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mercredi 1 juillet 2015

Les fondations gardent le cap en France

La Fondation de France vient de publier les résultats de sa 4ème enquête nationale sur le secteur des fonds et fondations. Réalisée tous les 4 ans, cette étude illustre le dynamisme de ce secteur, tant au niveau du nombre de fonds et fondations que de leur poids économique. 

Avec 7,4 milliards d’euros de dépenses annuelles pour financer des actions utiles et solidaires, le secteur philanthropique est devenu un acteur incontournable de l’intérêt général. 


Le nombre de fondations a doublé depuis 2001

Pour Francis Charhon, Directeur général de la Fondation de France, le développement très rapide du secteur est le fruit d’une incitation résolue des pouvoirs publics, qu’il salue pour leur vision et leur constance, mais aussi d’une prise en compte par les nouveaux mécènes de leur rôle dans la société.

La croissance des fondations a connu une accélération ces cinq dernières années. Entre 2009 et 2014 elles ont augmenté de 43%, portant à 2.229 le nombre actuel de fondations en France.

De plus 2.000 fonds de dotation, ont vu le jour depuis la création de ce statut en 2009.

Pour autant il convient de relativiser l’impact financier réel des fonds de dotation sur la philanthropie privée : beaucoup de fonds se sont créés sans dotation, parfois en vue de récolter des sommes promises, parfois dans le seul espoir d’en récolter.

Autre incidence de poids, plus de 37.000 emplois ont été créés dans les fondations depuis 2001, dont 12.000 depuis 2009.

L’action sociale : nouveau domaine privilégié des fondations 

On constate depuis 2009 une véritable poussée de l’action sociale, devenue le premier domaine d’intervention, mobilisant 29% des fondations et représentant 34,5 % des aides et subventions distribuées.

Par ailleurs, 38% des fondations interviennent à l’échelle territoriale (de la région au quartier), ce qui traduit une volonté d’agir là où sont les besoins.

Dans d’autres pays européens, comme en Suisse, les fondations se montent moins généreuses, soucieuses de gérer à long terme les fonds dont elles disposent.


De même, la progression depuis 4 ans des fondations distributives et du modèle de flux s’explique en partie par le contexte de crise et une volonté marquée des fondateurs de s’inscrire dans une action rapide et conséquente.

Des philanthropes de plus en plus jeunes

Pour rompre avec les préjugés, La Fondation de France aime à rappeler que la philanthropie est aussi l’affaire de personnes jeunes, parties prenantes de l’activité économique et du développement social du pays.
  • 87 % des fondateurs particuliers sont en activité professionnelle (83 % travaillent dans le secteur privé), 
  • un tiers d’entre eux ont moins de 55 ans.
Des chiffres à gogo : 

En 2014, on comptait 2.229 fondations et 1.842 fonds de dotation
 En 2013 :
  • 2.109 fondations et 1.568 fonds de dotation 
  • 21,9 milliards d’euros d’actifs détenus par les fondations 
  • 50 fondations ont plus de 100 millions d’euros d’actifs (il y en avait 10 en 2001) 
  • 600 à 700 millions d’euros d’actifs détenus par les fonds de dotation 
  • 7,4 milliards d’euros de dépenses annuelles effectuées par les fondations 
  • 1,5 milliard d’euros d’aides, subventions, bourses et prix attribués par an par les fondations 
  • 84.100 salariés dans les fondations 
  • 29% des fondations interviennent dans l’action sociale, et réalisent 34,5% du total des dépenses des fondations 
  • 18% des fondations sont présentes dans la santé et la recherche médicale ; elles réalisent 40 % du total des dépenses des fondations 

Pour aller plus loin :

Télécharger l’étude complète
http://www.fondationdefrance.org/Outils/Mediatheque/Etudes-de-l-Observatoire?id_theme=5028

Les fondations animées par des journalistes ont la cote sur Facebook
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/05/les-fondations-animees-par-des.html



Un éclairage un peu ancien sur la Fondation Peugeot
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2012/01/malgre-la-crise-la-fondation-psa.html 


Pour information, la Fondation Macif et la Fondation PSA Peugeot Citroën lancent l’appel à projets «Fragiles et mobiles».

44 % des plus de 75 ans déclarent une gêne pour se déplacer, 28 % d’entre eux habitant dans les territoires les moins denses affirment ne pas sortir de chez eux pendant 5 jours d’affilée tandis que 80% des personnes handicapées renoncent régulièrement à un déplacement…

Face à ces chiffres, la Fondation Macif et la Fondation PSA Peugeot-Citroën se mobilisent pour lancer l’appel à projets « Fragiles et mobiles ».

Objectif de cette démarche commune ? Faire émerger des réponses novatrices et structurantes aux difficultés que peuvent rencontrer les plus fragiles dans leurs désirs de mobilité.

Les projets sélectionnés seront soutenus par les deux fondations, à l’aide d’une dotation commune de 300.000 €. Chaque fondation pourra également apporter un accompagnement sur l’ingénierie des projets.



http://www.fragiles-et-mobiles.com



Avec ses 12.900 fondations d’utilité publique, dont le capital total est estimé à 70 milliards de francs, la Suisse bénéficie d’une culture des fondations extrêmement développée. La publication rédigée par Daniel Müller-Jentsch, directeur de recherches à Avenir Suisse, analyse le paysage philanthropique suisse et formule des propositions de réformes pour contribuer à son développement.

Néanmoins, certaines faiblesses persistent: le secteur des fondations helvétiques est très fragmenté, avec de nombreuses petites institutions, souvent inactives ou peu actives; il n’y a que peu d’informations disponibles sur le secteur dans son ensemble et l’activité de fondations; la structure des autorités cantonales de surveillance reste complexe.

Certains envisagent la mise en place d’incitations à la consolidation: afin de corriger la fragmentation du secteur, les fondations devraient beaucoup mieux coopérer; les obstacles réglementaires à des fusions devraient être abolis.

Une autre option serait que l’État impose un taux de distribution minimal – comme aux États-Unis, où les fondations d’utilité publique ont l’obligation de consacrer annuellement au minimum 5 % de leur capital à la réalisation de leur but statutaire. Une mesure qui empêche le maintien de fondations inactives. 

jeudi 25 octobre 2012

Charity Navigator pousse les ONG américaines à progresser



Créé en 2001, Charity Navigator est devenu la référence dans l’évaluation des œuvres caritatives américaines. Son succès repose sur sa simplicité. 

Le Navigator analyse les documents émis par les ONG et les Fondations auprès des autorités fiscales (IRS) ou utilise des questionnaires. Ainsi les donateurs disposent d’un maximum d’éléments avant de soutenir une cause. 

Le site attire 3,3 millions de visiteurs uniques. Il aurait généré un volume global de dons de 10 milliards de dollars, soit 20 fois plus qu’en 2003.

Le système de notation se veut sans biais. Actuellement, plus de 5.700 organisations sont passées régulièrement au crible. Figurent dans son radar les organisations de type 501(c)(3), qui remplissent le formulaire Form 990s. Ce qui exclue les associations plus modestes (Form 990-EZ) ou à caractère religieux (comme pour le Comité de la Charte).

Ses recherches portent notamment sur la santé financière de ces organisations et sur leur transparence (accountability and transparency). Certains aspects délicats sont aussi étudiés, comme l’existence d’éventuels conflits d’intérêt et la Whistleblower’s policy (procédure protégeant les lanceurs d’alerte au sein des organisations). Ce dispositif va être étendu prochainement à l’évaluation du reporting de leur impact. L’intérêt de la démarche est de faire monter progressivement en gamme le secteur associatif américain vers une meilleure gestion et une bonne gouvernance. A la fois arbitre et bon samaritain, le Charity Navigator contribue à faire bouger les lignes.







Un dispositif plébiscité

Ce rater online a remporté de nombreux prix, comme celui du Kiplinger's Financial Magazine ("One of the Best Services to Make Life Easier»).

L’influence du Charity Navigator est en outre renforcée par des partenariats média, comme celui de CNN. De même avec Foundation Source, qui fournit des données aux Fondations.

Le Navigator collabore également avec GreatNonprofits. Créé en 2007, ce dernier diffuse des jugements émis par les Internautes, qui relatent leurs expériences personnelles avec les ONG. GreatNonprofits fonctionne comme d’autres sites participatifs comme Epinions, Zagats, ou encore TripAdvisor. Les personnes qui y témoignent sont des volontaires, des donateurs ou encore des bénéficiaires. 1,2 million d’associations américaines y sont recensées. Le site aurait entre 1 et 2,3 millions de visiteurs uniques par jour.

Base de la confiance, Charity Navigator n’accepte pas d’argent des organismes qu’il note. 

Charity Navigator est lui-même un non-profit 501, qui vit des donations des particuliers, des entreprises ou des Fondations. Lors de sa création, la charity rater était financé exclusivement par 2 philanthropes de New York, John and Marion Dugan. John P. Dugan a été reconnu par Ethisphere en 2010 comme faisant partie des «100 Most Influential People in Business Ethics». Il était auparavant fondateur et Chairman de PDI, Inc., une entreprise qui fournit des services dans le domaine des laboratoires pharmaceutiques avant de prendre sa retraite en avril 2010.



Le photographe Américain John Barett Reed, qui a lance la plateforme solidaire Nuru , qui a pour vocation à financer le travail des photoreporters, mais aussi à soutenir certaines causes. Il utilise le Charity Navigator pour sélectionner les bénéficiaires jugés comme très efficaces comme Kiva, Acumen Found ou Malaria no more. Comme il le confiait au journal suisse Le Temps le 8 octobre dernier

 C’est extrêmement compliqué pour nous de savoir comment l’argent doit être utilisé, sur quoi mettre l’accent et qui aider en priorité. Nous sommes des experts en reportage et non en gestion humanitaire, dès lors nous nous reposons sur nos partenaires existants et sur des services comme Charity Navigator. 


Une ambition croissante 

Le budget actuel du Navigator dépasse 1 M$. Il devrait doubler dans les prochaines années en visant 9 millions de donateurs en 2015.

10.000 associations et charities américaines devraient être prochainement évaluées.

La notation finale est simple à comprendre, comprise entre 0 et 4 étoiles. Elle résulte du cumul d’une batterie de critères évalués chacun une échelle de 1 à 10, concernant la bonne santé financière et la gouvernance/transparence. Les données chiffrées sont comparées à d’autres associations du même domaine pour plus de cohérence. Les ONG les mieux notées en font part en général sur la première page de leurs sites internet, avec possibilité de lire le rapport d’un clic et de faire un don.

Les dérives du fundraising dans le collimateur La collecte de fonds est parfois pratiquée par des voyous. Les frais pris par certaines agences spécialisées sont si élevés, qu’il ne reste dans certains cas que la portion congrue à l’ONG. Comme le montre cette vidéo du Better Business Bureau, un concurrent du Navigator.
  Le dispositif mis en place par Charity Navigator semble bien répondre à de véritables besoins. Néanmoins, il est sans doute encore perfectible :


  • Pour Ms. McCurdy, International Partner dans le cabinet d’avocats Locke Lord Bissell and Liddell LLP, il ne prend pas en compte la diversité dans son rating. De plus, il ne compte qu’une femme à son board sur 10 personnes, même si son advisory panel comprend 6 femmes sur 26 membres.
  •  La trésorerie (Working Capital Ratio) des ONG est analysée comme un facteur de stabilité, la meilleure note étant systématiquement attribuée à partir de 250 M$. Néanmoins, le Navigator ne semble pas regarder dans le détail la qualité et la diversification de ces actifs. 
  • Tant que les impacts des ONG sur le terrain ne seront pas pris en compte, les indicateurs de santé financière risquent d’être surestimés dans la note totale. Le ratio frais de siège/ fonds levés notamment souvent considéré à tort comme le meilleur indicateur de la performance d’une ONG. 
L’affaire Madoff a révélé des dysfonctionnements, comme l’exprime Ken Berger, Président et CEO du Charity Navigator :

The lessons of Madoff have not been learned. The overwhelming majority of boards do not take their responsibilities seriously and many operate like social clubs. Investments are not managed as thoughtfully as they should be—very conservatively and with great care. If the board is asleep at the switch with respect to investments, trust me, they are not minding the store in other areas. Especially in the current economic environment with less government support for charitable causes, squandering precious charitable dollars is unforgivable and is, unfortunately, leading to donor fatigue. 

Effet pervers du système 

Certaines ONG manipulent le montant des dons en nature (in-kind). Notamment la valeur ou l’estimation du prix des médicaments reçus (et parfois même achetés), pour améliorer le ratio dépenses dans des programmes/budget total. Certains transferts de dons ressemblerait à de la cavalerie, un même don circulant entre plusieurs charities.

L’association de consommateur Call 12 for Action a mis en avant certains travers de Food for the Hungry et la Breast Cancer Society. Comme le souligne The Republic | azcentral.com dans son post “ Call 12: Two Arizona charities face scrutiny”

The amount of donations made by charities is critical to their bottom line. The more a charity claims that it gives, the more it can spend on salaries and other expenses, such as travel and conferences, without raising red flags among groups that rate non-profits based on administrative-expense ratios. 
C’est ainsi que l’association Islamic Relief USA se serait hissée dans le club des 200 plus grosses charities.


Pourtant, le Charity Navigator serait plutôt moins exigeant que les médias français sur le niveau des frais administratifs, sauf dans le cas des banques alimentaires, qui auraient des structures plus légères et qui auraient moins besoin de manipuler du cash.

Selon ses statistiques, 7 charities sur 10 dépensent ainsi moins de 25% de leur budget en frais administratifs, et même 9 sur 10 moins de 35%, les plus dépensiers étant les musées.


Le Navigator dans l’actualité 

Le rating 4 étoiles de la Lance Armstrong Foundation considérée comme bien gérée.

Et  Invisible Children. Cette association ne s’est vue accorder que 2 étoiles en Accountability & Transparency, car elle ne fait appel à moins de 5 administrateurs indépendants, soit moins de la majorité du Board.

 

Encore récemment, The Andre Agassi Foundation for Education, créée en 1994, a été mal notée par le Navigator en raison du coût de la collecte et d’un manque relatif de transparence. Pour le champion, le programme éducatif de la Fondation ne sera jamais bien noté par Charity Navigator, car ce dernier est incapable de juger son originalité. Elle devrait selon lui être appréciée selon d’autres méthodes.

La célébrité permettrait-elle d’échapper à la redevabilité ? Selon la presse, les anciens sportifs les plus populaires des Etats-Unis arrivent mieux que les autres à capter les fonds publics. 



Pour aller plus loin 

Charity Navigator, America's largest independent charity evaluator
 http://www.charitynavigator.org/ 

La Mie de Pain/ Comité de la Charte 4.12.2010
 http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/12/la-mie-de-pain-est-le-64eme-association.html 

 Revue Capital; Décembre2010
 http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/12/capital-fait-la-pluie-et-le-beau-temps.html 

Global Impact soigne son apparence. 
Mars 2010
 http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/03/long-global-impact-se-fait-belle-pour.html 

Breast cancer charity accused of fraud. Juillet 2011 http://www.newsnet5.com/dpp/money/consumer/dont_waste_your_money/breast-cancer-charity-accused-of-fraud-wcpo

 Forbes. 21/06/2012 Charities No Better At Investing Since Madoff http://www.forbes.com/sites/edwardsiedle/2012/06/21/charities-no-better-at-investing-since-madoff/ 

The Pittsburgh Tribune-Review. 7/10/2012
Athletes seem to have an advantage when competing for tax dollars. http://www.menafn.com/menafn/e111b58c-9aea-4629-b476-817344f34961/Athletes-seem-to-have-an-advantage-when-competing-for-tax-dollars?src=main 

TribLive. 17/10/2012
Agassi doesn’t discuss getting tax money
 http://triblive.com/news/allegheny/2780054-74/agassi-charity-foundation-money-charter-million-navigator-star-john-andre#axzz2AEDALFo0

mercredi 11 avril 2012

Rien ne garantit une embellie du secteur associatif anglo-saxon en 2012









Selon certains spécialistes de la philanthropie, les organisations caritatives américaines auraient peut être connu en 2011 une année de transition. Pour la première fois en effet depuis 2007, une majorité d’entre elles, 53% précisément, ont vu leur collecte progresser. Sans compter que 16% de ces organisations sont aussi parvenues à maintenir leurs revenus (contre 24% un an plus tôt).

C’est ce qui ressort du Nonprofit Research Collaborative (NRC), qui est actualisé deux fois par an. Un questionnaire à cet effet a ainsi été envoyé à environ 1.600 organisations non lucratives début 2012.

Mais, l’heure n’est pas encore à la fête, puisque encore 31% d’entre elles ont perdu des ressources, contre 46% en 2010. Au total, point positif, 59% des répondants ont atteint leurs objectifs en 2011. Mais, la situation a déjà été nettement meilleure, puisqu’en 2006, selon le GuideStar Survey, 69% des organisations non lucratives avaient connu une année prospère.

Selon les explications données par Andrew Watt, Président de l’Association of Fundraising Professionals (AFP), la hausse des dons observée au dernier trimestre 2012 s’expliquerait par la reprise de l’économie, même timide, et du désir des Américains de soutenir leurs communautés.



Pour savoir si 2011 a constitué une année de césure, il faudra une confirmation d’un regain de générosité sur l’année en cours. Pour les sondés, tout dépendra de l’environnement économique et financier, notamment au second semestre, non seulement aux Etats-Unis, mais dans le reste du monde.

Pour l’heure, 70% des sondés anticipent tout de même une hausse de leurs revenus en 2012. Mais, les "conditions psychologiques" ne semblent pas complètement réunies pour permettre de retrouver les niveaux de dons d’avant crise, notamment de la part des entreprises.

Les autres tendances qui ressortent du rapport sont :

  • Le succès de la collecte online. 60% des organisations caritatives qui l’utilisent collectent de mieux en mieux par ce biais.
  • Les meilleurs résultats en fundraising sont obtenus par les organisations qui multiplient les sources de revenus. Rares sont celles qui collectent encore plus de 25% de leurs fonds par une seule méthode. L’ère est au multi-canal.
  • L’implication des dirigeants de l’association, soit directement financière, en mettant la main à leurs poches, soit sous forme de recommandation ou de participation à des évènements, facilite la collecte, auprès des prospects-donateurs et du secteur privé.
  • Les associations ayant un budget inférieur à 1 million de dollars ont plus de mal à attirer les dons.
  • La collecte peut aussi être freinée dans les associations de taille moyenne par un sous effectif dans l’équipe de levée de fonds. Certains dirigeants évoquent même ressentir un besoin de davantage d’expertise (ex faire appel à un consultant).
Sur le site The Chronicle of Philanthropy , la tendance est moins optimiste. Il ressort que 71% des fondations anticipent pour 2012 une stagnation ou une baisse de leurs ressources.

Une des principales explications tient à l’érosion de leurs actifs, qui ont subi ces dernières années la chute des marchés financiers, notamment avec une baisse de 3,5% de leurs réserves en 2011. De 2007 à 2011, les actifs des 10 plus grosses fondations américaines ont fondu de 25 milliards de dollars... Dans ce contexte, la tendance est au maintien des programmes existants au détriment des nouveaux projets. Et, l’univers caritatif tient à souligner que dans cet environnement, il n’a pas les moyens actuellement de compenser le désengagement de l’Etat sur le terrain.

Une autre source révèle la vulnérabilité d’une partie du tissu associatif américain. 272.000 œuvres caritatives et fondations ont disparu des registres de l’IRS (Internal Revenue Service) l’an dernier, soit une chute de 11%. Elles ont perdu leur statut fiscal, n’ayant pas été capables de s’adapter aux nouveaux critères exigés par les formulaires fiscaux, issus d’une réforme de 2006. Ce qui signifie que leurs donateurs ne peuvent plus bénéficier d’une réduction de leur imposition.

Au final, les associations éligibles à l’IRS (under Section 501(c)(3)) s’établiraient ainsi désormais à 1,1 million au total. Outre cet élément réglementaire, l’agence IRS observe un manque d’élan. Seulement 55.319 entités ont demandé à bénéficier des avantages de l’IRS en 2011, soit une baisse de 7,7% par rapport à 2010 et même de 35% par rapport à 2007.

Cet effondrement tranche avec la période précédente, qui avait enregistré un doublement des associations caritatives et fondations, bénéficiant de cette reconnaissance fiscale, de 1995 (626.000 organisations enregistrées alors) à 2010. La crise financière aurait tari le flux des Grant Makers. Il n’y a eu que 950 fondations créées en 2009, selon les données disponibles les plus récentes, selon le Foundation Center. A comparer à un pic de 6.400 en 2000…

Dans le même temps, outre-manche, le monde associatif se mobilise contre la réforme fiscale engagée par George Osborne, qui vise à plafonner les dons des particuliers.

Comme en témoigne un article récent du Guardian, un responsible d’Unicef UK précise que dans les cas d’urgence, la levée des fonds nécessaires est souvent permise grâce à l’effet de levier des high-level donors, qui peuvent faire un chèque de £100.000 ou plus sans sourciller.

Une enquête menée par la Charities Aid Foundation a mis en évidence que 8 donateurs sur 10 les plus aisés vont tout simplement reconsidérer leurs positions en raison de cette nouvelle donne fiscale. Le fait de caper le don à £50.000 ou 25% des revenus annuels va, selon ce rapport, les forcer à réduire leurs dons à hauteur d’au moins 40%...Une reforme fiscale paradoxale, dans un pays qui a connu de violentes émeutes.

Pour aller plus loin :


The Guardian. 7 avril 2012. Charities lose critical funding as George Osborne hits the richest donors
http://www.guardian.co.uk/society/2012/apr/07/charity-donors-tax-relief-budget

Une campagne de lobbying, baptisée "Give It Back, George", a été lancée pour faire pression sur le législateur : à lireici

Juste issu des fonts baptismaux, Big Society Capital entend apporter de l'argent frais au secteur de l'entrepreneuriat social. Doté de 600 millions de livres en provenance de comptes bancaires en sommeil, ce fond est présenté comme un pionnier d’une finance plus durable. Sir Ronald Cohen, dirigeant de Big Society Capital a déclaré le 4 avril dernier sur Channel 4 News le danger de caper les dons, ce qui aurait pour effet d’annihiler tous les efforts du fond qu’il préside.


Royaume-Uni : Entrepreneuriat et investissement social, un nouveau partenariat au service de la cohésion sociale
http://ec.europa.eu/internal_market/social_business/docs/conference/cohen_fr.pdf

The Nonprofit Research Collaborative (NRC)

This survey was conducted online in January and February 2012 about fundraising results from 2011 and plans for 2012. The 1,602 U.S. respondents form a convenience sample. There is no margin of error, as it is not a random sample of the population studied. Reported results are statistically significant using chi-square analysis.
Le dernier rapport est consultable ici :
www.NonprofitResearchCollaborative.org

About the Nonprofit Research Collaborative (NRC)
Each NRC member has, at a minimum, a decade of direct experience collecting information from nonprofits concerning charitable receipts, fundraising practices, and/or grantmaking activities. NRC partners are the Association of Fundraising Professionals; Blackbaud; Campbell Rinker; the Center on Philanthropy at Indiana University; Convio; Giving USA Foundation; and the National Center for Charitable Statistics at the Urban Institute.

vendredi 10 juin 2011

Les associations belges dans la pétole












Une association belge sur cinq a enregistré l’an dernier une diminution de ses ressources. Cette situation n’est pas neutre, car les organisations à profit social représentent environ 10,5 % de l'emploi salarié du pays. En terme de contribution au Produit intérieur brut (PIB), les OSBL belges ont un poids comparable à celle du secteur financier et de la construction, et même supérieure à celle du secteur de la santé.


Voici ce qui ressort du second baromètre financier du secteur associatif, une enquête réalisée par Ipsos à la demande de la Fondation Roi Baudouin.

Pour la deuxième année consécutive, les associations belges souffrent des effets de la crise.
  • 17% des 500 associations interrogées ont constaté une diminution de leurs revenus
  • 47% d'entre elles n'ont pas vu d'amélioration de leur situation financière au cours des 12 derniers mois
  • 34% cependant d’entre elles ont vu leurs revenus progressé.
Le secteur associatif de nos voisins subit l’attrition inexorable des subsides publics. Une organisation sur quatre a vu ses subsides diminuer en 2010, elles n’étaient qu’une sur cinq en 2009. Dans le détail, en Belgique francophone, 14% des associations ont subi une diminution de leurs subsides, tandis que du côté néerlandophone, la baisse a touché 34% d'entre elles.

La professionnalisation du secteur associatif a des effets contrastés. En effet, les grandes associations, dont les ressources dépassent 500.000 euros, ont vu davantage leurs revenus augmenter que les organisations plus petites, celles qui doivent se débrouiller avec moins de 500.000 euros par an. Il existe donc bien une discrimination au bénéfice des organisations non lucratives les mieux structurées.

RTBF : Question d’argent 31.05.2011: Le Belge est-il généreux ?
Questions d'argent - Le belge est-il généreux ? - RTBF Vidéo

Pour s’adapter à cette nouvelle donne, de nombreuses associations ont cherché à diversifier leurs sources de revenus, en allant notamment à la pêche du côté des entreprises. Certaines ont aussi essayé de développer leurs revenus commerciaux.

Côté restructurations, certaines associations ont fait des économies en arrêtant du publier un rapport annuel sous forme papier. Plus grave, cinq associations sur dix ont supprimé du personnel en Flandre contre trois sur dix en Wallonie.

Pour ce qui est de l’avenir, de nombreuses associations ne voient pas vraiment d’amélioration survenir au cours des douze prochains mois. Elles n’attendent pas de nouvelle chute, ni de remontée, mais plutôt une stabilisation à un niveau assez bas.

Comme il existe 70.000 associations actives chez nos voisins, les Belges ont peut-être du mal à se repérer. C’est pourquoi ce pays s’est doté d’un outil innovant, le site Philanthropie.be.

La Fondation Roi Baudouin, dont le budget en un an est passé de 134 à 71 millions d’euros, l’a créé afin de contribuer à la visibilité et à la transparence du secteur associatif.

www.philanthropie.be est un site internet sur lequel les associations et fondations peuvent se présenter et mettre en valeur leurs actions. Il leur permet de mieux se faire connaître auprès du grand public et de bénéficier d’un nouveau souffle. Associations et fondations peuvent y exprimer leurs besoins.

Cette plateforme facilite le geste philanthropique envers les associations. Elle s’inspire du modèle international mis en œuvre par Guidestar, initialement aux Etats-Unis et en Angleterre. La Banque Nationale de Belgique et la Banque Triodos sont partenaires du projet, ainsi qu’Acodev-Coprogram, la Coface, Guidestar international et Techsoup.

Pour aller plus loin :

Communiqué de presse. 9 juin 2011. Les associations belges restent dans le creux de la vague financier
http://www.kbs-frb.be/pressitem.aspx?id=282430&LangType=2060
Le PDF de l’enquête 2010
http://www.kbs-frb.be/uploadedFiles/KBS-FRB/Files/Verslag/Crise_et_associations_2010_Rapport_FR.pdf

Philanthropie.be
http://www.philanthropie.be/



L’index de la philanthropie. Mai 2011
84% des Belges sont prêts à donner autant ou plus au cours des 12 prochains mois. Les thèmes plébiscités sont la santé et la recherche médicale
http://www.kbs-frb.be/pressitem.aspx?id=279256&LangType=2060




lundi 21 mars 2011

Quand la philanthropie chinoise s’éveillera















La China Charity Federation (CCF), une organisation caritative apparue en 2004, a annoncé récemment avoir levé 6 milliards de yuans (soit 912 M$) en 2010, à la fois en numéraire et en marchandises. Ce chiffre marque une progression de 29% par rapport à 2009. Pour son Président, Fan Baojun, de plus en plus d’entreprises ont conscience de leurs responsabilités. Pour lui, «la philanthropie n’est pas seulement une question d’image, mais est devenue aussi un moyen d’améliorer sa compétitivité».

Par ailleurs, le nombre de fondations caritatives a pratiquement doublé depuis 3 ans, progressant de 436 en 2007 à 746 en 2009, selon le Rapport annuel 2010 de la Philanthropie en Chine.

Plusieurs milliardaires ont fait la Une en décidant de léguer toute leur fortune à des organismes de bienfaisance. La venue dans l’Empire du Milieu de Bill Gates et Warren Buffett en septembre 2010 a dirigé les projecteurs sur ces questions, en sachant qu’ils existent des différences fondamentales entre les Etats-Unis et la Chine : religion, fiscalité, ancienneté de la Révolution industrielle. Mais le diner organisé par les ténors Américains du Doing Good a été boudé par une partie des convives, qui estimaient qu'ils "n'avaient pas de leçon à recevoir d'eux". De nombreux invités présents sont tombés d’accord pour constater que mener à bien son entreprise, payer des impôts et créer des emplois, constituent déjà une œuvre philanthropique à part entière, sans avoir besoin pour autant de suivre l’exemple radical de la donation intégrale.

Wang Dongya, du China Youth Daily, explique bien cet accueil mitigé. Ses propos sont repris sur 88-Bar.com. "Le silence sur l'événement est embarrassant. Mais, Bill Gates ne comprend pas comment les choses fonctionnent en Chine. Vous ne pouvez pas inviter les Chinois les plus fortunés à ce type de réunion de haut niveau sans qu’ils aient une obligation de faire un don. Les invités ne sauront pas quoi faire..."

"...Assister au banquet et faire un don va les faire passer pour des lâches venus écouter la leçon de leur maître. Mais, refuser de donner est encore pire. Chaque invité est immensément riche, alors quel que soit le montant du don, il pourrait paraître insuffisant, et se retrouver comparés à ce qu’auront fait ses pairs. La vérité, c’est que beaucoup d'entre eux seraient prêts à donner, mais parfois, sauver la face est plus important. "

Pourtant, Chen Guangbiao, dont la fortune est estimée à 440 millions de dollars, s’est associé, le 8 septembre, à l'appel aux dons lancé en août aux milliardaires américains sur le site Internet de son groupe. Cet entrepreneur, 42 ans, qui emploie notamment d’anciens prisonniers et des migrants, a annoncé qu'il léguerait à sa mort l'intégralité de sa fortune à des œuvres caritatives. Ses enfants n’auront rien. Ce défenseur de l’environnement qui se rend à son travail à vélo (photo ci-dessus) à Nanjing a même lancé un défi à la population, qui si elle le voit aller au travail en voiture, recevrait une récompense de 1.000 euros.

Néanmoins, comme certaines actions de bienfaisance ont débouché dans le passé sur une certaine gabegie, voire des fraudes, un cadre législatif va être mis en place en Chine pour améliorer la transparence et la bonne gestion des organismes de générosité. Pour le vice-ministre chinois des Affaires civiles, Monsieur Dou Yupei, le moment est devenu propice au développement d’une culture philanthropique, qui en est à ses prémices aujourd’hui, même s’il existe une tradition dans ce domaine, comme l’indique en effet Philanthropie Québec : « Les organismes de charité chinois sont originaires des guildes de commerçants créées sous les dynasties des Tang (618-907) et des Song (960-1279). Quatre périodes majeures ont marqué l'histoire des organismes en Chine. Elles s'étalent de 1644 à 1978 et ont varié au fil des changements politiques. »

Selon les connaisseurs de la Chine, le monde des affaires ne peut plus accumuler les profits en faisant la sourde oreille aux besoins de la société. Pour le président de Cerphi, Antoine Vaccaro, cité par Youphil le 7 mars 2011 "la philanthropie chinoise vit son moment inaugural et qu'obligatoirement les richesses vont se socialiser." Pour lui, « ces milliardaires chinois qui font fortune sur un terreau de pauvreté vont avoir deux préoccupations: pérenniser leur nom et surtout intervenir dans la société afin d'éviter de possibles contestations".

Car, si la croissance chinoise a permis une amélioration du niveau de vie ces dernières années, la société civile constate également selon La Croix un fossé grandissant entre les revenus. Pour Shi Chen, jeune entrepreneur de Hangzhou, capitale de la très riche province du Zhejiang, le mécontentement latent est facile à expliquer :
«Nombre de fortunes aujourd’hui ne se sont pas faites de façon très légale. Tout le monde sait, sans jamais le dire ouvertement, qu’une nouvelle grande fortune, que ce soit dans l’immobilier, l’industrie ou les services n’a pu se réaliser sans une collusion plus ou moins forte avec les autorités politiques locales. Aux yeux d’une partie de l’opinion publique, l’enrichissement est lié à la corruption ».
Ces préoccupations autour des mécènes ne sont pas récentes. Elles existaient déjà sous la dynastie Ming (1368-1644), comme en témoigne un ouvrage récent (référence en bas de page). C’est ce qui ressort d’un article de André Laliberté (Professeur et directeur de recherche au Centre d’études des politiques étrangères et de sécurité CEPES, Université du Québec à Montréal) à propos d’un livre rédigé par Joanna Handlin Smith, qui est Directrice du Harvard Journal of Asiatic Studies, qui a étudié le comportement de plusieurs philanthropes.
« La crainte du désordre, les tragédies personnelles, le souci de maintenir la réputation de son clan familial constituent autant de facteurs les ayant poussés à aller dans cette voie. Il est néanmoins remarquable que ces individus aient agi de la sorte : ceux qui investissaient beaucoup d’énergie ou de ressources dans les activités caritatives, note Smith, couraient toujours le risque d’attiser les jalousies de leurs pairs."

Ces avancées sont aussi portées par certains pionniers. Après avoir frôlé la mort avec sa famille lors du tsunami de 2004, quand il était aux Maldives, l’acteur Jet Li, a pris conscience de la fragilité de la vie et des dégâts occasionnés par les catastrophes naturelles. Les statistiques parlent d’elles mêmes. En moyenne, chaque année, près de 200 millions de personnes sont touchées et près de 60 millions ont besoin d'aide. En 2005, le coût des sinistres enregistrés en auraient dépassé 2 milliards de dollars. A côté de ce problème endémique, Jet Li déplore également la situation des citadins chinois, qui ont acquis une certaine aisance, mais qui sont devenus esclaves des technologies.

C’est pourquoi il a créé en avril 2007 « One Foundation », dans le cadre d’un partenariat stratégique avec la Red Cross Society of China. Pour le lancement de son projet, Jet Li, qui est un champion en arts martiaux, a arrêté de tourner des films pendant un an. Il a même voyagé pendant deux ans pour étudier les méthodes de bienfaisance les plus efficaces, afin d'essayer de trouver un modèle qui pourrait marcher en Chine. One Foundation aide donc les entreprises à repérer des ONG crédibles et professionnelles. Nombreux sont les sponsors occidentaux qui interviennent en Chine : la NBA, Disneyland, JC Decaux, Google, Deloitte et BBDO.

Ayant tiré des leçons de leur passage à Pékin, Warren Buffet et Bill et Melinda Gates ont signé une Tribune (Giving back to society enriches us all) dans The Times of India du 20 février dernier pour indiquer que lors de leur visite à Dehli en mars 2011, ils viendraient aussi pour écouter ce que les philanthropes indiens ont à dire et découvrir leur savoir faire et leurs spécificités. “So we come not as preachers, but more like cheerleaders. And first and foremost, listeners. It will be an honor to meet with those families who will be able to join us next month in Delhi, to hear about their own thinking and to speak of the deep satisfaction we have derived from our work in philanthropy.”



Pour aller plus loin :

Chinese views on American philanthropy 29/09/2010
http://www.88-bar.com/2010/09/chinese-views-on-american-philanthropy/

Les chinois et la charité, une histoire vieille de plusieurs siècles par Agnès Czubinski 9 mars 2011
http://www.philanthropie.uqam.ca/fr/opinion/blogue/159-les-chinois-et-la-charite-une-histoire-vieille-de-plusieurs-siecles

La Croix. « La charité au menu d'un dîner de milliardaires chinois ». 29/09/2010
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2441268&rubId=4079

Youphil. 07/03/2011. « Quand les riches Chinois découvrent la générosité »
http://www.youphil.com/fr/article/03595-philanthropie-chine-economie-mondiale-riche?ypcli=ano

Perspectives chinoises. La philanthropie en Chine au temps de la dynastie Ming Charity in Late MingChina mis en ligne le 30 juillet 2010
http://perspectiveschinoises.revues.org/5629

Références :
The Art of Doing Good : Charity in Late Ming China
Joanna Handlin Smith
Available worldwide
A Philip E. Lilienthal Book in Asian Studies
Hardcover, 424 pages
ISBN: 9780520253636
March 2009
$34.95, £24.95

Les Chinois se mobilisent pour aider le Japon frappé par un violent séisme
http://french.china.org.cn/foreign/txt/2011-03/18/content_22171920.htm

lundi 30 août 2010

Le Climate Group et Jet Li apportent la lumière en Chine profonde




1,6 milliard de personnes à travers le monde n'ont pas accès à l'électricité. Cette fracture énergétique, dont la prise de conscience semble récente, est considérée désormais comme un problème majeur, qui vient s’ajouter à ceux de la malnutrition ou de l’absence de toit. La lumière est un facteur décisif en matière d’éducation, mais aussi de développement économique et de télécommunication. Même en France, le thème de la fracture énergétique a été abordé dans le cadre du Grenelle de l’Environnement. En France, au moins 2 millions de ménages habitent des logements peu ou mal chauffés et près de 10% de la population française est concernée par une situation de précarité énergétique.

Ce post traite d’une initiative remarquable en Chine, car elle conjugue à la fois l’intérêt humanitaire, l’environnement et les nouvelles technologies. Elle fait intervenir différents acteurs, des ONG, des entreprises et des administrations locales. L’accès à la lumière, Fiat Lux, est devenu un thème central de développement, comme au Bangladesh (Grameen Shakti), mais aussi en Afrique (Eclairer l'Afrique 2008) ou encore au Brésil, où c’est un argument de la campagne électorale.

A l’occasion du second anniversaire du tremblement de terre qui a touché la province du Sichuan, 155 lampes à énergie solaire vont être installées dans le village de Ping’an, un village du Comté de Pengzhou à Chengdu. Il s’agit d’une initiative baptisé « 1000 Village Solar LED”, qui est développée par The Climate Group et la Fondation Jet Li, « One Foundation ». Selon Wikipedia, il s’agit d’une diode électroluminescente, dont le nom est abrégé sous les sigles DEL ou LED (de l'anglais light-emitting diode). Cette technologie permet grâce au soleil de se passer d’un raccordement au réseau, souvent coûteux et inaccessible.

Ce projet vise les zones rurales. Il implique notamment les administrations locales, des partenaires techniques et des donateurs. 50 villages ont déjà été équipés entre août 2009 et mai 2010 dans diverses municipalités de la province de Guizhou.

L'Agence internationale de l'énergie (IEA) estime que l'éclairage représente 19% de la consommation d'électricité mondiale et 9% du total des émissions mondiales de CO2. Les LEDs peuvent remplacer les lampes à pétrole dangereuses, peu efficaces et coûteuses. Bien que la Chine assure une politique de modernisation en zone rurale dans tout le pays, de nombreuses localités n'ont toujours qu'un accès limité à l'éclairage. Dans ces conditions, l’éclairage solaire LED répond à des besoins sociaux importants après la tombée de la nuit et permet aussi d’éviter de futures émissions de CO2.

L’entreprise Kingsun Optoelectronic Co, Ltd., basée in Dongguan (province de Guondong) a fait un don de 178 luminaires. Plus de 10.000 habitants vivant dans 20 villages vont en bénéficier. Dans la même province, une autre compagnie, Zhuhai Leadsun Electronic Technology Co., basée à Zhuhai, a fait un don de 50 luminaires pour des pilotes de démonstration à Chengdu et à Guiyang. Philips a rejoint le programme au mois d'août.

La plupart de ces modules solaires intègrent des systèmes intelligents de contrôle de l'éclairage avec des gradateurs, afin d’optimiser l'efficacité énergétique, couper la lumière après minuit, et les allumer tôt le matin pour s’adapter au rythme de vie des paysans.

Changhua Wu, Patron en Chine du Climate Group souhaite ainsi sensibiliser la population aux avantages de l’énergie solaire et démontrer que les gaz à effet de serre et les coûts des investissements à réaliser peuvent être réduits de concert. De son côté, la Jet Li One Foundation voit un moyen de concilier dans ce programme les aspects humanitaires et environnementaux. Pour Yuan Jiakai, responsable du planning stratégique : « Comme la Chine a plus de 220.000 villages, il est impératif de mettre en œuvre une énergie renouvelable et efficace pour améliorer les conditions de vie ».

Le soutien de Tony Blair

Jet Li and Tony Blair launch 1000 village plan to tackle climate change - Chinese subtitles from Dan Chung on Vimeo.


Sur The Climate Group

Le Climate Group a été fondé en 2004 à Londres. L’association exerce aussi ses activités en Australie, en Europe, en Inde et en Amérique du Nord. Le Climate Group a été officiellement enregistré en Chine en 2007. Au 30 juin 2009, sur 12 mois, cette organisation avait encaissé 6,4 millions de livres de nouvelles ressources. En un an, la part des entreprises dans le budget est passée de 1,9 à 2,8 millions de livres, la contribution des fondations et des ONG restant stable autour de 1,8 million de livres.

Plus de 50 multinationales sont membres du Climate Group comme le groupe français Alstom, mais aussi Bloomberg, BP, Google, Nestlé Water et Nike. Pour Arnold Schwarzenegger, Gouverneur de Californie, The Climate Group lui a permis d’obtenir des résultats spectaculaires et a incité le gouvernement Fédéral a passer à l’acte. Pour lui, cette association est un « Emissions Terminators ».

A noter également l’existence du HSBC Climate Partnership, un méga-partenariat qui s’élève à 100 millions $ sur cinq ans. Destiné à frapper fort contre le changement climatique, il lie la banque sino-britannique HSBC avec diverses ONG : le Climate Group, Earthwatch, le Smithsonian Tropical Research Institute et le WWF. Dans le cadre de ce partenariat, le Climate Group travaille avec le gouvernement et les sociétés en Chine, en Inde, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni afin de créer des villes plus propres, plus écologiques. L’idée est qu’elles soient des vitrines pour le reste du monde.

Web Site: www.theclimategroup.org

Sur la Jet Li One Foundation :

« Jet Li, combattant, philosophe et mendiant ». Juin 2009
http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/06/un-jet-li-combattant-philosophe-et.html

Pour aller plus loin :

Schneider Electric innove

http://ong-entreprise.blogspot.com/2010/04/schneider-electric-entreprend-une.html

Time : Viewpoint: Why China Could Turn Green. 27/08/2009

http://www.time.com/time/world/article/0,8599,1918757,00.html


Un bon reportage de France 24 : « Lula invente "la lumière pour tous" Luz para Todos", janvier 2010

http://www.france24.com/fr/20091223-focus-bresil-lalu-invente-la-lumiere-pour-tous-programmes-sociaux

Courrier International. Plus belle la vie avec l’énergie verte. Septembre 2009.
http://www.courrierinternational.com/article/2009/09/10/plus-belle-la-vie-avec-l-energie-verte

A who’s who guide to corporate lobbying in Copenhagen

http://www.corporateeurope.org/climate-and-energy/content/2009/12/corporate-lobbies-copenhagen

Grameen Shakti, Bangladesh, Micro-finance solar home systems - Ashden Award winner



Vu du Minas au Brésil

CEMIG - Luz Para Todos from FELICIANO COELHO on Vimeo.




samedi 31 juillet 2010

La politique de RSE des firmes argentines reste encore largement dans le domaine humanitaire




Ethel Bonnet-Laverge, fondatrice de Paradigmo et consultante en développement durable, a répondu à nos questions. Après avoir parcouru l’Amérique du Sud pour y observer les politiques et actions de développement durable adaptées au contexte régional, elle s'est installée en juin 2009 en Argentine. Elle y réalise des missions de conseil aux entreprises en s’appuyant, selon les besoins, de structures locales (cabinet de conseil, ONGs), de la phase de définition des besoins à la mise en place d’actions concrètes.

Pour comprendre la situation des entreprises argentines sur les questions de responsabilité, il faut connaître le contexte économique et social du pays. Le ministère de l'Economie prévoit une croissance de 5% pour l'ensemble de 2010, après 0,9% en 2009. Les chiffres officiels de l'INDEC (El Instituto Nacional de Estadística y Censos) sont cependant contestés par les économistes privés. Ces derniers estiment même que le PIB a reculé en 2009, leurs évaluations allant de -1,5% à -4%. Le taux de chômage se serait élevé à 9,7% en 2009 pour un PIB moyen par habitant de près de 8.100 dollars par an, à comparer à 42.000 dollars en France.

Ethel Bonnet-Laverge apporte un éclairage sur les politiques de RSE en Argentine, elles aussi marquées par la crise.

Choc des valeurs : Quelle est la prise de conscience des Argentins par rapport aux questions de développement durable ?

EBL : Elle est minimale. Les Argentins vivent dans un contexte de crise économique contre laquelle ils se sont adaptés en vivant au jour le jour. Le statut de salarié est loin d’être la règle. De nombreux employés restent longtemps indépendants, même lorsqu’ils travaillent pour l’Etat. Beaucoup d’argentins cumulent plusieurs jobs, même dans le milieu du développement durable. Pour cela, la population argentine est très créative. Le chômage est élevé, même si les statistiques de l’INDEC sont moins fiables que celles de l’INSEE. De plus, l’emploi informel est endémique.

Près de 30% de la population vit sous le seuil de pauvreté, avec notamment un problème de sous-alimentation. L’Etat aide très peu les plus démunis et face aux problèmes d’éducation, les familles cherchent quand elles en ont les moyens à mettre leurs enfants dans le système privé. Les Argentins voyagent peu et la crise les a poussés à se concentrer sur l’essentiel, la famille et les amis. Dans ce domaine, ils sont prêts à dépenser, même à crédit. Pour s’adapter à l’inflation, qui tourne autour de 20%, un système de troc (seulement mis en place en 2002, ce n‘est plus le cas aujourd’hui) a été mis en place qui rencontre un franc succès.

A ce titre, les problématiques de RSE restent l’apanage des grandes entreprises, souvent filiales de groupes internationaux. Néanmoins, au cours des rencontres mensuelles Green Drinks, que j’organise avec deux autres personnes à Buenos Aires, je constate que de nombreux jeunes entrepreneurs viennent présenter leurs projets. L’insécurité du pays a pour mérite de mettre les gens à l’aise par rapport au défi de l’entrepreneuriat. Au total, ce réseau rassemble à chaque fois une centaine de participants sur un total de plus de 600 contacts.

Dans quels domaines les entreprises locales interviennent elles ?

EBL : L’action la plus fréquente des entreprises répond aux problèmes d’urgence tels que l’alimentation et l’éducation. Les firmes financent depuis 2001-2002 des cantines, les «comedores». L’institution la plus en vue dans ce domaine est « El banco de Alimentos », qui collecte et redistribue les vivres. Le secteur privé appuie également des associations de soutien scolaire.

Le volontariat d’entreprise existe également, comme plusieurs hôtels du Groupe Accor, dont les salariés ont participé à la Journée de la Terre, en allant collecter des déchets dans la réserve écologique accumulés le long du Rio. Mais, je dois souligner que cette initiative dans l’environnement reste isolée, car les entreprises argentines ont concentré la quasi-totalité de leurs efforts dans le domaine social. D’autres actions peuvent consister à repeindre une école. Certaines entreprises ont aussi prévu pour la Journée de la Terre des actions de formation, comme Procter & Gamble et IRSA, un groupe spécialisé en gestion immobilière (Real Estate).

Le contenu des politiques RSE est-il divulgué ?

EBL : Les actions en matière environnementale et sociale font l’objet de peu de communication en interne. Les actions sociales sont parfois reprises sur l’Intranet ou le journal interne. Certaines compagnies, poussés par leurs maisons mères américaines ou européennes, réfléchissent à établir un rapport de développement durable, avec la question par exemple des indicateurs de performance. Cette pratique est d’ailleurs en forte hausse. Il commence à y avoir dans ce domaine des appels d’offre, mais tous ne vont pas jusqu’au bout. D’une manière générale, qu’il s’agisse d’une action de volontariat d’entreprise ou d’un partenariat avec une ONG, les engagements sont le plus souvent à court terme. Ils dépassent rarement un an et peuvent être ensuite renouvelés en fonction du budget assigné. Les associations partenaires sont souvent locales, dans l’éducation ou la collecte des déchets, notamment sur des thématiques comme la sensibilisation.

Rares sont les entreprises qui interviennent dans leur cœur de métier, comme certains groupes automobiles qui font de la prévention routière. Contrairement à un pays comme la France, les firmes argentines restent dans le domaine humanitaire, celui de l’urgence. La prochaine étape sera d’intégrer les salariés dans le processus et de bâtir une politique de RSE qui s’insère dans la stratégie de l’entreprise.

Une étude récente a montré que les deux principaux publics de l’entreprise en Argentine sont la presse et les ONG. La satisfaction du client vient en dernière position. Le consommateur reste peu sensible aux questions de responsabilité de l’industriel. Cela s’explique sans doute du fait que les Argentins ont encore le sentiment de vivre dans un pays immense où les ressources sont inépuisables. Le mouvement associatif reste d’ailleurs limité.

L’Argentine est-elle un pays homogène ?

EBL : Le pays présente une grande diversité. Les habitants de la capitale se sentent quasiment européens, ce qui n’est pas le cas dans «l’intérieur du pays». La question du mariage homosexuel, dont la presse française a parlé, ne fait d’ailleurs pas débat dans la capitale. Si cela fait débat au niveau politique religieux ou cela est clairement contesté, la population reste quant à elle assez réservée.

Il existe aussi une population indigène, dont les droits ont été reconnus tardivement. Ces populations pauvres restent isolées. Le commerce équitable tente d’ouvrir un accès au marché local à leurs produits artisanaux.

Quels sont les thèmes de campagne des ONG de plaidoyer ?

EBL : Actuellement, Greenpeace cherche à sensibiliser les Argentins au recyclage des piles, en tentant notamment de savoir où elles partent et qui effectuent ces opérations et dans quelles conditions.

Les ONG se sont aussi opposées sans succès à l’ouverture d’une mine à ciel ouvert à Cordoba, dans une région très riche en biodiversité. De même, elles ont lutté contre l’ouverture d’un méga projet minier à Pascua Lama, qui prévoyait de creuser dans les montagnes et d’utiliser l’eau des glaciers entre l’Argentine et le Chili.

D’autres points aussi suscitent des questions, comme la vente des terres à des grands propriétaires terriens comme Benetton. Patagonia a aussi investi en Argentine, mais cette entreprise n’inquiète pas, du fait de son image de sérieux et de respect de la nature. Cela pose aussi la question de l’eau, qui ne manque pas en Argentine, mais qui est inégalement répartie et dont une partie croissante est entre des mains privées. Dans ces ventes, l’Etat applique lui aussi une vision à court terme.

Par ailleurs, les besoins croissants en espace de la culture du soja à réduit les pâtures des bovins. La viande, si appréciée par la population, comme d’autres matières premières, a vu ses prix flamber. Dans le même temps, la déforestation a entraîné un appauvrissement des sols ainsi que des glissements de terrain.

Bio:
Consultante en développement durable, Ethel Bonnet-Laverge a fondé Paradigmo. Formée aux métiers du Commerce International en France, elle suit une spécialisation en Management et Développement Durable. Parallèlement, elle a rejoint le cabinet de conseil Auxilia, structure spécialisée dans l’accompagnement stratégique des acteurs publics. Au cours de son activité elle a réalisé une note de synthèse sur les stratégies de Responsabilité Sociétale et développement locale: «Ancrage territorial : quel services pour quels besoins».

A partir d’octobre 2008, elle a parcouru l’Amérique du Sud et y a observé les politiques et actions de développement durable adaptées au contexte régional. Depuis juin 2009, elle s’est installée en Argentine, où elle réalise des missions de conseil aux entreprises en s’appuyant, selon les besoins, de structures locales (cabinet de conseil, ONGs), de la phase de définition des besoins à la mise en place d’actions concrètes.

Ses coordonnés :

www.paradigmo.net

ethel@paradigmo.net

Twitter: twitter.com/EthelBonnetLave

Pour aller plus loin :

Le journal des expats en Argentine
http://www.lepetitjournal.com/buenos-aires.html

Les grandes entreprises qu'elles sont de plus en plus nombreuses à disposer d'un département développement durable (en général une personne est désignée en interne, et vient de la communication ou du marketing, poste tenu majoritairement par des femmes Rapport ComunicaRSE – Septembre 2009
http://www.comunicarseweb.com.ar/biblioteca/noticias-09/0900.html

La parité entre les sexes avance en Argentine, selon les experts du CEDAW
http://www.un.org/News/fr-press/docs//2010/FEM1810.doc.htm

El Instituto Argentino de Responsabilidad Social Empresaria (IARSE) es una organización que trabaja para constituirse en un centro de referencia nacional en materia de responsabilidad social de las empresas.
http://www.iarse.org/new_site/site/index.php?put=home

Projet Comedor Argentine sur Facebook mené par des étudiants d’une école de commerce marseillaise
http://www.facebook.com/group.php?gid=43072921124&ref=ts

The Fundación Banco de Alimentos is a non-profit, private law corporate foundation whose aim is to become a bridge between those who are afflicted by hunger and those who wish to cooperate by means of a transparent and efficient channel that can guarantee that their donation will reach those who need it most. It is the first food bank in the country, concentrating its activity in the Autonomous City of Buenos Aires and Suburban Buenos Aires.
http://www.bancodealimentos.org.ar/en/quienes-somos/fundacion-banco-de-alimentos

Mégaprojet minier Pascua Lama,

sur le site Mondialisation.ca, un post du 29 avril 2010
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=18912