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vendredi 25 octobre 2024

Les inégalités professionnelles hommes/femmes subsistent en Amérique du Nord

 L’étude « Women in the Workplace », menée par McKinsey & Company depuis dix ans, examine la parité hommes-femmes dans les entreprises nord-américaines. 

Bien que des progrès aient été réalisés, notamment dans la représentation des femmes aux postes de direction (passant de 17 % en 2015 à 29 % en 2024), l’égalité reste encore éloignée : au rythme actuel, elle pourrait nécessiter cinquante ans. 

L'étude révèle des disparités persistantes dès les premiers niveaux hiérarchiques, où les femmes sont moins souvent promues que les hommes. Ainsi, pour chaque promotion de 81 femmes au poste de manager, 100 hommes sont promus. Un phénomène encore plus prononcé pour les femmes de couleur. 


 

Ce phénomène est aggravé par une culture d'entreprise peu inclusive, où les femmes sont confrontées à des micro-agressions, des interruptions fréquentes, et des biais comportementaux qui nuisent à leur avancement. 

 

Les entreprises ont instauré des mesures pour soutenir les femmes, notamment par le biais d’aides aux parents et aidants, mais ces initiatives sont affaiblies par une réduction des options de travail à distance et des programmes de mentorat. Les progrès sont donc fragiles et nécessitent un changement profond des mentalités et des pratiques d’entreprise pour transformer durablement la situation des femmes en milieu professionnel. 

Pour aller plus loin : 

Le rapport 

https://www.mckinsey.com/featured-insights/diversity-and-inclusion/women-in-the-workplace 

Les Echos : « Women in the workplace » : l'étude qui scrute la parité au travail depuis dix ans 

https://www.lesechos.fr/idees-debats/leadership-management/women-in-the-workplace-letude-qui-scrute-la-parite-au-travail-depuis-dix-ans-2126909 

Kamala Harris élue à la Vice-Présidence 100 ans après le droit de vote accordé aux femmes 

http://ong-entreprise.blogspot.com/2020/11/kamala-harris-elue-100-ans-apres-le.html 

Comment orienter les lycéennes vers les métiers scientifiques 

http://ong-entreprise.blogspot.com/2022/01/comment-orienter-les-lyceennes-vers-les.html 


mercredi 10 janvier 2024

La fin de certaines aides fait bondir la pauvreté aux Etats-Unis


 

Les statistiques indiquaient en septembre dernier que le taux de pauvreté officiel est resté stable par rapport à l'an passé, à 11,5%. 

 

Mais un autre indicateur, le SPM (Supplemental Poverty Measures) montre une réalité plus contrastée. 

 

Le bureau du Census, ajuste le revenu au-dessous duquel une personne est considérée comme pauvre, en prenant en compte notamment les aides du gouvernement, le coût de la garde d'enfants ou encore les dépenses médicales.

 

Une famille de quatre personnes locataire de son logement doit alors avoir des revenus annuels d'au moins 34.500 dollars pour échapper à la pauvreté. 

Selon cette mesure, 

  • le taux de pauvreté a augmenté pour la première fois depuis 2010, grimpant de 7,8% à 12,4% entre 2021 et 2022. C’est sa première augmentation depuis 2010. 

  • Celui des enfants pauvres a même plus que doublé, grimpant à 12,4%, quand il était en 2021 de 5,2%, son plus bas historique. 

  • Celui des Hispaniques progresse de 8 points pour s’élever à 19,3%. 

  • Pour les Noirs, c’est 17,2% en progression de près de 6 points. 

Ce bond peut surprendre dans un contexte de plein emploi, même si l’inflation a rogné le pouvoir d’achat. 

 

En fait, il s’explique par l'expiration des crédits d'impôt et des mesures de relance liées à la pandémie (Child Tax Credit). Ces aides avaient sorti de la pauvreté 6,4 millions de personnes, dont 3,5 millions d’enfants. Les Républicains du Congrès se sont opposés à leur reconduction. 

 

Pour Esther Duflo, ces chiffres illustrent l’impact de la politique publique quand elle est bien ciblée. Sa tribune : la pauvreté, un choix politique  

 

Pour aller plus loin :


Insécurité alimentaire aux Etats-Unis :

 


  • 87,2% des ménages n’ont pas de problème de sécurité alimentaire aux Etats-Unis en 2022. 

  • Ils étaient 89,8% en 2021 (118.5 millions)

Climat et pauvreté

In 2022 alone, the cost of climate and weather disasters in the United States totaled more than $176 billion – the third most costly year on record, and 13 percent of Americans reported economic hardship from disasters or severe weather events within the past year. The impacts of climate change are projected to worsen in coming years, putting additional communities and households at risk of financial strain.

https://home.treasury.gov/system/files/136/Climate_Change_Household_Finances.pdf

 

jeudi 22 juin 2023

Face à la sécheresse, le Nevada fait la guerre aux pelouses


Les deux plus grands réservoirs de l'Ouest américain, le lac Powell et le lac Mead, ont atteint des niveaux historiquement bas en 2022. L'administration Biden et sept États de l'Ouest américain viennent donc de s’accorder pour la protection du Colorado. L’Arizona, la Californie et le Nevada ont accepté de réduire de 13% leur consommation d’eau en provenance du fleuve. 

 Les Américains sont de gros consommateurs d’eau. Certains usages sont pointés du doigt. 

Ainsi, les pelouses qu’arborent les résidences individuelles et collectives aux Etats-Unis occuperaient 2% de sa surface totale. Aux Etats-Unis, le gazon représenterait ainsi la plus grande « culture » irriguée devant le maïs et le blé.

   

Selon l’agence environnementale EPA (U.S. Environmental Protection Agency), l’arrosage des pelouses et des jardins pèsent pour 60% de la consommation d’eau des ménages dans les zones arides. Et une partie importante de ce volume est perdue sous forme de ruissellement ou d’évaporation. 

Aux Etats-Unis, cet usage consommerait globalement : 

  • Plus de 12 trilliards de litres d’eau chaque année. 
  • 26.000 tonnes de pesticides. 
  • Et 4,5 milliards de litres de carburants pour faire tourner les tondeuses

American Dream 

D’abord apanage des demeures aristocratiques en France et en Grande-Bretagne, le gazon s’est popularisé aux Etats-Unis dans les années 50 quand des aides fédérales et l’essor du crédit bancaire ont favorisé l’accession à la propriété, notamment en périphérie des villes. 

La maison individuelle, son allée au milieu de la pelouse et le barbecue dans le jardin sont omniprésents dans le cinéma américain. 

Prime à l’arrachage 

L’assèchement du lac Mead a poussé le sud Nevada à réagir : 

• L’arrosage des pelouses pour des raisons ornementales va être interdit pour les bureaux, les bordures de trottoirs, les entrées de bâtiments résidentiels, etc. 

• Ni les infrastructures sportives et ni les cimetières ne sont concernés. 

• Les familles en maisons individuelles doivent respecter certaines limitations. Une agence locale, la Southern Nevada Water Authority, offre même aux particuliers d’arracher leur gazon pour 30$ le m2. Pour le remplacer par des plantes plus adaptées au climat. Ce tarif est proposé jusqu’à 900m2 de surface, puis il est réduit à 15$ le m2 au-delà.

  

Afin d’éduquer les administrés, la police patrouille en bordure de jardins pour lutter contre les fuites d’eau et le non-respect des règles. Elle verbalise en cas de récidive. 

Dans la même veine, les nouvelles piscines ne doivent pas dépasser une certaine taille dans les environs de Las Vegas. 

Sin City, qui accueille dans le désert 40 millions de touristes par an, fait clairement figure de pionnière dans la gestion de l’eau, avec la Californie. 

Plus près de chez nous, le préfet de l'Hérault vient d’émettre un avis défavorable à un projet de golf 18 trous accompagné de logements de luxe près de Montpellier. Une décision qu'il explique par le contexte "de sécheresse précoce" et de "nécessaire préservation de la ressource en eau" dans le département. 

Pour aller plus loin : 

Pas de tondeuse au mois de mai 

En 2021, l’ONG britannique Plantlife a lancé l'opération « No mow may », qui incite les 23 millions de propriétaires de jardins à ne pas tondre leur pelouse au mois de mai. Selon Plantlife : « 100m2 de pelouse non tondue produiraient suffisamment de pollen pour alimenter six cellules de couvain d'abeilles minières et suffisamment de nectar pour répondre aux besoins de six bourdons par jour » L’association met aussi en avant les émissions de gaz à effet de serre évitées. 

Les recommandation d'EPA

https://19january2017snapshot.epa.gov/www3/watersense/pubs/outdoor.html

 

Le Monde (2021) : « Le gazon est un non-sens écologique » : et si on rangeait enfin tondeuses, engrais et pesticides ? 

https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2021/09/03/le-gazon-est-un-non-sens-ecologique-et-si-on-rangeait-enfin-les-tondeuses_6093325_4497916.html 

L’Obs (08/2022) : « Golfs attaqués, jacuzzis percés… Face à la sécheresse, ces militants qui sabotent les gros consommateurs d’eau » 

https://www.nouvelobs.com/ecologie/20220812.OBS61961/golfs-attaques-jacuzzis-perces-face-a-la-secheresse-ces-militants-qui-sabotent-les-gaspilleurs-d-eau.html 

vendredi 30 juillet 2021

Comment Corporate America tente de s’adapter à Black Lives Matter



George Floyd est mort étouffé à Minneapolis le 25 mai 2020 à l’occasion d’une bavure policière. Filmée en direct par des passants, son agonie a connu un retentissement mondial. 

 Le slogan Black Lives Matter, apparu en 2013 aux Etats-Unis et dénonçant le racisme des policiers blancs, a alors débordé de la communauté militante dont il est issu pour devenir un phénomène sociétal majeur, des terrains de sport jusqu’à Corporate America 

 Les 1.000 plus grosses entreprises classées par Fortune ont injecté des milliards de dollars dans des programmes luttant contre le racisme systémique et pour mettre en place des quotas de recrutement…après avoir refusé de le faire pendant des décennies. 

Des préjugés tenaces 

Les dirigeants « blancs » les plus âgés, qui occupent les plus gros postes, sous-estiment les barrières érigées à la carrière des personnes de couleur. En 2018, une étude auprès de 5.000 professionnels, menée par le BCG, a révélé que 
  • Seulement 19% d’entre eux estiment que les personnes de couleur rencontrent des obstacles en termes de gestion de carrière et de promotion. 
  • Alors que leurs collègues afro-américains sont 43% à l’évaluer. 
Les dirigeants des firmes US auraient plus conscience des inégalités entre les sexes qu’à celles liées aux origines. 

Des diplômés écartés 

Citée par le Wall Street Journal, une enquête réalisée en 2018 par la Harvard Business School Leadership Initiative sur ses diplômés afro-américains hommes ou femmes a mis en évidence que respectivement 19% et 13% d’entre eux occupaient des postes clés tels que CEO, managing director ou partenaire. 

Ce chiffre montre à 40% pour les diplômés non afro-américains. 

L’exemple de Reddit 

En juin 2020, Reddit a nommé le PDG de l’incubateur de start-up Y Combinator comme nouveau membre de son conseil d’administration. Michael Seibel a notamment cofondé le site de streaming Justin.tv, qui est par la suite devenu Twitch. Il remplace donc le cofondateur de Reddit Alexis Ohanian, qui a démissionné afin de laisser sa place à une personne de couleur. 

 Michael Seibel est investi dans plusieurs initiatives pour augmenter la diversité dans l’industrie de la tech, comme Blacktech Weekend et Black Tech for Black Lives. 

De son côté, JP Morgan a consacré 30 Mds$ en octobre dernier pour promouvoir l’équité raciale dans les 5 prochaines années. Ce programme se concentre notamment sur les afro-américains et les populations de langue hispanique. 

Certains de ses concurrents l’ont imité. 

Dans un communiqué de presse, le groupe financier indique que cette initiative, auquel il faut ajouter les préoccupations environnementales, répondent non seulement à une demande des investisseurs, mais à une attente des consommateurs. 

Une enquête de LinkedIn (Why the Head of Diversity is the Job of the Moment), publiée en septembre 2020, a révélé une explosion depuis 5 ans de postes dans les entreprises, sous des intitulés comme « Directeur de la diversité ». 

Plus d'argent sur le terrain 

Dans ce contexte, les ONG œuvrant pour la réduction des inégalités aux Etats-Unis ont enregistré des levées de fonds records. Selon CNN, la Local Initiatives Support Corporation (LISC), un acteur majeur dans le financement du développement des communautés, a pu investir plus de 2 Mds$, un montant entre deux et trois fois les montants levés les années précédentes. 

Cette enveloppe lui a permis d’accompagner 12.000 petites entreprises, dont les dirigeants sont à plus de 80% issus des minorités. S’ils saluent cette bascule, les acteurs du terrain soulignent qu’il faudra du temps pour corriger les inégalités aux Etats-Unis : 

  • Un cabinet de conseil, le Creative Investment Research, a montré que ces dernières années, sur 50 Mds$ promis en faveur de l’égalité raciale, seuls 250 M$ avaient été vraiment engagés. 
  • En décembre dernier, le Brookings Institute a calculé que l’investissement à initier pour faire disparaître les inégalités entre les ménages Black et White s’élèverait à 10.000 Mds$. 

 Wall Street rentre dans la boucle 

Sous la direction d’Adena Friedman, le Nasdaq a proposé en décembre dernier d’imposer aux sociétés cotées d’avoir au moins deux membres du conseil d’administration, dont une personne qui s’identifie comme une femme et une personne qui s’identifie comme une minorité sous-représentée ou LGBTQ+. 

Le Nasdaq définit la minorité sous-représentée comme toute personne qui s’identifie comme « Noir » ou Afro-américain ; Hispanique ou Latinx ; Amérindien ou natif d’Alaska ; Natif hawaïen ou insulaire du Pacifique ; ou asiatique. 

Des premiers résultats contrastés 

Selon les premières remontées, les principaux bénéficiaires de ce nouvel état d’esprit sont les femmes et les Latinos. 

  • Les femmes occuperaient désormais environ un tiers des sièges au conseil d’administration du S&P 500. 
  • Les Afro-américains ont peu bénéficié du mouvement : ils ne seraient représentés que dans 145 compagnies. 
  • Le nombre de postes confiés aux Latinos auraient quadruplé en un an. (Bloomberg, mars 2021) 

Pour aller plus loin : 

McKinsey: It’s time for a new approach to racial equity 

Wall Street Journal: Why Black professionals comprise 1% of the executives running America’s top 500 companies 

BCG: The Real Reason Diversity Is Lacking at the Top 

mercredi 9 juin 2021

Les Etats-Unis s’attaquent à la discrimination capillaire



Le Nevada vient de voter une loi anti-discrimination, instaurant le droit pour les personnes d’origine afro-américaine d’avoir la coupe de cheveux qu’elles souhaitent, et plus particulièrement si elle est naturelle. 

Ce texte fait en partie référence à des politiques discriminatoires qui les frappent au travail. 

Ce vote s’inscrit dans un mouvement global apparu en Californie en janvier 2019, le CROWN Act, et passé dans la loi au mois de juillet suivant. 

CROWN est un acronyme pour Creating a Respectful and Open World for Natural Hair. Il entend ainsi créer un milieu professionnel respectueux et ouvert face aux cheveux naturels. Il s’attache en particulier au domaine de l’emploi (Fair Employment and Housing Act (FEHA) et au code scolaire (K-12 public and charter schools). 

Les cheveux non lissés et les dreadlocks souffriraient de stéréotypes : ils seraient la démonstration d’un manque de professionnalisme, et donc un frein à l’embauche ou aux promotions. 

Le Nevada est le 12ème Etat américain à franchir le cap. D’autre versions de ce projet sont déjà passés en Californie, comme à New York, à Washington, dans le New Jersey ou encore le Colorado et la Virginie. 




La CROWN Coalition regroupe différents acteurs, dont la marque Dove, la National Urban League, Color Of Change et Western Center on Law & Poverty. 




Ils ont lancé une pétition pour accélérer les prises conscience et interdire certaines pratiques.

   

Pour aller plus loin : 


Dove


USA : les minorités peuvent-elles accéder à la propriété ? 

lundi 16 novembre 2020

Kamala Harris élue 100 ans après le droit de vote accordé aux femmes



Les Américaines se sont vu accorder le droit de vote en 1920, bien avant les Françaises, mais après l’adoption du Quinzième Amendement, qui avait la même liberté aux minorités ethniques en 1870. 

 Ce droit a été consacré dans le 19ème Amendement. 

Selon l’Ambassade des Etats-Unis, entre 1878, date où le projet des femmes fut introduit au Congrès et le 18 août 1920, date de sa ratification, le combat des femmes américaines fut incessant : grèves de la faim, manifestations, pressions au sein des Etats… 
Lorsque le Président Wilson se montra finalement favorable en 1918 et que plus tard la Chambre des Représentants passa l’amendement, le Sénat suivit dans le même sens. En août 1920, l’amendement était ratifié par les trois quarts des Etats. 

Dans la foulée, Hattie Caraway, originaire de l’Arkansas et affiliée au Parti Démocrate, fut la première femme à être élue au Sénat en 1932. 


Une opinion divisée

Un sondage publié en juillet dernier par Gallup à l’occasion de ce centenaire a fait une photographie de l’opinion publique sur la question de l’égalité des sexes aux Etats-Unis. Il en ressort que 69% des sondés considèrent qu’il demeure des inégalités entre genre au travail. Et 66% dans le monde politique. 

  • Si les Républicains considèrent à 75% que les femmes ont achevé l’égalité des sexes dans le travail contre 56% des Républicaines. Concernant la politique, ces chiffres passent à 82% et 63%
  • 9 Démocrates sur 10 pensent le contraire, dans les deux domaines. 
Une autre enquête, du Pew Research Center, montre qu’une majorité des gains obtenus par les femmes n’ont pas nui aux hommes, avec néanmoins une nuance, puisque 38% des Républicains du « sexe fort » le pensent. 

Une femme diplômée sur cinq le considère également. 

Un combat encore en cours 

Ceux qui attendent encore des progrès pour les femmes dans la vie active anticipent que cela va prendre du temps : 

  • 31% des Américains considèrent que l’égalité des sexes est déjà acquise. •
  • 13% l’imaginent en moins de 10 ans 
  • 20% entre 10 et 19 ans 
  • Et 26% dans plus 20 ans 
  • 8% des américains sont plus pessimistes, puisqu’ils déclarent que les Américaines ne combleront jamais le gap. 
D’une manière générale, les hommes sont plus optimistes concernant l’avenir de la gente féminine, ainsi que les femmes de plus de 65 ans. Le niveau des réponses est assez similaire en ce qui concerne la place des femmes dans la vie publique. 

Un Amendement historique, mais insuffisant 

La plupart des femmes contemporaines estiment que le 19ème Amendement a été le point de départ d’une série de progrès sur le chemin de l’égalité des droits. 




Mais, un siècle plus tard, il demeure des frustrations sur le nombre assez faible de femmes à des postes de direction dans les entreprises ou dans la politique. 

Le mouvement #MeToo a aussi pu avoir un impact sur les réponses. En effet, Gallup rappelle que près d’une femme sur deux a déjà été harcelée sexuellement. 

Selon le Pew Research Center, une majorité d’Américains, quelles que soient leurs couleurs politiques, reconnaît le rôle moteur dans l’égalité des droits des mouvements féministes (70%), ainsi que le rôle du parti Démocrate (59%). 

Cet institut apporte également un éclairage complémentaire. Pour trois sondés sur dix, les femmes blanches ont largement profité du féminisme (32%), contre seulement 21% des Noires et 15% des Hispaniques. 

Les femmes bi-sexuelles ou lesbiennes en seraient aussi de grandes bénéficiaires. 

Un vote féminin encore marquée par la couleur de peau 

Selon les données légèrement différentes de l’AP’s VoteCast data et de NBC, environ 93% des femmes noires ont voté Biden, et 66% des femmes Latinos. Et, plus de 52% des Blanches auraient voté Trump. 

Les électeurs Républicains estiment que leur parti a joué le principal rôle dans la promotion des femmes durant les dernières décennies et que Donald Trump a été largement moteur sur toutes ces questions. 

Les mouvements féministes ont salué l’élection de Kamala Harris à la Vice-Présidence, mais y voient une avancée, pas un aboutissement. 

Pour aller plus loin : 

2016 ; USA : la NRA, chien de garde du Deuxième Amendement 
  

mercredi 25 mars 2020

2004 : Quand Citigroup cède aux pressions de la jeunesse

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Je reviens dans cette série de posts sur les méthodes d’action d’une ONG californienne, défenseuse de la forêt tropicale. Il s’agit d’un exercice que j’ai effectué il y a une dizaine d’année. 

En voici le deuxième volet. 

En avril 2000, Rainforest Action Network (RAN) lance une première salve contre Citigroup, a qui elle a décerné pour la circonstance le Prix de la « banque la plus destructrice au monde ». 

Comme à son habitude, le point de départ de cette action fut une lettre officielle, avec papier à en tête, adressée aux dirigeants du groupe, recensant leur rôle clé dans la destruction de la forêt primaire et dans l’accélération du changement climatique. Citigroup était alors notamment « impliqué » dans le financement de projets majeurs comme la construction du barrage des Trois Georges en Chine et dans un pipeline au Pérou, bien loin des rives de l’Hudson.

N’ayant pas obtenu de réponse, une série d’actions de harcèlement furent lancées en octobre dans tout le pays, incluant des manifestations et des fermetures de comptes. C’est la division banque de financement et d’investissement (BFI) de Citigroup qui est directement partie prenante dans les financements de projets controversés. Néanmoins, la BFI reste une entité un peu abstraite.

Pour mettre en scène la protestation, RAN a préféré inviter ses militants à couper en deux publiquement leurs cartes de crédit Citi. Un objet bien identifié par les Américains, qui en possèdent très souvent plusieurs.

Des étudiants mobilisés 

Ses messages ont su trouver leurs publics. Notamment auprès des jeunes, et bien avant les mouvements actuels symbolisés par Gréta Thunberg.

  • D’après la revue U-California, des étudiants de Berkeley ont inondé de fax Citigroup dans le cadre du « International Fax Day ». Une fois les deux fax du service client coupés, ils ont balancé leurs missives sur ceux des agences de la banque. 
  • En mars 2001, des étudiants ont été formés au Ruckus Camp à une université d’été alternative dénommée « Une fessée aux banques », avec un mois plus tard, « second City Day » 80 actions simultanées dans 12 pays sur 5 continents. Avec des bannières dans les villes disant « Hey Citi : Not with my money ». 
  • En avril 2001, une étudiante exprime sa détermination à l’Environnment News Service (ENS) : « les étudiants vont continuer à boycotter les cartes de crédits de Citigroup, mais aussi ses jobs et ses prêts étudiant tant que la banque financera le réchauffement climatique». 


En novembre 2002, l’accès du public à des agences de Citigroup à San Francisco est bloqué par des activistes, qui ont étendu de vastes banderoles « Corruption à l’intérieur, Destruction à l’extérieur ». 

Tandis qu’un ballon aérien géant était dressé au Citicorp Plaza. Ces actions donnent souvent lieu à des arrestations. Le fait faisant la une des journaux.

Et, les enfants prennent le relais : 

  • Le 18 décembre 2002, le journal Ascribe News rapporte que des milliers d’enfants ont appelé le CEO de Citigroup, Sandy Weill, pour un cadeau de Noël un peu spécial, lui demandant de changer ses pratiques. Environ 2.500 appels ont ainsi atterri au 399 Park Avenue,… 
  •  …sans compter des lettres d’enfants accompagnés de dessins représentant des indigènes et animaux vivant dans les forêts tropicales. 
Pour occuper tout l’espace, Rainforest Action Network lance aussi un site Internet ThisisCitigroup.org, un forum de contestation pour faire la vérité sur la banque, sur son train de vie et sa politique environnementale.

 

Dans la foulée, des étudiants, membres de RAN, sont évacués lors de la visite de Sandy Weill promotion 1955, venu en visite à son ancienne école, Cornell University. Le banquier n’était pas encore prêt au débat.

Des relais puissants dans les médias 

Alors que les réseaux sociaux n’existent pas encore, Rainforest Action Network parvient aussi à occuper le terrain des médias. Comme à la télévision, où des stars (Susan Sarandon, Ed Asner, Darryl Hannah) invitent le public à déchirer leurs cartes bancaires Citi.

 « Citi détruit la forêt et déplace les populations locales. Quand vous utilisez votre carte Citibank, vous financez aussi ces horreurs ».
« Arrêtez de financer les bulldozers »

Mais aussi dans la presse internationale, en s’offrant des pleines pages de publicité dans le NYT (13/11/2002) ou encore dans le WSJ.

L’une des grandes fiertés de Rainforest Action Network est aussi d’avoir pu obtenir des visas d’entrée aux Etats-Unis (pourtant après le 9/11) pour une poignée d’activistes péruviens. Ces derniers ont pu témoigner de la menace de la construction d’un pipeline dans leur forêt, à l’AG de Citigroup.

Pour Michael Brune, cité en août 2001 par Home Channel News :

« Une grosse partie de notre travail, c’est de l’éducation. C’est le meilleur moyen d’obtenir la couverture de 250 chaînes de télévision sur notre sujet en une seule soirée » 

 Un cessez-le-feu en rase campagne 

Finalement, Citigroup cède à l’ONG. En juin 2003, il signe avec 9 autres géants bancaires les « Principes de l’Equateur ».


Après 4 années de guérilla, « Citi » annonce en janvier 2004 le lancement de ses « Nouvelles initiatives environnementales » avec une offre bancaire, destinée à populariser l’énergie solaire.

 

Pour la responsable financière de la campagne, Ilyse Hogue :

« Cette journée représente une victoire de la démocratie pour l’opinion publique. Il y a quatre ans, faire bouger le secteur bancaire paraissait inconcevable. » 

Citigroup obtient fin 2005 le “Corporate Design Award” par Global Green USA, bras armé aux Etats-Unis d’une organisation environnementale fondée par un certain Mikhail Gorbatchev.


En savoir + :

Post 1 : Rainforest Action Network : tout le génie d’un acteur faible

 http://ong-entreprise.blogspot.com/2020/03/rainforest-action-network-tout-le-genie.html?m=1 

Post suivant sur la même saga : « la parfaite maîtrise du storytelling par Rainforest Action Network », au lien suivant :

http://ong-entreprise.blogspot.com/2020/03/le-storytelling-maitrise-de-rainforest.html




mardi 24 mars 2020

Rainforest Action Network : tout le génie d’un acteur faible

Voici une série de posts que j’avais rédigés il y a une dizaine d’années. Ils retracent la façon dont une petite ONG alors inconnue a réussi à faire plier des organisations ayant pignons sur rue. C’est une responsable d’HSBC qui m’avait informé de son existence. 

Créé en 1985 à San Francisco, Rainforest Action Network (RAN) lutte pour la défense des habitants et des écosystèmes de la forêt tropicale. Elle déclare agir à travers l’éducation du consommateur, l’organisation de « campagnes populaires » et l’action non violente.

Malgré des moyens assez limités, elle a obtenu des victoires inattendues contre de grandes entreprises, qu’elle jugeait complices de déforestation.

Le plus souvent en racontant des histoires.

 A ce titre, interviewée par Big Vision Podcast le 19 juin 2006, Ilyse Hogue, Global Finance Campaign Director à l’époque pour l’association environnementale, déclarait « la plus grande partie des changements sociaux relèvent du storytelling ».

Tout l’argumentaire de Rainforest Action Network se base sur des histoires et sur des mises en scène spectaculaires.

Les entreprises dans le collimateur

 De nombreuses ONG ont jugé que les Etats souverains ne constituaient pas de bons leviers pour faire avancer leurs thèses. Elles ont préféré placer les entreprises devant leurs contradictions, même les plus puissantes, afin d’obtenir des résultats plus rapides.

 Pour RAN, rien de tel qu’un bon scénario qui démonte une réputation, en sachant que l’image d’une entreprise est par définition fragile, une chose « immatérielle » issue d’un long processus. Un vrai facteur de vulnérabilité puisque le cours de bourse est en général très supérieur à la valeur comptable (book value).

 Rainforest Action Network n’a de cesse de pousser les Américains à prendre conscience de la situation désespérée de la forêt tropicale, y compris la « forêt primaire ». Une situation qualifiée de « bourbier » (plight), un terme qui n’est pas sans rappeler la guerre du Vietnam dans la conscience collective américaine.

 Une sélection des cibles

Dans les années 2000, Rainforest Action Network a donc pris à partie une douzaine de sociétés, la plupart du temps américaines (sauf Mitsubishi et le groupe bancaire canadien Toronto-Dominion) et rarement directement dans l’industrie du bois (sauf Boise Cascade en 1999 et Home Depot).

Mais, à vrai dire, Rainforest Action Network a connu ses plus belles victoires en s’attaquant à des groupes bancaires à priori hors de sa portée. Des cibles surprenantes, compte tenu de l’absence de liens évidents entre une firme emblématique de Wall Street et les Amérindiens.

 Mais, à force de discussion avec ses pairs, l’ONG a constaté que le plus petit dénominateur commun de toutes les entreprises qui selon elle polluent ou commettent des injustices sociales, réside dans le fait qu’elles possèdent toutes un compte courant dans un établissement financier.

Tout l’art de ses équipes a été de convaincre les consommateurs que ces groupes bancaires faisaient des bénéfices amoraux en finançant des multinationales, dont les activités contribuaient elles à dégrader directement la forêt tropicale.

Dans les posts suivants, je reviendrai sur la manière dont cette petite ONG américaine a fait plier Citigroup. Une institution pourtant fondée en 1812 et menée par une équipe dirigeante des plus aguerries. Fin

samedi 14 octobre 2017

Les propriétés de Trump doivent-elles être assurées contre les inondations ?


Une des propriétés les plus connues de Donald Trump, le complexe Mar-a-Lago, se situe en Floride en zone inondable, en particulier en cas d’ouragans. 

Alors que le Président des Etats-Unis soit climato-sceptique, certaines voix s’opposent outre-atlantique à ce que ses biens très exposés bénéficient du National Flood Insurance Program (NFIP).

Selon le Huffington Post, Ce programme intervient en particulier dans les zones où les assureurs privés ne veulent plus prendre de risque. Le club Mar-a-Lago paye une prime au NFIP, qui tient compte qu’il se situe dans une zone à haut risque.

Ce programme en Floride est critiqué car il bénéficie en bord de mer à une population très aisée, bien que la probabilité d’un sinistre soit forte. Mais, c’est aussi une population influente.

Pour le Républicain Earl Blumenauer (D-Ore), il est indécent que Donald Trump, qui dénie l’existence du changement climatique, bénéficie des largesses de fonds publics.
Mais, son projet d’interdire d’assurer les biens de Donald Trump, Prohibiting Aid for Recipients Ignoring Science, n’est pas passé.

Selon Associated Press, Mar-a-Lago a déjà encaissé la réparation de sinistres à hauteur de 17 millions de dollars en 2005, après le passage de plusieurs tempêtes, sans pour autant reconstruire la totalité de ce qui avait été détruit.

De plus, d’ici 30 ans, Mar-a-Lago pourrait être sous l’eau pendant une partie de l’année en raison de la montée des océans. Pour Earl Blumenauer, il faut arrêter de construire dans les zones à risque. Earl Blumenauer fait aussi partie du bipartisan Climate Solutions Caucus, qui regroupe 26 Démocrates et 26 Républicains à la Chambre des Représentants.

Ce groupe a été créé en février 2016 par Carlos Curbelo et Ted Deutch.




Autres post sur les Etats-Unis 

USA : les minorités peuvent-elles accéder à la propriété ?
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2016/01/usa-les-minorites-peuvent-elles-acceder.html 

 USA : le cannabis, une mine d'or  ?
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2015/04/usa-le-cannabis-sera-t-il-le-prochain.html

mercredi 30 novembre 2016

USA : la NRA, chien de garde du Deuxième Amendement

Lors de sa création en 1871, la National Rifle Association (NRA) avait vocation à promouvoir la chasse et le tir sportif. Elle est devenue au fil du temps, notamment depuis 1968, le fer de lance d’un discours qui veut que le port d’arme soit une liberté fondamentale. 

Dans le débat qui existe aux Etats-Unis, exacerbé par certaines tueries, la NRA s’oppose avec succès à toutes les tentatives d’encadrer la détention et le port d’armes. Fort d’une communication d’une redoutable efficacité, elle s’invite allègrement dans le jeu électoral. On lui prête la défaite d'Al Gore à l'élection présidentielle de 2000. 

D’après Le Monde, il y aurait presque 300 millions d'armes à feu détenues par des particuliers aux Etats-Unis (106 millions de pistolets, 105 millions de fusils et 83 millions de fusils de chasse). Le quotidien se base sur la dernière étude sociologique nationale (GSS) de l'année 2010 effectuée par le Centre de recherche national de sondage (NORC) de l'Université de Chicago. Il y aurait dans ce pays environ 30.000 personnes tuées chaque année par une arme à feu.

En 1791, date d’adoption du Deuxième Amendement, les citoyens étaient livrés à eux-mêmes. La conquête de l’Ouest a été faite par des pionniers, qui étaient alors sans institutions ni police.



Quelques chiffres sur la NRA : 
  • Plus de 4 millions d’adhérents 
  • De nombreux fans sur Facebook (5.086.479, soit +116% par rapport à avril 2013) 
  • 412.000 followers sur Twitter (+165% sur la même période). 
  • 125.000 instructeurs 
  • 7.000 instructeurs spécialisés notamment dans l’éducation des jeunes tireurs 
  • Un budget annuel de 250 millions de dollars selon les Echos, soit 15 fois plus que ses opposants - les associations anti-armes et le milliardaire Michael Bloomberg. 

1920: "Rifle shooting is a mighty fine sport."

Dans cette publicité de Remington dans Boys Life, la NRA est présentée comme une organisation gouvernementale, ce qui des faux, mais qui traduit des liens étroits à l’époque avec le pouvoir.



1951 : "A 50-Cent Junior Membership"

L’achat de cette carabine à air comprimé Red Ryder donne la chance d’adhérer à la NRA.



1957: "More fun with your guns!" L’aspect sportif est encore mis en avant.



1970 : "Hunters Bécarre !" Première opération de lobbying pour défendre le droit de chasser :




1973: "Only you can save hunting…"

La NRA pousse les chasseurs à réagir avant qu’il ne soit trop tard. "Tomorrow will be too late."



1982: "I'm the NRA"

Cette campagne montre que la NRA ratisse large, avec ici un enfant de 8 ans, mais aussi avec d’autres visuels, comprenant des femmes, des African Americans, des policiers et des personnes religieuses.

Une version plus récente a également été réalisée avec Tom Selleck et Karl Malone.



Fin des années 1980: "Why can't a policeman be there when you need him?"

Cette campagne loue les vertus de l’autodéfense.



Fin des années 1980:

"This is the most dangerous place in America." Les rues autrefois tenues par Jefferson, Lincoln et Truman sont maintenant aux mains des criminels. En plein Washington, à quelques encablures de là où dorment nos leaders, la violence règne. Ce message préfigure le slogan post-Newton accusant Obama d’être un hypocrite élitiste qui se cache derrière des gardes armés.

1995: Bill Clinton is "daffy."

Dans ce poster, la National Rifle Association rappelle que son combat n’est plus la chasse, mais le droit d’être armé.



1997: "Gun rights are lost on our kids."

Heston promet de lancer sur trois ans une croisade de 100 millions de dollars pour sauver le Second Amendment, garant de la paix dans le pays, surtout pour les enfants.



Janvier 2013

Pour Scott Meltzer, sociologue, la NRA est souvent mentionnée comme le lobby des armes. Ce serait selon lui une grave erreur de la cantonner dans ce rôle. Il s’agit d’une organisation qui repose sur ses membres. On ne parle pas ici de quelques lobbyistes à Washington. Ce sont 5 millions de croisés des armes à feu qui peuvent interpeller les membres du Congrès pour appuyer une loi ou l’écarter.

Comme certaines ONG ou marques commerciales BtoC, la National Rifle Association obtient de très fort taux d’engagement sur Facebook. Elle utilise d’ailleurs largement la vidéo. Et ses fans sont des amis.



Février 2013:

La NRA s’appuie régulièrement sur les réseaux sociaux pour faire connaître ses positions.



2013: "Are the president’s kids more important than yours?


 Dans la foulée du massacre de Newtown, la NRA prône la présence de gardes armés dans les écoles, alors qu’Obama est stigmatisé pour son hypocrisie, car ses enfants sont quant à eux protégés par les services secrets.



2014
Cette année, la NRA a réalisé une vidéo destinée à faire échouer la candidature en Louisiane de la Sénatrice Mary Landrieu. La Sénatrice souhaitait à l’époque renforcer les contrôles dans les armureries après le massacre massif en 2012 de la Sandy Hook Elementary School.


Cette campagne de déstabilisation simpliste du lobby des armes à feu était tellement mensongère qu’elle a obtenu « Quatre Pinocchios » de l’équipe Fact Checker du Washington Post, qui se basait sur une déconnexion totale entre les images à l’écran et les implications réelles de la loi en question.

#USA2016

Dans ce contexte, les candidats Républicains sont poussés à afficher leur goût des armes. Comme le montre cette enquête du journal britannique Telegraph.



#USA2016 :

La campagne contre Hillary Clinton dans la même veine que celle de 2014.

 


Pour aller plus loin : 

Avril 2013 : Article de Dave Gilson, senior editor chez Mother Jones, dont je me suis inspiré : This Collection of NRA Ads Reveals Its Descent Into Crazy
http://www.motherjones.com/politics/2013/03/national-rifle-association-ads-history

Novembre 2016 : Interview de Scott Meltzer, un spécialiste de la NRA, sur laquelle il a écrit un livre en 2009 : « Gun Crusaders : The NRA’s Culture War»
https://www.thetrace.org/2016/11/nra-donald-trump-gun-crusaders-scott-meltzer/

Avril 2013 : ONG américaines et réseaux sociaux :
https://goo.gl/8Wi0m2 

Octobre 2015, un dossier de l’Uqam : Mourir à l’école : Le coût de l’inaction politique
goo.gl/1gaUZT

lundi 18 janvier 2016

USA : les minorités peuvent-elles accéder à la propriété ?

La démographie permet de jeter un regard prospectif sur le dynamisme de l’immobilier aux Etats-Unis. Les statistiques ethniques donnent un regard différencié. Le taux de propriétaires s’élève à 71,9% chez les Blancs non Hispaniques, mais seulement à 42,4% chez les Noirs américains. Le marché immobilier a retrouvé des couleurs après la crise des subprimes, mais tout le monde n’a pas les mêmes chances de devenir propriétaire. 

De 2010 à 2050, 
  • La population américaine devrait croitre de 100 millions de personnes pour atteindre entre 422 (selon l’ONU) et 458 millions d’habitants (selon l’U.S. Census Bureau’s). 
  • Contrairement à d’autres régions du monde (Chine, Japon, Europe, Corée du Sud), pénalisées notamment par un faible taux de fécondité, la population en âge de travailler va continuer à augmenter. 
Dans le passé, la démographie et la croissance économique ont toujours poussé les prix à la hausse.


 Il est possible que le marché revienne sur cette tendance à long terme.

Le taux de propriétaires se situe aujourd’hui au même niveau qu’en 1989, comme en 1967, ce qui donne une idée de la violence de la crise économique et financière.


Le reflux récent tient notamment aux expulsions massives, qui continuent dans certains Etats, dont le processus judiciaire est plus lent.

En 2007, la NAACP, qui défend les personnes de couleur, avait poursuivi en justice Bank of America, Citibank, HSBC, JPMorgan Chase et Wells Fargo, car il considérait que ces institutions financières avaient eu des pratiques de crédits non équitables selon les communautés.

Le facteur ethnique 

Selon l’Urban Institute, les achats de résidences principales par les minorités ethniques pourrait atteindre 75% en 2020, puis bondir à 88% de 2020 à 2030. Et, un nombre croissant de ménages compteront plusieurs générations vivant sous le même toit.

Le moteur du marché immobilier dans les années à venir va venir notamment de la population hispanique, qui a un âge moyen de 27 ans, contre 41 ans pour les Blancs. En 2010, seules 6% des personnes âgées aux Etats-Unis étaient hispaniques.

Cartographie des nouveaux propriétaires (en millions)

Sur la légende : “other” category = Asians, American Indians, and people of other or more than one race

Prévision de répartition des propriétaires immobiliers (en pourcentage de l'ensemble des ménages, total= 100%)



En 2030, l’Institut prévoit que seuls 40% des ménages African American possèderont leurs logements, contre 48% des ménages Hispanic.

Poursuite des inégalités 

La population noire a été durement frappée par la crise des subprimes.

  • Cette dernière, ayant subi de nombreuses expulsions, a vu se tarir ses capacités à long terme de devenir propriétaire. 
  • De plus, les afro-américains ne participent pas tous à la prospérité du pays : ils sont moins bien rémunérés et plus touchés par le chômage. 
Ces facteurs expliquent pourquoi les anticipations sur leur taux de propriété sont aussi sombres, à moins d’un changement radical de politique.
Pour Urban Insititute, l'érosion de l'accession à la propriété afro-américaine doit être corrigée par une politique de prêts hypothécaires plus juste ; Cette population fait face à des défis uniques en matière d’éducation, d'emploi et de justice pénale, autant d’éléments structurels qui entravent leur capacité à parvenir à la sécurité économique et à accumuler des actifs.

Pour que la minorité hispanique accède à la propriété, il faudra aussi sans doute assouplir l’accès au crédit.
  • les prêteurs pourraient élaborer de nouvelles normes de prêts, qui reflèteraient mieux la capacité financière de ce groupe. 
  • de nombreuses familles hispaniques ont plus de deux revenus, une réalité qui n’est pas prise en compte dans la souscription hypothécaire traditionnelle. 



Pour aller plus loin : 

L’article complet en anglais 
http://www.urban.org/urban-wire/can-mortgage-market-handle-surge-minority-homeownership 

Foreclosure crisis continues to hammer black Americans Mortgage crisis continues in many communities 
http://www.thecharlottepost.com/news/2016/01/16/state-national/foreclosure-crisis-continues-to-hammer-black-americans/ 

jeudi 23 avril 2015

USA : le cannabis sera-t-il le prochain gaz de schiste ?



Une étude de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) soulignait en 2008, que la part des pays industrialisés dans la consommation mondiale de tabac qui représentait 34% en 1998, allait descendre en dessous des 30%. Celle des pays en développement dépassera donc bientôt les 70%.

D’ici à 2025, le nombre de fumeurs devrait augmenter de 500 millions, dont 90% en dehors de l’Europe et des États-Unis.

Selon Euromonitor, les ventes de tabac ont baissé de 30% aux Etats-Unis depuis 2004. L’Europe de l’ouest est sur le même trend. Avec quelques nuances :

Pierre Meneton, chercheur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), il existe une surmortalité chez les chômeurs. Elle s’expliquerait par des conduites à risques (trop de tabac, trop d’alcool, une alimentation déséquilibrée…).

Un marché qui croît dans le désordre


Au niveau mondial, le tabac perd du terrain chez les plus de 15 ans, comme le montre l'évolution des niveaux de prévalence, qui ont baissé :
  • de 41.2% en 1980 à 31.1% en 2012 chez les hommes 
  • et de 10.6% à 6.2% chez les femmes. 
Néanmoins, comme la population mondiale augmente, le nombre de fumeurs quotidiens serait passé d’environ 721 millions en 1980 à 967 million en 2012.

Un secteur pris en mire


Début 2014, l’action Philip Morris International a perdu 14% de sa valeur à Wall Street. A la fois sur des questions de taux de change, mais aussi en raison de l'apparition de doutes sur la poursuite de son modèle de croissance.


Outre la montée des circuits parallèles, des mesures anti-tabac avaient en effet affecté ses ventes en 2013 sur 3 gros marchés :
  •  l’Union européenne (-6%) 
  • la Russie (-7%), où les taxes ont été fortement augmentées. 
  • et les Philippines (-47% en volume), où la compagnie a subit de plein fouet l’introduction du «sin tax » et la concurrence d’un nouvel acteur low cost Mighty Corp. Auparavant, Philip Morris Fortune Tobacco Corp y bénéficiait d’un quasi-monopole. 

L’action Philip Morris (PM) est devenue depuis peu un peu plus risquée et plus volatile.

Les fabricants de cigarettes toussotent légèrement. Mais, ce n’est pas encore la fin du tabagisme.


La question est de savoir :
  • pendant combien de temps les cigarettiers seront-ils en mesure de compenser la baisse des volumes ici ou là par des hausses de prix. 
  • devront-ils fusionner ? Lorillard et Reynolds American se sont rapprochés, une transaction à 25 Mds$ qui doit encore être approuvée par la Federal Trade Commission. 
  • ou se diversifier, comme l’a fait PepsiCo dans les chips et les produits gras pour compenser la moindre consommation de sodas dans les pays développés. 
Outre les traditionnels procès contre les politiques sanitaires, la planche de salut des géants du tabac pourrait être notamment le cannabis ou l’«e-cigarette».

1/ La Justice pour défendre nos vices


Tous les moyens sont bons, comme s’attaquer aux Etats qui prennent trop à cœur la santé de leurs concitoyens.

Philip Morris International a lancé une action judiciaire contre l’Uruguay en février 2010 devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), un tribunal d’arbitrage qui dépend de la Banque mondiale.

Son but est tout simplement de faire plier ce pays, dont la lutte anti-tabac a été poussée très loin, entraînant une modification du comportement des Uruguayens.

Un combat mené par la firme en raison de la liberté du commerce et de la signature de certains traités, qui semblent engager le pays pieds et poings liés.

Le pot de terre contre le pot de fer.

cf. l’article de la Croix du 27 février dernier : Guerre de la cigarette entre Philip Morris et l’Uruguay

A l'opposé, ce reportage porte sur le jackpot Indonésien, un ilot de paradis, où fumer est devenu une fonction vitale.

Un reportage de Shane Smith, co-fondateur VICE, un magazine lancé à Montréal en 1994.



2/ Le cannabis, nouveau Gold Rush


L’industrie du tabac est loin d’avoir dit son dernier mot.

Connu comme le loup blanc dans la gestion d'actifs pour ses prises de position, Gerry Sullivan, géant du Vice Fund, aimerait pour sa part savoir :
"Qui va devenir le Budweiser de la marijuana? Je prédis, même s'ils vont tous le démentir, que ce sera les industriels du tabac."
En effet, la consommation de cannabis à usage récréatif est devenue légale dans quelques Etats américains. S'il prend de l'ampleur, ce nouveau business aura besoin d'être structuré.

Une libéralisation plus large dépendra certainement des prochaines élections présidentielles aux Etats-Unis.


Les arguments économiques sont connus.

Pour Jeffrey Miron, senior lecturer à l’Université d’Harvard, estimait en 2013 à près de 20 Mds$ par an l’impact de la légalisation du cannabis sur l’économie américaine.

Se partageant à peu près à moitié/moitié entre :
  • Les économies de frais de police et de justice : environ 750.000 personnes ont été arrêtées en 2011 pour des crimes relatifs à la marijuana. Ce qui fait une arrestation toutes les 42 secondes aux Etats-Unis. 
  • De nouvelles recettes fiscales

 3/ Freiner la cigarette électronique… 


Une innovation disruptive pourrait bien rebattre encore davantage les cartes.

Pour Bonnie Herzog, analyste vedette chez Wells Fargo, la cigarette électronique devrait atteindre un chiffre d’affaires de 10 Mds$ en 2017, contre seulement 3 Mds$ aujourd’hui. Des montants en croissance, mais encore modestes.

Certains analystes de Wall Street estiment pour leur part que, dans la prochaine décennie, les ventes e-cigarette surpasseront celles de la consommation du tabac traditionnel. Mais, il est difficile de prédire l’avenir. Pour l'heure, le marché est encore complètement fragmenté.

Dans un article « Watch As This Massive Sin Industry Gets Disrupted»), publié en novembre 2014 dans «The Motley Fool», Alyce Lomax, met en exergue la stratégie des acteurs historiques du tabac.

 « Le secteur passe à l’attaque. D’une manière stupéfiante pour l’esprit et dans un retournement de l’histoire particulièrement ironique, les géants du tabac commencent à demander une réglementation plus sévère des vaporettes pour des raisons de santé publique ».

Alyce Lomax s’en amuse évidemment, rappelant le combat bec et ongle des cigarettiers pour éviter toute régulation concernant leurs propres produits. Une attitude schyzophrène.

Elle estime que les consommateurs sont d’autant plus enclins à essayer ces nouveaux modes de fumer, qu’ils ne sont pas vraiment attachés aux marques de tabac, trop liées à Wall Street et à des pratiques agressives.

Dépendance ne veut pas dire amour ou Love Brand…

Ou l’adopter pour éviter le syndrome Kodak


Mais, certains acteurs ont déjà changé leur fusil d'épaule.

Professeur associé à l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, Jean-François Etter a publié plusieurs ouvrages sur l’e-cigarette. Interrogé par Benjamen Keller pour Largeur.com, il a déclaré en 2014 que
«Les grands groupes n’innovent pas. Dans la panique et dans l’urgence, ils se sont mis à accumuler les rachats. Une seule idée les obsède: ne pas finir comme Kodak, qui a fait faillite après avoir manqué le passage de la photo argentique au numérique.»
Quelques initiatives :

  • British American Tobacco a lancé sa marque d’e-cigarette, Vype, après l’acquisition du britannique CN Creative. 
  • Même stratégie du côté de Lorillard, qui a racheté Blu eCigs en 2012, puis Skycig en 2013. 
  •  En 2014, MarkTen et Vuse ont lancé des campagnes de recrutement très agressives, assortis de vastes promotions et d’essais gratuits ("free trial").

Une vidéo un peu ancienne (2013)



Ces rois du marketing affutent leurs armes, sans savoir vraiment s’ils risquent à terme une cannibalisation.

Un monde meilleur


Ils recyclent même des promesses anciennes pour séduire la foule de passer aux personal vaporizers (VP), qui apparaissent plus cools et plus amicaux, avec des accroches comme :
  • La liberté : "Take back your freedom" (Blu, groupe Lorillard)
  • L’homme bionique "Welcome to tomorrow"  (Vuse). 
Certains spécialistes boursiers du tabac doutent ouvertement que ce virage électronique soit le bon. Personne ne sait vraiment ce qui au final va sortir du chapeau.

Jusqu'à présent, l'industrie du péché a souvent eu les ressources, les arguments et les bons appuis pour préserver ses intérêts.

Cet article fait suite à mon dernier post sur l’économie du vice

Pour aller plus loin : 

The Motley Fool. Watch As This Massive Sin Industry Gets Disrupted
http://www.fool.com/investing/general/2014/11/10/watch-as-this-massive-sin-industry-gets-disrupted.aspx

Mars 2012. Junk food et social media : le cas PepsiCo
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2012/03/junk-food-et-social-media-pepsi-co-en.html

Tobacco Atlas, une initiative de l’American Cancer Society et de la World Lung Foundation www.tobaccoatlas.org

Selon Tobacco Atlas, certains des pays les plus gros producteurs de tabac dans le monde sont aussi ceux qui connaissent la malnutrition.


Le business du péché aux XXIème siècle
http://bit.ly/1IMgxwj

Les pionniers des nouveaux marchés par Benjamin Keller ; édité par l’agence de presse LargeNetwork, le magazine en ligne Largeur.com
http://www.largeur.com/?p=4175
fin