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vendredi 30 juillet 2021

Comment Corporate America tente de s’adapter à Black Lives Matter



George Floyd est mort étouffé à Minneapolis le 25 mai 2020 à l’occasion d’une bavure policière. Filmée en direct par des passants, son agonie a connu un retentissement mondial. 

 Le slogan Black Lives Matter, apparu en 2013 aux Etats-Unis et dénonçant le racisme des policiers blancs, a alors débordé de la communauté militante dont il est issu pour devenir un phénomène sociétal majeur, des terrains de sport jusqu’à Corporate America 

 Les 1.000 plus grosses entreprises classées par Fortune ont injecté des milliards de dollars dans des programmes luttant contre le racisme systémique et pour mettre en place des quotas de recrutement…après avoir refusé de le faire pendant des décennies. 

Des préjugés tenaces 

Les dirigeants « blancs » les plus âgés, qui occupent les plus gros postes, sous-estiment les barrières érigées à la carrière des personnes de couleur. En 2018, une étude auprès de 5.000 professionnels, menée par le BCG, a révélé que 
  • Seulement 19% d’entre eux estiment que les personnes de couleur rencontrent des obstacles en termes de gestion de carrière et de promotion. 
  • Alors que leurs collègues afro-américains sont 43% à l’évaluer. 
Les dirigeants des firmes US auraient plus conscience des inégalités entre les sexes qu’à celles liées aux origines. 

Des diplômés écartés 

Citée par le Wall Street Journal, une enquête réalisée en 2018 par la Harvard Business School Leadership Initiative sur ses diplômés afro-américains hommes ou femmes a mis en évidence que respectivement 19% et 13% d’entre eux occupaient des postes clés tels que CEO, managing director ou partenaire. 

Ce chiffre montre à 40% pour les diplômés non afro-américains. 

L’exemple de Reddit 

En juin 2020, Reddit a nommé le PDG de l’incubateur de start-up Y Combinator comme nouveau membre de son conseil d’administration. Michael Seibel a notamment cofondé le site de streaming Justin.tv, qui est par la suite devenu Twitch. Il remplace donc le cofondateur de Reddit Alexis Ohanian, qui a démissionné afin de laisser sa place à une personne de couleur. 

 Michael Seibel est investi dans plusieurs initiatives pour augmenter la diversité dans l’industrie de la tech, comme Blacktech Weekend et Black Tech for Black Lives. 

De son côté, JP Morgan a consacré 30 Mds$ en octobre dernier pour promouvoir l’équité raciale dans les 5 prochaines années. Ce programme se concentre notamment sur les afro-américains et les populations de langue hispanique. 

Certains de ses concurrents l’ont imité. 

Dans un communiqué de presse, le groupe financier indique que cette initiative, auquel il faut ajouter les préoccupations environnementales, répondent non seulement à une demande des investisseurs, mais à une attente des consommateurs. 

Une enquête de LinkedIn (Why the Head of Diversity is the Job of the Moment), publiée en septembre 2020, a révélé une explosion depuis 5 ans de postes dans les entreprises, sous des intitulés comme « Directeur de la diversité ». 

Plus d'argent sur le terrain 

Dans ce contexte, les ONG œuvrant pour la réduction des inégalités aux Etats-Unis ont enregistré des levées de fonds records. Selon CNN, la Local Initiatives Support Corporation (LISC), un acteur majeur dans le financement du développement des communautés, a pu investir plus de 2 Mds$, un montant entre deux et trois fois les montants levés les années précédentes. 

Cette enveloppe lui a permis d’accompagner 12.000 petites entreprises, dont les dirigeants sont à plus de 80% issus des minorités. S’ils saluent cette bascule, les acteurs du terrain soulignent qu’il faudra du temps pour corriger les inégalités aux Etats-Unis : 

  • Un cabinet de conseil, le Creative Investment Research, a montré que ces dernières années, sur 50 Mds$ promis en faveur de l’égalité raciale, seuls 250 M$ avaient été vraiment engagés. 
  • En décembre dernier, le Brookings Institute a calculé que l’investissement à initier pour faire disparaître les inégalités entre les ménages Black et White s’élèverait à 10.000 Mds$. 

 Wall Street rentre dans la boucle 

Sous la direction d’Adena Friedman, le Nasdaq a proposé en décembre dernier d’imposer aux sociétés cotées d’avoir au moins deux membres du conseil d’administration, dont une personne qui s’identifie comme une femme et une personne qui s’identifie comme une minorité sous-représentée ou LGBTQ+. 

Le Nasdaq définit la minorité sous-représentée comme toute personne qui s’identifie comme « Noir » ou Afro-américain ; Hispanique ou Latinx ; Amérindien ou natif d’Alaska ; Natif hawaïen ou insulaire du Pacifique ; ou asiatique. 

Des premiers résultats contrastés 

Selon les premières remontées, les principaux bénéficiaires de ce nouvel état d’esprit sont les femmes et les Latinos. 

  • Les femmes occuperaient désormais environ un tiers des sièges au conseil d’administration du S&P 500. 
  • Les Afro-américains ont peu bénéficié du mouvement : ils ne seraient représentés que dans 145 compagnies. 
  • Le nombre de postes confiés aux Latinos auraient quadruplé en un an. (Bloomberg, mars 2021) 

Pour aller plus loin : 

McKinsey: It’s time for a new approach to racial equity 

Wall Street Journal: Why Black professionals comprise 1% of the executives running America’s top 500 companies 

BCG: The Real Reason Diversity Is Lacking at the Top 

jeudi 26 mars 2020

Le storytelling maîtrisé de Rainforest Action Network


Voici le troisième volet d’une série de posts relatifs à une campagne de plaidoyer de Rainforest Action Network contre certains groupes, en particulier Citigroup. 

Rainforest Action Network a réussi à entraîner dans sa cause une multitude d’acteurs disparates, de jeunes collégiens en culotes courtes jusqu’à des peoples influents. 

Elle y est parvenue grâce à une parfaite maîtrise de son discours. Le maintien d’un certain rythme, ainsi que de nombreuses adaptations pour toucher tous les publics, ont aussi permis à ce discours de tenir bon pendant tout un marathon, en étant aussi déclinés sur différents tableaux ; siège social, assemblée générale des actionnaires, universités, etc. 

Dans ces batailles, Rainforest Action Network a toujours cherché à garder la main. Ilyse Hogue et Patrick Reinsborough, qui sont passés par cette organisation, ont théorisé son processus de communication. Ils ont été associés dans la société de communication « SmartMeme, changing the story ».

Selon cette dernière, chaque campagne oppose de manière inhérente un pouvoir partisan du statu quo à des agents de changement. « Dans cette bataille, on doit s’assurer qu’on n’est pas seulement en tain de raconter l’histoire de la Bataille, mais en vérité se battre pour la bataille de l’histoire ».

 Ils font référence au « meme », de la théorie memeric, qui vaut qu’une idée contagieuse se répande sans perdre sa signification, comme un virus dans l’organisme. Cette théorie s’inscrit notamment dans le fil des travaux du sociologue Gabriel Tarde (1843-1904).



Il a en particulier développé certains thèmes comme la foule et l’imitation.



Le mot histoire devient même un slogan pour Patrick Reinsborough, dans le cadre d’un plan de formation : STORY = Strategy, Training & Organizing, Ressources of Youth.

Vu sous cet angle, Rainforest Action Network a bien appliqué une stratégie similaire, qui consiste à entraîner ses troupes, à les structurer et a à mobiliser les écoliers et les étudiants. En face, les dirigeants de Citigroup ont fait profil bas, réagissant aux attaques par des paroles de bonne volonté, sans pouvoir glaner d’autres soutiens.

 Dans un outil aux militants, l’ONG précise explicitement que ses actions permettent « de divertir le personnel des sociétés attaquées, d’occuper leurs ressources, en les empêchant de nouer de nouvelles relations commerciales ».

Pour les intervenants de SmartMeme, « avec la compilation de toutes nos histoires, des conflits sensationnels et des idées contagieuses, les défenseurs de nos communautés vont submerger les campagnes de relations publiques à plusieurs millions de dollars et fissurer le monopole des médias».

La collaboration comme seule issue 

Richard D North, un commentateur britannique conservateur, qui a travaillé dans différentes revues comme spécialiste de l’Environnement, a signé une chronique titré « Living with the enemy » dans The Economist du 7 août 2003. Il déplorait ce genre de campagne de plaidoyer : « Ce n’est plus une partie de plaisir d’être le patron d’une multinationale assiégée par des activistes indignés ».

Selon lui, à la suite d’une campagne hautement profilée, la collaboration avec les ONG peut sembler l’issue la plus aisée.

Concernant la leçon infligée par Rainforest Action Network à Citigroup, il fait chapeau bas, malgré son dépit : « Not bad for a group with a dozen staff and a $2M budget ».

Pour lui, le combat est déséquilibré. Les messages des ONG seraient colportés par les médias comme les «Saintes Ecritures» (Holy Writ). Une situation qu’il déplore, car selon lui « les messages de certaines ONG sont choisis moins en fonction de la cause que pour leur capacité à attirer la publicité et les donations en touchant les consommateurs sur des sujets qui vont les rendre furieux ».

Malgré leur faiblesse apparente, qui est même revendiquée paradoxalement comme une preuve d’efficacité, les équipes de Rainforest Action Network ne boudent pas leur plaisir d’avoir « convaincu » une douzaine de sociétés de changer de pratiques, dont toutes ont fait un jour la Une de Fortune. Dans ces combats, l’argent a moins compté que l’imagination.

Le mot « futé » revient souvent chez les commentateurs des batailles menées par cette ONG.

Echecs des contre-attaques 

Plusieurs opérations de déstabilisation ont été intentées contre Rainforest Action Network • Ne reconnaissant pas le rôle éducatif de l’ONG, des actions pour que RAN soit soumise à la fiscalité ont été entamées, sans succès.

  • Un site a même été créé (ONGwatch.org) pour dénoncer le manque de transparence de nombreuses ONG altermondialistes et constituer une base de données sur les 100 plus importantes aux Etats-Unis. 
  • Un contre-feu a été allumé, via la création du site RANamuck (muck en anglais : fiente, crasse). Ce site contenait même l’adresse email de la Tide Foundation, afin qu’on puisse lui envoyer un message, lui demandant pourquoi elle donnait de l’argent à un groupe partisan de l’action violente. Cette dernière action a été quelque peu décrédibilisée, car l’un de ses promoteurs provenait de l’industrie de l’abatage de bois. (selon SourceWatch) 
Finalement, les opposants de Rainforest ont été assez maladroits, certains acteurs cherchant même à les faire passer pour des écoterroristes.

 Comble de malchance, le patron de Citigroup, Sandy Weill, a dû aussi pendant cette période se défendre dans l’enquête d’Eliot Spitzer, sur le rôle de Citigroup dans la faillite d’Enron. Une enquête qui a poussé la banque a renvoyé certains collaborateurs et à instaurer de nouvelles pratiques.

 Pour aller plus loin : 

Le site personnel de Patrick Reinsborough
https://www.patrickreinsborough.com/

 1er post : Rainforest Action Network : tout le génie d’un acteur faible, cliquez ici

 Post N°2 : 2004 : Quand Citigroup cède aux pressions de la jeunesse

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Post suivant : RAN, un concentré de compétences
http://ong-entreprise.blogspot.com/2020/03/rainforest-action-network-un-concentre.html

mercredi 25 mars 2020

2004 : Quand Citigroup cède aux pressions de la jeunesse

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Je reviens dans cette série de posts sur les méthodes d’action d’une ONG californienne, défenseuse de la forêt tropicale. Il s’agit d’un exercice que j’ai effectué il y a une dizaine d’année. 

En voici le deuxième volet. 

En avril 2000, Rainforest Action Network (RAN) lance une première salve contre Citigroup, a qui elle a décerné pour la circonstance le Prix de la « banque la plus destructrice au monde ». 

Comme à son habitude, le point de départ de cette action fut une lettre officielle, avec papier à en tête, adressée aux dirigeants du groupe, recensant leur rôle clé dans la destruction de la forêt primaire et dans l’accélération du changement climatique. Citigroup était alors notamment « impliqué » dans le financement de projets majeurs comme la construction du barrage des Trois Georges en Chine et dans un pipeline au Pérou, bien loin des rives de l’Hudson.

N’ayant pas obtenu de réponse, une série d’actions de harcèlement furent lancées en octobre dans tout le pays, incluant des manifestations et des fermetures de comptes. C’est la division banque de financement et d’investissement (BFI) de Citigroup qui est directement partie prenante dans les financements de projets controversés. Néanmoins, la BFI reste une entité un peu abstraite.

Pour mettre en scène la protestation, RAN a préféré inviter ses militants à couper en deux publiquement leurs cartes de crédit Citi. Un objet bien identifié par les Américains, qui en possèdent très souvent plusieurs.

Des étudiants mobilisés 

Ses messages ont su trouver leurs publics. Notamment auprès des jeunes, et bien avant les mouvements actuels symbolisés par Gréta Thunberg.

  • D’après la revue U-California, des étudiants de Berkeley ont inondé de fax Citigroup dans le cadre du « International Fax Day ». Une fois les deux fax du service client coupés, ils ont balancé leurs missives sur ceux des agences de la banque. 
  • En mars 2001, des étudiants ont été formés au Ruckus Camp à une université d’été alternative dénommée « Une fessée aux banques », avec un mois plus tard, « second City Day » 80 actions simultanées dans 12 pays sur 5 continents. Avec des bannières dans les villes disant « Hey Citi : Not with my money ». 
  • En avril 2001, une étudiante exprime sa détermination à l’Environnment News Service (ENS) : « les étudiants vont continuer à boycotter les cartes de crédits de Citigroup, mais aussi ses jobs et ses prêts étudiant tant que la banque financera le réchauffement climatique». 


En novembre 2002, l’accès du public à des agences de Citigroup à San Francisco est bloqué par des activistes, qui ont étendu de vastes banderoles « Corruption à l’intérieur, Destruction à l’extérieur ». 

Tandis qu’un ballon aérien géant était dressé au Citicorp Plaza. Ces actions donnent souvent lieu à des arrestations. Le fait faisant la une des journaux.

Et, les enfants prennent le relais : 

  • Le 18 décembre 2002, le journal Ascribe News rapporte que des milliers d’enfants ont appelé le CEO de Citigroup, Sandy Weill, pour un cadeau de Noël un peu spécial, lui demandant de changer ses pratiques. Environ 2.500 appels ont ainsi atterri au 399 Park Avenue,… 
  •  …sans compter des lettres d’enfants accompagnés de dessins représentant des indigènes et animaux vivant dans les forêts tropicales. 
Pour occuper tout l’espace, Rainforest Action Network lance aussi un site Internet ThisisCitigroup.org, un forum de contestation pour faire la vérité sur la banque, sur son train de vie et sa politique environnementale.

 

Dans la foulée, des étudiants, membres de RAN, sont évacués lors de la visite de Sandy Weill promotion 1955, venu en visite à son ancienne école, Cornell University. Le banquier n’était pas encore prêt au débat.

Des relais puissants dans les médias 

Alors que les réseaux sociaux n’existent pas encore, Rainforest Action Network parvient aussi à occuper le terrain des médias. Comme à la télévision, où des stars (Susan Sarandon, Ed Asner, Darryl Hannah) invitent le public à déchirer leurs cartes bancaires Citi.

 « Citi détruit la forêt et déplace les populations locales. Quand vous utilisez votre carte Citibank, vous financez aussi ces horreurs ».
« Arrêtez de financer les bulldozers »

Mais aussi dans la presse internationale, en s’offrant des pleines pages de publicité dans le NYT (13/11/2002) ou encore dans le WSJ.

L’une des grandes fiertés de Rainforest Action Network est aussi d’avoir pu obtenir des visas d’entrée aux Etats-Unis (pourtant après le 9/11) pour une poignée d’activistes péruviens. Ces derniers ont pu témoigner de la menace de la construction d’un pipeline dans leur forêt, à l’AG de Citigroup.

Pour Michael Brune, cité en août 2001 par Home Channel News :

« Une grosse partie de notre travail, c’est de l’éducation. C’est le meilleur moyen d’obtenir la couverture de 250 chaînes de télévision sur notre sujet en une seule soirée » 

 Un cessez-le-feu en rase campagne 

Finalement, Citigroup cède à l’ONG. En juin 2003, il signe avec 9 autres géants bancaires les « Principes de l’Equateur ».


Après 4 années de guérilla, « Citi » annonce en janvier 2004 le lancement de ses « Nouvelles initiatives environnementales » avec une offre bancaire, destinée à populariser l’énergie solaire.

 

Pour la responsable financière de la campagne, Ilyse Hogue :

« Cette journée représente une victoire de la démocratie pour l’opinion publique. Il y a quatre ans, faire bouger le secteur bancaire paraissait inconcevable. » 

Citigroup obtient fin 2005 le “Corporate Design Award” par Global Green USA, bras armé aux Etats-Unis d’une organisation environnementale fondée par un certain Mikhail Gorbatchev.


En savoir + :

Post 1 : Rainforest Action Network : tout le génie d’un acteur faible

 http://ong-entreprise.blogspot.com/2020/03/rainforest-action-network-tout-le-genie.html?m=1 

Post suivant sur la même saga : « la parfaite maîtrise du storytelling par Rainforest Action Network », au lien suivant :

http://ong-entreprise.blogspot.com/2020/03/le-storytelling-maitrise-de-rainforest.html




mardi 24 mars 2020

Rainforest Action Network : tout le génie d’un acteur faible

Voici une série de posts que j’avais rédigés il y a une dizaine d’années. Ils retracent la façon dont une petite ONG alors inconnue a réussi à faire plier des organisations ayant pignons sur rue. C’est une responsable d’HSBC qui m’avait informé de son existence. 

Créé en 1985 à San Francisco, Rainforest Action Network (RAN) lutte pour la défense des habitants et des écosystèmes de la forêt tropicale. Elle déclare agir à travers l’éducation du consommateur, l’organisation de « campagnes populaires » et l’action non violente.

Malgré des moyens assez limités, elle a obtenu des victoires inattendues contre de grandes entreprises, qu’elle jugeait complices de déforestation.

Le plus souvent en racontant des histoires.

 A ce titre, interviewée par Big Vision Podcast le 19 juin 2006, Ilyse Hogue, Global Finance Campaign Director à l’époque pour l’association environnementale, déclarait « la plus grande partie des changements sociaux relèvent du storytelling ».

Tout l’argumentaire de Rainforest Action Network se base sur des histoires et sur des mises en scène spectaculaires.

Les entreprises dans le collimateur

 De nombreuses ONG ont jugé que les Etats souverains ne constituaient pas de bons leviers pour faire avancer leurs thèses. Elles ont préféré placer les entreprises devant leurs contradictions, même les plus puissantes, afin d’obtenir des résultats plus rapides.

 Pour RAN, rien de tel qu’un bon scénario qui démonte une réputation, en sachant que l’image d’une entreprise est par définition fragile, une chose « immatérielle » issue d’un long processus. Un vrai facteur de vulnérabilité puisque le cours de bourse est en général très supérieur à la valeur comptable (book value).

 Rainforest Action Network n’a de cesse de pousser les Américains à prendre conscience de la situation désespérée de la forêt tropicale, y compris la « forêt primaire ». Une situation qualifiée de « bourbier » (plight), un terme qui n’est pas sans rappeler la guerre du Vietnam dans la conscience collective américaine.

 Une sélection des cibles

Dans les années 2000, Rainforest Action Network a donc pris à partie une douzaine de sociétés, la plupart du temps américaines (sauf Mitsubishi et le groupe bancaire canadien Toronto-Dominion) et rarement directement dans l’industrie du bois (sauf Boise Cascade en 1999 et Home Depot).

Mais, à vrai dire, Rainforest Action Network a connu ses plus belles victoires en s’attaquant à des groupes bancaires à priori hors de sa portée. Des cibles surprenantes, compte tenu de l’absence de liens évidents entre une firme emblématique de Wall Street et les Amérindiens.

 Mais, à force de discussion avec ses pairs, l’ONG a constaté que le plus petit dénominateur commun de toutes les entreprises qui selon elle polluent ou commettent des injustices sociales, réside dans le fait qu’elles possèdent toutes un compte courant dans un établissement financier.

Tout l’art de ses équipes a été de convaincre les consommateurs que ces groupes bancaires faisaient des bénéfices amoraux en finançant des multinationales, dont les activités contribuaient elles à dégrader directement la forêt tropicale.

Dans les posts suivants, je reviendrai sur la manière dont cette petite ONG américaine a fait plier Citigroup. Une institution pourtant fondée en 1812 et menée par une équipe dirigeante des plus aguerries. Fin

dimanche 10 décembre 2017

Une animation pour comprendre le rapport Finance/Climat



Á la fois media et centre de recherche, Novethic décrypte l'économie et sa transition vers un modèle plus responsable. Ses experts accompagnent le déploiement des meilleures pratiques en matière de finance durable et forment les décideurs, managers et opérationnels des institutions financières et entreprises.



Découvrez en 3 minutes et en image, le dernier motion design de Novethic qui explique comment le climat s'est hissé en tête des préoccupations des acteurs-clés de la finance publique et privée. 

Novethic met ici l’accent sur les solutions concrètes à la disposition de ces acteurs pour agir, à savoir le désinvestissement et l'engagement actionnarial.

 

Sur ce blog: 

En 2011 : 72 entreprises font pression sur Bruxelles pour une politique climatique plus ambitieuse 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/06/72-entreprises-font-pression-sur.html 

Beaucoup de changement depuis 2009 :
Inoxydable face aux ONG, Exxon Mobil voit la vie en rose jusqu’en 2030 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2009/10/inoxydable-face-aux-ong-exxon-mobil.html

Les propriétés de Donald Trump doivent-elles être assurées contre les inondations ? 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2017/10/les-proprietes-de-trump-doivent-elles.html

Fin

mercredi 30 novembre 2016

USA : la NRA, chien de garde du Deuxième Amendement

Lors de sa création en 1871, la National Rifle Association (NRA) avait vocation à promouvoir la chasse et le tir sportif. Elle est devenue au fil du temps, notamment depuis 1968, le fer de lance d’un discours qui veut que le port d’arme soit une liberté fondamentale. 

Dans le débat qui existe aux Etats-Unis, exacerbé par certaines tueries, la NRA s’oppose avec succès à toutes les tentatives d’encadrer la détention et le port d’armes. Fort d’une communication d’une redoutable efficacité, elle s’invite allègrement dans le jeu électoral. On lui prête la défaite d'Al Gore à l'élection présidentielle de 2000. 

D’après Le Monde, il y aurait presque 300 millions d'armes à feu détenues par des particuliers aux Etats-Unis (106 millions de pistolets, 105 millions de fusils et 83 millions de fusils de chasse). Le quotidien se base sur la dernière étude sociologique nationale (GSS) de l'année 2010 effectuée par le Centre de recherche national de sondage (NORC) de l'Université de Chicago. Il y aurait dans ce pays environ 30.000 personnes tuées chaque année par une arme à feu.

En 1791, date d’adoption du Deuxième Amendement, les citoyens étaient livrés à eux-mêmes. La conquête de l’Ouest a été faite par des pionniers, qui étaient alors sans institutions ni police.



Quelques chiffres sur la NRA : 
  • Plus de 4 millions d’adhérents 
  • De nombreux fans sur Facebook (5.086.479, soit +116% par rapport à avril 2013) 
  • 412.000 followers sur Twitter (+165% sur la même période). 
  • 125.000 instructeurs 
  • 7.000 instructeurs spécialisés notamment dans l’éducation des jeunes tireurs 
  • Un budget annuel de 250 millions de dollars selon les Echos, soit 15 fois plus que ses opposants - les associations anti-armes et le milliardaire Michael Bloomberg. 

1920: "Rifle shooting is a mighty fine sport."

Dans cette publicité de Remington dans Boys Life, la NRA est présentée comme une organisation gouvernementale, ce qui des faux, mais qui traduit des liens étroits à l’époque avec le pouvoir.



1951 : "A 50-Cent Junior Membership"

L’achat de cette carabine à air comprimé Red Ryder donne la chance d’adhérer à la NRA.



1957: "More fun with your guns!" L’aspect sportif est encore mis en avant.



1970 : "Hunters Bécarre !" Première opération de lobbying pour défendre le droit de chasser :




1973: "Only you can save hunting…"

La NRA pousse les chasseurs à réagir avant qu’il ne soit trop tard. "Tomorrow will be too late."



1982: "I'm the NRA"

Cette campagne montre que la NRA ratisse large, avec ici un enfant de 8 ans, mais aussi avec d’autres visuels, comprenant des femmes, des African Americans, des policiers et des personnes religieuses.

Une version plus récente a également été réalisée avec Tom Selleck et Karl Malone.



Fin des années 1980: "Why can't a policeman be there when you need him?"

Cette campagne loue les vertus de l’autodéfense.



Fin des années 1980:

"This is the most dangerous place in America." Les rues autrefois tenues par Jefferson, Lincoln et Truman sont maintenant aux mains des criminels. En plein Washington, à quelques encablures de là où dorment nos leaders, la violence règne. Ce message préfigure le slogan post-Newton accusant Obama d’être un hypocrite élitiste qui se cache derrière des gardes armés.

1995: Bill Clinton is "daffy."

Dans ce poster, la National Rifle Association rappelle que son combat n’est plus la chasse, mais le droit d’être armé.



1997: "Gun rights are lost on our kids."

Heston promet de lancer sur trois ans une croisade de 100 millions de dollars pour sauver le Second Amendment, garant de la paix dans le pays, surtout pour les enfants.



Janvier 2013

Pour Scott Meltzer, sociologue, la NRA est souvent mentionnée comme le lobby des armes. Ce serait selon lui une grave erreur de la cantonner dans ce rôle. Il s’agit d’une organisation qui repose sur ses membres. On ne parle pas ici de quelques lobbyistes à Washington. Ce sont 5 millions de croisés des armes à feu qui peuvent interpeller les membres du Congrès pour appuyer une loi ou l’écarter.

Comme certaines ONG ou marques commerciales BtoC, la National Rifle Association obtient de très fort taux d’engagement sur Facebook. Elle utilise d’ailleurs largement la vidéo. Et ses fans sont des amis.



Février 2013:

La NRA s’appuie régulièrement sur les réseaux sociaux pour faire connaître ses positions.



2013: "Are the president’s kids more important than yours?


 Dans la foulée du massacre de Newtown, la NRA prône la présence de gardes armés dans les écoles, alors qu’Obama est stigmatisé pour son hypocrisie, car ses enfants sont quant à eux protégés par les services secrets.



2014
Cette année, la NRA a réalisé une vidéo destinée à faire échouer la candidature en Louisiane de la Sénatrice Mary Landrieu. La Sénatrice souhaitait à l’époque renforcer les contrôles dans les armureries après le massacre massif en 2012 de la Sandy Hook Elementary School.


Cette campagne de déstabilisation simpliste du lobby des armes à feu était tellement mensongère qu’elle a obtenu « Quatre Pinocchios » de l’équipe Fact Checker du Washington Post, qui se basait sur une déconnexion totale entre les images à l’écran et les implications réelles de la loi en question.

#USA2016

Dans ce contexte, les candidats Républicains sont poussés à afficher leur goût des armes. Comme le montre cette enquête du journal britannique Telegraph.



#USA2016 :

La campagne contre Hillary Clinton dans la même veine que celle de 2014.

 


Pour aller plus loin : 

Avril 2013 : Article de Dave Gilson, senior editor chez Mother Jones, dont je me suis inspiré : This Collection of NRA Ads Reveals Its Descent Into Crazy
http://www.motherjones.com/politics/2013/03/national-rifle-association-ads-history

Novembre 2016 : Interview de Scott Meltzer, un spécialiste de la NRA, sur laquelle il a écrit un livre en 2009 : « Gun Crusaders : The NRA’s Culture War»
https://www.thetrace.org/2016/11/nra-donald-trump-gun-crusaders-scott-meltzer/

Avril 2013 : ONG américaines et réseaux sociaux :
https://goo.gl/8Wi0m2 

Octobre 2015, un dossier de l’Uqam : Mourir à l’école : Le coût de l’inaction politique
goo.gl/1gaUZT

jeudi 24 septembre 2015

Volkswagen a trahi ses partenaires ONG

Le scandale qui frappe Volkswagen a des répercussions inattendues.

La firme avait réussi à passer des partenariats avec plusieurs ONG, tout en donnant des gages à des associations de plaidoyer, qui dénonçaient sa face cachée. Les cachoteries d’un groupe emblématique, fierté nationale qui symbolisait la Made in Germany, place une célèbre ONG environnementale allemande en porte-à-faux.

Le géant de Wolfsburg avait en effet passé un partenariat avec Nabu, axé sur la protection de la biodiversité, notamment la sauvegarde du loup. Un site internet dédié avait même été créé pour en faire connaître les tenants et les aboutissants.

Selon csreurope.org, ce partenariat noué en 2000, cité en exemple comme un partenariat stratégique à long terme, aurait été gagnant-gagnant :

NABU has improved its reputation as a professional political advisor.
Volkswagen has improved its reputation of being a dialogue- and CSR-oriented company. 
 Le budget de Nabu a dépassé 29M€ en 2014, grâce à la générosité de 560.000 membres, mais Nabu tire aussi des revenus de licences et de sponsorships.

Cette déconvenue pour Nabu illustre les risques associés à des partenariats ONG/entreprise dans le domaine environnemental. Avant l’explosion de la plateforme pétrolière Deepwater, qui a fait plusieurs morts, BP était aussi le meilleur ami des ONG locales.

Le pétrolier faisait aussi parti de plusieurs indices ISR, dont le FTSE4Good.


 Dans le Volkswagate ou DieselGate, Nabu a d’abord déclaré qu’il attendait des explications de son partenaire. Mais, ce sont des Twittos, qui lui demandent ouvertement de rompre sine die cette collaboration désastreuse et mal rémunérée.
Un militant allemand écologiste utilise même le hashtag #Nabugate.

A ce titre, le WWF France, dont le logo est mondialement connu, ne semble pas coopérer avec le secteur automobile.

Pourtant, en Inde, l’association au panda semble avoir accepté des fonds du constructeur allemand.



Et, le WWF était en discussion avec la firme allemande dans le cadre du Science Based Targets. Ce programme est issu de l’appel conjoint de différentes parties prenantes lors du Business and Climate Summit, à savoir : 
  • le WWF, 
  • le Carbon Disclosure Project (CDP), 
  • l’United Nations Global Compact 
  • et le World Resources Institute 
Dans un communiqué de presse diffusé cet après-midi, le WWF tire la sonnette d’alarme sur le climat, en signalant que seules 55 entreprises du Global 500 ont fait part de leur volonté de s’engager dans l’initiative (qui vise à aligner leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) sur l’objectif de 2°C), parmi lesquelles :
  • Volkswagen AG 
  • Honda Motor Company 
  • et Nissan Motor Co., Ltd. 
Volkswagen a donc fait feu de tout bois pour enfumer son monde et chercher à valoriser son capital sympathie/ Le groupe industiel bénéficiait à ce titre d'une valorisation record de ses actifs immatériels.

Cette affaire, dont les répercussions sont mondiales, n’est pas sans rappeler le coup de poignard qu’a porté Siemens à Transparency International , même si dans ce cas il n’est pas question de défendre la planète, mais de lutte contre la corruption.

Gare aux ONG « activistes » 

A l’opposé, de nombreuses autres associations ont croisé le fer avec VW ces dernières années, comme Greenpeace. Pour rappel, cette vidéo vu plus de 1,3 million de fois.



Après de tour de chauffe, Greenpeace pensait pourtant avoir obtenu des gages du constructeur, y voyant une source d'espoir.



La tricherie dévoilée 

C’est l’International Council for Clean Transportation (ICCT) qui a découvert le pot-au-rose, plongeant Volkswagen dans une crise sans précédent. L’ICTT est une organisation non gouvernementale spécialisée dans les transports propres. 

Selon Le Monde, l’ICCT, financée principalement par la ClimateWorks Foundation, une autre ONG engagée dans la lutte contre le réchauffement de la planète, travaille ainsi avec les gouvernements régionaux et nationaux afin de déboucher sur des politiques publiques en faveur de transports propres.

J’écrivais en 2013 que Les ONG se sont imposées comme des sources incontournables 

Concernant cette triste affaire, qui pourraient menacer de nombreux emplois directs et indirects, les ONG ont joué le rôle de lanceur d’alerte, là où les autorités de contrôle ont été défaillantes.

Finance responsable

En septembre 2013, le groupe était fier d’annoncer qu’il était le constructeur automobile le mieux classé du Dow Jones Sustainability Index, qui rassemble les grandes multinationales les plus vertueuses selon RobeccoSAM en fonction d’une grille d’analyse éprouvée.

At Volkswagen, responsibility for the environment means producing clean cars in clean factories. This sounds simple, but as so often it is the simplest targets which involve highly complex operations. And what do we actually mean by a 'clean car'? A car with low fuel consumption? Definitely, but there's a lot more to it  
Volkswagen était le seul constructeur, outre l’un de ses concurrents, à faire partie à la fois du DJSI World et du DJSI Europe, deux indices des entreprises cotées en Bourse ayant fait leurs preuves en matière de développement durable.

Comme on le voit sur ce graphique, Volkswagen avait tout du gendre idéal, étant bien placé sur un rand nombre de données ESG.


En résumé, des investisseurs pourtant sélectifs, prêts à payer le prix pour des valeurs ayant été passées au crible des critères ESG, se sont fait rouler dans la farine.

L’indice de référence des valeurs les plus "responsables"a d’ailleurs accusé le coup en début de semaine.



 Fort à propos, Novethic a fait sur point aujourd’hui pour savoir s’il «existait-il un warning ISR sur Volkswagen ? » préalablement à la révélation des manipulations.

Il en ressort que Vigeo, Kepler-Cheuvreux et Mirova n’ont jamais donné à Volkswagen leurs mains à couper.

Dans un livre, publié fin 2012, Nicole Notat insistait sur le fait qu’aujourd’hui l’entreprise ne peut plus être irresponsable 

Volkswagen constitue ici un cas d’école.

Pour aller plus loin : 

Le partenariat Nabu/VW
 http://www.volkswagen-nabu.de/startseite 

Novethic : Volkswagen fâché avec l’environnement
 http://www.novethic.fr/gouvernance-dentreprise/entreprises-controversees/isr-rse/l-environnement-bete-noire-de-volkswagen-143610.html



Le Monde : Une ONG à l’origine du scandale Volkswagen 
http://www.lemonde.fr/planete/article/2015/09/22/l-ong-a-l-origine-du-scandale-volkswagen_4767318_3244.html

Le lobbying de Volkswagen opposé à 72 entreprises engagées sur le climat 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/06/72-entreprises-font-pression-sur.html

 fin

vendredi 31 octobre 2014

Les boycotts ont des effets incertains

L’appel au boycott n’est pas toujours couronné de succès. 

Peu de chefs d'Etat occidentaux se sont ainsi déplacés à Sotchi, mais leurs fauteuils vides ne se sont pas pour autant traduit par un véritable boycott. 

Pourtant, de nombreuses associations avaient accusé la Russie de bafouer des libertés fondamentales, notamment celles de la communauté gay. 

C’est un britannique qui a donné son nom au mot boycott : Charles Cunningham Boycott (1832-1897).

Ancien militaire, il est devenu intendant d’un riche propriétaire terrien dans le comté de Mayo (Ouest de l'Irlande). En 1879-80, alors que l'Irlande était en pleine famine, Charles Boycott refusa une baisse des fermages.

Selon la République des Lettres, Charles Stewart Parnell, avocat protestant et jeune député à la tête de la Ligue agraire, mobilisa alors ces derniers afin qu'ils obtiennent de meilleures conditions de travail. La population du comté décida de mettre leur régisseur en quarantaine. Charles Cunningham Boycott fut ainsi privé de toute relation personnelle, économique et professionnelle. Les fermiers refusèrent de payer et les ouvriers agricoles de travailler.

Le capitaine Boycott (portrait ci-dessous dans Vanity Fair) dut alors embaucher 50 ouvriers du Nord, protégés par des centaines de militaires britanniques. Au final, toutes ces dépenses dépassèrent le produit de la récolte. L’année suivante, Charles Boycott fut remplacé et rentra en Angleterre.



Le procédé fut ensuite appliqué ailleurs et les propriétaires qui expulsaient leurs fermiers ou les traitaient trop mal se retrouvaient du jour au lendemain sans domestiques pour les servir et sans revenus à tirer de leurs terres.

Cette affaire a du faire grand bruit, puisque le mot "boycottage" aurait fait son entrée dans la langue française dès 1881.

Plus récemment, d’autres boycotts ont défrayé la chronique.

Sodastream, un boycott devenu médiatique 

Selon l’AFP, SodaStream International, une entreprise israélienne fabriquant des machines à gazéifier les boissons, vient d’annoncer la fermeture de sa principale unité de production, l'usine de Mishor Adoumim, située dans une colonie de Cisjordanie occupée.

Une implantation mise à l’index par le mouvement BDS ("Boycott, désinvestissement, sanctions"), qui qualifie SodaStream de "profiteur de l'occupation" israélienne.

Néanmoins, un représentant de SodaStream, Nirit Hurwitz, a précisé cette semaine que cette relocalisation s’expliquait par des raisons purement commerciales. L’entreprise n’aurait donc pas cédé à la pression.

Au-delà du cercle des militants, la querelle a connu une véritable caisse de résonance début 2014, lorsque la firme fit appel à l’actrice et chanteuse américaine Scarlett Johansson pour sa promotion. 

L'actrice expliquait dans un des spots pouvoir boire des sodas en bonne conscience sans polluer la planète avec des bouteilles en plastique puisque les machines de SodaStream permettaient de préparer des boissons à domicile.

 

Alors que l’actrice était Ambassadrice d’Oxfam depuis 8 ans, Oxfam s’est retrouvée en position inconfortable. Pour finir, Scarlett Johansson a rompu ses liens avec Oxfam en raison d'une "différence fondamentale d'opinion" sur le boycott.

Oxfam avait connu un problème similaire en 2009, lorsque son ambassadrice, Kristin Davis, héroïne de Sex and the City, avait signé un contrat avec une société de cosmétiques israélienne, présente dans le « West Bank ».

Mais, dans ce cas précis, la star avait fini par rompre son association avec l’entreprise.



Haro shakespearien sur certains hôtels de luxe contre la charia

Les enseignes du Dorchester Collection, à Paris, le Plaza Athénée et le Meurice, propriétés du sultan de Brunei, ont été boycottées par de nombreuses personnalités depuis que la charia a été instaurée dans son micro-Etat de l'île de Bornéo.

Cette initiative a recueilli le soutien de chefs d’industrie comme François-Henri Pinault, le PDG du groupe de luxe Kering (Gucci, Bottega Veneta, Saint Laurent, Brioni, Boucheron, etc.), et Richard Branson (fondateur de Virgin). 

De même pour Anna Wintour, rédactrice en chef de l'édition américaine du magazine Vogue depuis 1988.




 Même levier de bouclier contre le Beverly Hills Hotel. 

Néanmoins, des voix discordantes ont aussi surgi à Hollywood, notamment sur les conséquences sociales d’un tel ostracisme. 




Pour les autorités publiques, ce qui ressort de l'intervention de Jen Psaki, porte parole du gouvernement américain, ce genre d’actions est inacceptable, ces hotels respectant la législation sociale des pays où ils sont actifs.

Mais, selon le Monde du 24 octobre dernier, dans un article intitulé « La valse des palaces », l’épidémie de défections de stars de l'été auraient eu l’effet d’un coup d’épée dans l’eau. 

Georges Panayotis, Dirigeant de MKG Group, assure ainsi « Depuis sa réouverture en août, le Plaza est plein, tout comme le Meurice. » 

Pas besoin de boycott contre Lego 

Dans son objectif ultime de bousculer Shell par tous les moyens, même sur des terrains inhabituels, Greenpeace a ciblé cette année un de ses partenaires historiques, le célèbre fabricant de figurines Lego. Néanmoins, l’association environnementale n’a pas poussé les consommateurs à bouder cette marque très populaire et très rentable. Dans une partie de billard à plusieurs bandes, Greenpeace a préféré recourir à la pétition, à la vidéo et aux réseaux sociaux pour générer du buzz. Pourtant, cela ne l’a pas empêché d’obtenir gain de cause, Lego ayant finalement annoncé une rupture de ses relations avec Shell. 




Voici la profession de foi de l’ONG : 


 «Nous n’appelons pas à un boycott de LEGO. Car nous sommes nous-mêmes des fans de ces mini figurines et de leurs infinies possibilités de création. Nous aimons donc LEGO, mais nous haïssons la menace que représentent les forages pétroliers en Arctique. Oui, les LEGOS sont des figurines fabriquées à partir de plastique, donc de pétrole. Mais LEGO s’est déjà engagé à remplacer ce pétrole par une alternative durable à l’horizon 2030 ». 

Selon le blog du communicant, Greenpeace a mis Lego face à ses propres contradictions. 

En effet, l’entreprise ne pouvait pas ignorer que son partenariat avec Shell n’était pas cohérent avec sa propre politique sociétale et environnementale à long terme.


Une technique complexe 

 Ainsi, dans les boycotts les plus récents, ce sont toujours les questions patriotiques, politiques, sociales et environnementales, qui figurent au premier plan. 

Si l’idée du boycottage est simple à comprendre, ce qui en fait sa force, son application sur le terrain est parfois compliquée. On reproche aussi au boycottage de simplifier les problèmes et d’être trop frontal, à la limite de la légalité. 

 Son succès passe également par la capacité de ses organisateurs à modifier les habitudes des consommateurs et par l’existence de produits de substitutions, ce qui n’est pas toujours le cas. Les pétitions en ligne ont le vent en poupe actuellement. 


Pour aller plus loin : 

L’efficacité des pétitions 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2010/12/pour-les-associations-la-bonne-vieille.html 

Scarlett Johansson lâche parodiée sur Internet. L’Express.30.01.2014. 
http://www.lexpress.fr/styles/vip/scarlett-johansson-n-est-plus-ambassadrice-pour-oxfam_1318784.html 

Communiqué de presse d’Oxfam 
http://www.oxfam.org/en/pressroom/reactions/oxfam-accepts-resignation-scarlett-johansson 

Oxfam under pressure to cut ties with Scarlett Johansson over SodaStream ad. 
The Guardian 29.01.2014 
http://www.theguardian.com/society/2014/jan/29/oxfam-pressure-scarlett-johansson-sodastream-israel 

Sur les palaces
 http://www.europe1.fr/international/pourquoi-anna-wintour-appelle-a-boycotter-le-meurice-a-paris-2138351 
http://www.lesechos.fr/13/05/2014/LesEchos/21686-091-ECH_le-plaza-athenee-et-le-meurice-boycottes-par-kering-et-virgin.htm?texte=dorchester#M4W8LIxhbxiBkggs.99 

Le blog du communicant (Olivier Cimelière) @olivcim 17 octobre 2014 http://www.leblogducommunicant2-0.com/2014/10/17/communication-dinfluence-avec-le-retrait-de-lego-greenpeace-fait-coup-double-contre-shell/

lundi 7 juillet 2014

Développement durable: l’Australie traîne la patte

L’Australie fait peu d’efforts en matière de développement durable. 

C’est ce qui résulte de la 10ème édition du Rapport de l’Australian Centre for Corporate Social Responsibility (ACCSR) baptisé « The State of Corporate Social Responsibility in Australia and New Zealand Annual Review ». Cette étude note un décalage entre la prise de conscience de la RSE et la lenteur de la mise en place d’outils d’implémentation.

Sont pointées du doigt trois causes :
  • une absence de volonté politique, 
  • un déficit de leadership chez les chefs d’entreprise, qui proviendrait notamment d’un manque d’innovation dans leur manière de penser. 
  • et une mauvaise intégration de ces questions dans le cursus académique. 
 Les adeptes australiens de la RSE prônent un durcissement réglementaire (mise en place de standards minima) et une politique environnementale incitative.

Les personnes interviewées dans l’enquête estiment que la société civile exige plus de responsabilité, non seulement de la part des entreprises, mais aussi de l’Etat.

L’Etat australien mis à l’index 

Il est vrai que le gouvernement australien a un comportement surprenant. Dernièrement, il n’a pas hésité à demander le déclassement en Tasmanie de 74.000 hectares de forêts protégées par le statut de patrimoine mondial. Au total les forêts de Tasmanie s’étendent sur 1,4 million d’hectares et avaient été classées au patrimoine mondial en 1982. Ce serait la première fois qu’une telle demande était déposée par un pays industrialisé.

Réuni en à Doha le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco s’est opposé à cette demande. L’institution internationale a demandé aux autorités australiennes de constituer un rapport sur l’environnement et notamment l’état des barrières de corail si elles ne voulaient pas que l’Australie apparaisse sur la liste du patrimoine mondial en péril de 2015. Le gouvernement australien a déclaré se ranger à cette décision.

Pour l’opposition australienne, il s’agit d’une « humiliation diplomatique mondiale », en particulier pour Tony Abbott, le Premier ministre, membre du Parti libéral, qui soutient l’industrie du bois.

Lobbying 

Le rapport de l’ACCSR critique également le lobbying anti-environnemental. Certains plaident même pour que les entreprises poussent le gouvernement à adopter une politique fiscale adaptée aux enjeux.

La transparence devrait aussi permettre selon eux de savoir combien l’Etat touche de l’exploitation des gigantesques ressources naturelles (Extractive Industries Transparency Initiative).

Le Dr Leeora Black, fondatrice du centre de recherche, discerne des axes de progrès:
  1. la chaîne d’approvisionnement, 
  2. le souci environnemental et climatique, 
  3. le reporting 
  4. et la collaboration avec les parties prenantes sur des sujets d’intérêt général. 
 L’Australian Centre for Corporate Social Responsibility prône des actions croisées à la fois cross-sectorielles et multi-parties prenantes.

Oxfam dresse des pistes Daisy Gardener, conseillère Corporate Accountability et Fair Trade chez Oxfam, déplore un gap entre la rhétorique et la pratique dans le monde des affaires australien.

Oxfam mentionne des pistes de réflexion pour les entreprises australiennes:
  • Mieux connaître les conditions de travail des ouvriers du textile pour les produits importés du Bangladesh, 
  • Une plus grande transparence dans l’industrie extractive Extractive Industries Transparency Initiative (EITI), 
  • La demande des consommateurs d’un meilleur sourcing pour la nourriture et les boissons. 
 Daisy Gardener dresse la feuille de route :

« Nous espérons constater à l’avenir une meilleure transparence des entreprises dans la conduite de leurs affaires, qui montreraient que les codes de conduite ne sont pas seulement un bout de papier, mais qu’ils sont appliqués en collaboration avec les organisations issues de la société civile australiennes »

Néanmoins, tout n’est pas noir, loin de là.

En effet, de plus en plus d’entreprises australiennes adhèrent au Global Compact Network.

En outre, l’Australie connaît aussi de bons élèves : dans l’indice Euronext Vigeo World 120, les entreprises australiennes sont relativement bien placées notamment par rapport à l’Allemagne ou aux Etats-Unis .

L’indice Euronext Vigeo comprend notamment plusieurs établissements financiers comme la National Australia Bank et la Westpac Banking Corp.




Si le leadership est essentiel, l’ACCSR croit également à l’exemplarité.

Dans un but sans doute de montrer la voie, elle a dressé une liste de 10 organisations en avance, citées ici en ordre alphabétique : ABC (chaine de télévision), ARUP (société de conseil), GHD (services aux entreprises), Main Roads Western Australia (agence étatique dans les infrastructures), Melbourne Water, National Australia Bank, Newmont Mining Corporation, PwC Australia, Rio Tinto et l’Université du Queensland. 

Pour aller plus loin : 


le rapport de l’ACCSR

RSE : L’Allemagne et les Etats-Unis accusent un sérieux retard par rapport à l’Australie ou la France http://ong-entreprise.blogspot.fr/search?q=australie

Vidéo de Rio Tinto en anglais



Des solutions climatiques vues d’ailleurs. Guillaume Prudent. Février 2010
http://www.duralpes.com/des-solutions-climatiques-vues-d%E2%80%99ailleurs-laustralie/

Green et Vert : le mauvais rapport du WWF sur l’Australie. Octobre 2010
http://www.greenetvert.fr/2010/10/31/mauvaise-eleve-du-developpement-durable/9965  

Robert James "Bob" Brown (born 27 December 1944) is an Australian former politician, medical doctor, environmentalist, former Senator and former Parliamentary Leader of the Australian Greens. http://en.wikipedia.org/wiki/Bob_Brown

vendredi 24 janvier 2014

Fourmis et grenouille pour bien commencer le week-end

La newsletter de Convergence 2015 de ce matin met en relief une initiative intéressante.

Le 16 janvier dernier, le prix Food Right Now a récompensé 5 vidéos de jeunes talents, qui sont parvenus chacun avec leur sensibilité à exprimer un point de vue original sur la lutte contre la faim dans le monde.

Food Right Now est une campagne européenne d’éducation au développement à destination des jeunes, lycéens et étudiants, et aux enseignants/formateurs. 

Elle est menée conjointement par plusieurs membres de l’Alliance 2015 : WWH en Allemagne, Cesvi en Italie, Concern en Irlande, PIN en République Tchèque et ACTED en France.

Les lauréats pourront présenter leurs vidéos au One World Festival du film humanitaire qui se tiendra à Prague ou encore partir en mission pour réaliser un reportage sur la sécurité alimentaire avec un réalisateur et un photographe professionnel.

En voici 3 :

   









Pour compléter ce tableau avant d’entamer le week-end, je reviens sur une petite vidéo de Rainforest Alliance, qui porte un regard décalé sur le militantisme.

Elle n’est pas récente, mais elle a gagné plusieurs Prix.

 




Enfin, une exposition en cours à Paris sur les fourmis. Une sortie pour petits et grands.

 

Pour aller plus loin : 

Pour voir les 5 lauréats :
http://www.foodrightnow.fr/actualites/la-remise-des-prix-du-concours-video-food-right-now/

http://www.oneworld.cz/festival/ 

Redécouvrir le film "8 fois oui" sur les OMD 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/search?q=OMD 

  Fin

vendredi 22 novembre 2013

Les ONG se sont imposées comme des sources incontournables



L’émission d’Envoyé Spécial sur France 2 intitulée « Poissons : élevage en eaux troubles » dévoile les turpides d’une filière mal connue, qui a toujours bénéficié de préjugés favorables directement liés à la bonne image nutritive du poisson.

Ce thème grand public est bien mis en valeur dans le reportage. Il s’inscrit bien sûr dans la lignée du scandale de la viande de cheval, qui a fortement marqué les consommateurs.

Un article du Monde du 24 octobre 2013 revenait sur ce sujet « Après qu'en mai le fabricant de lasagnes Fraisnor de Feuchy (Pas-de-Calais) avait mis la clé sous la porte, c'est au tour de Nestlé d'arrêter la production de lasagnes et hachis Parmentier surgelés dans son usine de Beauvais (Oise), en raison d'un effondrement des ventes, en repli aujourd'hui de 25 % ». Nestlé faisant ici figure de victime collatérale.

Il doit être difficile de tourner la page pour certains industriels. Ainsi, les centres équestres ont manifesté récemment contre la hausse de la TVA – de 7 à 20 % –, appliquée dès le 1er janvier 2014 sur leur activité. Au son des slogans « La TVA en plus, on finit chez Findus »


 Néanmoins, l’objet de ce post est de rappeler à quel point les journalistes puisent à l’envi dans les travaux effectués par les ONG, comme dans ce sujet d’Envoyé Spécial. Mais pas uniquement, puisque des chercheurs ont également été sollicités, à juste titre.

Ces dernières ont manifestement considérablement réduit la durée des recherches nécessaires à la TV/presse pour traiter de nombreux sujets, en fournissant à l’enquêteur non seulement des données factuelles, mais aussi de précieux témoignages.
 

De même, Paul Moreira et David André, auteurs du documentaire, « Armes, trafic et raison d’Etat» avaient fait appel à l’expertise d’Amnesty International et d’Oxfam, dont le programme «Control Arms » visait à enrayer le trafic d’armes.

Ces deux organisations disposent d’une équipe d’enquêteurs qui, grâce à l’aide de reporters et d’humanitaires en place sur le terrain, ont construit une base de données, unique au monde, leur permettant de tracer le cheminement des armes, du producteur aux utilisateurs.


Sur ces bases, la force de frappe de certaines ONG de plaidoyer surprend encore, comme celle de Survival, comme l’illustre un reportage de France 24 de novembre 2011. Il est intitulé « Les entreprises sous surveillance des ONG ».

L’association Survival qui a fait plier Vedanta Resources en Inde envoie selon France 24 chaque semaine 3 communiqués de presse à l’attention de 15.000 journalistes dans 7 langues différentes.

Cette émission a bénéficié sur ce sujet du témoignage de Jérôme Auriac, Fondateur, Directeur général de Be-linked.



Certains considèrent même que les ONG peuvent être instrumentalisées, si bien que la presse doit considérer les ONG comme leurs autres sources, c'est à dire aborder avec prudence, une source parmi d'autres.

A ce titre, Franck de Cloquement interviendra le 12 décembre prochain au Club IES de l’IAE de Paris Alumni sur le thème « INFLUENCE, MANIPULATION ET ACTIVISME ». 

Franck de Cloquement est expert en Intelligence économique et Stratégique - spécialiste sur les questions de renseignement de nature économique.

Quoi qu’il en soit, la mauvaise santé financière des médias ne peut pas leur permettre d'engager de vastes enquêtes au niveau mondial. D'autant plus que les ONG travaillent en réseau.  Dans ce contexte, pour un journaliste, les ONG de plaidoyer par leur connaissance intime du terrain demeurent irremplaçables pour couvrir de nombreux thèmes. Elles savent en effet construire des rapports documentés.

Dans un autre métier, qui souffre de la baisse des budgets des rédactions, il faut aussi rappeler que certains photojournalistes survivent grâce aux commandes du monde associatif.

Pour aller plus loin : 

Sur ce blog : ONG & média. Octobre 2009 
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2009/10/tintin-les-ong-et-le-developpement.html

Sur ce blog : Relations complexes ONG/photojournalistes
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2012/06/ong-et-photojournalistes-entretiennent.html

Sur ce blog en octobre 2011: Novethic et Be-Linked ont publié début septembre une étude sur le «Secteur minier coté et risques ESG».
http://ong-entreprise.blogspot.fr/2011/10/lindustrie-extractive-se-terre-encore.html 

Relation ONG/journalistes vue du côté anglo-saxon 
Working together, NGOs and journalists can create stronger international reporting. “This is the first essay in our series examining the evolving relationship between NGOs and journalism, produced with Penn's Center for Global Communication Studies. Kimberly Abbott of the International Crisis Group leads off by exploring the pros and cons of established news organizations relying on NGOs for help in their reporting.” Novembre 2009
http://www.niemanlab.org/ngo/

Le Point. 20/11/2013 : Norvège : 60 euros pour un saumon fugueur
Marine Harvest, numéro un mondial du saumon, est à la recherche de milliers de salmonidés qui ont profité d'une tempête pour se faire la malle.
 http://www.lepoint.fr/insolite/norvege-60-euros-pour-un-saumon-fugueur-20-11-2013-1759107_48.php 

Intelligence économique - Les entreprises sous surveillance des ONGmySkreen : Tout le cinéma Sale temps pour les ONG en Russie.
La Croix. Juin 2013
Depuis le mois de mars s’opère, en Russie, une traque des ONG, sous l’effet d’une nouvelle loi obligeant les associations qui reçoivent des subventions extérieures à s’inscrire officiellement comme «agents de l’étranger».
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Sale-temps-pour-les-ONG-en-Russie-2013-06-03-968279

Égypte : les ONG étrangères accusées d'activités "politiques" illégales 
Le Point.fr – Février 2012
La justice égyptienne a déféré 44 travailleurs associatifs devant la cour criminelle du Caire.
http://www.lepoint.fr/monde/egypte-les-ong-etrangeres-accusees-d-activites-politiques-illegales-08-02-2012-1428803_24.php