «compagnons» d'Airbus se disent « démobilisés »
http://www.lesechos.fr/info/aero/020181916316.htm?xtor=RSS-2001

Liens internes

Pour David Ménascé, les entreprises doivent lutter concrètement contre la pauvreté
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/09/pour-david-menasce-les-entreprises.html

Le savoir faire d’Agrisud
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/04/agrisud-remet-les-paysans-pauvres-dans.html

Le témoignage de Schneider Electric
http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/04/schneider-electric-entreprend-une.html

mercredi 7 avril 2010

Agrisud remet les paysans pauvres dans la boucle économique




"Social Business, du rêve à la réalité " était le titre du débat de clôture du Salon Produrable 2010, qui a fermé ses portes le 18 mars dernier. Les entreprises s'interrogent sur leurs modèles économiques et essayent de concilier responsabilité sociale avec modèle d'affaires. De leur côté, certaines ONG aident leurs bénéficiaires à développer une activité économique pérenne et adaptée.

Crée en 1992, Agrisud International comprend une équipe de 5 personnes en France et de 150 experts et techniciens dans les pays d'intervention. Ces hommes et ces femmes sont à l’origine de la création de 24.500 petites entreprises agricoles et de 100.000 emplois durables en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie. L’importance de son impact s’explique par une excellente préparation sur le terrain et l'expérience acquise. Ces deux facteurs permettent d'obtenir un fort taux de pérennisation. Ces bons résultats ne peuvent que faciliter le dialogue avec les bailleurs de fonds.

Il s’agit d’une organisation internationale à taille humaine et largement décentralisée. En 2008, en intégrant les activités des entités autonomes liées à Agrisud, l’association a enregistré des produits d’exploitation à hauteur de 4,7 millions d’euros, contre 5.7 millions d’euros en 2007. Comme l’a précisé lors du débat Yvonnick Huet, Directeur général d’Agrisud, le financement de l’association est à 85% public.

L’ONG est partie du constat qu’il fallait avoir une activité pour sortir de la pauvreté. L’accès des plus pauvres, majoritairement des ruraux, au marché a été identifiée par l’ONG comme un axe prioritaire de sortie de la pauvreté. Agrisud aide ainsi la population rurale à cibler les débouchés et à adopter une agriculture conforme aux règles de l’agroécologie (compostage, semis directs, paillage notamment). Les pratiques agroécologiques combinent des réponses d’ordre techniques conciliant la productivité sans ruiner l’environnement par une gestion durable des ressources naturelles. De plus, elles sont économiquement viables et peu gourmandes en investissements. Pour prolonger son action, Agrisud forme également des associations locales dans un souci d’essaimage des bonnes pratiques. Le point fort d’Agrisud est de réussir à exporter les bonnes pratiques.

L’association favorise le développement d’éco-marchés, dans lesquels des paysans ou des artisans créent des produits locaux pour des marchés locaux. Autre projet déjà concrétisé, Agrisud contribue à la lutte contre la pauvreté et la précarité dans les provinces de Siem Reap au Nord-Ouest du Cambodge. Il favorise l’approvisionnement des marchés de consommation en légumes, grâce à l’accompagnement des populations locales vers un développement économique et social en créant des très petites entreprises (TPE). Cela permet ainsi au Groupe Accor de pratiquer une politique d’achats responsables : son hôtel, le Sofitel Royal Angkor, situé dans la ville de Siem Reap s’approvisionne ainsi en partie en produits locaux. Pour les petits producteurs, autrefois dépendants de la culture d’une poignée de produits agricoles, l’accompagnement d’Agrisud leur a permis d’acquérir un savoir-faire pour diversifier leurs cultures, passant ainsi d’une situation de précarité et de dépendance à une autonomie financière.

Globalement, les activités agricoles durables entraînent des cercles vertueux:

- efficacité économique et sociale : sécurité alimentaire, accès au marché,
promotion des femmes, lutte contre la pauvreté…,

- efficacité écologique : préservation des ressources naturelles (eau et sol), lutte contre l’érosion et contre la désertification et la déforestation, réduction des gaz à effet de serre

Agrisud fait aussi partie d’une initiative innovante. Rappelons en effet qu’en octobre 2008, l'indice européen Low Carbon 100 Europe a été lancé en partenariat avec les ONG AgriSud, GoodPlanet et le WWF. Les valeurs sont sélectionnées en raison de leur capitalisation (appartenance à l’indice Stoxx 300) et de leur emprunte carbone. Le tri est effectué par un comité scientifique indépendant. Dans chaque secteur, ont été retenues les entreprises, dont le taux d’émission de CO2 le plus faible. Pour les secteurs pétrole-gaz et automobile, les analystes prennent en compte les émissions de gaz liées à l’utilisation des produits.

Trucos
t, un organisme britannique indépendant, fournit les informations concernant les émissions de CO2, tandis que Cheuvreux complète les données pour les secteurs pétrole-gaz et automobile. En moyenne, les entreprises du Low Carbon 100 Europe émettent 42 % de CO2 de moins que l’ensemble des entreprises du Stoxx 300. A compter du 22 mars dernier, Crédit Agricole, Hermès International, Pernod Ricard et Unibail-Rodamco sont entrés dans l’indice, tandis que d’autres valeurs en sortaient comme Accor, d’Axa et de Danone.

Agrisud a donc une vision positive du rôle structurant que peut avoir une activité économique, même si le système du marché peut laisser des gens au bord de la route. L'association a tissé des liens avec le monde économique. Geneviève Ferone, directrice du développement durable au sein du groupe Veolia Environnement, est trésorière d’Agrisud International. L’association est présidée par Robert Lion, inspecteur général des finances, ancien directeur général de Caisse des Dépôts. Robert Lion a pris la succession à ce poste du fondateur de l’association, Jacques Baratier, ancien résistant et papetier aquitain.

Sur son site Internet, Agrisud International donne une liste de ses partenaires entreprises, notamment les suivants : Caisse d'Epargne Aquitaine et Poitou-Charentes, Laiterie Saint Denis de l’Hôtel, Caisse des Dépôts, Entreprise Houot Agencement, Atout RH, Latitude Bio, Dinandis, Véolia, Total Gabon, Total Angola, Sonangol, Hom&Ter Développement, Groupe Alliances, BNP-Paribas/Fonds carbone, Ibis, Naturex, Danone, Crédit Coopératif, SIDI.



Agrisud MC2partenaire
envoyé par ajvld. - Evadez-vous en vidéo.

Liens internes


De l’impact du social business, conférence organisée par Novethic et Be-Linked
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/05/de-limpact-du-social-business.html

Témoignages de réussite dans les relations PME/associations
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/11/temoignages-de-reussite-dans-les.html

Liens externes

Vu sur Toogezer. « Nous ne faisons pas de charité, nous aidons les plus démunis à accéder à une activité économique durable », Yvonnick Huet, directeur général d’Agrisud
http://www.toogezer.com/2010/04/01/nous-ne-faisons-pas-de-charite-nous-aidons-les-plus-demunis-a-acceder-a-une-activite-economique-durable-yvonnick-huet-directeur-general-d%E2%80%99agrisud/

Fondation Veolia au Niger
http://www.fondation.veolia.com/fr/actions/projets-soutenus/9SD1192,agrisud-international/

http://www.fondation.veolia.com/fr/engagements/liste-temoignages/20091029,parrain-doudou-habibou-halidou.aspx


Robert Lion Trust Barometer 2009
envoyé par Thinkingwithedelman. - L'info video en direct.

vendredi 2 avril 2010

Schneider Electric entreprend une démarche originale pour une croissance durable




"Social Business, du rêve à la réalité " était le titre du débat de clôture du Salon Produrable 2010, qui a fermé ses portes le 18 mars dernier au CNIT. Gilles Vermot Desroches, Directeur du Développement Durable de Schneider Electric a témoigné des initiatives menées récemment par son groupe.

La multinationale a fait le constat que 1,6 milliard d’habitants vivent sans électricité. Les conséquences de l’absence de fée électricité dans les foyers se répercutent dans tous les domaines de la vie : accès à l’eau potable, scolarité, santé et sécurité. Le problème pour l’entreprise était qu’elle a l’habitude de traiter en B to B et que sur place, là où les besoins se font sentir, les gens ne sont pas formés (pas d’installateur, pas de maintenance).

C’est pourquoi elle a lancé le programme BipBop. L’acronyme BipBop signifie d’ailleurs: Business, Investment and People at the Bottom of the Pyramid. Ce plan pluriannuel s’articule sur 3 axes :

• participation à des actions de formation, en visant 10.000 jeunes d’ici à 2011 (dont 4.000 en Inde et 1000 en Afrique du Sud). L’entreprise s’est associée à Aide & Action en Inde.
• La création de produits adaptés aux besoins des populations défavorisée afin de fournir un accès durable à l’électricité.
• Apport financier aux entrepreneurs locaux afin de les aider à développer des entreprises innovantes dans le domaine de l’énergie. Une sicav a même été créée pour favoriser la création d’entreprise.


Une lampe a été spécialement conçue pour remplacer la bougie et le kérosène, qui a un impact néfaste sur la santé. Fabriquée en Inde, la lampe In-Diya, solution d’éclairage à LED basse consommation, est adaptée à sa cible:

• Consomme 50 % d’électricité de moins qu’une lampe fluorescente de 11W et 90 % de moins qu’une lampe à incandescence de 60W pour le même éclairage ;
• Eclaire une pièce d’environ 9m² ;
• Coûte moins cher que n’importe quel système d’éclairage basé sur des lampes fluorescentes, dans sa version haut de gamme ;
• Fournit 50.000 heures d’éclairage.

Pour toucher l’ensemble des populations des zones rurales indiennes, parfois très reculées, le groupe français s’appuie sur son réseau indien de plus de 400 distributeurs partenaires ainsi que sur de nombreux organismes de micro-finance, des ONG et des entrepreneurs spécialement formés. La moitié des bénéfices générés par In-Diya sera réinvestie dans d’autres projets du programme BipBop. Des tests sont en cours en Indonésie et à Madagascar, couplant cette lampe à des panneaux photovoltaïques.

Cette approche est créatrice de fierté chez les collaborateurs du groupe, qui en deviennent les meilleurs ambassadeurs, notamment lorsqu’ils poussent leur village à s’équiper, en trouvant au passage des usages nouveaux. Dans la même veine, le groupe électrique a d’ailleurs mis en place en 2005 un Planet & Society Barometer, qui constitue un outil de mesure dans lequel les employés sont mobilisés, afin de renforcer l’engagement envers le développement durable et partager le suivi des plans d'action avec tous ses partenaires. Début 2009, ce baromètre pointait à 3 sur 10 avec un objectif de 8 sur 10 fin 2011. Fin 2009, cet indicateur, qui intègre les efforts de réduction de CO2, mais aussi d’autres critères comme la baisse de 10% par an du taux d’accidents, était à 6. Il vise aussi à permettre à 2/3 de ses salariés de travailler dan des sites certifiés ISO 14001.

Les plans de progrès font l’objet d’un suivi trimestriel. Les résultats des entités locales sont consolidés en central pour donner une performance de l’ensemble du Groupe. Les outils de mesure et de consolidation des informations sont audités chaque année par une société externe et indépendante. Ce qui n’empêche au dialogue social d’être parfois tendu, comme actuellement à Cognac, où les salariés de Schneider-Merpins sont en grève.

L’innovation est donc au cœur d’un processus destiné à générer une croissance durable. Des acquisitions stratégiques peuvent aussi permettre de gagner du temps. Schneider Electric a ainsi acquis en octobre 2008 une société qui s’appelle Xantrex, dont l’expertise permet de promouvoir l’accès à l’énergie dans des zones rurales.

Le programme BipBop s’est inscrit sur Twitter depuis le 26 février et compte 526 fans sur Facebook.

La vidéo d’Alternative Channel


Video d'Aide et Action

Lien interne

L'association IECD ouvre des filières diplômantes dans les pays en voie de développement en partenariat avec les futurs employeurs
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/12/lassociation-iecd-ouvre-des-filieres.html

Liens externes
Vu sur EcoLife : Schneider Electric rend l'électricité accessible aux plus démunis
http://www.eco-life.fr/article.php?id_article=2650

Aide et Action
http://www.aide-et-action.org/

Dossier de presse de Juin 2009 : Electrification du village de Marovato à Madagascar Schneider Electric affirme son investissement solidaire et son engagement dans les énergies renouvelables
http://www.schneider-electric.com/documents/press-releases/fr/shared/2009/06/dp_20090617_jirano_fr.pdf
The BipBop programme
http://www.schneider-electric.com/sites/corporate/en/group/sustainable-development-and-foundation/social-commitments/communities.page

Le baromètre de Schneider
http://www.schneider-electric.com/documents/sustainable-development-and-foundation/fr/guide-barometre-planete-et-societe.pdf

Le Monde : « Les populations les plus démunies : un marché d'avenir pour les entreprises »
http://mobile.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/07/15/les-populations-les-plus-demunies-un-marche-d-avenir-pour-les-entreprises_1218982_1101386.html

jeudi 7 janvier 2010

Esther Duflo encourage l’expérimentation pour lutter contre la pauvreté





Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, Esther Duflo est professeur en économie du développement au MIT et cofondatrice du Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab (J-PAL). Depuis 2009, elle est titulaire de la chaire « Savoirs contre pauvreté » du Collège de France, créée en partenariat avec l’agence française de développement (AFD). En 2009, elle a reçu le prix MacArthur, qui récompense les recherches les plus novatrices.

Depuis 10 ans, l’étude du développement économique et de la pauvreté a été menée avec un œil neuf, à travers l’approche expérimentale. Appliquer cette démarche expérimentale aux actions de développement constitue une nouveauté : tester une politique, ou plusieurs variantes de politiques, sur des groupes de population et mesurer rigoureusement ses effets avant d’envisager un changement d’échelle. Cette approche a assimilé la rigueur des essais cliniques lors d’expériences pilotes avec assignation aléatoire. Derrière ces termes complexes, les chercheurs visent à sortir de l’ornière des clichés existants et à trouver des solutions efficaces et pragmatiques. Esther Duflo vient de rédiger deux livres et a donné une conférence de presse au Collège de France le 6 janvier dernier.

Ses travaux partent plutôt d’un constat amer, mais communément admis : des années de programmes d’aide au développement n’ont pas réussi à enrayer l’immense problème de la pauvreté. Malgré des avancées, le monde est loin d’atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) que les Etats membres de l'ONU ont convenu d'atteindre d'ici à 2015. Face à cet échec, il existe différentes postures. Les positions oscillent entre la dénonciation des effets pervers de l’aide au développement (APD) et la bonne volonté assez angélique de personnalités comme Bono ou Angelina Jolie. S’opposent aussi ceux qui considèrent que la pauvreté est insoluble et les partisans du marché, qui va y parvenir.

La bonne question consiste à se demander comment utiliser au mieux l’argent de l’aide, qui représente au final des montants assez modestes, comparés au flux des PIB et des impôts. 10 années de travaux de recherche sur ces sujets par diverses équipes dans le monde ont permis de tirer un premier bilan d’initiatives ayant échoué ou au contraire ayant atteint leurs buts. Quelles initiatives ont permis d’obtenir des résultats concrets pour les populations les plus démunies. Dans l’idée ensuite de tenter de généraliser les bonnes pratiques avec tous les éléments en main : connaissance du milieu, évaluation des résultats, décryptage des conditions de réussite. Ainsi, les fonds peuvent être orientés pour maximiser l’impact.

La question n’est pas d’éradiquer la pauvreté, mais de repérer certaines initiatives localisées ayant porté leurs fruits. Ainsi, loin de se laisser abattre par l’immensité de la tâche, la chercheuse étudie des initiatives locales, observées au scalpel. Les cas étudiés sont limités dans le temps et géographiquement, afin de pouvoir en tirer les faits saillants et les conclusions utiles. Il est plus simple de réfléchir à comment pousser les enfants de tel village à aller à l’école plutôt que de raisonner à l’échelle d’un continent. La même méthode (randomized evaluation) peut aussi permettre par exemple de comparer l’efficacité de mesures prises soit par les ONG soit par des autorités publiques. Cette approche doit permettre de mieux définir des programmes et d’accumuler les savoirs. Santé, éducation, micro-finance, les projets sont testés, évalués, comparés sans biais affectifs ou politiciens.

Il en ressort que le microcrédit est l’innovation sociale la plus visible depuis 20 ans, avec des conséquences dans la création d’entreprise, l’investissement dans des TPE déjà existantes et l’acquisition de biens par les ménages. Néanmoins, le microcrédit n’a pas toujours complètement transformé la vie de ses clients, car il est souvent trop rigide : trop grande focalisation sur le remboursement aux dépens de la prise de risque, peu de création de nouvelles embauches. De nombreux entrepreneurs le sont par défaut : créer sa structure étant le seul moyen d’avoir un emploi. Ce saut dans l’entrepreneuriat se traduit souvent par une prise de risque excessive du bénéficiaire, qui ne dispose pas de filet de sécurité. La position des femmes dans le ménage ne change pas non plus ni la structure des dépenses.

Au final, pour Esther Duflo, le microcrédit a un impact, mais ce dernier est moins fort que prévu. Il existe environ 200 millions de clients. Il ne s’agit pas de la potion miracle. Pour améliorer ce processus, il est possible de mettre en place un « emprunt de groupe », qui lierait solidairement 5 femmes, ou plus simplement des « réunions de groupe », moins contraignantes, mais qui ont l’avantage de créer du « lien social ». De plus, le remboursement hebdomadaire peut décourager la prise de risque, en privilégiant le retour sur investissement le plus rapide, le bénéficiaire n’ayant pas le temps en 8 jours de tirer profit de ses investissements.

Dans la santé, le défi consiste à susciter une demande pour des services préventifs : vaccins, lutte contre les vers intestinaux, sida, etc. Le seul moyen d’attirer des patients est de rendre ce service gratuit, en lui joignant si possible d’autres services, comme la distribution d’un plat de lentille ou la remise d’une moustiquaire. Un kilo de lentille multiplie ainsi par 7 le taux de vaccination. Des subventions peuvent favoriser cette politique. Dans ce domaine où la gratuité est une condition de succès, des initiatives de type Bottom of the Pyramid (BoP) ne peuvent pas être mises en œuvre. D’ailleurs, la maladie des vers intestinaux, qui empêchent les enfants d’aller à l’école, a longtemps été minorée, voire ignorée, en raison de son caractère peu sexy. Pourtant, une étude a démontré que le coût n’est que de 0.50 euro par enfant et par an. Fort de ce constat, le Kenya s’est engagé dans le déparasitage universel des jeunes. Ce qui prouve la nécessité des politiques publiques.

Dans le domaine éducatif, le système scolaire, souvent hérité du système colonial, est souvent conçu pour une élite. Une majorité des enfants pauvres sort illettrée du système éducatif et les enseignants sont démotivés. Ils sont souvent récompensés que pour les performances des meilleurs. Des tentatives ont été faites ici ou là de distribuer des manuels ou renforcer le nombre de professeurs. Les travaux des chercheurs ont montré qu’une des mesures les plus efficaces est le soutien scolaire. Une ONG a fait évaluer l’impact de cette pratique en Inde. Grâce à des résultats spectaculaires, elle a pu lever des fonds importants et généraliser ces mesures de soutien à environ 30 millions d’enfants.

A ce titre, les grandes fondations et les pionniers du capitalisme créatif ont un rôle clé à jouer: ils peuvent eux aussi donner l'exemple, en fixant et en appliquant des normes élevées pour ce qui constitue une évaluation crédible. Les Fondations Gates et Hewlett ont instauré un excellent processus d'évaluation pour leur initiative conjointe dans l'éducation. Ils ont accepté de suivre des projets qui avaient donné des résultats prometteurs, basée sur une évaluation rigoureuse, et ils ont encouragé et financé des évaluations de nouvelles initiatives.

L’absentéisme dépend beaucoup des pays. La scolarisation est un principe largement acquis dans les pays développés. La financiarisation des études pourrait démotiver ceux qui acceptent d’être payés pour suivre des cours. A l’opposé, dans les pays en développement, la financiarisation des études peut venir combler la perte de bras et donc de revenus pour les familles. Le programme mexicain PROGRESA conditionnant le versement d’allocations familiales à certains comportements désirables (inscription à l’école, soins préventifs) a obtenu un succès total.

ONG, société civile et gouvernements locaux sont les mieux placer pour lancer des idées, expérimenter, faire avancer certaines initiatives, voire les abandonner en cours de route en cas d’échec. Ces entités ont le grand mérité de ne pas avoir d’élections à préparer. Une fois prouvée l’efficacité de certaines mesures, le gouvernement peut répliquer ces initiatives en leur donnant une nouvelle échelle, mais la motivation des acteurs devient alors moins forte. Quant aux institutions internationales, elles sont souvent en retard d’une mode. Elles peuvent toutefois apporter un soutien financier aux acteurs de terrain.

De manière paradoxale, Esther Duflo relève que dans les pays pauvres, les gens sont plus responsables que dans les pays riches, car ils doivent sans cesse faire des arbitrages de leur propre chef. Dans un pays comme la France, où certaines vaccinations sont obligatoires, les citoyens obéissent à la loi et ne réfléchissent même plus à l’utilité de ces vaccins.

Si les bonnes pratiques commencent à être évaluées et reconnues, la pauvreté est encore loin d’avoir dit son dernier mot. Au sommet des Etats, les experts et les bureaucrates sont éloignés des besoins des personnes et de la réalité du terrain. La corruption est souvent un mal endémique. Le vent des réformes et des expérimentations n’est donc pas gagné, alors que le recul de la pauvreté est un condition nécessaire à l’épanouissement de la vie civique.

L’intérêt de ces deux ouvrages qui n’en font qu’un est d’apporter de nombreuses illustrations précises au discours. Elles sont prises sur tous les continents, donc dépassent les obstacles purement culturels. Son auteur parvient à exprimer en termes simples des enjeux complexes, où les freins sont parfois difficiles à démêler. En faisant connaître ce type de démarche, Esther Duflo contribue à partager des savoirs, afin de faciliter un développement de solutions innovantes. Ces dernières sont parfois peu coûteuses, mais susceptibles d’avoir un impact massif, là où toutes les politiques, trop loin des communautés, ont jusqu’ici échoué. Il serait illusoire de laisser les pauvres gérer eux-mêmes leur sortie de la pauvreté.

De quoi commencer l’année du bon pied en lisant ces deux petits ouvrages synthétiques et passionnants : Le développement humain et La politique de l’autonomie aux éditions du Seuil, Collection la République des Idées. 11,50 euros chaque exemplaire.

Pour ceux qui veulent creuser la notion d’impact, des liens sur le site de l’AFD : http://www.afd-cambodge.org/jahia/Jahia/site/afd/lang/fr/pid/28206

jeudi 12 novembre 2009

Témoignages de réussite dans les relations PME/associations







Le 4ème Forum des Associations et des Fondations, qui s’est tenu le 5 novembre 2009 au Palais des Congrès Porte Maillot, a accueilli 2.822 participants (+25% par rapport à 2008). Il s’est achevé par une conférence sur les moyens pour les PME de développer les relations avec les associations.

Réalisée à la demande de Deloitte In Extenso, une enquête qualitative menée par le Cerphi (centre d’étude et de recherche sur la philanthropie) entre juillet et octobre 2009 auprès d’une trentaine de PME a permis d’apporter un éclairage sur l’état d’esprit des chefs d’entreprise sur la signification qu’il porte au mécénat. Un résumé de la présentation de cette enquête figure sur ce blog : http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/11/dix-regles-dor-pour-les-partenariats.html

Différents intervenants venus du monde associatif et du secteur privé ont fait part de leurs expériences en matière de relations ONG/entreprises. Emmanuelle Peres, Déléguée Générale du Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprise (CJD), a indiqué que les PME ont intérêt à discuter avec leurs parties prenantes. A sa fondation, en 1938, le CJD insistait sur la nécessité du dialogue social. Plus récemment, dans les années 80, il a développé le concept d’"entreprise citoyenne ", une terminologie désormais passé dans le langage courant. Puis, le CJD a développé la notion de « performance globale », qui repose sur 4 piliers interactifs : l’économique, la performance sociale (formation, gestion prévisionnelle), l’environnement et le sociétal (relations avec les parties prenantes). A ce titre, le CJD a donné l’exemple à ses membres en collaborant avec des ONG comme Agrisud ou le Sidaction.

Frédéric Jousset, le Président de Webhelp, opérateur de centres téléphoniques, employant 6.000 salariés, a indiqué que l’implication des salariés constitue une donnée sous-estimée par les sondés de l’étude Cerphi. Ceux-ci sont en effet loin d’être indifférents au mécénat de leur entreprise. Webhelp a ainsi donné 1 million d’euros pour permettre au musée du Louvre d’acquérir la « La Fuite en Egypte » de Nicolas Poussin. Webhep s’y était engagé à côté de 15 autres donateurs comme la Fondation d'entreprise Gaz de France, AXA, la Caisse d'Epargne Rhône Alpes, JC Decaux et le Cabinet Bonnet. A cette occasion, la CGT a publié un tract opposant le rachat d’une croute à la stagnation des salaires chez Webhelp.

Webhelp a également mis à plusieurs reprises gracieusement ses infrastructures techniques dans le cadre de l'opération nationale de lutte contre le SIDA (Sidaction). Plus de 300 téléconseillers volontaires ont apporté leurs compétences pour réceptionner les appels et contribuer ainsi à baisser le coût de la collecte de l’association. Le climat social est une des conditions de réussite du mécénat, les problèmes de France Télécom, dont l’image négative ne peut pas être contrebalancée par l’action de la Fondation Orange, malgré un gros budget.
Webhelp, qui a mené d’autres opérations de mécénat, comme « Greffe de Vie » ou encore avec Sports sans Frontières, estime que la crise financière ne peut que freiner les partenariats associations/PME. De plus, il considère que le nombre de donateurs potentiels est réduit du fait du faible nombre de PME d’une certaine taille en France. Il espère que l’assimilation des critères de RSE, qui commence par une sensibilisation dans les écoles, va conduire à terme à une génération de patrons mieux sensibilisés.

Frédéric Jousset, dont l’entreprise est régulièrement sollicitée, souligne que les associations ne déploient pas le même professionnalisme pour démarcher les PME qu’envers les particuliers. Elles oublient souvent de mettre en avant les bienfaits attendus pour l’entreprise donatrice. Or, une PME ne peut pas être généreuse. L’argent appartient en effet aux actionnaires et la logique comptable domine. Dans le même sens, Virginie Seghers, consultante en responsabilité sociale des entreprises et coordinatrice de la conférence, a rappelé en effet que la "philanthropie" menée par une firme relève de l’abus de bien social.

Didier Jeannot, Président de PRISME, a témoigné des avantages que présente le « mécénat collectif » pour une entreprise par rapport à une initiative plus modeste et isolée. Créée en 1989 l'association PRISME regroupe une trentaine d'entreprises de taille et d'activités différentes. Son objet principal est la promotion du mécénat d'entreprises au travers de la réalisation d'œuvres d'art urbain et le soutien à l'art contemporain, plus particulièrement la jeune création contemporaine, à Reims et sa région. Avec la crise économique et sociale, l'association a décidé cette année d'ajouter une dimension sociale à son action.

Du côté ONG, certaines acteurs savent parfaitement gérer leurs relations avec le secteur privé comme Agrisud et le Rire Médecin. Agrisud International, qui a été fondé par un chef d’entreprise, connait bien l’univers du business. Sa vocation est d’aider les pauvres par une démarche de marché, axée sur la sécurité alimentaire, la promotion des femmes et de l’environnement. Robert Lion, son Président, a précisé que l’objectif concret de l’association est de réinsérer dans le circuit économique des personnes en situation de précarité. Elle aide des petits entrepreneurs et facilite la création de très petites entreprises. Depuis 1992, Agrisud a lancé 19.100 très petites entreprises (TPE), plus de 80.000 emplois ont été créés en Afrique, en Asie du Sud et dans l’Océan Indien.

Dans ce cadre, les PME françaises ont un rôle à jouer, comme l’illustre le partenariat d’Agrisud avec la laiterie de Saint Denis de l’Hôtel. Il a débouché très concrètement sur un projet de développement agricole au Cambodge. Ce projet a même suscité une adhésion complète des salariés de la laiterie.

Agrisud International accepte le financement privé, dans une fourchette comprise entre 30 et 35% de son budget. L’ONG peut aussi travailler avec des multinationales comme avec certains villages du Club Méditerranée. Le voyagiste a ainsi accepté d’aller voir au-delà de ses clôtures. Ce partenariat vise en effet à favoriser le lien économique et social entre les villages du Club Med et leur environnement, par l'aide à la création de très petites entreprises viables et durables à proximité de villages dans des pays du Sud. Des initiatives qui génèrent même de la fierté chez les GO.

Robert Lion, qui vient de démissionner de Greenpeace France pour se lancer dans les élections régionales, a indiqué que Greenpeace Allemagne n’était pas imperméable au monde des affaires. Surtout connue pour ses activités de plaidoyer, l’ONG écologiste participe pourtant régulièrement à des journées de sensibilisation et à des séminaires. Son objectif est de mieux se faire comprendre et d’expliquer ses raisonnements. Pour lui, « les bonnes ONG disposent d’expertises ». A tel point, que lors du Grenelle de l’Environnement, certains responsables patronaux ou syndicaux ont parfois écarquillé des yeux devant le discours bien argumenté d’un monde associatif, qui ne porte pas de cravate. Certaines expertises, comme dans l’énergie, sont selon lui transférables.

L’association Le Rire Médecin, aussi présente sur le colloque, fait jouer et rire les enfants malades dans les hôpitaux. Elle produit 58.000 spectacles par an pour les enfants et leurs familles. Les entreprises contribuent à environ 32% du budget. Son Directeur Général, Marc Avelot, a noté une professionnalisation des ONG et des entreprises dans leurs partenariats, qui ont longtemps reposé principalement sur la proximité géographique. Désormais, le mécénat se joue au « cœur du métier » de la firme.

C’est ainsi que le Rire Médecin est épaulé par un partenaire original, une entreprise de capital risque, qui l’accompagne pour changer d’échelle, notamment dans sa volonté de créer une école internationale du rire. Cette ONG a fini par être copiée avec plus ou moins de réussite. C'est pourquoi son objectif est de diffuser largement les "meilleures pratiques" (souci de qualité) même au-delà de l’association et d’augmenter le nombre des « hôpiclowns » (accroître l’impact en touchant plus d'enfants). L’ONG a fait ainsi l’objet d’un audit en profondeur par son partenaire. Pour son promoteur, il s’agit de sortir de la sphère des certitudes.

En bon observateur, Marc Avelot décèle certaines dérives. A force de mettre en avant certaines formes de mécénat, comme par exemple l’échange de compétence ou l’aide en nature, il y a un risque de désertification de l’aide financière. Or, les ONG ont des frais généraux incompressibles. Par ailleurs, il serait sans doute selon lui dommage d’abandonner le mécénat culturel pour répondre à des causes purement humanitaires ou de solidarité.

A l’heure où l’on voit des ONG lancer des filiales commerciales et des entreprises parler de valeur ajoutée sociale, Olivier Kayser, Président Fondateur de Hystra et ex-responsable européen du mouvement d'entreprenariat social Ashoka, a donné une vision dynamique de la question. Cette jeune société de conseil « hybride » vise à pousser les entreprises à s'intéresser aux populations les plus démunies de la planète, "le bas de la pyramide", en développant des produits et des services adaptés à leur faible pouvoir d'achat.

Pour Olivier Kayser, le défi consiste à passer du stade du laboratoire, où sont menées certaines initiatives innovantes, à celui de la généralisation. Faute d’investissement dans de nouveaux modèles, le mérite des grandes entreprises est de repérer des starts up, de les racheter et de leur allouer des ressources qui vont leur donner l’élan nécessaire. A peine lancée, Hystra, est déjà en contact avec une partie importante des sociétés du CAC 40. Elle a déjà travaillé concrètement sur le thème de l’accès à l’énergie pour des groupes comme GDF Suez, Total et Schneider Electric.

Les entreprises hybrides doivent venir combler le « no man land » qui sépare le monde associatif des entreprises. Une firme doit en effet selon lui justifier son existence, avoir une « licence to operate » par rapport au danger de « non assistance à planète en danger ». Citée en exemple, une entreprise comme Novo Nordisk a connu une croissance insolente depuis qu’elle s’est fixée comme objectif, non pas de vendre des médicaments, mais l’éradication du diabète.

Pour aller plus loin :

Présentation de la performance globale du CJD
http://www.cjd.net/Default.aspx?tabid=92

Le Rire Médecin
http://www.leriremedecin.asso.fr/

Hystra : Access to Energy for the Base of the Pyramid; Octobre 2009
http://www.hystra.com/opensource/energy.html

Le témoignage de Sylvain Breuzard. «Les fondations ne sont pas réservées qu'aux grands groupes» Le Journal des entreprises. Avril 2009.
http://www.lejournaldesentreprises.com/editions/59/actualite/rencontre/sylvain-breuzard-il-s-engage-et-cultive-la-difference-03-04-2009-66954.php

mardi 3 novembre 2009

Les plus démunis retrouvent du lien social grâce à l'association Reconnect et ses partenaires


Eric Chatry, 42 ans, Président-Fondateur de l’association Reconnect, technologies pour la base de la pyramide, nous a accordé une interview.

Eric Chatry a travaillé 7 ans chez Danone à l’international avant de rejoindre d’autres entreprises comme L’Oréal et McKinsey. Son dernier poste fut chez LVMH à la stratégie de la branche champagne, une activité très lucrative. Se sentant cloisonné dans une «prison dorée », Eric Chatry a démissionné du groupe LVMH début 2008 pour se donner du temps et envisager une nouvelle vie.
Le choc n’allait pas tarder. Il allait en effet participer comme bénévole à l’accueil de personnes démunies dans un centre du Secours Catholique, à la Rampe à Colombe (92). Une rencontre, où il a découvert brutalement l’univers de la pauvreté. Il y a constaté la disparition du lien social ainsi que l’existence de nombreuses personnes à potentiel, qui étaient tombées sans avoir les moyens de se relever.
Face à la pénurie de moyens et aux limites de ce genre d’accompagnement, il a imaginé de nouvelles solutions de sortie de la misère, en mettant la technologie au service du lien social. En septembre 2008, il fonde Reconnect avec le Groupe SOS et l’association Peuplade.

Le constat de départ repose sur le fait que les personnes les plus démunies sont pénalisées par une offre inadaptée de services télécoms. Non seulement les tarifs sont prohibitifs, mais les personnes les plus pauvres ne parviennent pas à conserver longtemps leur numéro de téléphone, du fait d’un manque d’unités. De plus, leurs batteries sont compliquées à recharger. Pire, les personnes exclues perdent régulièrement leurs téléphones, ou se les font voler.

Question : En quoi la téléphonie mobile génère-t-elle de l’exclusion ?


EC : Moins on achète d’unités, plus la communication est chère à la minute. Comme la population la plus en détresse ne figure pas sur l’écran radar des spécialistes de marketing, l’erreur est de penser que l’accès à de nouveaux produits et services ne repose que sur le prix. L’offre réservée aux allocateurs du RSA par Orange comprend toute une batterie de critères qui la rendent inopérante, comme un abonnement minimal de 12 mois.

Notre association propose un numéro de téléphone unique, consultable de partout, y compris d’une cabine téléphonique. Il est possible de rappeler les personnes qui ont laissé un message grâce à une touche spéciale, ce qui est très utile à ceux qui cherchent du travail. Le numéro Reconnect reste le même si l’usager change d’hébergement, de domiciliation, de téléphone portable…Il constitue un point d’ancrage rassurant, « une ligne de vie ».

De plus, nous remettons à nos clients un paquet de 100 cartes de visite, sur lesquelles figurent les données essentielles et un mini CV. Ils en sont très fiers et savent l’utiliser à bon escient pour rester en contact avec des employeurs potentiels.

Après 6 mois de recul, 300 personnes ont adhéré à ce système, qui pourrait intéresser à terme 100.000 individus, non seulement des grands exclus, mais aussi des travailleurs pauvres, des condamnés sortant de prison, des toxicomanes ou des femmes battues.

Votre service est-il gratuit ?


EC : Nos services sont proposés gratuitement au démarrage, puis deviennent payant après une phase de tests. Les exclus sont d’ailleurs désireux de payer une somme modique (10 euros par trimestre), à prix coûtant, car ils reconnaissent l’utilité du système, sa capacité à faciliter le lien social et à éviter l’acculturation. Ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Les travailleurs sociaux, qui sont nos prescripteurs, jouent un rôle pédagogique essentiel dans les lieux d’accueil pour présenter ces nouveaux services. Les personnes exclues peuvent y commander elles-mêmes leurs cartes de visite sur ordinateur.

Qui sont vos partenaires ?

EC : Nous avons effectué toute la phase technique avec un MVNO Transatel et la société Mediactive pour les données de gestion. Ces derniers sont intervenus sous forme de mécénat de compétences. Ayant fait ses preuves, ce système est désormais susceptible d’intéresser d’autres opérateurs comme Orange et SFR. Notre association vient d’ailleurs de remporter le Concours Jeunes talents de SFR.
Par ailleurs, les personnes démunies ont du mal à conserver des papiers essentiels comme la carte d’identité ou des fiches de paye. Nous avons conçu un «coffre-fort numérique » en partenariat avec la CDC et des avocats. La vocation de notre association nous a permis de passer sous les fourches caudines de la CNIL, ce qui aurait sans doute été plus difficile pour une entreprise ou une administration publique.

Concernant l’édition de cartes de visite, nous travaillons avec Ooprint, qui a bien voulu ne pas mettre son logo au dos de la carte. Quelques fondations nous soutiennent comme Fondation SEB et Macif. Nos partenaires associatifs sont très nombreux : SOS Habitat et Soins, L’Armée du Salut, Samu Social de Paris, Secours Catholique, Arcat, Arapej, Mie de Pain, Aurore, etc.

Quelle est l’originalité de votre démarche ?


EC : Ces innovations qui présentent un caractère d’intérêt public ont été permises car notre association est sur le terrain à palper les besoins. Ce travail de dentelle n’aurait pas été possible par l’Etat. Néanmoins, nous avons prévu de rencontrer la secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique pour obtenir du soutien et faciliter notre travail avec les administrations. Notre mission s’intègre bien dans la notion de numérique solidaire. Le paradoxe de notre activité est bien d’apporter la technologie non pas à une minorité très mobile mais à ceux qui en ont le plus besoin. Il s’agit bien de réduire une fracture et de réintégrer une population marginalisée et sans possibilité de communication.

Le statut associatif a été préféré à celui d’une entreprise sociale afin de ne pas polluer le débat avec nos partenaires car le monde social n’est pas encore mûr pour accepter des statuts autres. Pour ma part, je suis Président donc non rémunéré et notre Directeur général qui a passé 7 ans au Groupe SOS est salarié.

Notre travail repose sur les travailleurs sociaux et nous avons un point mort entre 5.000 et 7.000 bénéficiaires. Pour atteindre un public, qui ne parle pas toujours Français, nous allons communiquer sur les lieux d’accueil grâce à des affiches sous forme de BD qui raconte une histoire. Cette campagne va être conçue par l’agence Numéro 9. L’idée est de pousser les exclus à faire pression sur les travailleurs sociaux pour qu’ils diffusent nos outils.

Votre projet s’inscrit-il dans une démarche RSE ?


EC : La RSE présente essentiellement un caractère défensif, très marqué par une préoccupation de communication. Les équipes de développement durables sont souvent périphériques, des postes qu’on occupe en début ou en fin de carrière. Seule exception, dans le domaine de l’extraction, où la RSE est un sujet très sensible, ou encore aux USA, où ce métier est plus structuré.

Face à ce mouvement de fond, les entrepreneurs sociaux font figure de Zébulons, par rapport aux gouvernements, aux entreprises et aux ONG. Ils partent des besoins, tirés de l’observation d’écosystèmes. A part dans le domaine de l’urgence, les ONG sont souvent concurrentes du social business. En creusant des puits, elles ont fait croire aux villageois de nombreux pays que l’eau était gratuite. Au mieux, elles peuvent parfois être partenaires. Le problème du monde non lucratif est de ne pas intégrer une logique économique, ce qui réduit considérablement leur capacité à résoudre des grands problèmes du monde contemporain.

Les problèmes des entreprises sociales sont à la fois le changement d’échelle et les compétences. Pour passer un cap, il faut souvent chercher un relais auprès d’entreprises plus classiques. Si ces dernières innovent peu dans le domaine de la réduction de la pauvreté, elles constituent de formidables machines à photocopier, dès lors qu’elles ont perçues l’intérêt de la démarche d’un petit poucet. Pour se diffuser, le projet doit donc être à la fois avoir un impact social et répondre à une logique de marché.

Le témoignage de Larbi, usager de la Rampe :
« Moi j’utilise mon numéro sur les cabines extérieures. (…) J’ai reçu des messages de la restauration, là où j’ai laissé mes cartes de visite avec mon numéro et j’ai un RDV demain et un autre après-demain pour travailler dans les cuisines. Avant d’avoir ce numéro, ils n’avaient rien pour me joindre (…) J’ai aussi donné mon numéro à la famille, aux proches pour qu’ils n’hésitent pas à m’appeler s’il y a quelque chose. Il y a même mon beau-père qui m’a dit « tu as des cartes de visite, tu as une entreprise ? »

Pour aller plus loin :

• Le Groupe SOS est un groupe de l’économie sociale, constitué d’associations et d’entreprises, qui développe, aujourd’hui, des activités dans les champs du sanitaire et social, de l’éducation, de l’insertion, du logement, du développement durable et de la solidarité internationale.

• Peuplade a développé un projet social exprimé dans une Charte et mis en œuvre par « Les Ingénieurs Sociaux », une entreprise engagée qui conçoit et développe des outils destinés à offrir aux personnes, aux associations, aux entreprises et aux institutions les moyens de donner aux rapports interpersonnels, à la société et à l'économie un visage plus humain.

• Intervention d’Eric Chatry sur France Info, dans l’émission Une Vie, des Idées :
http://www.france-info.com/chroniques-une-vie-des-idees-2009-05-20-eric-chatry-l-association-reconnect-293805-81-125.html

• Le site Internet de l’association :
http://www.reconnect.fr/