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jeudi 22 juin 2023

Face à la sécheresse, le Nevada fait la guerre aux pelouses


Les deux plus grands réservoirs de l'Ouest américain, le lac Powell et le lac Mead, ont atteint des niveaux historiquement bas en 2022. L'administration Biden et sept États de l'Ouest américain viennent donc de s’accorder pour la protection du Colorado. L’Arizona, la Californie et le Nevada ont accepté de réduire de 13% leur consommation d’eau en provenance du fleuve. 

 Les Américains sont de gros consommateurs d’eau. Certains usages sont pointés du doigt. 

Ainsi, les pelouses qu’arborent les résidences individuelles et collectives aux Etats-Unis occuperaient 2% de sa surface totale. Aux Etats-Unis, le gazon représenterait ainsi la plus grande « culture » irriguée devant le maïs et le blé.

   

Selon l’agence environnementale EPA (U.S. Environmental Protection Agency), l’arrosage des pelouses et des jardins pèsent pour 60% de la consommation d’eau des ménages dans les zones arides. Et une partie importante de ce volume est perdue sous forme de ruissellement ou d’évaporation. 

Aux Etats-Unis, cet usage consommerait globalement : 

  • Plus de 12 trilliards de litres d’eau chaque année. 
  • 26.000 tonnes de pesticides. 
  • Et 4,5 milliards de litres de carburants pour faire tourner les tondeuses

American Dream 

D’abord apanage des demeures aristocratiques en France et en Grande-Bretagne, le gazon s’est popularisé aux Etats-Unis dans les années 50 quand des aides fédérales et l’essor du crédit bancaire ont favorisé l’accession à la propriété, notamment en périphérie des villes. 

La maison individuelle, son allée au milieu de la pelouse et le barbecue dans le jardin sont omniprésents dans le cinéma américain. 

Prime à l’arrachage 

L’assèchement du lac Mead a poussé le sud Nevada à réagir : 

• L’arrosage des pelouses pour des raisons ornementales va être interdit pour les bureaux, les bordures de trottoirs, les entrées de bâtiments résidentiels, etc. 

• Ni les infrastructures sportives et ni les cimetières ne sont concernés. 

• Les familles en maisons individuelles doivent respecter certaines limitations. Une agence locale, la Southern Nevada Water Authority, offre même aux particuliers d’arracher leur gazon pour 30$ le m2. Pour le remplacer par des plantes plus adaptées au climat. Ce tarif est proposé jusqu’à 900m2 de surface, puis il est réduit à 15$ le m2 au-delà.

  

Afin d’éduquer les administrés, la police patrouille en bordure de jardins pour lutter contre les fuites d’eau et le non-respect des règles. Elle verbalise en cas de récidive. 

Dans la même veine, les nouvelles piscines ne doivent pas dépasser une certaine taille dans les environs de Las Vegas. 

Sin City, qui accueille dans le désert 40 millions de touristes par an, fait clairement figure de pionnière dans la gestion de l’eau, avec la Californie. 

Plus près de chez nous, le préfet de l'Hérault vient d’émettre un avis défavorable à un projet de golf 18 trous accompagné de logements de luxe près de Montpellier. Une décision qu'il explique par le contexte "de sécheresse précoce" et de "nécessaire préservation de la ressource en eau" dans le département. 

Pour aller plus loin : 

Pas de tondeuse au mois de mai 

En 2021, l’ONG britannique Plantlife a lancé l'opération « No mow may », qui incite les 23 millions de propriétaires de jardins à ne pas tondre leur pelouse au mois de mai. Selon Plantlife : « 100m2 de pelouse non tondue produiraient suffisamment de pollen pour alimenter six cellules de couvain d'abeilles minières et suffisamment de nectar pour répondre aux besoins de six bourdons par jour » L’association met aussi en avant les émissions de gaz à effet de serre évitées. 

Les recommandation d'EPA

https://19january2017snapshot.epa.gov/www3/watersense/pubs/outdoor.html

 

Le Monde (2021) : « Le gazon est un non-sens écologique » : et si on rangeait enfin tondeuses, engrais et pesticides ? 

https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2021/09/03/le-gazon-est-un-non-sens-ecologique-et-si-on-rangeait-enfin-les-tondeuses_6093325_4497916.html 

L’Obs (08/2022) : « Golfs attaqués, jacuzzis percés… Face à la sécheresse, ces militants qui sabotent les gros consommateurs d’eau » 

https://www.nouvelobs.com/ecologie/20220812.OBS61961/golfs-attaques-jacuzzis-perces-face-a-la-secheresse-ces-militants-qui-sabotent-les-gaspilleurs-d-eau.html 

vendredi 2 juin 2023

ZAN : iI était temps de limiter l’artificialisation des sols en France


Votée en août 2021, la « loi Climat et résilience » portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets fixe un objectif de zéro artificialisation nette des sols à l’horizon 2050. 

Cela représente une véritable révolution copernicienne tant la bétonisation a fait partie de notre quotidien et à remodeler les paysages à force de nouveaux lotissements ou d’axes routiers depuis plusieurs décennies. 

D’après Agreste, au cours des quatre dernières décennies, les espaces artificialisés ont augmenté de 72 % en France métropolitaine, de 2,9 à 5 millions d’ha entre 1982 et 2018, soit + 57.600 hectares par an en moyenne (+ 1,5 %). 

En 2018, les sols artificialisés couvrent 8 % de l’ensemble du territoire français y compris les cinq départements d’Outre-mer (DOM). 

Sur la même période, les terres agricoles ont perdu 7,7 % de leur surface en France métropolitaine soit 2,4 millions d’ha. Ces pertes représentent 4,3 % de la superficie totale du territoire métropolitain, soit l’équivalent de l’ancienne région Lorraine. 

Et, dans le même temps, les espaces naturels (sols boisés, landes et friches, sols nus, zones sous les eaux) ont gagné 299.000 ha en France métropolitaine. 

D’après le Memento 2022 de l’IGN, la production biologique « nette », c’est-à-dire la croissance des arbres, mortalité des arbres déduite, est supérieure aux prélèvements. Toutefois, encore à hauteur de 5,3 m³ par hectare et par an il y a une décennie, cette production biologique « nette » est aujourd’hui de 4,8 m³ par hectare et par an, ralentissant de 10 % environ. 

L’artificialisation des sols serait trois fois plus rapide que la hausse de la population 

Alors qu’entre 2007 et 2017, le nombre d’habitants en métropole a augmenté de 4,4 %, les sols artificialisés ont progressé de 13,9 %.  Ainsi, en 10 ans, 
  • l’espace artificialisé disponible croît de 698 à 759 m2 par habitant. 
  • Tandis que la surface agricole par habitant diminue de 4.682 m2 à 4.383 m2 par habitant. 
L’habitat individuel est le principal accusé, le réseau routier étant le deuxième facteur. 

Cette bétonisation a permis toutes ces dernières années de couvrir la France d'un réseau très dense de zones commerciales et de lotissements, en particulier en zone péri-urbaine. 

 Pourtant, le sol cultivable est limité sur terre et il est difficile de revenir en arrière. Et, il existe une incertitude sur les rendements agricoles à horizon 2050.

L’artificialisation des sols présente de fortes externalités négatives :

  • Accélération de la perte de biodiversité : Les sols abritent une flore et une faune essentielles. Leurs habitats naturels peuvent être détruits ou amputés, par des obstacles comme les routes, empêchant les animaux de se déplacer, de se nourrir, de se protéger et de se reproduire. 
    • Les vers de terre par exemple permettent selon la LPO le transport et la redistribution de la matière organique à travers les horizons minéraux du sol. Ils créent des galeries, décompactent les sols et permettent ainsi la circulation de l’eau.
    • Selon l’INRAE, un gramme de sol contient un milliard de bactéries, de cent mille à un million d’espèces différentes. A ce titre, le sol constitue l’un des plus grands réservoirs de biodiversité et de ressources génétiques de notre planète.
  • La pollution : La bétonisation induit des nuisances sonores et de la pollution lumineuse. Et, l’étalement urbain engendre des déplacements en voiture sur des zones jusque-là calmes. Tout nouvel axe routier génère du trafic supplémentaire.
  • Réchauffement climatique : Dans la nature, après les océans, ce sont les forêts, les tourbières et les prairies qui constituent les principaux puits de carbone. Selon l’ADEME, 4 à 5 milliards de tonnes de carbone seraient stockées dans les sols et forêts de France métropolitaine. Autant d’écosystèmes à préserver. 
  • Amplification de l’impact des inondations du fait de l’imperméabilisation des sols. Selon un rapport public de 2019, le coût annuel moyen des dommages causés par les inondations (et assurés au titre du régime Catastrophes Naturelles) s’élève à 520 millions d’euros en France. Le ruissèlement est encore plus violent sur des terres arides, marquées par la sécheresse, comme en Espagne en ce moment. Entre 1999 et 2006, près de 100.000 logements ont été construits dans les zones inondables de 424 grandes communes. • Réduction de la surface disponible consacrée à la culture et l’élevage.
  • Accroissement des dépenses liées aux réseaux : pour être viable, un terrain artificialisé nécessite souvent beaucoup d’entretien et d’efforts d’aménagement (route, ronds-points, assainissement, fibre).
  • Réduction des liens sociaux : L’étalement urbain relègue une partie des habitants à l’écart du centre-ville, provoquant sa désertification et la dévalorisation des petits commerces. Face à ces défis, un nouveau métier est même apparu ces dernières années : « manager de centre-ville », chargé notamment de faire revenir les commerçants et les centres médicaux.
Dans ce contexte, il était temps de limiter l’artificialisation des sols via une véritable rationalisation des permis de construire et la valorisation de l’existant (dents creuses, friches,…).

 Une renaturation complexe

 Dans certains cas, il va falloir restaurer du foncier dégradé afin de répondre aux besoins de construire de nouveaux bâtiments. France Stratégie indique que la renaturation d’un sol artificialisé n’est pas simple.

  • Cela coûte de 100 à 400 euros le m2, selon son degré d’altération, hors coût de déconstruction.
  • A comparer au prix moyen d’un terrain constructible qui serait actuellement de 165€ le m2.
  • 167 tonnes de déchets sont produites en moyenne par un chantier de démolition de bâtiment.
Votée en août 2021, la « loi Climat et résilience » portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets fixe :
  • un objectif de zéro artificialisation nette des sols à l’horizon 2050, entendue comme « le solde de l’artificialisation et de la renaturation des sols constatées sur un périmètre et une période donnés ».
  • et l’obligation pour les territoires de réduire de moitié, par rapport à la période entre 2011 et 2021, le rythme de consommation d’espaces naturels agricoles et forestiers d’ici à 2031.

 Cette loi va pousser à concentrer les nouveaux projets de construction là où ils sont les plus utiles, ce qui va poser de nouveaux défis et de nombreuses questions. Avec des opérations plus compactes (densification urbaine). Et à limiter les logements vacants et à recycler l’ancien.

 Des projets qui avortent

 Fin 2019, le projet Europacity a été abandonné malgré le soutien d’élus locaux. Ce centre commercial géant, qui devait se situer à Gonesse dans le Val d’Oise, étaient critiqué par les écologistes et des associations de commerçants.

 D’autres projets d’aménagement du territoire sont sur la sellette en ce moment comme l’autoroute A69 Toulouse-Castres et le contournement Est de Caen.

Les opposants ne sont pas forcément dans une logique NIMBY, not in my backyard, mais plutôt dans une revendication "ni ici, ni ailleurs".

 Optimiser l’existant

 Bonne nouvelle, la France aurait déjà fait le plein en matière d’hypermarchés. Selon LSA, il en existait en effet 2.257 en 2020 représentant une surface de près de 12 millions de m2.

 Dans la même logique, ce foncier va être exploité de manière intelligente. La loi d’accélération de la production d’énergies renouvelables (loi APER du 10 mars 2023) prévoit en effet que les parcs de stationnement extérieurs de plus de 1.500 m² devront être équipés, sur au moins la moitié de leur superficie, d’ombrières intégrant un procédé de production d’énergies renouvelables sur la totalité de leur partie supérieure assurant l’ombrage.

 

 

Pour aller plus loin

Résidence individuelle : ennemie de la planète ? (magazine Pour l'Eco)

 

Libé :
D’après Libération, en date du 1er juin, la forêt française a absorbé 7,5% des émissions nationales avec 30 millions de tonnes de Co2eq. Ce serait deux fois moins qu’il y a dix ans. Les terribles incendies de 2022 ont détruit 5 millions de tonnes de Co2eq. Les coupes de bois ont aussi affecté certaines zones forestières comme la Corse depuis dix ans et plus récemment le Grand-Est et les Hauts de France.

 

Un marché du logement en berne
De mai 2021 à avril 2022, 500.400 logements ont été autorisés à la construction (+ 20,7 %). C’est la première fois que le nombre de 500.000 autorisations sur 12 mois est dépassé depuis près de 10 ans (de septembre 2011 à août 2012). Néanmoins, ces chiffres ont nettement baissé depuis. De mai 2022 à avril 2023, 431.800 logements ont été autorisés à la construction (- 14,3 % sur un an). C’est 6,2 % de moins qu’au cours des douze mois précédant la crise sanitaire (mars 2019 à février 2020). Le secteur de la construction subit une inflation des coûts et le recul des crédits immobiliers en raison de la hausse des taux d’intérêt. Le reste

mercredi 20 janvier 2021

Pourquoi il est important que la Nature ait une valeur marchande



De Patagonie jusqu’à Nuuk, en passant par Pékin et les atolls de Tuvalu, tout le monde s’accorde aujourd’hui sur l’existence du réchauffement climatique. 

Néanmoins, il aura fallu du temps pour que l’urgence climatique fasse son chemin, ce qui nécessite aujourd’hui de redoubler d’efforts. 

Dans le même temps, la protection du vivant est restée dans un angle mort. 

Il faut donc souligner la tenue récente du 4ème sommet One Planet intégralement dédiée à la biodiversité. Les trois premiers sommets, avec une première édition en 2017, avaient porté sur le changement climatique. 

Il s’agit d’un processus lent, puisque le terme d’écosystème a été créé en 1935 par le botaniste britannique Arthur George Tinsley. Et, si cette thématique a pris de l’ampleur depuis les années 1970, des chercheurs en sont venus depuis 20 ans à tenter de quantifier tout ce que le vivant nous apporte. Ce qui a permis d’en rendre plus concrets les enjeux sous-jacents. 

La Nature, plus grosse usine de la planète 

En 2005, l’Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire (ou MEA pour Millennium Ecosystem Assessment), a permis de mieux mesurer comment l'évolution des écosystèmes impacte le bien-être humain. Elle a été menée sous la coordination du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), avec la contribution de plus de 1.300 experts du monde entier. Ces chercheurs proposent une nouvelle vision des articulations entre la nature et les sociétés humaines. Ils ont identifié 4 grandes catégories de services que rend spontanément la nature au genre humain. 
  • Les services d’approvisionnement/production : ce qui nous permet de nous nourrir et de nous donner des ressources (bois de construction, poissons, accès à l’eau et à la fibre, etc.) 
  • Les services de régulation, qui affectent le climat, les inondations, la maladie, les déchets. Les plantes nettoient l'air et filtrent l'eau, les bactéries décomposent les déchets, les racines d'arbres maintiennent les sols en place. • Les services de support ou d’auto-entretien : ce qui permet aux écosystèmes de fonctionner correctement (cycle de l’eau, formation des sols, …). Cette catégorie est souvent fusionnée aux services de régulation. 
  • Les services spirituels ou récréatifs : ce qui nous touche en tant qu’être humain (beauté des paysages, spiritualité, etc.). 
Cette vidéo qui date de 2014 en présente une bonne synthèse. Eric Blanchart, chercheur à l’IRD, répond aux questions d’une école d’agronomie.

   

Il apparait que les écosystèmes sont essentiels à la vie. Mais, leur apport reste largement invisible. On ne cherche pas à savoir leur rôle exact quand ce qui nous entourne tourne tout seul. Cela semble normal de respirer un air pur. 

 De plus, jouir librement des écosystèmes est gratuit. On ne paye pas pour montrer des marmottes à ses enfants en montagne. Or, comme le dit l’adage, ce qui est gratuit n’a pas de valeur. Ce n’est que quand la Nature se dégrade qu’il faut sortir son carnet de chèques. 

 Le symbole de la pollinisation 

C’est ce que montre la vidéo des arboriculteurs du Sichuan, dont la production n’est plus assurée par les insectes, mais par des « hommes abeilles ». 

 

C’est aussi le cas aux Etats-Unis où la population d’abeille se révèle parfois fragile. Une société comme Drone Copter a même imaginé un drone pour aider la pollinisation de certaines exploitations produisant des amandes, des cerises et des pommiers. 

On le voit, l’homme se voit contraint le cas échéant de pallier le mauvais rendement de la Nature par un système couteux et chronophage. 

La mauvaise qualité de l’eau, un « bien commun », tue des milliers de personne tous les ans. 

De même, pendant le confinement et la contrainte de ne pas dépasser le kilomètre, de nombreux citadins n’ont plus accès à la verdure avec des conséquences parfois dramatiques en termes de santé mentale. 

 Des chiffres qui font tourner la tête 

Si l’intuition porte à croire que le bon fonctionnement des écosystèmes est souhaitable, des chercheurs ont réussi à chiffrer leurs services : 
  • selon les études, entre 40% et 50% de l’économie mondiale reposerait sur les produits et les processus écologiques. 
  • dans un rapport de 2019, l’OCDE indique que la valeur des systèmes écosystémiques a été estimée entre 125.000 et 140.000 Mds$ par an, soit plus d’une fois et demie le montant du PIB mondial. A titre de comparaison, la capitalisation boursière de Wall Street est de plus de 22.000 Mds$. 
  • Pour l'économiste indien Pavan Sukhdev, auteur en 2010 d'un rapport sur la valeur économique des services rendus par la nature, l'érosion de la biodiversité coûte entre 1.350 et 3.100 Md€ par an. Pour ce dirigeant du WWF International, le coût de l’inaction et de la dégradation des services écologiques représenterait jusqu’à 7% du PIB mondial par an en 2050. 
Compte tenu de l’importance de ses travaux, Pavan Sukhdev s’est d’ailleurs vu remettre en 2020 le prix Tyler 2020, en même temps que la biologiste de la conservation Gretchen C. Daily. Cette distinction est souvent présentée comme le « prix Nobel de l'environnement » 

Une Nature abimée 

Le Millenium Ecosystem Assessment (MEA) estime à 60% les services écologiques menacés de dégradation. 

D’après le Comité Français de l’UICN, durant ces 50 dernières années, 
  • près d’un quart des sols de la planète et un cinquième des terres arables ont été dégradés. 
  • la moitié de la production photosynthétique de la planète a été consommée,
  • ainsi que plus de la moitié des réserves d’eaux douces. 
 D’autres travaux complètent ce tableau : 
  • entre 2004 et 2017, 43 millions d’hectares de forêt auraient été perdus dans le monde, selon un rapport sur la déforestation publié en janvier par le WWF. 
  • plus de 40 % de ces écosystèmes à la frontière des milieux terrestres et aquatiques se sont dégradés en dix ans en France, selon une étude du ministère de la Transition écologique. A peine un site sur dix est en meilleur état. 
La perte de biodiversité, dont la disparition progressive d’espèces est le phénomène le plus souvent mis en exergue, affecte inégalement les populations. 
  • les experts viennent aussi de montrer un appauvrissement des sources d’alimentation en montagne (rapport de la FAO, le Secrétariat du Partenariat de la montagne et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification). Or, le nombre de personnes vivant dans les zones montagneuses et exposées à l’insécurité alimentaire, dans les pays en développement, est passé de 243 à presque 350 millions sur la période 2000-2017. 
  • sur le littoral, on observe aussi la réduction du nombre de poissons, là où les récifs coraliens sont malades, avec un impact sur l’alimentation et les revenus des populations locales. 
Utilité de l’approche économique 

On le voit, les estimations financières de la valeur de la biodiversité pour le bien être humain sont centrées sur l’espèce humaine, via une approche assez matérialiste. Les populations amazoniennes en parleraient sans doute avec d’autres termes. 

Etant libellés en unité monétaire, elles ont le mérite d’être plus susceptibles d’entraîner une prise de conscience, notamment chez les décideurs. On parle même de « capital naturel ». 

Dans cette optique, il n’est pas nécessaire de voter "écolo" pour prendre la mesure du vivant. C’est un calcul de bon sens, y compris pour les activités marchandes, de ne plus surexploiter ou dégrader les écosystèmes dans une optique court terme. 

 Une fois dotés de cette base chiffrée, les entreprises et les Etats disposent des données pertinentes afin d’intégrer la biodiversité dans leurs activités ou dans les politiques publiques. Compte tenu de leurs expertises, de nombreuses ONG participent aux débats.

Pour aller plus loin : 

Site web du Millennium Ecosystem Assessment et de l’UICN 



Article de Courrier International : Le poids des constructions humaines dépasse celui du monde vivant sur la Terre 

On a vu lors du confinement que la faune a repris ses droits. En avril 2020, des patrouilles littorales ont filmé des images exceptionnelles, montrant deux rorquals communs nageant paisiblement dans les eaux du Parc national des calanques. Les ornithologues ont aussi observé une explosion des naissances de flamants roses en Camargue 

Intervention de Pavan Sukhdev en 2011 au TedGlobal
En Inde 
 

  

vendredi 11 septembre 2020

Le Festival photos de la Gacilly : du vert plein les yeux




Je suis retourné à la Gacilly (56) cet été pour découvrir de nouveaux photographes entre champs et sous-bois. Cet événement se passe en effet en plein air, via une déambulation dans les rues de la ville et l’exploration de labyrinthes ombragés. 

La 17ème édition du festival met à l'honneur l'Amérique latine avec un nouveau plaidoyer en faveur de l'environnement et des populations menacées. Les photos exposées dégagent plus de force qu’un long discours. 

Sur la préservation de la biodiversité, de nombreuses initiatives peuvent aussi avoir lieu près de chez nous. Emmanuel Berthier, naturaliste de formation, a parcouru les cinq réserves naturelles du Morbihan pour en ramener de superbes clichés. Un travail de terrain soutenu par le Conseil départemental du Morbihan 

Plus de 1.000 photos exposées. 

Entre deux séries de photos, vous aurez tout le loisir de prendre une crèpe et une bolée de cidre. Bonne expo en plein air.

Pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer, certaines photos seront aussi exposées dans les gares de Rennes, de Nantes, de Vannes et de gare Montparnasse à Paris, à la suite d’une association avec la SNCF. 

Le Festival se termine le 31 octobre. 

Pour aller plus loin : 

Sebastião Salgado lance un nouvel appel pressant à sauver les peuples d'Amazonie https://fr.euronews.com/2020/07/05/sebastiao-salgado-lance-un-nouvel-appel-pressant-a-sauver-les-peuples-d-amazonie 

La politique de soutien de la SNCF aux arts visuels et scéniques https://www.sncf.com/fr/groupe/culture/arts-scenes-engagement-multiple


mardi 27 août 2019

ONG et entreprises main dans la main contre la prolifération du plastique

L’aventure du plastique a commencé en 1838 lorsque Henri Regnault a synthétisé du PVC pour la première fois. Cette découverte, d’abord restée sans suite, a ensuite été améliorée. 

Le nom de "plastique" sert à désigner un ensemble de matériaux de synthèse dont les propriétés chimiques et physiques, souvent inégalées, trouvent de multiples applications dans l’industrie à un coût faible. 

Depuis 1950, année où le plastique a commencé à être introduit massivement dans notre vie quotidienne, 8,4 milliards de tonnes ont été produites dans le monde. Cela ne semble pas avoir poser de problèmes aux citoyens pendant des décennies, ce matériau étant de plus en plus contesté dans la période récente. 

Selon la Fondation Ellen MacArthur, au moins 8 millions de tonnes de plastiques finissent dans les écosystèmes marins chaque année – ce qui équivaut à déverser chaque minute le contenu d’un camion poubelle en mer. Si nos habitudes n’évoluent pas, ce nombre va doubler d’ici à 2030, et passera même à quatre camion par minute, d’ici à 2050.



Selon les chiffres publiés en 2017 par Science Advances, l'ensemble de la pollution de la surface des océans est évaluée à 5.250 milliards de particules, soit 269.000 tonnes de plastique. 90 % de la pollution plastique est constituée de microplastiques quasi invisibles à l'œil nu et que l’homme ne sait pas collecter facilement. Ces polluants envahissent les océans et contaminent du même coup l'ensemble de la chaîne alimentaire.

Le recyclage actuel du plastique pose des problèmes. Une partie des déchets a longtemps été tout simplement exportée sans vergogne en Chine, puis en Asie du Sud-Est, qui ‘en veut plus.

L'institut 5 Gyres dont les actions sont basées sur des travaux de recherche, encourage l'industrie à maîtriser l'ensemble du cycle de leurs produits et à développer des polymères biodégradables.

Mais, la solution la plus pertinente serait de bloquer la fabrication en amont. Les emballages en plastique, qui représentent 45% de la consommation plastiques en France, constituent un mal endémique. Un accord multi-entreprises a été signé pour s’y attaquer en février dernier en France, baptisé "Pacte National sur les emballages plastiques".

Avec des noms connus, industriels et distributeurs : Auchan Retail France, Biscuits Bouvard, Carrefour, Casino, Coca-Cola European Partners, Danone, Franprix, L´Oréal, LSDH, Monoprix, Nestlé France, Système-U, Unilever. La Fondation Tara Expéditions et le WWF France ont participé activement à l’élaboration de ce programme.

Une liste des emballages désignés comme problématiques ou inutiles va être effectuée : l’idée est de voir comment parvenir à leur élimination. Voici quelques annonces :

  • Atteindre collectivement 60% d’emballages plastiques effectivement recyclés d’ici 2022. 
  • Eco-concevoir les emballages pour les rendre réutilisables, recyclables ou compostables à 100% d’ici 2025. 
  • Mener des actions de sensibilisation et de pédagogie auprès du grand public sur les enjeux de la pollution plastique. 

Les pouvoirs publics, la Fondation Tara Expéditions et le WWF France s’assureront que les entreprises signataires respectent leurs engagements. Quelques engagements concrets :

  • Les briques de certaines boissons (lait et jus de fruits) ne contiendront plus d’aluminium. 
  • Le fromage à la coupe libre-service sera désormais emballé dans du carton recyclé et recyclable en remplacement des barquettes polystyrènes. 
  • Mise en place d'un espace BIO où les fruits et légumes, les céréales et légumineuses ne sont pas emballés mais en vrac. 
  • Certaines marques de lessive seront désormais emballées dans des contentant 100% recyclable. 
  • Conception d’une gamme de shampoing et d’après-shampoing, dont les flacons seront entièrement constitués de matières recyclées. 


 Depuis cet accord, un loi a été votée en avril dernier pour interdire la vente de produits en plastique à usage unique, avec un agenda qui court jusqu’en 2028. Les pailles, les cotons-tiges et les assiettes jetables seront interdits de linéaire à compter du 1er janvier 2020.

Par ailleurs, Coca-Cola et PepsiCo viennent de couper les ponts avec la Plastics Industry Association, le lobby du plastique, car ils souhaitent réduire drastiquement les packaging à usage unique.

Non seulement les deux entreprises subissent une pression constante de Greenpeace, mais les évolutions pourraient aussi venir durcir la réglementation.

Pour mémoire, la vidéo contre Coca de Greenpeace en 2013

 

Pour aller plus loin :

Vers des interdictions pures et simples des bouteilles en plastique 
https://usbeketrica.com/article/faut-il-interdire-les-bouteilles-d-eau-en-plastique

Le Podcast du Crédit Agricole : le projet Plastic Odyssey : recyclage des déchets plastiques marins en objets ou en carburant. Le reste

dimanche 4 février 2018

La zoothérapie a toujours intéressé le corps médical

Selon Passeport Santé, la zoothérapie, ou thérapie assistée par l’animal, est un programme structuré d’interventions ou de soins qu'un thérapeute prodigue à son patient, avec l'aide ou en présence d'un animal. 

Elle vise à maintenir ou à améliorer la santé des personnes souffrant de divers troubles, aussi bien physiques que cognitifs, psychologiques ou sociaux. L’homme a reconnu le potentiel de la médiation animale depuis la nuit des temps. 

En voici un petit rappel historique : 

Au Vème siècle avant J.-C., Xenophon écrivait que « Le cheval est un bon maître, non seulement pour le corps mais aussi pour l’esprit et pour le cœur ».

Pour Hippocrate, le rythme du cheval est bon pour la santé, notamment pour la tonicité des muscles, à condition que cet exercice soit réservé à des patients ne présentant aucun risque.

Le premier programme de zoothérapie remonterait au IXème siècle dans la ville de Gheel en Belgique. La garde d’oiseaux était confiée à certains malades pendant leur convalescence. Le but recherché était de contribuer à leur redonner un minimum de confiance en eux-mêmes.

Au XVIIIème, Diderot constate que « l’équitation peut être employée utilement pour la conservation de la santé et son rétablissement. Le mouvement du corps que procure l’équitation peut être très salutaire ».

En 1792, en Angleterre, William Tuke fonde le York Retreat, institution pour malades mentaux, dans laquelle les patients sont traités plus humainement. En outre, ces derniers devaient aussi prendre soin des animaux intégrés dans l’établissement (volailles, lapins). Avec profit, puisque William Tuke notait alors que cela redonnait confiance aux patients et leur permettait d’avoir une attitude moins désordonnée.

1845 : Le premier combat de la Société Protectrice des Animaux (SPA) créée par le médecin Etienne Pariset portait sur la protection des chevaux que les cochers parisiens maltraitaient.

1854 : Pendant la guerre de Crimée, Florence Nightingale, pionnière des techniques infirmières modernes, gardera une tortue à l’hôpital dans les faubourgs de Constantinople après avoir observé son impact sur la réduction de l’anxiété et le regain de moral des soldats britanniques blessés.



1867 : A Benfield en Allemagne, une institution pour épileptiques innove. Outre l’équitation thérapeutique, les programmes comprennent un parc de jeux, des chiens, des chats et des oiseaux en cage.

1870 : La thèse de doctorat de R. Chassaigne porte sur l’utilité de l’équitation thérapeutique dans le traitement de l’hémiplégie, de la paraplégie et d’autres troubles neurologiques.

XXème siècle : après la Première guerre mondiale, les infirmières du Pawling Army Air Force Convalescent Hospital de New York ont utilisé des chiens comme aide à la thérapie pour les soldats traumatisés.



1952 : Regain d’intérêt pour l’équitation thérapeutique lors de la victoire de la cavalière danoise Lis Hartel aux jeux olympiques d’Helsinki dans l’épreuve du dressage. L’équitation lui a permis de lutter contre la poliomyélite.


 1953 : Boris Levinson, psychiatre américain, est l’un des grands initiateurs à avoir découvert les possibilités de l’animal en thérapie. Il a remarqué par hasard l’influence positive de son propre chien sur un jeune patient autiste. L’enfant, complètement mutique, refusait toute communication avec le monde extérieur. Resté par mégarde dans le cabinet, son chien s’approcha du garçon, le renifla, le lécha. Et là, contre toute attente, l’enfant, pour la première fois, s’exprimera avec le chien. Il demandera même à revenir pour le revoir.

Années 60 : les premiers centres équestres délivrant la médiation équine ouvrent aux Etats-Unis.

En 1967, le Français Hubert Lallery, kinésithérapeute, et cavalier, fait sa première observation concernant une jeune fille atteinte de la maladie de Little (paraplégie spasmodique).

Dans les années 70, les chercheurs britanniques Mugford et Mc Kominsky, installèrent des perruches chez des hommes âgés de 75 à 81 ans vivant seuls. Ils constatèrent dans 60% des cas un arrêt des plaintes sur leurs difficultés et problèmes de santé, ainsi qu’une amélioration en termes de sociabilité.

Depuis 1971, la Fondation Adrienne et Pierre Sommer poursuit deux objectifs. Soulager la souffrance humaine, et améliorer la relation complexe qu’entretiennent l’animal et l’homme.
 

Dans les années 1980, Israël intègre l’équithérapie dans un parcours de soin pour guérir le stress post-traumatique d’anciens soldats et de civils victimes d’attentats.

En 1986, Renée de Lubersac, psychomotricienne et psychothérapeute, fonde la Fédération Nationale de Thérapies avec le cheval, dont le siège est à Vincennes.

En 2013, la Fondation de France a remis un prix à l'association Hugo B, pour son intervention d'équithérapie à la maison centrale d'Arles, menée en partenariat avec l'administration pénitentiaire. 2014 : Le métier d’équicien est reconnu par le RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles).  

Fin

jeudi 21 mars 2013

La LPO et Cemex fêtent leurs noces d’étain

Certains accords de co-construction entre des associations et des entreprises existent depuis plus de 10 ans. Ils se sont consolidés au fil du temps. Leur pérennité traduit une tendance lourde et d’autant plus fructueuse que les parties prenantes se connaissent de mieux en mieux. 

Comme en témoignent les initiatives lancées par la LPO et Cemex, un groupe qui réalise un chiffre d’affaires de 15 Mds$ et qui est coté au Nyse et à Mexico.

Créée en 1912 pour sauver les macareux, la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) est l’une des associations de protection de la nature les plus importantes en France. Si son siège se situe aux Fonderies Royales à Rochefort, son action couvre une grande partie du territoire.

La protection animale constitue bien une préoccupation ancienne en France, comme le montre également l’apparition de la Société nationale de protection de la nature (SNPN) en 1854.

Engagée dans la défense de la biodiversité, la LPO affiche clairement sa signature et incite à l’action : protéger, préserver, éduquer. La Ligue emploie environ 150 salariés. Son budget a atteint 13,1 M€ en 2011. Elle dispose d’une base solide avec 45.000 membres et plus de 17.100 fans sur Facebook.
 

L’association a compris depuis longtemps l’intérêt de dialoguer avec le secteur privé. Le partenariat avec la Fondation Nature et Découvertes dure depuis plus de 20 ans. Néanmoins, le mécénat et les partenariats ne représentent que 5% de ses ressources, loin derrière les subventions (38%).

La LPO se veut sélective. Elle associe un principe de communication graduée, de façon à ce que l'engagement de son image dans les partenariats corresponde au niveau de transfert d'expertises et d'engagements avec l'entreprise.

Elle se décline sur plusieurs niveaux :

  • de la simple citation du mécène dans les comptes financiers de l'association et dans les documents du programme de conservation soutenu 
  • à un affichage plus large selon l’intensité de l’accompagnement de la LPO dans la démarche de développement durable de l'entreprise.
  • le déploiement de la LPO sur 72 départements lui permet aussi de mener des actions locales lorsque les entreprises disposent d’implantations régionales. 
Ses partenaires corporate vont de la PME aux multinationales. La LPO collabore notamment avec Biovie (gamme d'entretien écologique contrôlée par Ecocert), Botanic, Léa Nature, EDF (minimiser l'impact des lignes électriques, échange de connaissances), ERDF ou encore Evian Danone.



Une autre collaboration vient de fêter son 10ème anniversaire, celle avec l’un des leaders de l’industrie de matériaux de construction, la société d’origine mexicaine Cemex. Cette dernière est concernée par la biodiversité, en raison de la nécessité de réaménager ses carrières et d’engager le management environnemental de ses sites de production.

Sans entrer dans le détail, le partenariat comporte plusieurs volets, notamment :

  • la gestion et suivi écologique des sites d’exploitation, 
  • la sensibilisation d’un large public à la préservation de la biodiversité
  • un mécénat soutenant des programmes de préservation des espaces et des espèces gérés par la LPO. 
  • un de leurs prochains axes de réflexion sera l’intégration de mesures favorables à la biodiversité dans les réaménagements agricoles des carrières et la sensibilisation des agriculteurs. 
Lors du centenaire de la LPO, l'histoire du partenariat avec Cemex a été présentée sous forme d’une éphéméride.

Ce dialogue a acquis au fil des ans une ampleur croissante et s’est aussi adapté aux réflexions globales menées en France sur la biodiversité. Il a en outre traversé la crise économique. Le Moniteur relate en effet que Cemex France a enregistré une baisse d’activité en 2012 et ne prévoit pas de rebond cette année.

Au final, Cemex a soutenu plusieurs dizaines de programmes de conservation conduits par la LPO et ses délégations régionales, pour un montant global de l’ordre de 100 000 € par an.

La LPO et Cemex France bénéficient en outre d’un autre facteur de stabilité et d’échanges, le fait que le groupe Cemex collabore avec l’association mondialement connue Birdlife International.

La LPO est en effet le représentant français de BirdLife International, alliance qui réunit plus de 100 organisations de protection de la nature (2,3 millions d’adhérents dans le monde). L’ONG américaine dénombre également plus de 36.400 fans sur Facebook.

BirdLife International travaille avec certaines entreprises, comme Rio Tinto depuis 2001.

L’ONG est aussi associée à Fauna and Flora International, Conservation International, et The Wildlife Conservation Society dans un programme baptisé The Conservation Leadership Programme (CLP). Il est financé depuis des années par BP et semble avoir survécu à l’explosion de Deepwater Horizon.

Pour aller plus loin :

En mai 2011, le programme “Sauvegarde des marais de l’Ouest” porté par la LPO et soutenu par CEMEX a fait l’objet d’un film réalisé par l’IFORE (Institut de Formation de l’Environnement) du Ministère de l’Écologie. La mission mécénat du Ministère a diffusé ce film pédagogique à tous ses correspondants régionaux basés en DREAL (directions régionales de l'environnement, de l'aménagement et du logement)

Stratégie nationale pour la biodiversité : le temps de l'engagement
 
Stratégie nationale pour la biodiversité : le... par developpement-durable

CEMEX et la LPO renouvellent leur partenariat pour la 10ème fois. http://www.cemex.fr/Presse/Communiques/CP_10072012.aspx http://www.cemex.fr/Presse/Communiques/CP_20130116.aspx 

19/12/2012: Business acting for biodiversity: CEMEX and BirdLife’s plans for biodiversity spring into action. 
http://www.birdlife.org/community/2012/12/business-acting-for-biodiversity-cemex-and-birdlifes-plans-for-biodiversity-spring-into-action/ 

 « Secourir la faune en détresse » un film sur les bénévoles, avec le soutien de la Fondation Norauto, Fondation EDF Diversiterre et Les 2 Vaches.

 
Secourir la faune en détresse par LPO_France

Si vous vous intéressez à la biodiversité, sachez qu’il existe une Newsletter "Biodiversité et Business" éditée par Gondwana, une agence de conseil en stratégie et en partenariat, spécialisée dans la protection de la biodiversité. Son rôle est d’aider les entreprises à définir leur politique dans cet univers et à nouer des partenariats durables avec les acteurs de la protection de l’environnement (ONG, associations de protection de la nature, parcs et réserves naturels, programmes et expéditions scientifiques, parcs zoologiques). http://www.gondwana-agency.com/

lundi 21 mai 2012

NatureandMore et plusieurs ONG soutiennent la biodiversité et l’agriculture bio en Europe






Basée aux Pays-Bas, Nature & More est un distributeur, qui représente plusieurs milliers de producteurs de légumes et fruits biologiques, biodynamiques et du commerce équitable. Son chiffre d’affaires est estimé à 100 millions de dollars.

Le 22 avril dernier, Nature & More a lancé la campagne “Les Abeilles Raffolent du Bio”. 

Le temps de cette campagne, d’avril à juillet, elle va distribuer 400.000 sachets de graines de fleurs aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique, en France, en République Thèque et en Suède. 

En plantant ses graines dans leurs jardins ou sur leurs balcons, les semeurs volontaires vont contribuer selon elle à la création d’un environnement biologique favorable aux abeilles d’une étendue de 400.000 mètres carré. Un millier de cyclistes néerlandais vont ainsi planter des graines le long d’une piste cyclable de 1.000 kilomètres, dénommée le route des pommes de terre et rebaptisée pour l’occasion la piste des abeilles.


Le Youth Initiative Program en Suède a créé une prairie fleurie ainsi qu’une courte vidéo sur YouTube pour sensibiliser les étudiants sur ces thématiques. Etc.


C’est l’entreprise néerlandaise De Bolster, producteur de semences biodynamiques, qui a fourni les graines.

La campagne a été mise en place avec la collaboration de Bionext, un réseau d’ONG néerlandaises, et De Bijenstichting («la Fondation des Abeilles»), et de l’ONG allemande Blühende Landschaft, qui défend le rôle majeur des insectes dans les écosystèmes.

 

Cette action vise à rappeler au plus grand nombre le travail irremplaçable des abeilles dans notre alimentation, via la pollinisation, ainsi qu’à promouvoir une agriculture biologique, dont les abeilles sont les alliées.

 About Nature and More 

Nature & More is a phenomenon in the international organic branch that stands somewhere in between an NGO and a commercial operation. It was developed by Eosta, a leading European distributor of organic fruits and vegetables, as a "trace tell" trademark to increase transparency for organic products. 

To achieve this, a simple code system was developed. The codes can be found on Nature & More; More products and point the consumer to detailed information about the producer. Every Nature & More; More grower has his own personal "sustainability flower", which the consumer can click to learn more about the integral sustainability achievements of that particular grower. 
http://www.natureandmore.com/bienvenue?set_language=fr&cl=fr 

Sur ce blog. Ces entreprises qui se piquent de faire du miel. Avril 2010 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/04/ces-entreprises-durables-qui-se-piquent.html



Bienen, Hummeln, Schmetterlinge und Co. sind unersetzlich. Als Blütenbestäuber sorgen sie für die Vielfalt von Pflanzen und Tieren. Doch wo finden diese Insekten heute noch ihre Nahrung? Auf Feldern und Wiesen, öffentlichen Flächen und in Gärten blüht es immer weniger.

Wir ändern das. Helfen Sie mit!

lundi 11 juillet 2011

Le biomimétisme : ne pas souiller son nid, optimiser plutôt que maximiser

Le livre de référence sur le biomimétisme de Janine M. Benyus (en pleine démonstration sur la photo ci-contre) vient enfin d'être traduit. Méthode innovante, le biomimétisme cherche des solutions soutenables en s’inspirant de concepts et de stratégies ayant fait leurs preuves dans la nature : gérer les mégalopoles comme une forêt primaire, colorer des immeubles comme les ailes du papillon sans pigment ni produits chimiques, etc. L’édition originale de cet ouvrage a été publié en 1998 aux Etats-Unis sous le titre « Biomimicry, Innovation Inspired by Nature ». Il aura donc fallu 13 ans pour attendre qu’un éditeur français s’en empare, sans doute en raison de la trop grande segmentation des disciplines scientifiques dans l’hexagone. Janine M. Benyus est venue du Montana à Paris fin juin pour assurer la promotion de son livre et vanter les mérites d’une nouvelle approche révolutionnaire, susceptible de générer des innovations durables, le biomimétisme. Née en 1958, Janine est une scientifique américaine diplômée en sylviculture et en littérature. Méthode innovante, le biomimétisme cherche des solutions soutenables en s’inspirant de concepts et de stratégies ayant fait leurs preuves dans la nature : cultiver les aliments comme une prairie, filer les fibres comme une araignée, etc. Léonard de Vinci recommandait déjà « d'aller prendre ses leçons dans la nature ». En 1903, l’avion des Frères Wright est né de l’observation des vautours (portance, trainée). En 1943, dans son manuel de survie, l’US Naval Institute publiait un ouvrage, « How to Survive on Land and Sea », recommandant à ses soldats projetés en milieu hostile d’observer ce que mangent les animaux, car ces ingrédients ne présentent en général pas de danger pour la santé. Pour révéler les richesses de la nature, Janine M. Benyus a été amenée à conduire son enquête au croisement de nombreuses disciplines scientifiques. Ses travaux recouvrent la totalité des activités humaines comme l’agriculture, les matériaux (BTP, etc), l’énergie, l’informatique, le commerce et différentes thématiques : recyclage, économie d’énergie, efficacité, réduction de la pollution. En se fondant sur sa connaissance du terrain, Janine joue aussi un rôle d’alerte. Il est urgent de prendre en compte les risques de perte de biodiversité, du recours à des produits nocifs, que la nature parvient très bien à se passer, mais aussi de la pression démographique, qui pousse au pillage irraisonné de ressources naturelles.
« Pour le biologiste Wes Jackson, la notion de « ressources » devient indécente. »
Depuis 3,8 millions d’années, la nature n’a cessé de s’adapter sans hypothéquer le futur et sans pétrole. Si 99% des espèces ont disparues, celles qui subsistent méritent le respect : elles peuvent fournir des pistes de succès non pas à exploiter, mais à imiter. Tous ces organismes sont des modèles de prospérité.
Les dix commandements du Peuple de Séquoia - La nature fonctionne à l’énergie solaire. - Elle n’utilise que la quantité d’énergie dont elle a besoin. - Elle adapte la forme à la fonction. - Elle recycle tout. - Elle parie sur la diversité. - Elle valorise l’expertise locale. - Elle limite les excès de l’intérieur. - Elle utilise les limites en opportunités.
S’inscrivant dans la durabilité, les innovations apportées par le biomimétisme font souvent appel à une approche transversale, aussi bien dans l’observation de la nature que dans le design en entreprises. Mais, aussi d’éco-quartiers ou d’ensembles industriels, où plusieurs entreprises vont imaginer un écosystème (Kalundborg, Danemark). C’est pourquoi de nombreux biologistes ont été embauchés ces dernières années pour faire bénéficier les entreprises innovantes de leur expérience. Le livre permet aussi de mettre en évidence les avantages que retirent les entreprises pionnières, notamment en termes de brevets, mais aussi de réduction de coûts et d’anticipation de normes réglementaires (chimie). Si les marketers ont échoué à vanter certains produits naturels dans les années 70, les industriels peuvent sans doute aujourd’hui plus facilement en tirer un avantage en termes d’image, compte tenu de la montée des préoccupations environnementales. Parmi les entreprises citées, 3M dans la réduction des toxines dans ses produits, ATT dans l’écologie industrielle, Black&Decker, Déjà Shoe qui fabrique des chaussures à partir de pneus usés. De son côté, Canon invite ses clients à lui retourner ses cartouches d’encre vides de ses imprimantes et ses photocopieurs. La firme prend en charge les frais d’envoi et pour chaque l’envoi reverse un don de 5 dollars à la National Life Conservation ou à Nature Conservancy. Pour Daniel Chivas, Lessons from Nature ; 1992
"Davantage d’entreprises admettent que les technologies qui créent de sous produits que la société ne peut pas absorber sont des technologies qui ont fondamentalement échoué ».
Le livre s’inscrit bien sûr dans une mouvance plus large comme The Natural Step (TNS) et Cradle to Cradle. http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/07/natural-step-pose-les-bonnes-questions.html Certains ouvrages peuvent avoir un impact insoupçonné, comme de fut le cas pour InterfaceFLOR, qui est basé à Atlanta. La lecture en 1994 par son fondateur Ray Anderson de deux livres, L'Écologie de marché, de Paul Hawken, et Ishmael de Daniel Quinn (1992), allait le pousser à faire de son groupe la première entreprise à démontrer au reste du monde le bien-fondé du développement durable. Dans la même veine, le WWF prône l’éco-conception. Un sujet qui figurait à l’agenda de son Université de rentrée 2010 sur la biodiversité. Ce livre qui comprend notamment un très bel éloge de la prairie et de l’observation du mode alimentaire des singes (comment ils se soignent), est remarquablement traduit. Il est très documenté et laisse augurer une série Initial DD très prometteuses aux Editions de l’Echiquier. Je regrette seulement l’absence d’un index. Au-delà de ce livre, qui plaide en faveur du partage de la planète, un site Internet est aussi en ligne afin de faire part des observations effectuées dans la nature, en open source. http://www.asknature.org/ Il s’agit d’éviter que certains industriels mettent la main sur des techniques développées par des animaux, des plantes ou des écosystèmes. Soit des millénaires de R&D, qui sont un bien commun à imiter et à préserver. Gare à la biopiraterie. Conférence Biomimétisme - Partie IV - Inspiré par les Ecosystèmes (Fondation Cousteau) Pour aller plus loin : Biomimétisme Quand la nature inspire des innovations durables Janine M. Benyus Collection Initial(e)s DD genre : Essai prix : 23 euros format : 150 x 200 mm nombre de pages : 400 pages date de parution : 4 mai 2011 EAN : 9782917770238 ISBN : 978-2-917770-23-8 Sommaire CHAPITRE 1 IMITER LA NATURE Pourquoi le biomimétisme, aujourd’hui ? CHAPITRE 2 COMMENT ALLONS-NOUS NOUS NOURRIR   ? L’agriculture adaptée à la terre :cultiver la nourriture selon le modèle de la prairie CHAPITRE 3 COMMENT ALLONS-NOUS PRODUIRE DE L’ÉNERGIE   ? De la lumière à la vie : recueillir l’énergie à la manière d’une feuille CHAPITRE 4 COMMENT FABRIQUER NOS MATÉRIAUX ? Adapter la forme à la fonction : tisser des fibres à la manière d’une araignée CHAPITRE 5 COMMENT POUVONS-NOUS NOUS SOIGNER  ? Des experts parmi nous : trouver des remèdes, à la manière des chimpanzés CHAPITRE 6 COMMENT STOCKER NOS CONNAISSANCES ? La danse des molécules : calculer à la manière d’une cellule CHAPITRE 7 COMMENT ALLONS-NOUS FAIRE DES AFFAIRES ? Fonctionner en circuit fermé : gérer une entreprise à la manière d’une forêt de séquoias CHAPITRE 8 ET APRÈS, OU IRONS-NOUS ? Que l’émerveillement ne cesse jamais : pour un avenir biomimétique La collection « Initial(e)s DD » Biomimétisme est le premier ouvrage de la collection « Initial(e)s DD », dont l’ambition est de mettre à disposition d'un public francophone les livres de ceux et celles qui inventent ou ont inventé le développement durable. Pour identifier ces livres fondateurs, Rue de l'échiquier bénéficie de l'expertise de Bruno Lhoste, directeur de collection. Diplômé en énergétique, Bruno Lhoste est directeur général d'Inddigo, société de conseil et d'ingénierie en développement durable. Il garantit à « Initial(e)s DD » la réalisation d'un objectif : faire progresser l’intelligence collective, ce bien commun indispensable au développement durable. http://www.inddigo.com/ Site personnel de l’auteur : http://www.janinebenyus.com/ Site d’infos : The Biomimicry Institute is a not-for-profit organization that promotes the study and imitation of nature’s remarkably efficient designs, bringing together scientists, engineers, architects and innovators who can use those models to create sustainable technologies. The Biomimicry Institute offers short-term workshops and two-year certificate courses in biomimicry for professionals, and helps to develop and share biomimicry-related curricula used in a range of educational venues, from K-12 classrooms to universities, as well as in non-formal settings such as zoos and museums. The Biomimicry Institute does not conduct its own research; rather, it serves as a clearinghouse and resource for those who do. http://biomimicryinstitute.org/ Un Blog très riche: Le blog des tendances design, technologies, architecture, web http://alltrends.over-blog.net/ 21 juin 2011.Tarkett, leader mondial des revêtements de sols et de surfaces Sportives, a obtenu la certification Cradle to Cradle® (niveau argent) pour sa gamme de produits linoléum. Et signe un partenariat avec l’institut allemand de recherche scientifique EPEA (Environmental Protection and Encouragement Agency) http://www.tarkett.com/group/sites/default/files/Lino%20C2C%20certification_FR_v3.pdf Photo de Janine prise en conférence de presse/blogueurs dans les locaux de MateriO. Centre indépendant d’informations sur les matériaux innovants, MateriO inscrit sa démarche dans celle du biomimétisme et figure parmi les lieux incontournables pour les designers, créateurs, artistes, industriels qui s’intéressent à l’éco-conception. http://www.materio.com/

mercredi 11 mai 2011

Développement durable : Lafarge n’avance pas seul















Le groupe Lafarge, qui a dégagé un chiffre d’affaires de 16,2 milliards d’euros en 2010, vient de publier son rapport de développement durable. Ce document offre une vision dynamique du cimentier, qui utilise une batterie d’indicateurs chiffrés suivis dans le temps et faciles à lire.
Il en ressort des données dans les domaines les plus divers :

  • Les émissions de C02 par tonne de ciment produite par Lafarge dans le monde ont baissé de 21,7% (contre 20,7% en 2009) par rapport à 1990, soit 600 kg par tonne contre encore 774 kg en 1990.
  • En 2010, le groupe a atteint son objectif de mesurer les émissions de polluants persistants dans tous ses fours afin, dans un deuxième temps d’appliquer de bonnes pratiques visant à les réduire.
  • 94% des carrières en activité ont été passées en revue selon des critères établis par le WWF International. Elles n’étaient que 69% en 2009.
  • Une réflexion est engagée sur l’exploitation de l’eau dans le cadre du projet international “empreinte hydrique” qui permet d’évaluer les enjeux pour ses sites industriels en fonction de la disponibilité réelle de l’eau douce dans les différentes régions.
  • Nouvelle baisse du nombre de jours perdus à cause d’accidents du travail.
  • Le programme de bonnes pratiques mis en place en Afrique dans la lutte contre le HIV/Sida et la malaria a été étendu à la Russie et à l’Ukraine.
  • Les investissements dans le domaine de la sécurité et de l’environnement ont atteint 88 millions d’euros en 2010, en baisse de presque 50% par rapport à 2008 (157 ME), en raison de la crise.
  • Lafarge emploie désormais 31% de ses salariés dans des pays où les droits de l’homme (selon Freedom House’s Freedom in the World 2010) ne sont pas garantis. A comparer à 11% seulement en 2005.
Le leader mondial des matériaux de construction a su s’entourer très tôt d’experts pour mener à bien sa politique de développement durable, comme l’illustre dans ce rapport les commentaires des membres de son panel de parties prenantes (stakeholders). Ses «amis critiques» balisent les étapes qu’il serait souhaitable selon eux que Lafarge franchisse dans les prochaines années. En outre, Lafarge a aussi noué des partenariats avec des associations de premier plan (le WWF depuis 2000, Care depuis 2003).

Au départ, le WWF a notamment aidé le groupe cimentier à identifier les indicateurs de performance environnementale les plus pertinents, pour la baisse de ses consommations d'énergie, la limitation de ses émissions, etc. Ainsi qu’à développer une stratégie de réhabilitation écologique des carrières en fin de vie, qui ne seraient plus laissées à l’abandon, avec notamment pour bénéfice la biodiversité.

Pour Bertrand Collomb, PDG du groupe jusqu'en 2007. Avec le recul,...

« cela a été une relation assez virile, mais nous avons progressé. Ce partenariat avec le WWF a été le début d’une approche où nous acceptions de nous laisser challenger par l’externe. Il a abouti à un état d’esprit où des gens extérieurs à l’entreprise peuvent poser des questions, et nous considérons que, s’ils les posent, ce sont de bonnes questions. Même si nos ingénieurs auraient vu les choses différemment».


Le partenariat Lafarge et WWF par LafargeGroupe


Si Lafarge est considéré par certains experts comme un « prime mover », avec les bénéfices que cela comporte en théorie, ses efforts en matière de RSE ne devaient pas compromettre sa pérennité face à des concurrents moins-disants socialement ou sur le plan écologique. C’est pourquoi Lafarge a voulu ouvrir les yeux de ses rivaux en lançant la Cement Sustainability Initiative (CSI). La CSI est une initiative sectorielle du World Business Council for Sustainable Development (WBCSD).

Les dix membres de la CSI se sont engagés en juillet 2002 à réviser leur processus de fabrication et leur vision du monde. Avec trois grands engagements : protéger le climat, préserver les ressources (matières premières naturelles et énergies fossiles) et assurer la santé et la sécurité des collaborateurs. Cette initiative se base sur le volontariat.

Aujourd’hui, les 23 membres du CSI représentent plus de 40% de la production mondiale de ciment, contre 29% en 2009. Un bond en avant récent, car 5 cimentiers chinois ont rejoint le club en 2009 et 2010. Des acteurs significatifs, qui pèsent 20% de la production de leur pays.

Depuis le début, la Cement Sustainability Initiative s’est dotée d’un conseil consultatif composé de cinq experts indépendants. Ils vérifient que cet élan collectif ne dévie pas de ses intentions initiales. Comme le Dr. Mostafa Kamal Tolba (Fondateur et Président de l’ICED; auparavant Executive Director à l’UNEP), le Dr. Claude Martin (ex DG WWF International) ou encore Zhang Jian Yu (Program Manager, Environmental Defense China Program).

La longue marche n’est pas finie, puisque 60% des cimentiers ne partagent pas cette philosophie. L’enjeu est donc majeur, car la production de ciment et de granulat est encore appelée à croître dans années à venir. Les marchés émergents poursuivent en effet des objectifs de développement légitimes et le phénomène d’urbanisation s’accroît. De ce fait, toute la démarche engagée par la CSI pourrait se révéler un coup d’épée dans l’eau.

Pourtant, l'implication croissante d’industriels en provenance des Brics semble indiquer que ces préoccupations gagnent du terrain. Des chiffres diffusés en juillet 2010 par la CSI, montrent que l’intensité en CO2 par tonne produite par 46 compagnies a reculé de 3,8% depuis 2005 et même 14,3% depuis 1990…

L’Initiative Ciment en donne plusieurs explications : de nouveaux modes de fabrication, de nouveaux fours à ciment (cement kilns), une meilleure efficacité énergétique et le recours à des fuels alternatifs. De plus, les nouvelles cimenteries construites en Chine seraient désormais toutes conçues à la pointe de la technologie.

Pour Lafarge, le travail déjà accompli n’est pas neutre. Outre la motivation du personnel, il faut savoir que la réhabilitation des carrières est devenue un argument commercial pour emporter un marché. Etre en avance est aussi bon en terme d’image. Début 2010, Lafarge a signé un accord volontaire avec l’Environmental Protection Agency (EPA) aux Etats-Unis, où il prévoit d’investir 128 millions d’euros en équipements afin de réduire ses émissions de SO2 et de NOx à des seuils inférieurs à la réglementation.

Dans le Rapport 2010, le panel de Lafarge souligne les dangers de la sous-traitance avec d’autres partenaires du secteur privé comme l’a montré l’an passé la catastrophe dans le Golfe de Mexico. Il relève aussi avoir eu des discussions franches concernant le projet de Lafarge d’une nouvelle implantation en Inde.
"Dans ses relations avec les communautés, le groupe Français reconnaît volontiers avoir rencontré des problèmes, notamment à Ravena dans l’Etat de New York et à Himachal Pradesh en Inde."
Les membres du panel appellent de leurs vœux l’émergence de technologies de rupture dans le monde de la construction, qui permettraient d’économiser de l’énergie, de prévenir une hausse des phénomènes climatiques extrêmes et la raréfaction de l’eau.
"Des bâtiments plus agréables à vivre, à des prix abordables afin aussi de lutter contre la pauvreté et réduire le stress urbain;"
Dans le détail, la variété des thèmes évoqués par le panel reflète la diversité de leur recrutement.

Il est aussi indiqué que 75% des ventes de Lafarge sont couvertes par un système de management écologique (EMS, environmental management system) et 45% par la norme ISO 14001. L’objectif de l’industriel est de parvenir à terme à 100%. Pour Frank Rose, personnalité indépendante du panel des stakeholders, les choses pourraient aller plus vite.

Pour Jean-Paul Jeanrenaud (WWF International), la réduction de certains polluants persistants constitue une priorité. Il faudrait aussi selon l’ONG mesurer la biodiversité liée à la réhabilitation des carrières par rapport à un référentiel comme celui de l’IUCN (International Union for Conservation of Nature).


De son côté, Alastair Mcintosh (Centre for human ecology) se réfère à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (septembre 2007), y compris des droits sur l’exploitation des ressources naturelles. Il appelle Lafarge a porté haut l’étendard de cette cause lors de l’étude de toute nouvelle implantation. Il cite expressément la question du « droit au libre consentement préalable et éclairé » (free, prior and informed consent, FPIC)

Marion Hellmann, Assistant General Secretary de Building And Wood Workers International (Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois, BWI) note que la part de l’outsourcing dans l’emploi total a atteint 30% chez Lafarge, alors que l’effectif du groupe continue de baisser.

Il demande à Lafarge de donner des indications sur la part des femmes travaillant dans l’outsourcing, car elles en sont souvent les principales victimes.

Selon lui, Lafarge doit également expliquer ce qu’il fait pour promouvoir les droits de l’homme et suivre les recommandations du Rapport Ruggie dans les pays où la situation des ouvriers et des syndicats est critique. Même chose concernant la composante humaine dans sa politique de supply chain.

Pour découvrir ce rapport :
http://www.lafarge.com/wps/portal/2_7-Rapport_de_developpement_durable?xtor=EPR-81



Cement Sustainability Initiative
http://www.wbcsdcement.org/

Le partenariat de Lafarge et Care contre le Sida a fait ses preuves. Juin 2009

http://ong-entreprise.blogspot.com/2009/06/le-partenariat-de-lafarge-et-care.html

« Critical Friends: The Emerging Role of Stakeholder Panels in Corporate”
Mars 2007

Accountability et Utopies
ont produit un rapport de recherche, qui étudie l’expérience des entreprises s’appuyant sur des panels de parties prenantes afin de conforter la stratégie de développement durable. Entreprises sondées : Areva, BT, BP, EDF, Camelot, Gaz de France, Ford, Nike et Vodafone. Le rapport fournit également un guide pratique pour la mise en place de panels efficaces et met en évidence comment ces panels peuvent contribuer à l’amélioration continue du reporting, de la gouvernance et de la performance de l’entreprise.
http://www.stakeholderpanels.net/

« Le développement durable : outil de compétitivité pour les entreprises françaises ».

Rapport de la Commission Ingénierie et Grands Projets. Groupe de Travail : Environnement
Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur Français (CNCCEF) Octobre 2007
http://www.avenirdurable.org/IMG/pdf/08_rapport_DDurable_1_.pdf