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vendredi 12 novembre 2021

RSE : quand les soft laws conduisent aux normes



36 Etats membres de l’OCDE, ainsi que 13 Etats non-membres, ont adhéré à ce jour aux Principes directeurs de l’OCDE. 

Ces Principes ont été édictés le 25 mai 2011 lors de la Réunion ministérielle du 50ème anniversaire de l'OCDE. 

Il s’agit d’une démarche particulière, car cet accord décrit la manière dont les multinationales doivent agir, alors que ces Principes sont en fait signés par les Etats. 

 Avec des trous dans la raquette, puisque la Chine, la Russie et l’Inde n’ont pas répondu à l’appel. Ils ne font pas partie de l’OCDE. 

Une conduite responsable 

L’objectif de l'OCDE est que les entreprises multinationales s’engagent à mener une conduite raisonnable des affaires. 

Les champs d’action sont les suivants : 

  • droits de l'homme, 
  • environnement, 
  • fiscalité, 
  • publication d'informations, 
  • lutte contre la corruption, 
  • intérêts des consommateurs, de la science et de la technologie, et de la concurrence. 
Pour éviter l’écueil de s’en limiter aux bonnes intentions, les principes directeurs prévoient la publication régulière d’informations sur ces questions, notamment les suivantes : 

  • les transactions avec des parties liées ; 
  • les facteurs de risque prévisibles ; 
  • les questions relatives aux travailleurs et aux autres parties prenantes ; 
  • les déclarations de principes ou des règles de conduite à l’intention du public, y compris, si leurs activités le justifient, des informations relatives à leurs politiques vis-à-vis des thèmes abordés dans les Principes directeurs ; 
  • toutes les informations pertinentes ou requises par la loi concernant le choix de la méthode de détermination des prix de transfert adoptée pour les transactions internationales entreprises par elles et par la partie associée. 
La plus grande transparence doit pousser les entreprises à aller au-delà de ce qu’elles avaient l’habitude de faire ou communiquer auparavant. 

Respecter le consommateur 

Dans le détail, l’OCDE insiste par exemple sur la nécessité de respecter les intérêts des consommateurs. 

 Donner des renseignements exacts, vérifiables et clairs qui soient suffisants pour permettre aux consommateurs de prendre leurs décisions en connaissance de cause, notamment des renseignements sur les prix et, s’il y a lieu, le contenu, la sécurité d’utilisation, les effets sur l’environnement, l’entretien, le stockage et l’élimination des biens et des services. 

 Idéalement il est même précisé que ces informations devraient être formulées de manière à permettre aux consommateurs de comparer les produits. 

 Des lieux de médiation 

Néanmoins, il est rappelé que les Principes directeurs sont des instruments non contraignants. Pourtant, en filigrane, il est aussi précisé qu’ils ont un rôle à jouer pour promouvoir l'observation de ces normes et principes par les entreprises multinationales. 

Pour promouvoir les Principes Directeurs, l’OCDE avait prévu la création de Points de contacts Nationaux dans les pays adhérents. En anglais, le terme utilisé est NPC, à savoir National Contact points for Responsible Business Conduct (RBC). 

L’action du PCN repose sur un mécanisme volontaire et non judiciaire de règlement des différends en vertu duquel le PCN offre aux parties une plateforme de dialogue (bons offices, médiation) s’il estime que ceci pourrait contribuer favorablement à la résolution des questions soulevées et renforcer l’effectivité des Principes directeurs. Ces pays sont encouragés à s’appuyer sur les partenaires sociaux, notamment les milieux d’affaires et les organisations représentant les travailleurs, les autres ONG et les autres parties intéressées. 

20 ans de recul 

Le 20ème anniversaire de ce dispositif est tombé en 2020 : les PCN revendiquent à cette date plus de 500 cas traités, touchant plus de 100 pays et territoires. 

Ils ont pu parfois déboucher sur des changements significatifs dans la conduite des affaires, et contribuer à la prévention d’autres dégâts. 

  • Fin 2020, il existait 50 PCN, le dernier arrivé étant l’Uruguay. 
  • En 2020, les secteurs les plus concernés sont les activités extractives (24%) devant l’énergie (15%) et la finance (13%). 
  • Depuis 2000, les points de contacts qui ont été les plus sollicités sont aux Etats-Unis (48), en Grande Bretagne (56) et aux Pays-Bas (39). Le Brésil, le Chili, la France et l’Allemagne figurent aussi dans les pays les plus actifs.





  •  En 2019, les ONG et les organisations syndicales étaient en tête des procédures. En 2020, ce sont des individus qui ont été les plus actifs. • 38 saisies ont été traitées en 2020 et 54 autres ont été déposées. 

 



Environnement, questions sociales, droits de l’homme 

Voici quelques exemples de saisies récentes de PCN : 

  • En 2020, une coalition internationale de syndicats s’est adressée au PCN néerlandais pour attaquer McDonald's et deux de ses actionnaires, estimant que "la violence et le harcèlement basés sur le genre font partie de la culture" de la chaîne de restaurants. 

  • En 2017, Greenpeace, Oxfam, Milieudefensie et Banktrack ont porté plainte contre ING devant le PCN néerlandais. Ces ONG dénonçaient le manque de publication des émissions de GES indirectes de la banque, c’est-à-dire celles liées aux projets qu’elle finance. Le PCN s’est saisi volontiers de cette demande. Il indiquait à l’époque que «selon les lignes directrices de l'OCDE, les entreprises doivent faire preuve de diligence raisonnable en ce qui concerne l'impact environnemental. Cela ne concerne pas seulement leur propre impact négatif sur l'environnement, mais aussi l'impact sur leur chaîne de valeur". 

  • Début 2020, la Société pour les peuples menacés (SPM) a déposé une plainte contre le fournisseur d’électricité suisse BKW auprès du PCN suisse. Cette affaire impliquait BKW et le peuple autochtone des Samis en Norvège. L’ONG suisse affirmait que la perte de ces terres au profit du projet éolien obligerait les derniers éleveurs de rennes samis à renoncer à leurs moyens de subsistance et à leur culture. Cette saisie a conduit BKW à adopter une clause de retrait en cas de violation des droits humains par des tiers. 

  • Après avoir exercé ses bons offices entre les parties, dont une tentative de médiation, le PCN de Paris a constaté en juillet dernier l’absence d’accord entre UNI Global Union et Téléperformance. Le PCN a publié un communiqué final détaillant sa décision, faisant figurer un rappel au droit des salariés, qui clôture la procédure. Il adresse plusieurs recommandations à la société d’appel téléphonique et annonce qu'il en fera le suivi. Pour Uni et Sherpa, Téléperformance ne répondait pas aux exigences minimales de la loi française sur le devoir de vigilance. 

Créée en 2001, Sherpa a pour mission de combattre les nouvelles formes d’impunité liées à la mondialisation des échanges économiques et financiers et de défendre les communautés victimes de crimes économiques. Selon ses propres termes, il œuvre pour construire un monde où le droit est au service d’une économie juste. 

Dès 2017, Sherpa a voulu évaluer dans un document de synthèse l’impact des principes directeurs de l’OCDE. Il titrait ce travail « Un statut juridique en mutation ». 

En voici un extrait :
La question de la nécessaire et possible mutation des outils de soft law est au cœur de ce débat si contemporain qui associe les Etats, les entreprises et les ONG. Du côté de Sherpa, il y a une volonté de réfléchir, en dehors de tout a priori, aux moyens de parvenir à une sécurité juridique appelée de leurs vœux par tous les acteurs concernés. Un des paradoxes de la soft law et des Principes directeurs en particulier est qu’ils ont été imaginés pour éviter le recours au hard law. Ce que les rédacteurs n’avaient pas prévu c’est leur développement qui entraîne une sortie progressive de leur tutelle de départ à la faveur d’un maillage normatif complété par d’autres outils équivalents. Parmi ces outils, les engagements éthiques des entreprises, devenus un paramètre à part entière de leur activité, contribuent largement à densifier leur statut juridique.


Certains observateurs considèrent que la diligence raisonnable prônée par l’OCDE n’a pas vraiment eu d’impacts décisifs, ce qui aurait finalement conduit au vote d’une loi plus contraignante sur le devoir de vigilance en France et en Allemagne. 


Pour aller plus loin : 

Responsible business conduct :


 Challenge. Mai 2021. Droits humains, environnement... les entreprises de plus en plus sous pression du devoir de vigilance 

Liste des pays adhérents aux Principes directeurs de l’OCDE : 

Les 36 pays membres de l'OCDE : 
Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Chili, Colombie, Corée, Danemark, Espagne, Estonie, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Israël, Italie, Japon, Lettonie, Luxembourg, Mexique, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République Tchèque, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suède, Suisse, Turquie. 

Les 12 pays adhérents aux Principes Directeurs (non-membres de l'OCDE) : 
Argentine (1997), Brésil (1997), Costa Rica (2013), Égypte (2007), Jordanie (2013), Kazakhstan (2017), Lituanie (2001), Maroc (2009), Pérou (2008), Roumanie (2005), Tunisie (2012), Ukraine (2017). 

Les Echos solutions. Mai 2011 « Diligence raisonnable » obligatoire dans l’UE : une avancée prometteuse pour les entreprises 

Octobre 2011. L’industrie extractive se terre encore au fond de la mine 

jeudi 24 septembre 2015

Volkswagen a trahi ses partenaires ONG

Le scandale qui frappe Volkswagen a des répercussions inattendues.

La firme avait réussi à passer des partenariats avec plusieurs ONG, tout en donnant des gages à des associations de plaidoyer, qui dénonçaient sa face cachée. Les cachoteries d’un groupe emblématique, fierté nationale qui symbolisait la Made in Germany, place une célèbre ONG environnementale allemande en porte-à-faux.

Le géant de Wolfsburg avait en effet passé un partenariat avec Nabu, axé sur la protection de la biodiversité, notamment la sauvegarde du loup. Un site internet dédié avait même été créé pour en faire connaître les tenants et les aboutissants.

Selon csreurope.org, ce partenariat noué en 2000, cité en exemple comme un partenariat stratégique à long terme, aurait été gagnant-gagnant :

NABU has improved its reputation as a professional political advisor.
Volkswagen has improved its reputation of being a dialogue- and CSR-oriented company. 
 Le budget de Nabu a dépassé 29M€ en 2014, grâce à la générosité de 560.000 membres, mais Nabu tire aussi des revenus de licences et de sponsorships.

Cette déconvenue pour Nabu illustre les risques associés à des partenariats ONG/entreprise dans le domaine environnemental. Avant l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater, qui a fait plusieurs morts, BP était aussi le meilleur ami des ONG locales.

Le pétrolier faisait aussi parti de plusieurs indices ISR, dont le FTSE4Good.


 Dans le Volkswagate ou DieselGate, Nabu a d’abord déclaré qu’il attendait des explications de son partenaire. Mais, ce sont des Twittos, qui lui demandent ouvertement de rompre sine die cette collaboration désastreuse et mal rémunérée.
Un militant allemand écologiste utilise même le hashtag #Nabugate.

A ce titre, le WWF France, dont le logo est mondialement connu, ne semble pas coopérer avec le secteur automobile.

Pourtant, en Inde, l’association au panda semble avoir accepté des fonds du constructeur allemand.



Et, le WWF était en discussion avec la firme allemande dans le cadre du Science Based Targets. Ce programme est issu de l’appel conjoint de différentes parties prenantes lors du Business and Climate Summit, à savoir : 
  • le WWF, 
  • le Carbon Disclosure Project (CDP), 
  • l’United Nations Global Compact 
  • et le World Resources Institute 
Dans un communiqué de presse diffusé cet après-midi, le WWF tire la sonnette d’alarme sur le climat, en signalant que seules 55 entreprises du Global 500 ont fait part de leur volonté de s’engager dans l’initiative (qui vise à aligner leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) sur l’objectif de 2°C), parmi lesquelles :
  • Volkswagen AG 
  • Honda Motor Company 
  • et Nissan Motor Co., Ltd. 
Volkswagen a donc fait feu de tout bois pour enfumer son monde et chercher à valoriser son capital sympathie/ Le groupe industiel bénéficiait à ce titre d'une valorisation record de ses actifs immatériels.

Cette affaire, dont les répercussions sont mondiales, n’est pas sans rappeler le coup de poignard qu’a porté Siemens à Transparency International , même si dans ce cas il n’est pas question de défendre la planète, mais de lutte contre la corruption.

Gare aux ONG « activistes » 

A l’opposé, de nombreuses autres associations ont croisé le fer avec VW ces dernières années, comme Greenpeace. Pour rappel, cette vidéo vu plus de 1,3 million de fois.



Après de tour de chauffe, Greenpeace pensait pourtant avoir obtenu des gages du constructeur, y voyant une source d'espoir.



La tricherie dévoilée 

C’est l’International Council for Clean Transportation (ICCT) qui a découvert le pot-au-rose, plongeant Volkswagen dans une crise sans précédent. L’ICTT est une organisation non gouvernementale spécialisée dans les transports propres. 

Selon Le Monde, l’ICCT, financée principalement par la ClimateWorks Foundation, une autre ONG engagée dans la lutte contre le réchauffement de la planète, travaille ainsi avec les gouvernements régionaux et nationaux afin de déboucher sur des politiques publiques en faveur de transports propres.

J’écrivais en 2013 que Les ONG se sont imposées comme des sources incontournables 

Concernant cette triste affaire, qui pourraient menacer de nombreux emplois directs et indirects, les ONG ont joué le rôle de lanceur d’alerte, là où les autorités de contrôle ont été défaillantes.

Finance responsable

En septembre 2013, le groupe était fier d’annoncer qu’il était le constructeur automobile le mieux classé du Dow Jones Sustainability Index, qui rassemble les grandes multinationales les plus vertueuses selon RobeccoSAM en fonction d’une grille d’analyse éprouvée.

At Volkswagen, responsibility for the environment means producing clean cars in clean factories. This sounds simple, but as so often it is the simplest targets which involve highly complex operations. And what do we actually mean by a 'clean car'? A car with low fuel consumption? Definitely, but there's a lot more to it  
Volkswagen était le seul constructeur, outre l’un de ses concurrents, à faire partie à la fois du DJSI World et du DJSI Europe, deux indices des entreprises cotées en Bourse ayant fait leurs preuves en matière de développement durable.

Comme on le voit sur ce graphique, Volkswagen avait tout du gendre idéal, étant bien placé sur un rand nombre de données ESG.


En résumé, des investisseurs pourtant sélectifs, prêts à payer le prix pour des valeurs ayant été passées au crible des critères ESG, se sont fait rouler dans la farine.

L’indice de référence des valeurs les plus "responsables"a d’ailleurs accusé le coup en début de semaine.



 Fort à propos, Novethic a fait sur point aujourd’hui pour savoir s’il «existait-il un warning ISR sur Volkswagen ? » préalablement à la révélation des manipulations.

Il en ressort que Vigeo, Kepler-Cheuvreux et Mirova n’ont jamais donné à Volkswagen leurs mains à couper.

Dans un livre, publié fin 2012, Nicole Notat insistait sur le fait qu’aujourd’hui l’entreprise ne peut plus être irresponsable 

Volkswagen constitue ici un cas d’école.

Pour aller plus loin : 

Le partenariat Nabu/VW
 http://www.volkswagen-nabu.de/startseite 

Novethic : Volkswagen fâché avec l’environnement
 http://www.novethic.fr/gouvernance-dentreprise/entreprises-controversees/isr-rse/l-environnement-bete-noire-de-volkswagen-143610.html



Le Monde : Une ONG à l’origine du scandale Volkswagen 
http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/09/22/l-ong-a-l-origine-du-scandale-volkswagen_4767318_3244.html

Le lobbying de Volkswagen opposé à 72 entreprises engagées sur le climat 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/06/72-entreprises-font-pression-sur.html

 fin

jeudi 27 mars 2014

Transparency International veut transformer le lobbying


Transparency International France est la section française de Transparency International (TI), une organisation de la société civile qui se consacre à la transparence et à l’intégrité de la vie publique et économique, en particulier la dénonciation de la corruption. 

Dans une déclaration commune rendue publique en février dernier, sept entreprises membres de Transparency International France, ont apporté leur soutien aux actions conduites par l’association depuis 5 ans sur les enjeux de transparence et d’intégrité du lobbying : 

Bnp Paribas,
Crédit Agricole, 
L’Oréal, 
La Française des Jeux,
La Poste, 
Pernod Ricard 
et Tilder.

Elles s’engagent ainsi à promouvoir un lobbying transparent et intègre.

A court ou moyen terme, et si elles ne l’ont pas déjà fait, ces entreprises s’exhortent notamment à :
  • définir une charte de lobbying responsable propre à leur entreprise;
  • développer une politique de lobbying responsable, en cohérence avec leurs engagements publics, notamment en matière de développement durable, de responsabilité sociétale d’entreprise, d’éthique et de lutte contre la corruption; 
  • être transparent sur l’organisation de leurs activités de lobbying; 
  • rendre publiques leurs principales positions communiquées aux décideurs publics ainsi que les positions communes défendues par nos fédérations professionnelles (quand elles existent) ; 
  • ne transmettre aux responsables publics que des informations ou arguments fiables, vérifiables et actualisés; 
  • respecter les autres parties prenantes qui peuvent avoir des positions divergentes; 
  • rendre publiques, le cas échéant et dans les pays où la réglementation les autorise, les contributions aux partis politiques; 

Retrouvez le texte complet de la déclaration : 

http://www.transparency-france.org/ewb_pages/div/Declaration_commune_lobbying.php

Coup de canif en Allemagne 


Si ces 7 entreprises prennent date publiquement devant toutes leurs parties prenantes, elles doivent avoir conscience qu’elles s’exposent à la vindicte en cas de non-respect de leurs chartes.

A cet égard, Transparency International a déjà connu une crise majeure en Allemagne, lorsque l’un de ses partenaires, le groupe Siemens, s’est retrouvé embourbé dans une affaire de corruption à grande échelle impliquant plusieurs centaines de personnes.

Alors que TI a découvert le scandale dans la presse, TI Allemagne a rompu le 15 décembre 2006 ses relations avec Siemens. 

Depuis le groupe munichois a été lourdement condamné en Allemagne et aux Etats-Unis, un pays, où il risquait d'être exclu de tous les appels d'offres... A la suite de cette affaire, le ministère de la Défense norvégien avait même annoncé en décembre 2007 qu’il ne travaillerait plus avec Siemens. Même le Nigeria, un des pays les plus corrompus au monde, selon Transparency International, avait décidé de boycotter le groupe allemand.
Mise en péril, la multinationale s’est résolue à remanier complètement ses organes de direction et à adopter les principes d’une bonne gouvernance. Pour remonter la pente, Siemens s’est entouré de consultants tels que Michael Herschman, président du Fairfax Group et co-fondateur de Transparency International. 

Fin 2009, la firme allemande a lancé la Siemens Integrity Initiative, qui comprend un important volet formation.



Pour aller plus loin : 


Créée en 1995 et présidée depuis 2003 par Daniel Lebègue, ancien directeur du Trésor, Transparency International France, ou « Transparency France », est une association de type loi 1901 qui comprend des membres individuels et des personnes morales membres (entreprises, associations). Les missions que s’assigne l'association sont menées à bien grâce au concours bénévole de ses membres ainsi qu’au travail de cinq salariés permanents.

Le budget 2013 tournait autour de 254 000€. Les cotisations des membres apportent l’essentiel du financement.

TI France a pour objectif principal de contribuer à améliorer significativement, dans notre pays, la gouvernance publique et privée en termes de transparence, d’intégrité et de responsabilité. Ceci passe notamment par une action résolue de prévention et de lutte contre les différentes formes de corruption, le blanchiment de l’argent sale et les divers types de fraudes.

L'ONG entend contribuer au développement de comportements éthiques, citoyens et responsables et, ce faisant, aux conditions de la confiance entre les différents acteurs de la société.

Sur mon blog : 


Juin 2011 : 72 entreprises font pression sur Bruxelles pour une politique climatique plus ambitieuse
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/06/72-entreprises-font-pression-sur.html

Novembre 2010 : La pratique de plaidoyer de 3 ONG (Amnesty International Section France, ATD Quart Monde et le Secours Catholique) qui luttent contre l’exclusion et la défense des droits de l’homme a été étudiée par Christèle Lafaye, juriste au Secours Catholique.
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/11/le-lobbying-continue-susciter-des_03.html

Un livre qui vient de paraître (que je n’ai pas lu)

Rebuilding trust: How Siemens atoned for its sins. The Guardian. 26/03/2012 http://www.theguardian.com/sustainable-business/recovering-business-trust-siemens

  Fin

jeudi 13 octobre 2011

Retard du secteur minier vis-à-vis des attentes de ses parties prenantes







Novethic et Be-Linked ont publié début septembre une étude intitulée « Secteur minier coté et risques Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) ».


Dans le détail, elle traite de l'influence des ONG sur l'activité et la réputation des entreprises minières. L’étude analyse également la qualité de la communication des 23 groupes miniers cotés sur les marchés européens concernant les enjeux ESG auxquels ils sont confrontés.

Moins une entreprise est transparente, plus le soupçon augmente d’éventuelles prises de risques inconsidérés et du non respect des conventions internationales en vigueur. Une situation où il devient périlleux de se faire un jugement sur son degré de responsabilité et la nature des profits pour un investisseur ISR.
Certains abus dénoncés par les associations constituent autant de vulnérabilités potentielles concrètes pour les actionnaires et les gestionnaires d'actifs. L’intérêt d’un panorama sectoriel est de pouvoir comparer entre elles des entreprises soumises au même environnement. Des firmes qui doivent gérer des contraintes similaires, souvent complexes et impliquant de nombreuses parties prenantes.

Ce rapport constate que les relations des entreprises minières avec les ONG (droit de l’homme, environnement, corruption) sont plutôt conflictuelles. Il faut dire que les risques liés aux activités extractives sont légion :
  • Environnement : pollutions, contaminations, destruction de la biodiversité, concurrence pour l’accès à l’eau, émission de gaz à effet de serre,…
  • Sociétaux : impact sur la santé, sur l’agriculture, atteintes aux droits de l’homme, implication dans des conflits armés, déplacement de populations, accaparement de la terre, recours à des forces de sécurité,…
  • Gouvernance : financement, corruption, risques juridiques ; évasion fiscale,…

Les experts de Novethic et de BeLinked estiment que les entreprises du secteur minier auraient tort de négliger les impacts environnementaux et sociétaux, directement liés à leur activité. Ils concernent notamment les questions de la répartition des richesses, de l’intégration dans les territoires et du respect des cultures locales.

Même si les entreprises minières qui vivent dans une Tour d’ivoire dégagent des rentabilités record à court terme très appréciées, elles s’exposent selon eux à une remise en cause de l’octroi des droits d’exploitation des sites, à la possible difficulté d’obtenir des financements publics et à la pression des ONG.

Sur une grille d’évaluation de 18 critères, les entreprises minières les plus opaques («engagement philanthropique peu ou pas documenté ») sont Kazakhes (ENRC, Kazakhmys) et Russes (Evraz, Severstal).

Mais, c'est Glencore (Jersey) qui symbolise ce mutisme, une entreprise apatride dont les méthodes sont unanimement dénoncées, notamment par Sherpa, Action de Carême et la Déclaration de Berne.


Glencore from Patrick Clair on Vimeo.


Reste à savoir quelle est la perméabilité des investisseurs à ces thèmes. Le chiffre d’affaires de Glencore a augmenté de 32% au cours du premier semestre 2011 pour atteindre 92 milliards de dollars avec un profit semestriel qui a plus que doubler pour se hisser à près de 2,5 milliards de dollars. La société vient de lever des fonds importants malgré la crise. Elle se retrouve faiblement endettée et en position de multiplier les acquisitions. Glencore semble avoir acquis une forte crédibilité dans la communauté financière, sans avoir besoin de réagir outre mesure aux accusations de la société civile.

Les auteurs de l’étude prônent pourtant une autre voie pour les financiers, qui « consisterait, à l’inverse, à favoriser les entreprises qui peuvent avoir parfois une rentabilité immédiate moins forte mais qui limitent leurs risques ESG.» Une information corporate de qualité sur ces critères est indispensable pour séduire les investisseurs responsables. Quitte à ce que ces derniers les interrogent pour obtenir des réponses précises sur les points qui méritent une attention particulière.

Sur ce chemin de progrès, les ONG sont parfois identifiés comme des partenaires pouvant apporter des expertises sur des territoires et des populations. Mais, l’étude fait ressortir que les quelques partenariats existants sont souvent mal valorisés, mal expliqués et insuffisamment connus.

Avec ou sans les ONG, les acteurs du secteur minier doivent s’engager sur une feuille de route. Mais, l’affichage d’engagements volontaires sectoriels ne suffit pas.

« Une fois qu’elle a adhéré à un ou plusieurs référentiels (ITIE, Principes Volontaires sur la sécurité...), l’entreprise doit rendre compte de ses actions dans le domaine concerné, et les ONG, les États et la société civile seront alors d’autant plus vigilants à ce que ces engagements soient suivis d’actes»


Transparency Counts from EITI International on Vimeo.


Il en ressort que toutes les voies sont bonnes pour faire bouger les lignes: la soft law et les codes de conduites (IETE), la loi pure et dure (Dodd Frank Act, Kimberley Clark) et le plaidoyer de la société civile, à la fois dans les pays riches, où se situent les investisseurs, mais aussi au sein des communautés locales, qui restent les meilleurs observateurs.

Toutefois, le rapport Novethic/Be Linked indique que les principales compagnies pétrolières cotées à Wall Street font aujourd’hui pression sur la SEC et l’administration américaine afin que des dérogations soient autorisées pour certains pays (Angola, Chine, Qatar…).

La peur de certains risques, qui peuvent faire chuter une valeur en bourse (cf. le cas de Vedanta que j’aborderai dans un prochain post), et la pression des ONG, pourraient permettre au secteur minier de combler peu à peu son retard en termes de transparence et d’engagements par rapport au reste de l’industrie. L’implication d’un nombre croissant d’investisseurs pourrait accélérer le mouvement, qui est loin d'avoir gagné la bataille de la transparence.

Pour aller plus loin :

L’étude est téléchargeable ici

Pour compléter le tableau, l’étude propose aussi les points de vue croisés sur le jeu d’influence des parties prenantes, comme celle de Typhaine de Borne (EIRIS), de Catherine Tissot-Colle (ERAMET) et de Sandra Cossart et William Bourdon (Sherpa).

A propos de l’ITIE

L’ITIE (Extractive Industries Transparency Initiative) a été lancée à l’initiative du gouvernement anglais. Elle fédère des États, des entreprises, des investisseurs et des ONG. Elle a publié en 2003 des principes dont la finalité est d’accroître la transparence des paiements et revenus dans le secteur des industries extractives. Les Etats signataires de ces principes s’engagent à rendre publics les montants des revenus liés à l’extraction qu’ils reçoivent, et les entreprises les montants versés afin que les populations locales puissent en avoir connaissance. Elle partage l’objectif de la campagne « Publiez ce que vous payez » que les ONG mènent à destination des entreprises afin de permettre aux citoyens d’exiger des comptes quant à l’usage que leur gouvernement fait de la rente extractive afin de réduire les risques de détournement de fonds et de corruption.

Un grand nombre d'organisations de la société civile à travers le monde se sont engagées envers l'ITIE. La liste ci-dessous n'est pas complète, mais elle fournit des liens vers les organisations et les réseaux les plus importants : Agence catholique pour le développement international (CAFOD), Georgia Revenue Watch et la coalition d'ONG "Pour la transparence des finances publiques", Global Witness Open Society Institute, Coalition Publiez Ce Que Vous Payez, Institut Revenue Watch et Transparency International

L’ITIE a trouvé un prolongement dans Dodd Frank Act, une loi américaine signée le 21 juillet 2010 par le président américain Barack Obama. Celle-ci impose en effet aux compagnies pétrolières, gazières et minières enregistrées auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), de révéler publiquement leurs revenus ainsi que les versements, pays par pays, qu’elles effectuent auprès des gouvernements concernés. http://eiti.org/fr

À propos de ICMM

The International Council on Mining and Metals (Conseil International des Mines et Métaux- ICMM) est une organisation industrielle dirigée par des chefs d’entreprises, qui se penche sur les grandes priorités et les nouveaux enjeux de l’industrie des mines et des métaux. L’ICMM joue un rôle dominant en faisant la promotion des pratiques exemplaires et de l’amélioration du rendement. Il favorise également l’uniformisation des démarches et pratiques de l’industrie par l’entremise de ses sociétés et associations membres, et ce, tant à l’échelle nationale qu’au sein des différents secteurs de produits.

ICMM a pour vision de faire en sorte que l’industrie respectée des mines et des métaux soit vastement reconnue à la fois comme une industrie essentielle à la société et comme un contributeur de premier plan au développement durable. ICMM s’est donné une double mission : faire valoir le rôle que jouent ses membres à titre de leaders de l’industrie, et contribuer à rehausser les normes de rendement dans l’ensemble de l’industrie.

Ses sociétés membres ont officiellement convenu de mettre en œuvre le cadre stratégique de l’ICMM en matière de développement durable, qui comporte trois éléments cruciaux : un ensemble de 10 principes, des exigences relatives aux rapports publics, et des directives concernant la vérification indépendante. En outre, les sociétés membres sont tenues de se conformer aux positions de principe approuvées par l’ICMM relativement à divers grands enjeux.
http://www.icmm.com/


Un dossier de Proparco : Numéro 8 - janvier 2011 - Le secteur minier, un levier de croissance pour l’Afrique ?
Dont le papier de Mark Curtis, université de Strathclyde (Écosse).

L’industrie minière ne contribue pas assez au développement de l’Afrique – quand elle n’appauvrit pas les populations locales et qu’elle ne détruit pas l’environnement. Il faut réformer son régime fiscal en reversant une part des recettes plus importantes aux gouvernements. Il faut aussi rendre la transparence fiscale obligatoire ; les sommes versées par les compagnies minières, les recettes touchées par les gouvernements et les dépenses réalisées doivent être publiées. Enfin, des normes internationales, consolidées par des outils juridiques locaux, pourraient révolutionner la fiscalité du secteur.
http://www.proparco.fr/lang/fr/site/proparco/Accueil_PROPARCO/Publications-Proparco/secteur-prive-et-developpement/Les-derniers-numeros-de-la-revue-secteur-prive-et-developpement/Issue-8

jeudi 29 septembre 2011

Des ONG et une coalition d’investisseurs dont Aviva veulent moraliser la City










Un grand gestionnaire d’actifs, Paul Abberley, à la tête d’Aviva Investors London, souhaite modifier certaines mauvaises habitudes de la City. Mais, il a conscience de se battre contre des moulins à vents...

Il a constaté que la plupart des investisseurs se soucient comme d’une guigne des dommages sociaux ou environnementaux commis par certaines entreprises cotées en Bourse. Devenir leur actionnaire reviendrait à donner un blanc seing à leurs dirigeants. Son appel à un plus grand dicernement ne semble pas une évidence, malgré le fait que l’industrie financière ait vu sa réputation entachée avec la crise.

Il déplore que ces carences répondent à une certaine logique, dans la mesure où de nombreux investisseurs raisonnent avec un horizon de six semaines, parfois en totale contradiction avec les intérêts de leurs clients, comme les adhérents de caisses de retraite. Rien ne pourra empêcher selon lui un investisseur de renoncer à des opportunités de profit.

A ce titre, l’interview récente par la BBC d’un trader indépendant, aux propos caricaturaux, illustre le chemin qui reste à parcourir. Selon lui, Goldman Sachs et l'appât du gain dirigent la planète. Cette vidéo a fait couler beaucoup d’encre, certains la considérant comme une farce.



Paul Abberley estime que seuls les ONG et les hommes politiques peuvent pousser la finance de marché à se réformer. Mais, les hommes politiques raisonnent eux aussi selon lui à court terme, englués dans un calendrier électoral. De même, il regrette que rares sont les membres du monde associatif à maîtriser les rouages des marchés financiers, ce qui restreint leur force de frappe, voire les réduit au silence.

De son côté, l’assureur britannique Aviva a tenté de réagir en posant des questions aux sociétés dans lesquelles elle souhaite investir. Sans réponse de leur part, Aviva Investors déclare se montrer intransigeante et peut monter au créneau, comme dans l’affaire Vedanta. Sur 600 entreprises interrogées sur certains points de leur disclosure en 2010, le gestionnaire d’actifs a décidé dans 90 cas de s’abstenir ou de voter contre à l’assemblée générale.

L’action isolée étant vouée à l’échec, un collectif s’est constitué autour d’Aviva Investors. Le Collectif sur le reporting développement durable a appelé la semaine dernière les États membres des Nations Unies à mettre en place un cadre politique mondial, exigeant des sociétés cotées et des grandes entreprises privées qu'elles intègrent les informations relatives au développement durable dans leur rapport annuel et dans leur comptabilité. Ou bien qu’elles expliquent pourquoi elles ne peuvent pas le faire.

L’obligation d’information sur la politique RSE de l’entreprise vise à susciter le débat au sein des conseils d’administration des sociétés cotées et à permettre aux actionnaires de dialoguer en connaissance de cause avec la société. Le cadre suggéré pour ces débats est le Pacte mondial des Nations unies.

Dans ce cadre, le reporting serait effectué selon le principe comply or explain, qui oblige l’entreprise à se conformer aux règles ou à expliquer pourquoi elle y a dérogé. Le collectif appelle les États membres de l’ONU à adopter ce cadre politique mondial lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable (sommet de la Terre 2012), qui se tiendra en juin 2012 à Rio de Janeiro.

Pour Georg Kell, directeur exécutif du Pacte mondial des Nations unies, les entreprises doivent intégrer le développement durable dans leurs stratégies de long terme et communiquer sur l'avancée de leurs projets. « C'est seulement quand les investisseurs ont à leur disposition des informations pertinentes qu'ils peuvent évaluer une société par rapport à ses pairs, et décider ou non d'y consacrer du capital»

Ce collectif, baptisé Corporate Sustainability Reporting Coalition, englobe non seulement des établissements financiers, mais aussi des ONG, comme la Fondation Ethos en Suisse et la Church of Sweden. Le Ceres, Pax World Management et Triodos Investment Management, qui font figure de pionnier dans la finance durable, y participent également. Avec quelques représentants Français comme CA Cheuvreux et le Fonds de réserve pour les retraites. Cette coalition est loin d’être ridicule, puisque l’encours d’actifs sous gestion confiés à ses membres s’élève à 1.600 milliards de dollars.

Selon le collectif, ce cadre politique international doit se baser sur deux principes clés majeurs :

1. Transparence – Les États membres de l’ONU doivent mettre en place une réglementation nationale obligeant à l’intégration des problématiques pertinentes en matière de développement durable dans le rapport annuel et la comptabilité ;

2. Responsabilisation – Les États membres de l’ONU doivent proposer des mécanismes efficaces pour que les investisseurs puissent demander des comptes aux entreprises sur la qualité des informations publiées, avec par exemple un vote consultatif lors de leur assemblée générale.

Paul Abberley, Directeur général d’Aviva Investors Londres, se place dans une logique d’investisseur à long terme :

"Nous pensons que tous les conseils d’administration devraient tenir compte de l’orientation durable de la société dont ils ont la gouvernance. Cela devrait non seulement augmenter la rentabilité à long terme et les rendements pour les investisseurs, mais également améliorer la qualité des places boursières, renforcer la stabilité macrofinancière et contribuer de manière significative à la vie des personnes sur lesquelles l'activité de l'entreprise a un impact. C’est pourquoi nous appelons les États membres des Nations Unies à s'engager à mettre au point des politiques en matière de reporting de développement durable pour les entreprises. Les marchés évoluent au gré des informations qui leur sont fournies. Si ces informations ne concernent que le court terme et sont incomplètes, nos marchés ne pourront adopter une approche exhaustive et à long terme"
De même, Ernst Ligteringen, Directeur général de la Global Reporting Initiative (GRI), les sociétés pionnières ont prouvé l’avantage qu’il y avait à publier les informations relatives au développement durable.

« La question qu’il faut poser maintenant est : pourquoi ne publiez-vous pas ces informations ? Les États membres ont ici l'occasion d’ouvrir la voie d'une économie mondiale durable en demandant à toutes les grandes entreprises de communiquer sur l’impact du développement durable, soit dans le cadre d’un rapport sur le développement durable, soit en intégrant ces informations aux données financières. Si elles ne le font pas, elles devront expliquer leur silence.»

La qualité du reporting devrait même devenir un nouveau critère d'admission à la cote. Au niveau mondial, certaines places boursières sont en avance sur la diffusion des informations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) par les sociétés cotées, notamment Euronext Paris et le Tokyo Stock Exchange. A l’opposé, d’autres places de marché font pale figure: l’Australian Stock Exchange, le NASDAQ GS, le Korea Exchange, le Santiago Stock Exchange et le Philippine Stock Exchange.

James Zhan, directeur de la division des investissements et des entreprises de la CNUCED et organisateur de l'initiative Bourses de valeurs durables du Forum mondial de l'investissement l'année dernière, a d’ailleurs déclaré qu’:
«Il n'est pas rare que les grandes entreprises publient des données ESG de bonne qualité, mais ces informations manquent de comparabilité et d'utilité. Cette action témoigne de l'intérêt fort des marchés pour un reporting ESG standardisé et de l'attention croissante portée au développement durable. Les bourses peuvent jouer un rôle important en rationalisant leurs pratiques à l'échelon national et en participant aux efforts internationaux pour l'harmonisation de la communication des informations ESG.»
Ces réflexions menées notamment diverses parties prenantes se multiplient. Diane-Laure Arjaliès, professeur assistant à HEC, interrogée dans le Monde de l’Economie du 26 septembre dernier, estime en effet que les acteurs non financiers - acteurs publics, ONG, société civile, entreprises, etc. – doivent prendre une plus grande part à la réflexion qui est actuellement menée par les tenants de l'ISR au sein du monde financier. Elle conclue même « Après le Grenelle de l'environnement, il serait peut-être souhaitable d’envisager un Grenelle de la finance responsable?»
Pour aller plus loin :

Les 24 signataires du courrier représentent un encours total de 1.600 milliards USD et regroupent les investisseurs suivants (plus quatre prestataires de services) :

Allianz Global Investors Investments Europe, AP7, Australian Council of Super Investors, Aviva Investors, BC Investment Management Corporation (bcIMC), Church of Sweden, Dexia Asset Management, Environment Agency Active Pension Fund, EQAO, Ethos Foundation, Fonds de réserve pour les retraites - FRR, Mn Services N.V., NEI Investments, North East Scotland Pension Fund, Pax World Management LLC, RCM une entreprise du groupe Allianz Global Investors, SNS Asset Management, Solaris Investment Management, Sparinvest, "TD Asset Management (TD Asset Management Inc., TDAM USA Inc.)", The Co-operative Asset Management, Trillium Asset Management, Triodos Investment Management B.V. et VIP (Vereinigung Institutionelle Privatanleger) eV.

Les quatre prestataires de services signataires de l'appel sont : Ceres, Ethix SRI Advisors, Fondation Guilé et Illac Ltd.

Communiqué de presse d’Aviva Investors du 21/09/2011, font j'ai repris de larges extraits.
Investor led coalition calls for un declaration requiring companies to integrate material sustainability issues into reporting
http://www.avivainvestors.com/media-centre/xml_027101.html

Aviva chief attacks City for failure on sustainability. The Guardian. 04.02.2011
http://www.guardian.co.uk/sustainable-business/aviva-chief-city-failure-sustainability

Discussion paper. International Integrated Reporting Committee (IIRC).
Integrated Reports will meet the needs of a broad range of stakeholders.
http://www.kpmg.com/CH/en/Library/Articles-Publications/Documents/Audit/pub_2011_IIRC-towards-integrated-reporting_EN.pdf

Partenariat entre Aviva et Save The Children.

India: Aviva launches Mobile Learning Centers with Save the Children to bring underprivileged children closer to education 05/09/2011
http://www.webwire.com/ViewPressRel.asp?aId=144979

72 entreprises font pression sur Bruxelles pour une politique climatique plus ambitieuse. 21/06/2011
http://ong-entreprise.blogspot.com/2011/06/72-entreprises-font-pression-sur.html

Des sociétés de gestion « engagées » selon le Label ISR Novethic 2011 le 27 septembre dernier
Les 4 sociétés de gestion récompensées pour des fonds actions : De Pury Pictet Turrettini (Guilé Emerging Markets Engagement Fund, Guilé European Engagement Fund), Edmond de Rothschild AM (EdR Tricolore Rendement), Henderson GI (Horizon Industries of the Future) et Phitrust Active Investors (Euro Active Investor)
La mention « engagement », qui récompense des fonds dont la politique est d’influencer les stratégies des entreprises pour qu’elles améliorent leurs pratiques Environnementales, Sociales et de Gouvernance (ESG), a été attribuée à cinq fonds en 2011 contre un seul en 2010. Les candidats sont de plus en plus nombreux mais beaucoup de stratégies d’engagement étant relativement récentes, la visibilité sur le résultat de ces démarches manque encore trop souvent.

Les catastrophes industrielles doivent faire progresser l’ISR. Cercle les Echos. 5/07/2011
http://lecercle.lesechos.fr/entreprises-marches/finance-marches/221136243/catastrophes-industrielles-doivent-faire-progresser-is

L’article 225 de la loi Grenelle 2. Le blog de Jean-Pierre Bompard. 26/09/2011
http://alternatives-economiques.fr/blogs/bompard/archives/14


Principes pour l’investissement responsible (PRI)
Les Principes pour l’investissement responsable, une initiative volontaire d’investisseurs réunis par l’UNEP Finance Initivative (UNEP FI) et le Pacte Mondial des Nations Unies, ont été établis afin d’aider les investisseurs à accomplir au mieux leurs objectifs d’investissement de long-terme auprès de marchés responsables, avec une analyse approfondie des questions environnementales, sociales et de gouvernance d’entreprise (ESG).
L’initiative compte déjà 870 signatures de 45 pays, avec plus de 25 trillions de dollars d’actifs sous gestion.
www.unpri.org

UN Global Compact
Lancé en 2000, le Pacte Mondial des Nations Unies assemble les entreprises et les organismes des Nations Unies, le monde du travail et la société civile autour de dix principes universels relatifs aux droits de l'homme, aux normes du travail et à l'environnement, et la lutte contre la corruption. S'appuyant sur le pouvoir de l'action collective, le Pacte Mondial incite les entreprises dans le monde entier à conduire leurs activités en respectant Les Dix Principes énoncés dans le Pacte, et d’encourager les actions à l’appui des grands objectifs des Nations Unies. Avec plus de 6.000 entreprises partenaires et de centaines d’autres acteurs répartis dans plus de 165 pays, il s’agit de la principale initiative mondiale d’entreprises citoyennes. www.unglobalcompact.org

La CNUCED
Depuis sa création en 1964, la CNUCED
(Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement)est devenue progressivement une institution compétente, fondée sur le savoir, dont les travaux visent à orienter le débat et la réflexion actuels sur la politique générale du développement. La CNUCED accueille notamment un groupe de travail intergouvernemental d’experts des normes internationales de comptabilité et de publication (ISAR). Depuis plus de 25 ans, l’ISAR constitue le point central au sein du système des Nations Unies pour les problématiques de transparence et de comptabilité. Avec l’ISAR, la CNUCED s’attache à promouvoir les bonnes pratiques internationales en matière de rapport financier et d´informations sur la gouvernance d´entreprise, et d’accompagner les pays développés dans le renforcement de leurs capacités techniques dans ces domaines. La CNUCED est également à l’origine de la publication du Rapport sur l’investissement dans le monde, la plus large base de données sur les tendances de l´investissement étranger direct (IED) aux niveaux mondial, régional et national, et accueille le Forum mondial de l'investissement, une plateforme unique dédiée aux discussions et actions pour exploiter les investissements internationaux comme des outils de croissance et de développement.

mercredi 31 août 2011

ISR : des Principes pour l'Investissement Responsable (2006) à Fukushima



Alors que les encours d’actifs gérés de manière responsable (ISR) ne cessent de progresser, certaines ONG spécialisées et des associations d’actionnaires minoritaires participent à la réflexion des investisseurs, voire aux évolutions de la régulation. Même si les catastrophes industrielles et les scandales restent des exceptions, elles plaident néanmoins dans une extension d’un management plus durable. Du fait de leur professionnalisme, les acteurs de l’ISR disposent à ce titre d’une influence grandissante.

Il s’agit ici du troisième post, décrivant l’histoire de l’investissement socialement responsable des Quakers jusqu’à aujourd’hui.

• Avril 2006 : lancement à New York des Principes pour l'Investissement Responsable (PRI). Ceux-ci sont le produit d'un groupe de travail composé d'experts et de directeurs financiers internationaux, sous l'égide de l'UNEP-Fi, unité du Programme des Nations Unies pour l'Environnement visant à encourager l'adoption des meilleures pratiques environnementales par les professionnels de la finance, et du Pacte Mondial. Les fonds mis en jeu totalisent, dès le lancement, plus de 4 000 Milliards de dollars américains.


• Mai 2006 : L’ONG belge Netwerk Vlaanderen interpelle Axa lors de l’assemblée générale des actionnaires. Puis, Amnesty France et Handicap International font savoir en mars 2007, qu’elles ont résilié leur contrat d’assurance avec AXA. Le conflit portait que ses investissements dans des entreprises productrices de bombes à sous-munitions (BASM).

• Juin 2006 : Le WWF lance en France son premier fonds d’investissement socialement responsable pour soutenir ses actions de conservation : le Living Planet Fund.

• Affaire de corruption chez Siemens. Alors que Transparency International (TI) a découvert le scandale dans la presse, TI Allemagne a rompu le 15 décembre 2006 ses relations avec Siemens, qui avait bafoué tous ses engagements.

• Décembre 2006 : The OWW Responsibility Malaysia SRI Index est lancé. Cet organisme prévoyait alors de couvrir les valeurs cotées à Singapour et en Malaisie, avant d’étendre sa recherche à d’autres économies de l’Asie du Sud-est.

• Mars 2007 : Zembla, émission de télévision en première partie de soirée sur une des chaînes publiques de la télévision hollandaise, a déclenché un électrochoc dans le pays sur les pratiques des grands fonds de pension nationaux. The Clusterbomb Feeling
(http://zembla.vara.nl/English.2200.0.html)

Elle a révélé qu’ils avaient investi environ 230 millions de d’euros dans des entreprises américaines qui produisent des bombes à fragmentation et des mines anti-personnel. Selon Novethic, les Hollandais qui cotisent obligatoirement à un système de retraite par capitalisation pensaient jusque-là que leurs fonds de pension souscrivaient à des principes d’investissement responsable.

• Mars 2007 : Paris Europlace veut faire de la France un pole de compétitivité dans l’ISR.

• Amnesty International revient sur la catastrophe d’Union Carbide à Bhopal en Inde, qui a tué selon les ONG 15.000 personnes depuis la catastrophe de 1984. Une entreprise rachetée depuis par Dow. Une coalition réclame au chimiste de se pencher sur les conséquences de la catastrophe. En 2007, une résolution en ce sens a recueilli 8,25% des voix grâce à l’apport de TIAA-CREF, un investisseur institutionnel. L’ONG avait fait pression sur JP Morgan, afin de lui ouvrir les yeux sur le dossier Bhopal, en organisant une vaste manifestation devant son siège en avril 2007.

• Octobre 2007 : étude de l’UNEP-FI (Programme des Nations-Unies pour l’Environnement Finance Initiative), en collaboration avec le cabinet Mercer. Elle compile 20 travaux universitaires et 10 études réalisées par des intermédiaires financiers. Sur les 20 travaux universitaires, 10 concluent à un lien positif entre l’application des critères ISR et la performance, 7 ne révèlent aucun impact et 3 seulement décèlent un impact négatif. Pour les 10 autres études, 8 d’entre elles révèlent un impact positif et 2 un impact nul.


• Selon le Nouvel Obs., "La Barbe", petit groupe de filles venues d'Act up, surgit une ou deux fois par mois sur des lieux de pouvoir (institutions, colloques, conseils d'administration ...) depuis 2008 et prend un micro pour féliciter ces messieurs de ne pas céder à la féminisation. Dernière action en juin 2011 contre Carrefour, dont elle a perturbé l’assemblée générale.



• Début 2008, une coalition d’ONG défenseuse des droits de l’homme et des gestionnaires d’actifs ont acheté des actions de six groupes financiers américains, pour solliciter leur aide afin de mettre fin à la crise au Darfour, en les poussant à faire pression sur quatre compagnies pétrolières étrangères (China National Petroleum, Malaysia’s Petronas, Oil & Natural Gas of India et China ‘s Sinopec). Si bien que la veille de son assemblée générale, Morgan Stanley s’est engagé a considéré les termes de la résolution et à écrire aux compagnies pétrolières pour faire connaître ses préoccupations concernant le Darfour. Pour Shelly Alpern, directeur de la recherche sociale chez Trillium Asset Management, « c’est un grand pas en avant ».

• 15 septembre 2008 : faillite officielle de Lehman Brothers. Selon Wikipedia, un rapport de la justice américaine a révélé début 2010 que la banque masquait son endettement depuis 2007. Il accuse les anciens dirigeants d'avoir utilisé de façon abusive une technique comptable, le Repo 105, qui a conduit à « présenter un bilan erroné».

• Janvier 2009 : L’Ecole de management de Strasbourg ouvre un cycle ouvert sur la gestion d’actifs respectant les préceptes de la charia (finance islamique). Une formation qui répond à une forte demande des marchés.

• Février 2009 : Concentration dans le monde des notations. RiskMetrics Group acquiert Innovest et quelques mois plus tard KLD Research & Analytics (environmental, social and governance research). A la même époque, le groupe néerlandais Sustainalytics et le canadien Jantzi Research se sont rapprochés en 2009. Tout comme les suisses, Centreinfo et Inrate. En novembre 2009, Thomson Reuters, la grande agence anglo-saxonne d'informations financières, rachète Asset4 AG, une société suisse spécialisée en notations extra-financières. BMJ Ratings rejoint le Groupe Ginger.

• Mars 2009 : Hartmut Mehdorn, le patron de la Deutsche Bahn, est contraint de démissionner suite à une affaire d'espionnage électronique des salariés de l'entreprise. La société de chemin de fer allemande aurait filtré jusqu'à 145.000 messages électroniques par jour, surveillant entre 70.000 à 80.000 salariés.

• Mars 2009 : Novethic publie sa première note de travail sur « Les fonds monétaires ISR » dont le volume a été multiplié par six en 2008. Selon CFO-News, il en ressort qu’aucun des gérants étudiés n’a pris de position concernant les paradis fiscaux. De plus, le niveau de transparence fournit par les sociétés de gestion qui proposent des fonds monétaires ISR reste inégal et limité.

• Avril 2009 : Lors du G20 à Londres, le Premier ministre britannique Gordon Brown a annoncé l'union mondiale face à la récession et la fin des paradis fiscaux non-coopératifs. Une liste noire est publiée.

• Mai 2009 : Almoustapha Alhacen, adjoint au maire de la ville d’Arlit, au Niger, a été invité par l’ONG Urgewald, membre des « Kritische Aktionäre » selon Novethic, pour parler lors de l’assemblée générale de la Deutsche Bank. Il a témoigné selon lui des dégâts causés dans la population locale par la pollution à l’uranium – un uranium extrait par Areva, dont Deutsche Bank est l'un des banquiers.

• Juillet 2009 : L’Association française de la gestion financière (AFG), l’Association française des investisseurs institutionnels (AF2I), la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA), la Fédération bancaire française (FBF) et Paris Europlace, ont signé à l’occasion des rencontres financières internationales Paris Europlace, une Charte de l'investissement responsable (ISR).

• Depuis la loi du 3 août 2009, l’article 53 de la mise en œuvre du Grenelle de l’Environnement prévoit que « l’ISR sera encouragé par des mécanismes incitatifs et des campagnes d’information.»

• 19 janvier 2010 : le The Government Pension Fund of Norway cède les actions de 17 fabricants de tabac pour 2 milliards de dollars suivant une recommandation de son Conseil Ethique d’octobre 2009.

• Février 2010 : la Standard Bank, une institution financière sud-africaine, décide de participer au EP Steering Committee (Principes de l’Equateur), première banque africaine à y adhérer.

• 14 avril 2010 : La Fondation Ethos s'oppose à la décharge à accorder aux anciens dirigeants de l'UBS lors de l'assemblée générale des actionnaires. Elle a refusé également le rapport de rémunération, lui reprochant "de ne pas prendre en compte les erreurs du passé". Son discours critique bénéficie d’une bonne couverture médiatique. http://www.podcasters.fr/episodes/invit%C3%A9-dominique-biedermann-directeur-de-la-fondation-ethos-10364844.html

• 20/04/2010 : explosion meurtrière de Deepwater Horizon, une plateforme offshore exploitée par BP. Le 31 mai suivant, le Dow Jones Sustainability Index (DJSI) exclue en urgence l’action BP de sa composition.

• 25/06/2010 La mise au point sur BP de Fouad Benseddik, Directeur des Méthodes Vigeo « En termes de prévention et de contrôle des risques de pollution accidentelle, si l’ensemble du secteur pétrolier présentait un profil préoccupant, BP faisait encore moins bien. Sur ce critère, avant l’accident, BP était scoré par Vigeo à 26/100 en dessous de la moyenne du secteur (31/100) tandis que le leader, Repsol, recueillait un score de 61/100 »

http://www.vigeo.com/csr-rating-agency/images/PDF/Publications/chronique%20bp%20%20fb%202010%2006%2024.pdf

• Juillet 2010 : la réforme Dodd-Frank Act exige que les entreprises publient, pays par pays, les commissions qu'elles versent aux gouvernements pour exploiter leurs ressources pétrolières, gazières et minières. L’objectif est d’enrayer la corruption, permettre à la société civile de ces pays de demander des comptes sur l'utilisation de l'argent reçu par les entreprises, et limiter les conflits liés à l'exploitation de ces ressources. Cet acte couronne la travail de plaidoyer de la branche américaine de la coalition internationale Publiez ce que vous payez - Publish what you pay (PWYP) - , dont le Secours Catholique est membre.



Juillet 2010 : réforme de la surveillance des produits financiers aux Etats-Unis. Création du Consumer Financial Protection Bureau (CFPB)« bureau de protection financière du consommateur ». Cet organisme pourra édicter des règles pour protéger les consommateurs contre les pratiques abusives dans le secteur bancaire et financier : vente de produits immobiliers très risqués, crédits à la consommation usuraires etc.




• Septembre 2010 : Les Amis de la Terre publie le rapport Investissement socialement responsable « l’heure du tri ».

• Septembre 2010 : La compagnie pétrolière Royal Dutch Shell est exclue du DJSI en raison de fuites de pétrole au Nigéria. Or, la présence dans cet indice était un des critères retenu pour les bonus de fin d’année de ses dirigeants, qui décident finalement d’abandonner ce critère. La compagnie pétrolière était fière d’y figurer depuis 1999.

• Septembre 2010 : Le CSI ECPI China ESG 40 Equity Index, indice ISR lancé en septembre 2010 par Chinese Securities Index Company (CSI) et ECPI, fournisseur italien d’indices boursiers, regroupe 40 entreprises cotées en Chine sélectionnées selon des critères ESG.

• 29 septembre 2010 : sortie du film « Moi, la finance et le développement durable » réalisé par Jocelyne Lemaire Darnaud. Film soutenu par Amnesty international France, Le dossier de presse du film met en exergue une citation de John Maynard Keynes (Economiste anglais, 1883-1946) “Le capitalisme est cette croyance étonnante que les plus mauvais des hommes feront les pires des choses pour le plus grand bien de tous.”

• Novembre 2010 : publication de la norme ISO 26000.


Mr Gauthier présente la future norme « ISO 26000 » par crci-aquitaine

• Novembre 2010 :En réponse aux Amis de la Terre dans une Tribune au Monde, Patrick Jolivet, responsable de la recherche de l'agence de notation extra-financière BMJ Ratings, indique que «la notion même de performance en matière sociale, environnementale et de gouvernance est complexe, et l'évaluation des critères ESG ne peut être crédible qu'à la suite d'un audit sur place et sur pièces. Il est inaudible pour le grand public qu'une analyse extra-financière repose seulement sur la communication publique des entreprises, quelle que soit leur sincérité par ailleurs.»

• Décembre 2010 : L'ONG Earthrights vient de publier un rapport qui épingle le fonds de pension du gouvernement norvégien (392 milliards d'euros d'actifs sous gestion) pour ses investissements dans des compagnies pétrolières et gazières opérant en Birmanie.

ERI in Action from EarthRights International on Vimeo.



• Fin 2010 : les encours ISR détenus par la clientèle française s’établissent à 68,3 milliards d’euros à fin 2010, soit une forte croissance (+35%), vingt fois supérieure à celle du marché global français(+1,7% d’après l’AFG).


Infographie : L'investissement socialement... par lesechos

• Février 2011 : Le système de rémunération de Novartis a été approuvé de justesse. Le vote consultatif n’a été accepté que par 61% des voix. Ses opposants, comme Ethos et Actares, ont marqué les esprits.

• 15 février 2011 : Proxinvest fustige un code Afep-Medef rédigé exclusivement par le patronat. L’agence de politique de vote est préoccupée par le droit de rejet par les sociétés de résolutions externes, en dépit de la jurisprudence.

• 11 mars 2011 : tsunami au Japon et perte de contrôle d’un site nucléaire.

• Mars 2011 : Phitrust, Greenpeace et le NRDC cherchent à déposer une résolution avant l’assemblée générale de Total concernant les risques liés à l’exploitation des sables bitumineux. http://www.phitrust.com/

• Avril 2011 : En avril dernier, STB Asset Management, un gestionnaire d’actifs du groupe japonais Sumitomo Mitsui Trust Holdings cède toutes les actions Tokyo Electric Power détenues au sein de 4 fonds ISR dans d’autres fonds. Cette valeur représentait 1,9% des actifs confiés par les investisseurs éthiques. Cette décision a fait suite aux dégâts causés par la perte de contrôle de l’usine nucléaire TEPCO's Fukushima Daiichi. TEPCO était pourtant connue de longue date pour sa très mauvaise gouvernance.

• 28 juin 2011 : Le Sénat veut une Agence du médicament irréprochable (affaire Médiator)

• Juin 2011 : Pour redorer le blason de la gestion ISR et mettre fin à une certaine cacophonie, la CERES et l’Institut Tellus amorcent la Global Initiative for Sustainability Ratings (GISR). Il s’agit d’un futur standard international des indicateurs de performance ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) des entreprises.

• 8 juin 2011 : EthiFinance remporte le 1er Trophée de l’Entreprise Sociale organisé par La Tribune.


Février ISR présente EthiFinance : analyse extra... par FEVRIER_TV

• Juillet 2011 : scandale des écoutes au Royaume Uni (groupe Murdoch).

• 23 juillet 2011 : grave accident ferroviaire en Chine. Les questions de sécurité auraient été négligées pour des raisons de corruption.

• 26 juillet 2011 : La fondation suisse Ethos, qui conseille plus d’une centaine d’investisseurs institutionnels, annonce qu’elle exclue le géant minier Glencore de l’ensemble de ses fonds.

Pour aller plus loin :

Les origines de l’ISR
http://ong-entreprise.blogspot.com/2011/07/les-origines-de-lisr-sont-le-fruit-dun.html

1970- 2006 : L’investissement socialement responsable (ISR) se structure
http://ong-entreprise.blogspot.com/2011/07/1970-2006-linvestissement-socialement.html

lundi 23 août 2010

Avec Lula, les Brésiliens ne sont plus forcément pauvres de père en fils.




Luiz Ignacio Lula da Silva est président de la République du Brésil depuis janvier 2003. Il a été réélu aisément en 2006 avec près de 61% des suffrages, malgré une affaire de corruption ayant pollué sa fin de mandat. Il n’a pas le droit de briguer un troisième mandat consécutif, ce qui aurait supposé un changement constitutionnel. Le vote pour le prochain chef de l’Etat a lieu le 3 octobre prochain. Sa dauphine Dilma Roussef caracole en tête des sondages. Elle bénéficie de l'extraordinaire popularité de son parrain, qui s'explique surtout par des résultats spectaculaires dans la lutte contre la faim et la pauvreté. (ci contre, une photo de Brazilia, la capitale politique).


Le 20 mai dernier, j’ai rencontré à São Paulo, la capitale économique, avec d'autres journalistes de l’AJIS, un professeur de Sciences politiques. Francisco César Pinto da Fonseca est professeur à la Fondation Gétulio Vargas, une institution au Brésil, fréquentée par les meilleurs étudiants. Le rendez vous a eu lieu à deux pas de l'avenue Paulista. Spécialiste des politiques publiques et des institutions, il a publié cette année un article dans le Monde Diplomatique, version portugaise, intitulé « Politicas sociais como politica de Estado ».


Q : Lula bénéficie d’une popularité formidable auprès de ses concitoyens. La société brésilienne a-t-elle changé en 8 ans ?

J’ai résumé mes réflexions dans l’article L’héritage de Lula, que j’ai rédigé avec un autre professeur. Selon moi, le Brésil a fait un bond en avant dans le champ social, notamment grâce à un transfert de ressources appelé Bolsa Familia, dont l’utilité a été reconnue par l’Unesco et l’ONU. Ce dispositif pourrait même être transposé dans d’autres pays. Il bénéficie à 55 millions de personnes. Des personnes autrefois en position de pauvreté vivent mieux. La sécurité alimentaire a progressé. Il y a une universalisation du système de santé, des assistantes sociales et de l’Education. Dans un autre domaine, les programmes de soutien à l’agriculture familiale, comme le PRONAF, ont vu leurs budgets augmenter de manière significative sous Lula.
L’enveloppe destinée aux dispositifs sociaux a augmenté. Mais, il faut le mettre en perspective, puisque le budget consacré au social, qui atteint 20 milliards de réais (environ 9 milliards d'euros), ne représente que 10% des sommes consacrées à la dette interne (200 milliards de réais). Pourtant, les mesures sociales au Brésil ont un impact déjà palpable. On parle d’une nouvelle classe moyenne, qui a commencé à consommer sur le marché interne. Toutes les mesures mis bout à bout ont permis d’amorcer un début d’ascenseur social.
Le Brésil a pu ainsi traverser la crise mondiale, grâce au dynamisme de son marché interne. Les entreprises bénéficient d’un gros marché populaire, comme l’achat de voiture, de télévisions, radios et aussi de nourritures. En dix ans, le Brésil s’est transformé. De nombreux enfants sont sortis de la rue, avec la mise en place d’un carnet de présence, de campagnes de vaccination. Le travail des enfants a aussi chuté.

Q : Ces avancées sont-elles durables ?

Un projet devant le Congrès brésilien s’appelle la consolidation des lois sociales. Son objectif est d’instituer une politique d’Etat et non pas seulement une politique de gouvernement, bien souvent versatile. A l’instar des lois du travail (NDLR : Depuis le 1° mai 1943, le Brésil a unifié toutes les lois du travail autour de la CLT – Consolidação das Leis do Trabalho (Consolidation des Lois du Travail) qui régulent les relations individuelles et collectives du travail. Composée de 900 articles elle est la principale ordonnance juridique qui régit les contrats de travail, les conventions collectives et la négociation individuelle la complètent). Cela permettrait d’éviter d’interrompre certaines politiques très populaires.

Bien que Lula soit parti de mesures antérieures, il a développé et innové. Le crédit populaire a été très dynamique. A noter aussi que l’Etat brésilien est sorti renforcé du processus de privatisation, à l’opposé de l’Argentine.

Le principal parti d’opposition, le PSDB (en portugais Partido da Social Democracia Brasileira) a clairement exprimé, qu’il ne remettrait pas en cause les innovations sociales récentes, qui ont remodelé le pays.

Quels sont les camps en présence ?

Le Brésil vit une situation bipolaire, avec une division entre le PT (parti des travailleurs, en portugais Partido dos Trabalhadores) et le PSDB, la sociale démocratie. La politique au Brésil est un présidentialisme de coalition. Il existe 27 partis au Brésil.

En politique extérieure, la politique du PT se veut assez indépendante des Etats-Unis et de l’Europe, plus proche de pays comme le Venezuela, du Moyen Orient de certains pays d’Afrique. Le PSDB est plus aligné sur le noyau des pays du G7.

Le PT a une tradition de consultations populaires, comme les syndicats. Le PSDB fait davantage une séparation entre l’Etat et la société civile. Le PSDB est proche du libéralisme, tandis que le PT est proche de la sociale démocratie européenne. Le PT sur le plan social est plus agressif et favorise une plus grande inclusion sociale. Le PT marque aussi un volontarisme plus fort dans la politique industrielle.

Dans les deux cas, les partis ont de multiples alliés, ce qui est indispensable pour former un gouvernement. Dans ces conditions, aucune grande coalition ne peut échapper à des contradictions idéologiques. Le PT peut ainsi aussi être lié à des forces conservatrices.

Quels sont les grands thèmes abordés dans la campagne électorale?

Les proches de Lula insistent auprès des électeurs sur les mesures qu’ils ont pris, en se comparant au gouvernement précédent, celui de Cardoso. Le PSDB affirme qu’il peut aller plus loin que Lula, tout en restant dans sa continuité. Il évoque la nécessité d’une réforme fiscale, qui réduirait la taille de l’Etat. La charge fiscale au Brésil est très injuste. Il n’y a pas de taxe sur la valeur ajoutée. Les impôts, qui sont indirects, ne dépendent pas des ressources. Mais, l’agenda est bloqué, car il y a des gagnants, mais aussi des perdants d’une éventuelle réforme.

Les thèmes les plus populaires de cette campagnes sont le renforcement des droits sociaux et des politiques publiques, les transferts de ressources, la croissance de l’emploi, l’amélioration de la sécurité, mais aussi l’éducation, la santé, l’habitat et l’environnement, avec Marina Silva (NDLR : ex Ministre de Lula, devenu chef du Parti vert, Partido Verde).

Il subsiste en effet des problèmes en matière de santé publique et d’éducation. Bien que le droit à la santé soit inscrit dans la constitution de 1988, les services médicaux sont d’une qualité inégale, notamment selon les régions. Il existe des hôpitaux privés. L’Etat providence a aussi favorisé l’école publique, mais la qualité n’est pas au rendez vous. Un passeport a aussi été mis en place pour favoriser la diversité des étudiants à l’université, avec l’ouverture d’un nombre de places accrus (démocratiser l’accès à l’enseignement universitaire aux populations afro-brésiliennes et aux étudiants issus de familles pauvres).

Néanmoins, au final, chaque parti a ses bastions : le sud-est du Brésil continue à voter PSDB et les pauvres PT, comme au Nordeste.

Le Brésil a-t-il progressé dans tous les domaines ?

Il est indéniable que les inégalités ont reculé. 40 à 50 millions de Brésiliens ont changé de statut. Lula est parvenu à ces résultats, sans s’attaquer au capitalisme local, comme le pouvoir des banques. Durant ses mandatures, le MST a continué à se heurter à l’influence des grands producteurs terriens. Comme l’économie brésilienne avait besoin de progresser, les questions d’environnement ont parfois été bafouées, avec des lignes de démarcation parfois au sein même du gouvernement. Les mouvements et les ONG n’ont pas cessé de se mobiliser pendant les deux mandats de Lula en se heurtant au lobbying des intérêts économiques. Néanmoins, cette période a tranché avec la précédente, où les grèves étaient sévèrement réprimées.

De leur côté, les patrons brésiliens veulent faire des affaires. Contrairement aux entrepreneurs vénézuéliens, ils n’ont pas peur et bénéficient d’un cadre favorable à leurs activités. Les chefs d’entreprise brésiliens sont d’ailleurs divisés en termes de préférence politique. A ce titre, les grandes entreprises financent tous les partis. Dilma (Dilma Roussef a été nommée Ministra da Casa-Civil, cad chef de cabinet en 2005 par le président Lula. Elle a été choisie par Lula comme prochaine candidate du Parti des travailleurs aux élections présidentielles brésiliennes d’octobre), qui est une fine technicienne, tient compte de l’avis du patronat.

Pour conclure, Lula est parvenu à casser un cercle vicieux, où les Brésiliens étaient pauvres de père en fils. Des problèmes subsistent comme dans l’Education, mais un premier pas a été fait.

Pour aller plus loin :

Le site de la Fondation Vargas
http://www.fgv.br/

Le monde diplomatique : Políticas sociais como política de Estado
http://diplomatique.uol.com.br/artigo.php?id=563&PHPSESSID=2992afb2cd65c8594faad2ff286459fc

Dynamiques et enjeux des agricultures familiales au Brésil
http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/etpays/Bresil/BresilScient7.htm


Derniers sondages sur les élections brésiliennes analysés par La Croix et Libération